Pierre Frogier, né le à Nouméa (Nouvelle-Calédonie), est un homme politique français.

Président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie de 2001 à 2004, il est député de la de 1996 à 2011 puis sénateur jusqu'en 2023. Il est également président du Rassemblement-UMP ou Rassemblement de 2005 à 2018 et président de l'Assemblée de la province Sud de 2009 à 2012. Il est à ce jour le seul homme politique à avoir présidé les trois principales institutions de la Nouvelle-Calédonie que sont le gouvernement, le Congrès et la province Sud.

Origines familiales et carrière professionnelle Fils de Charles Frogier et Josette Dalmayrac Journal de Campagne pour législatives du Rassemblement-UMP, 05/2007., il est d'origine tahitienne par son père (sa grand-mère paternelle, Tevaruavahine Ariipeu, est une Tahitienne autochtone de Punaauia, et son grand-père, Eugène Frogier, un fils de colon de Papeete originaire d'Indre-et-Loire) et, par sa mère, est le petit-fils de l'ancien maire de Nouméa Édouard Dalmayrac (maire par intérim le puis de nouveau premier magistrat de la commune de 1943 à 1947, lui-même fils d'un transporté natif de l'Aveyron et installé à Pouembout).. Du côté paternel, il est le cousin de Tea Frogier, ministre du gouvernement de la Polynésie française de 2014 à 2020.

Maître en droit privé de l'Université de Bourgogne à Dijon en 1974, Pierre Frogier devient, à son retour en Nouvelle-Calédonie, substitut du procureur de la République près le Tribunal de Nouméa en 1976. Il quitte ensuite la magistrature pour s'associer avec Michelle Siret dans l'agence générale (société immobilière), puis en 1988 avec Marie-Noëlle Thémereau dans la création de l'Agence générale de Nouvelle-Calédonie, devenue l'une des principales agences immobilières du Territoire. Bien qu'ils soient désormais adversaires en politique, Pierre Frogier et Marie-Noëlle Thémereau sont toujours associés à la tête de cette agence..

Famille

Marié à Annick Morault (née en 1953 à Nouméa, décédée en 2022 en France métropolitaine), il a eu trois enfants : Pierre Jehan Frogier (né en 1977), culturiste, Vaea Frogier (née en 1978), responsable de la communication puis trésorière du Rassemblement, conseillère municipale du Mont-Dore depuis 2014, Brieuc Frogier (né en 1981), conseiller provincial Rassemblement puis Ensemble ! du Sud et membre du Congrès depuis 2019. Il affiche son soutien à Éric Zemmour pendant la présidentielle de 2022 et est conseiller spécial éphémère auprès de la secrétaire d'État Sonia Backès..

Carrière politique

L'ascension politique à la fois locale et nationale

Durant ses études en droit en Métropole entre 1969 et 1974, il milite au sein des Jeunes Républicains indépendants (JRI) et, une fois de retour en Nouvelle-Calédonie, il fonde en 1975 avec le journaliste Pierre Maresca la section locale de Génération sociale et libérale (GSL), nouveau nom depuis 1974 des JRI. En 1977, il adhère au Rassemblement pour la Calédonie de Jacques Lafleur, qui devient l'année suivante le Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR), qui fédère les forces politiques anti-indépendantistes. Il se fait élire sous cette étiquette à l'Assemblée territoriale en 1977. Il devient membre du Conseil de gouvernement le , il le reste jusqu'en 1982 (des affectations personnelles étant attribuées en 1979, il est chargé de plus à partir de cette date de l'Économie et du Développement industriel). Après l'adoption d'un nouveau statut pour le Territoire, il retrouve un siège au sein du Gouvernement du Territoire dirigé par Dick Ukeiwé de 1984 à 1985, en tant que ministre de l'Économie et des Finances, également chargé des Affaires intérieures. Il siège de nouveau à l'assemblée délibérante, rebaptisée Congrès du Territoire par le statut Pisani, à partir de 1985, et devient dans le même temps président de la Région Sud de 1986 à 1988 en remplacement de Jean Lèques, tout juste élu maire de Nouméa, et peut ainsi siéger au sein du Conseil exécutif. Il est reconduit au sein de ce dernier en 1988, mais cette fois en étant élu par le Congrès.

Après la signature des Accords de Matignon en 1988, il est réélu sans discontinuer jusqu'en 2001 à l'Assemblée de la Province sud et au Congrès à partir de 1989. Il est d'ailleurs de la Province sud de 1991 à 1996 et de 1999 à 2001, secondant ainsi Jacques Lafleur, ainsi que président du Congrès de 1995 à 1997. Il est de plus élu maire du Mont-Dore, la deuxième commune du Territoire, en 1987, à la suite du décès de Victorin Boewa dont il était le premier adjoint depuis 1983, et, suppléant du député Maurice Nénou, il le remplace à l'Assemblée nationale pour représenter la (l'ensemble de la Grande Terre à l'exception de Nouméa, ainsi que les îles Belep) après sa mort en 1996. Il sera réélu député en 1997, 2002 et 2007. À l'Assemblée nationale, il est membre de la commission de la défense nationale et des forces armées, le coprésident du groupe d'études minières, le président du groupe d'amitié France-Australie à partir de 2003 et le secrétaire de celui France-Japon. Il est également désigné secrétaire national de l'UMP chargé de l'Océanie et du Pacifique le .

Maire de 1987 à 2001 de la seconde commune du Territoire, fortement touchée par l'explosion urbaine du Grand Nouméa (avec une croissance annuelle moyenne de 3,85 % entre 1989 et 1996), il lance en 1995 un plan d’aménagement du centre-ville afin de voir la création « d'une centralité urbaine, identitaire et conviviale, d'un cœur de ville cohérent, attractif » à Boulari, avec remblayage, relocalisation de certains services, construction d'un centre culturel (inauguré en 2001) et de salles polyvalentes, voire d'une marina. Dès 1987, il avait fait débuter le remblayage d'une vingtaine d'hectares dans ce quartier et la construction de la nouvelle mairie M. VILLISSECK, « Boulari, des origines au centre-ville », Mont-Dore Infos, 02/2010, p. 27.. Ce projet n'est toutefois véritablement concrétisé qu'à partir de 2004, tandis que les premiers logements sont livrés en 2007.. Il crée sinon le Centre communal d'action sociale en 1991 et lance avec les maires d'Arue, Boris Léontieff, et de Nuku Hiva, Lucien Kimitete, un processus de jumelage avec ces deux communes de Polynésie française. Mis entre parenthèses avec la mort dans un accident d'avion de Boris Léontieff et Lucien Kimitete le , ce projet est finalisé à partir de 2004. Au niveau de l'intercommunalité, il participe avec les autres maires du Grand Nouméa (Jean Lèques à Nouméa, Bernard Marant à Dumbéa et Harold Martin à Païta) à la création des deux premiers SIVU (celui des eaux du Grand Nouméa EGN en 1988 et celui des Transports scolaires Transco en 1996) ainsi qu'à la négociation du premier contrat d'agglomération 2000-2004 signé le et dont le Mont-Dore récupère 21,3 % de l'enveloppe de 14,2375 milliards de francs CFP (119 310 250 €).

Le dauphin potentiel de Jacques Lafleur

Rapidement, Pierre Frogier apparaît comme l'un des dauphins potentiels de Jacques Lafleur lorsque celui-ci le fait de la Province sud. Mais jusqu'en 2001, Harold Martin fait lui aussi figure de successeur probable. Ce dernier se met hors jeu lors des municipales à Païta au cours desquelles, étant maire sortant, il se maintient face à la liste officielle du Rassemblement. Pierre Frogier reste donc seul en lice, son statut de dauphin étant confirmé lorsqu'il succède à Jean Lèques pour devenir président du Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie en . Pendant la période qu'il passe à la tête du gouvernement (2001-2004), on lui reproche de s'effacer totalement devant Jacques Lafleur qui prend seul les décisions tandis que ses partenaires indépendantistes au sein du gouvernement l'accusent de ne pas assez faire jouer la collégialité. C'est pour cette raison que l'Union calédonienne se retire en de son gouvernement, provoquant la chute de celui-ci. Le nouveau gouvernement élu reste néanmoins dirigé par Pierre Frogier.

Parmi les réalisations opérées par le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie durant son passage à sa tête, on peut citer : la signature en d'un accord particulier État - Nouvelle-Calédonie pour favoriser le développement culturel du Territoire, comprenant la mise en place par l'État d'un programme pluriannuel scientifique et technique (inventaire complet des œuvres kanak détenues dans les musées métropolitains et étrangers, aide au retour de ces œuvres, développement de la duplication des documents détenus par l'État et protection des savoirs traditionnels et des expressions de la culture kanak), la promotion des langues kanak (encouragement de la création littéraire, réalisation d’outils pédagogiques en langues et création d'une licence de langue et culture régionale à l'Université de la Nouvelle-Calédonie par l'État, proposition d'un enseignement sur les langues et la culture kanakes dans le cadre de la formation des professeurs des écoles, proposition d'épreuves optionnelles de langues dans les concours administratifs locaux et développement d'une Académie des langues kanak par la Nouvelle-Calédonie), l'aide à la création audiovisuelle (l'État devant permettre aux producteurs et réalisateurs de Nouvelle-Calédonie de bénéficier du soutien financier du Centre national de la cinématographie), la recherche d'une application du code de la propriété intellectuelle adaptée aux réalités néo-calédoniennes, le renforcement de l'assistance étatique à l’Agence de développement de la culture kanak (ADCK) et le développement de la lecture publique en améliorant la formation des bibliothécaires et en multipliant les équipements.. la signature également le d'un protocole d'accord avec l'État sur le développement du sport en Nouvelle-Calédonie et donc les objectifs sont de favoriser la mobilité des sportifs calédoniens, à qui va s’appliquer une sorte de passeport mobilité, permettre au territoire de disposer de davantage de conseillers techniques sportifs (CTS) ou de cadres fédéraux pour conduire les sportifs calédoniens au plus haut niveau, contribuer à la préparation et à la participation des sportifs aux événements régionaux en général, tout particulièrement aux Jeux du Pacifique, étendre les moyens de lutte contre le dopage et réaffirmer, de manière plus générale, les relations privilégiées entre les fédérations métropolitaines et leurs organes décentralisés, ligues ou comités régionaux et enfin d'assurer l’attachement du ministère des Sports et du Comité national olympique et sportif français « au principe de la contribution du Fonds national de développement du sport aux projets de développement du sport calédonien ». la négociation en puis la signature le de l’accord particulier avec Wallis-et-Futuna, prévu par l'accord de Nouméa. Il a pour objet d’organiser les services de l’État de façon distincte entre les deux collectivités et de préciser l’appui de l’État et de la Nouvelle-Calédonie en faveur du développement économique de Wallis-et-Futuna, cela afin d'enrayer l'émigration que connaissent fortement les deux îles..