L’Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance (ADIR) rassemble des résistantes emprisonnées ou déportées du fait de leur engagement pendant la Seconde Guerre mondiale.

Préambule L’Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance (ADIR) rassemble des résistantes emprisonnées ou déportées du fait de leur engagement pendant la Seconde Guerre mondiale.

Elle inclut également dans ses rangs des femmes prises comme otages, par mesure de représailles, par les autorités de répression nazie en France ainsi que des femmes arrêtées dans les derniers mois de l'occupation dans le cadre de rafles.

Leur intégration dans l'ADIR provient de leur comportement en déportation, notamment par la participation au sabotage dans le cadre du travail forcé à Ravensbrück et dans ses kommandos, comportement attesté par deux "marraines" déjà cooptées. Cette sélection très stricte, par cooptation à la suite de la preuve d'états de services dans la résistance organisée, pour faits et attitudes de résistance, ou comportement patriotique en déportation, a permis toutefois à plus de anciennes déportées et internées d'en faire partieEn 1983, l'ADIR compte en effet près de cotisantes. Dominique Veillon. "L'association nationale des anciennes déportés et internées de la Résistance", in Mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Actes du colloque de Mets, 6-8 octobre 1983. Metz, Centre d'Histoire et de civilisation de l'Université de Metz, 1984..

D'après ses archives, la grande majorité de ses adhérentes, près des trois quarts d'entre elles, furent des déportées (90 % des cotisantes de 1981, par exemple, selon Dominique Veillon), ce qui donna une orientation de ses activités plus tournée vers la mémoire de l'univers concentrationnaireVoir inventaire des archives de l'ADIR, déposées à la BDIC : Philippe Mezzasalma, Inventaire des archives de l'ADIR, BDIC, cote F pièce 7303. Pour la proportion de déportées parmi les adhérentes, voir Philippe Mezzasalma, L'ADIR, DEA d'Histoire contemporaine, sous la direction d'Henry Rousso, Université de ParisX, 2002, déposé à la BDIC et à la BNF. Si on rapporte ces chiffres au nombre de femmes revenues de déportation, tels qu'ils apparaissent dans le Mémorial de la Déportation, cela signifie que l'écrasante majorité des femmes rescapées ont à un moment ou à un autre adhéré à l'ADIR, et qu'elle structure le champ mémoriel de la déportation des femmes depuis la France d'une manière déterminante pour l'écriture de cette histoire de 1945 à 1990Fondation pour la Mémoire de la Déportation. Livre Mémorial des déportés de France par mesure de répression et dans certains cas, par mesure de persécutions. Paris, Tirésias, 2004. 4 tomes. Pour l'implication de l'ADIR dans l'histoire de la déportation des femmes depuis la France, voir notamment Philippe Mezzasalma, "L'ADIR, ou une certaine histoire de la déportation des femmes de France", in Matériaux pour l'Histoire de notre temps, n°69, janvier-mars 2003, pp. 49-60.

Création de l'association Elle fut précédée par la création, en 1944 à l'initiative d'Irène DelmasL’association nationale des anciennes déportées et internées de la résistance (ADIR), Jacqueline Fleury, in Femmes en déportation. Les déportées de répression dans les camps nazis 1940-1945, Presses universitaires de Paris Nanterre, OpenEdition Books, 01 septembre 2021, EAN électronique 978-2-84016-409-8, de l’Amicale des prisonnières de la Résistance (APR), regroupant des résistantes internées dans les prisons françaises (notamment à Fresnes et à La Santé) qui, une fois libérées, voulaient préparer l’accueil des déportées. Sa première Assemblée générale, tenue le , le stipule bien, comme ses statuts alors votés, déposés le à la préfecture de ParisFondation pour la Mémoire de la Déportation, Ibid.. À cette date en effet, seules trois prisonnières françaises étaient revenues de Ravensbrück avant le mois d'août à Paris pour complément d'information d'enquête à la demande de la Gestapo, et ayant été libérées, elles avaient pu prévenir leurs compagnes internées des terribles conditions de vie qui avaient cours à RavensbrückBDIC, Archives de l'ADIR, F°delta rés 797/IV/dossier « femmes enceintes ramenées à Paris », documents réunis par Anise Postel-Vinay.. Néanmoins, revenues avant la dernière période d'existence du camp, en plein effondrement du Reich, la réalité du retour entre avril et fut pire encore que ce qu'elles avaient décritMaryka Delmas, la première présidente de l'APR, part ainsi dans la délégation officielle française à la rencontre, frontière franco-suisse, du premier convoi de 300 françaises libérées de Ravensbrück le 2 avril 1945. Elle leur avait emporté ... rouge à lèvres, peignes et accessoires de toilette, ce qui avait provoqué l'agacement du représentant d'Henry Frenay. Archives nationales, F9/3367, rapatriement des déportés depuis la Suisse..

De leur côté, plusieurs résistantes déportées à Ravensbrück (principal camp d’internement de femmes) envisageaient de fonder, à leur retour en France, une association qui leur permettrait de prolonger les liens noués dans les camps et d’honorer la mémoire de leurs camarades disparues.

De la rencontre de ces deux projets est née l’ADIR, peu de temps après le retour des déportées de Ravensbrück. Ses statuts ont été déposés le . Ceux-ci rappellent les objectifs de l'APR en les précisant.

L’ADIR est alors la principale association de femmes dans un monde de combattants essentiellement masculin. Leur volonté était de poursuivre la solidarité qui les avait unies dans les sections féminines des prisons, dans les convois de femmes, dans les camps et les prisons de femmes en Allemagne.

Unies après la Libération comme dans les camps « Nous nous sommes réunies entre femmes seulement […] : cet esprit de fraternité que nous voulons toutes prolonger et faire fructifier naît de la connaissance directe que les unes ont des autres, des souvenirs communs et des souffrances partagées » Jane Sivadon, première présidente de l'ADIR, lors de l’assemblée générale constitutive du . Un deuxième acte fondateur de l'ADIR fut la création du bulletin de l'association, Voix et Visages, en . Le titre (une idée d'Irène Delmas, nom de guerre "Maryka", durant son internement) rappelle "autant les voix des prisons qui sortaient des murs, des grillages que les visages de toutes celles qui se sont retrouvées dans la grande aventure, les visages émaciés de RavensbrückClaire Davinroy, "Ce que sera le bulletin", Voix et Visages n°1, p.1, 1945.. Tout d'abord trait d'union entre les rescapées devant revenir (parfois difficilement) à la vie civile, le bulletin permit de contribuer à la poursuite de criminels de guerre, et à préserver la mémoire des disparues par la publication régulière In mémoriam. Entre les années 1960 et 1990 il publia des témoignages qui sont souvent les seuls documents dont disposent alors les historiens sur des kommandos de Ravensbrück méconnus.

Cette volonté de demeurer unies en dépit des vicissitudes politiques se traduira notamment par le fait que les militantes communistes, animant par ailleurs l'Amicale des déportées de Ravensbrück, affiliée à la FNDIRP, resteront à l'ADIR malgré l'évolution de la guerre froide. En 1948, l'association connait ainsi un désaccord sur la position à tenir face à l'arrestation en Tchécoslovaquie d'une ancienne déportée tchèque militante démocrate par le régime pro-soviétique arrivé au pouvoir dans ce pays à la suite du « coup de Prague ». Cette tension se manifeste ainsi par la publication dans « Voix et Visages » de lettres ouvertes d'Anise Postel-Vinay et de Marie-Claude Vaillant-Couturier concernant le comportement des communistes dans les camps nazisVoix et Visages, tout au long de l'année 1948. En 1951, l'ADIR répond positivement à la demande de David Rousset de participer à une commission d'enquête sur les goulags en URSS, ce qui amène les rescapées communistes à ne plus occuper de responsabilités à l'ADIR, qu'elles ne quitteront cependant pas, et à se recentrer sur l'Amicale de Ravensbrück. À partir de cette époque, la sensibilité de l'ADIR devient très fortement marquée par le gaullisme de guerre, qui se retrouve dans le ton du bulletin.

Œuvre sociale de l'ADIR

L'ADIR prend dès sa fondation pleinement conscience que les pouvoirs publics n'ont pas conscience des sévices subis par les déportés, et que les structures sociales, médicales ou psychologiques ne sont pas adaptées à la difficile réinsertion et au lent suivi des rescapés. Elle décide donc dès le début de prendre en charge une partie de ce suivi : dès 1945, elle crée rue Guynemer à Paris un foyer d'accueil pour les rapatriées qui se retrouvent isolées et démunies à leur retour, avec un vestiaire, un service social, une bibliothèque, un atelier de formation de couturières, une cantine.

L'association organise pendant une décennie des séjours de repos en sanatorium ou en cure de repos, dans les Alpes ou les Pyrénées dont bénéficieront environ anciennes déportées. Dès l'été 1945 et jusqu'au printemps 1947, elles seront, en particulier, environ 500 à venir en convalescence en Suisse romande, dans 9 lieux d'accueil (Crassier, Nyon, Château-d'Oex, Montana, Villars-sur-Ollon, Le Mont-sur-Lausanne, Fribourg, Les Avants-sur-Montreux et Grandchamp). Cet accueil est financé par les multiples conférences que donne Geneviève de Gaulle partout en Suisse et par une contribution (tardive) du "don suisse", un organisme semi-public créé en 1944 par le Conseil fédéral, qui participe au rattrapage humanitaire de la Suisse, selon l'expression de l'historien Jean-Claude Favez. Un Comité d'aide en Suisse de l'ADIR, présidé par Germaine Suter-Morax, coordonne les séjours de convalescence des déportées avec le foyer de la rue Guynemer, où œuvre en particulier Florence Morax, assistante sociale (qui se trouve être la sœur de Germaine Suter-Morax).

Parmi celles qui bénéficient de cet accueil, on peut citer Simone Veil (alors Jacob) qui en garde un très mauvais souvenir, Ida Grinspan, Noëlla Rouget-Peaudeau (qui présidera la délégation suisse de l'ADIR) ou encore Charlotte Delbo, laquelle publie dans la presse suisse quelques nouvelles, qui deviendront vingt ans plus tard des chapitres de son œuvre littéraire. On peut encore citer France Audoul et Violette Lecoq connues toutes deux pour leurs dessins sur Ravensbrück. Un ouvrage paru en 2013, aux éditions Alphil, à Neuchâtel offre un large aperçu de cette action de l'ADIR : il s'agit de Retour à la vie : l'accueil en Suisse romande d'anciennes déportées françaises de la Résistance, 1945-1947 d'Eric Monnier et Brigitte Exchaquet-Monnier (préf. Marc Perrenoud, avant-propos Anise Postel-Vinay, postface Noëlla Rouget).

Le service social de l'ADIR aide les rescapées dans leur formalités d'obtention (ou de reconnaissance) de leurs droits, pensions, décorations ou indemnités. Un suivi est fait aussi pour aider à l'obtention de logements adaptés. À partir des années 1970, au moment du vieillissement des adhérentes, tout un travail d'accompagnement dans la maladie se met en place, de prise en charge administrative, voir de tutelle. Un important travail de lobbying permet aussi que des recherches soient entreprises sur les pathologies spécifiques de la déportation.