Meher Baba (devanagari : मेहेर बाबा), né Merwan Sheriar Irani le à Pune et mort le à Meherazad, est un gourou indien qui a déclaré en 1954 qu'il était l'avatar de son temps.
Biographie vignette|Merwan (Meher Baba) et sa famille : (de gauche à droite) Merwan (Meher Baba), Behram, Khodadad (oncle paternel de Merwan), Jal (centre haut), Ardeshir (Adi Jr.), Shireen (sa mère), Jamshed. Mani, la sœur de Merwan n'était pas encore née, v. 1917 Meher Baba est né dans une famille pârsî à Pune, IndeSutcliffe (2002) p. 38. Il a mené une enfance sans intérêt particulier pour les questions spirituelles.
À l'âge de 19 ans, un bref contact avec la sainte soufie Purdom (1964) p. 20 a déclenché en lui un processus de transformation qui dura sept ans. Durant la plupart de ces années-là, il a semblé fou. Il est entré en contact avec d'autres figures spirituelles qu'il a appelées « les cinq maîtres parfaits », et s'est installé à Sakori à proximité de , son maître spirituel, avant de commencer son travail public. Le nom de Meher Baba, qui signifie « Père compassionné », lui a été donné par ses premiers disciples.
De 1925 jusqu'à la fin de sa vie, Meher Baba a maintenu le silence, et a communiqué par le moyen d'un tableau alphabétique ou par gestesPurdom (1964) p. 52. Il a passé de longues périodes de retraite, pratiquant souvent le jeûne, mais il intercalait souvent ces périodes dans des périples, des réunions publiques, et des œuvres de charité, lors desquelles il aidait les lépreux, les pauvres, et les fous.
Durant une période il a voyagé incognito à travers l'Inde, menant ce qu'il a appelé la « Vie nouvelle ». Le , Meher Baba a déclaré qu'il était l'Avatar (une incarnation de Dieu)Kalchuri (1986) p. 4283.
Après deux accidents de voiture, un aux États-Unis en 1952 et un en Inde en 1956, sa capacité à marcher devint sérieusement limitée. En 1962, beaucoup de disciples occidentaux sont invités à rencontrer ses mandaliUn mandali est un disciple de Meher Baba indiens dans une série de rencontres appelée « Le Rassemblement Est-Ouest ».
En 1966, Baba dénonça le problème posé par la montée des abus de drogue en Occident, discréditant ses prétendus bienfaits sur le plan spirituel. Malgré la détérioration de sa santé, il continua son « travail universel » comprenant jeûne, réclusion et méditation, jusqu'à sa mort survenue le .
Son samadhi (tombeau) à Meherabad, en Inde, est devenu un lieu de pèlerinage international.
Premières années
Meher Baba était un IraniDans un contexte indien, un Irani est membre de l'un des deux groupes de zoroastriens de ce sous-continent, les autres étant les Parsis. Ils sont appelés ainsi par les autres indiens car ils parlaient une langue iranienne. « Ceux qui ont quitté l'Iran peu après l'arrivée de l'islam pour fuir les persécutions ont atteint les rives du Gujarat il y a 1373 ans. Leurs descendants sont les Parsis. Les Zoroastriens qui ont quitté l'Iran relativement récemment – à partir du – sont appelés Zoroastriens Iranis » (citation de Padmaja Shastri, TNN, What sets Zoroastrian Iranis apart, The Times of India, 21 mars 2004, récupéré le 11 juillet 2008). né à Pune, en Inde, d'une famille zoroastrienneSutcliffe (2002) p. 38.. Son nom officiel était Merwan Sheriar Irani. Il était le second fils de Sheriar Mundegar Irani, un Zoroastrien persan qui avait été un derviche soufi errant avant de s'installer à Pune, et de la jeune épouse de Sheriar, Shireen« Je m'appelle Meher Baba, mais ce n'est pas mon vrai nom. Je vais vous donner mon vrai nom de famille, mais je vous prie de ne pas le dévoiler car je voyage sous ce nom et je désire le faire incognito. Je suis un Persan né à Poona le 25 février 1894. Mon père était un homme versé dans la spiritualité qui, depuis son enfance jusqu'à l'âge adulte a passé sa vie à errer dans la forêt à la recherche d'expérience spirituelle. À 35 ans, il lui a été dit qu'il devait reprendre une existence normale. Ce qu'il fit. Il se maria et eut six enfants. Je suis son deuxième fils. J'ai été élevé dans la religion zoroastrienne, celle de mes ancêtres. » http://www.avatarmeherbaba.org/erics/ceylon.html.
Ses camarades de classe surnommaient Merwan, de nature espiègle, « Électricité ». Jeune garçon, il forma le Club Cosmopolite qui avait pour but de s'informer sur les nouvelles du monde et de donner de l'argent pour des œuvres charitables - que les garçons récoltaient souvent en pariant aux courses de chevauxKalchuri (1986) p. 186-188. Merwan avait une très belle voix, connaissait plusieurs instruments et écrivait des poèmes. Pratiquant couramment plusieurs langues, il appréciait particulièrement la poésie de Hafiz, mais aussi de Shakespeare et de ShelleyKalchuri (1986) p. 190-192.
Durant sa jeunesse, Merwan n'avait pas de penchant pour le mysticisme ni d'expériences mystique, mais il était « pacifié par le sens de sa propre destinéeHopkinson (1974) p. 24 ». Il portait plus d'intérêt envers les sports, en particulier le cricket. Baba expliqua plus tard qu'un voile est toujours placé sur l'Avatar jusqu'au moment propice pour le commencement de son travailHaynes (1993) p. 36. À l'âge de dix-neuf ans, durant sa seconde année d'université, alors qu'il rentrait chez lui depuis le Deccan College de Pune à bicyclette, il rencontra un maître spirituel, une soufie très âgée, appelée Hazrat Babajan, qui l'embrassa sur le front. Cet événement eut un profond impact sur Merwan. Il fit alors l'expérience de visions et de sensations mystiques tellement puissantes qu'il en abandonna ses activités ordinairesKalchuri (1986) p. 198-201. Il se mit à se frapper la tête contre une pierre pour maintenir, comme il l'expliqua plus tard, le contact avec le monde physique. Il rentra aussi en contact avec quatre autres figures spirituelles, qui étaient, selon lui, avec Babajan, les cinq « Maîtres parfaits » de l'époque : le soufi Hazrat Tajuddin Baba de Nagpur, et les guru indiens Narayan Maharaj de Kedgaon, Sai Baba de Shirdi et de SakoriKalchuri (1986) p.944.
Upasni l'aida, dit-il, à intégrer ses expériences mystiques avec une conscience normale, lui permettant ainsi de fonctionner dans le monde sans diminuer son expérience de la réalisation de DieuÉcoute, ô Humanité, p. 325. En 1921, à l'âge de 27 ans, après avoir vécu sept années avec Upasni, Merwan commença à attirer sa propre audience. Ses premiers disciples lui donnèrent le nom de « Meher Baba », ce qui signifie Père compassionnéKalchuri (1986) p. 328-330.
En 1922, Meher Baba et ses disciples fondèrent le « Manzil-e-Mîm » (Maison du Maître) à Bombay. Là, Baba commença à pratiquer l'exigence d'une stricte discipline et d'une obéissance sans faille de la part de ses disciplesKalchuri (1986) p.380. Une année plus tard, Baba et ses « mandalis » (membres du « cercle » de disciples) partirent pour s'établir dans un lieu à quelques kilomètres d'Ahmednagar, qu'il baptisa « Meherabad » (Meher florissant)Kalchuri (1986) p. 501. Cet âshram deviendra le centre de son travail. En 1924, Meher Baba y créa un internat scolaire, qu'il appela « Prem Ashram » (Ashram de l'amour). Cette école était gratuite et ouverte à toutes les castes et croyances. Elle amena des étudiants depuis toute l'Inde et l'IranRamjoo Abdulla, Ramjoo's Diaries, 1922-1929, A Personal Account of Meher Baba's Early Work, Sufism Reoriented, 1979.
Silence
Du jusqu'à sa mort en 1969, Meher Baba garda le silence. Il communiqua tout d'abord au moyen d'un tableau alphabétique, puis plus tard par un langage gestuel propre qui était interprété et transmis par l'un de ses mandali, habituellement par son disciple Eruch Jessawala. Meher Baba déclara que son silence n'était pas entrepris en tant qu'exercice spirituel mais uniquement en lien avec son travail universel.
Années 1930 Premiers contacts avec l'Occident Dans les années 1930, Meher Baba inaugura une période de multiples périples à travers le monde, dont plusieurs voyages vers l'Europe et l'Amérique du Nord. Ce fut alors qu'il prit ses premiers contacts avec son premier groupe de proches disciples occidentauxKalchuri (1986) p. 1405 et suiv.. Il voyageait avec un passeport persan car il avait abandonné l'écriture aussi bien que la parole, et ne voulait pas signer les formulaires requis par le gouvernement britannique des IndesKalchuri (1986) p. 1249.
Durant son premier voyage vers l'Europe en 1931, il prit le SS Rajputana, le même bateau qui transportait le Mahatma Gandhi qui se rendait à la seconde table ronde à Londres. Meher Baba et Gandhi se rencontrèrent trois fois à bord ; une de ces entrevues dura trois heuresPurdom (1964) p. 95.. La presse britannique insista sur ces rencontresVoir les articles du Daily Herald, 4 avril 1932 (cité dans Kalchuri (1986), p.1573) et du Sunday Express (avril 1932) cité dans Purdom (1964), p.99) mais un assistant de Gandhi déclara : « Vous pouvez écrire en insistant sur le fait que Gandhi n'a jamais demandé à Meher Baba de l'aide, ni de conseil spirituel ou autreRom Landau, God Is My Adventure, London, Faber & Faber, 1936, p. 111. ».
Durant la traversée, il fut interviewé par l'Associated Press, qui le cita décrivant son voyage comme « une nouvelle croisade [...] qui tente de briser les barrières religieuses, de détruire le matérialisme américain et d'amalgamer toutes les croyances en un élément commun d'amourJames A. Mills, (AP), Indian Spiritual Leader to Tour the Nation, Jefferson City Post Tribune, 25 mars 1932, p. 5 ». Son intention, selon l'article qui parut, était de sauver des milliers d'Américains du péché. Décrivant Baba comme le « Messie », l'article déclare qu'il avait cité des miracles qu'il avait effectués, et qu'il avait dit qu'une personne qui devient Une avec la vérité peut accomplir ce qu'elle veut, mais que c'est une faiblesse d'accomplir des miracles uniquement dans le but de montrer un pouvoir spirituel. Toutefois, un autre compte-rendu de l'interview affirme que lorsque Baba fut questionné à propos des miracles qui lui étaient attribués, il répondit : « Le seul miracle pour l'Homme parfait est de rendre les autres parfaits également. Je veux que les Américains réalisent l'état infini dont moi-même je jouisKalchuri (1986), p. 1541. »
Baba fut invité au lieu de retraite nommé « Meherashram » à Harmon (État de New York) par Malcolm et Jean Schloss. L'article du magazine Time consacré à cette visite affirme que Schloss faisait référence à lui avec des majuscules, c'est-à-dire « Il, Lui, Son, Lui-même » et que Baba était décrit par ses disciples comme le « Dieu-Homme », le « Messie », ou bien le « Maître ParfaitGod on the Hudson, Time Magazine, 2 mai 1932, récupéré le 26-06-2008 ».
Le , Baba arriva à New York et fournit à la presse une déclaration en 1 000 mots, qui fut décrite par son disciple Quentin Tod comme son « Message à l'Amérique ». Baba s'y proclame « Un avec la source infinie de tout » et déclare son intention de briser son silence : « Quand je parlerai, mon message originel sera transmis au monde et il devra être accepté ». Quand on lui demanda ce qu'il pensait de la situation politique indo-britannique, il ne fit aucun commentaire, mais ses disciples expliquèrent qu'il avait conseillé à Gandhi d'abandonner la politiqueIndian Mystic in New York, Associated Press, 20 mai 1932, The Lowell Sun.
En Occident, Meher Baba rencontra des personnes intéressées par ce qu'elles avaient entendu de son statut spirituel et de son travail en Inde. Nombreuses d'entre elles étaient des célébrités et des artistes, comme Gary Cooper, Charles Laughton, Tallulah Bankhead, Boris Karloff, Tom Mix, Maurice Chevalier, Ernst Lubitsch parmi d'autresRom Landau, God Is My Adventure, London, Faber & Faber, 1936, p. 108. Disponible comme Google book.