Le savoyard (savoyâ ou savoyârd ) est le nom donné aux dialectes de la langue francoprovençale (ou arpitane) parlés en Savoie (Savouè). Il s'agissait de la variante francoprovençale la plus parlée en France, avec un nombre de locuteurs estimé à en 1988. Selon plusieurs sondages, la proportion de la population savoyarde parlant cette langue était en 2001 de 7 %Le Portable, , février 2001., dont seulement 2 % des Savoyards l'utilisaient quotidiennement, majoritairement dans les milieux ruraux.

Le savoyard est compris dans la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires en tant que dialecte du francoprovençal. Cependant, le savoyard est lui-même subdivisé en de nombreux sous-dialectes dans presque toutes les grandes vallées.

Ce dialecte du francoprovençal a vu son nombre de locuteurs fortement diminuer depuis l'annexion de la Savoie à la France en 1860, notamment à cause de l'interdiction de le parler à l'école, le service militaire, ainsi que lors des deux conflits mondiaux. Le a vu le nombre de locuteurs passer de la quasi-totalité de la population des campagnes savoyardes à quelques dizaines de milliers.

Cependant au cours des années 1980, un regain d’intérêt a existé avec l'organisation de nombreuses fêtes internationales du francoprovençalFêtes internationales de l'arpitan: chronologie, la création de plusieurs associations ayant pour but de sauvegarder cette langue, notamment, le groupe de Conflans, et l'Institut de la langue savoyarde, la publication de nombreux ouvrages (monographies, livres, romans), ainsi que l'enseignement — quoique difficile, du fait de l'absence de reconnaissance comme langue régionale — présent dans quelques écoles. De nombreux échanges entre élèves ayant pris cette option sont organisés chaque année, surtout lors du concours Constantin-Désormeaux visant à récompenser les meilleurs travaux des élèves dans cette langue. La signalisation bilingue commence elle aussi à être présente en Savoie à l'entrée des agglomérations.

La manière dont doit évoluer le savoyard, quant à une possible pseudo-uniformisation, une orthographe commune à l'ensemble de l'aire francoprovençale, est cependant sujette à de nombreuses controverses entre plusieurs courants. Ces courants sont le plus souvent divisés en deux groupes. Les patoisants, groupe majoritairement formé de retraités, qui, pour la plupart, sont des locuteurs natifs, ayant inconsciemment appris la langue dès leur plus jeune âge avec leurs parents, souvent en ce qui concerne la vie rurale, mais qui, pour une partie d'entre eux, ne se sont « réintéressés » au savoyard qu'à un âge assez tardifLe francoprovençal entre la France, la Suisse et l’Italie : langue diffuse, langue focalisée et enjeux de normalisation ; Natalia Bichurina : pour la majorité, ils sont pour une conservation de la langue telle qu'elle est, avec ses variantes, préférant utiliser la graphie de Conflans (ou de type semi-phonétique). L'autre groupe, informel, est composé des néo-locuteurs, dont le groupe le plus représenté est celui dit des arpitans. La plupart de ceux-ci exercent un métier intellectuel et n'ont appris la langue que tardivement, de manière volontaire. À la différence des patoisants, ils n'utilisent le terme patois qu'avec les locuteurs natifs, car ils estiment que pour le grand public, le terme patois a une connotation péjorative (ce serait une sous-langue), et n'utilisent que modérément le mot francoprovençal qui est de nature confuse. Ils préfèrent le néologisme arpitan et promeuvent la diffusion d'une orthographe normalisée supradialectale (ORB), sans rejeter les graphies phonétiques, qui Orthographe sur le site de l'ACA, Fédération internationale de l'arpitan / francoprovençal.

Histoire Le savoyard est un dialecte du francoprovençal, qui lui-même est une langue gallo-romane issue de différentes langues, dont les plus importantes sont le Latin et les dialectes gaulois, ainsi qu'un substrat burgonde — dont l'importance au sein de la langue est encore discutée. Né durant l'époque carolingienne en même temps que le reste de l'aire linguistique francoprovençale, le savoyard va connaitre différentes évolutions et scissions qui forgeront la langue savoyarde actuelle et ses différentes variantes selon les vallées.

Origines de la langue savoyarde, et évolution durant le haut Moyen Âge Les premières traces du savoyard remontent à l'époque carolingienne, lors de la division qu'il y eut entre l'aire linguistique d’oïl et l'aire linguistique francoprovençale. L’événement à l'origine de cette séparation est l'ajout d'une nouvelle capitale pour la partie occidentale de la province lyonnaise qui s'opéra en 508 sous le règne de Clovis (règne : 482/511). La capitale de la France salienne devient Paris. À la suite de cet événement, pouvant paraître insignifiant, que les deux aires linguistiques se séparèrent. Les évolutions de la langue en pays d'oïl ne sont donc plus forcément acceptées par l'aire francoprovençale. On peut noter trois refus majeurs datant de cette époque, qui accélèrent la naissance du francoprovençal. Le plus notable, et sans doute le plus marquant, fut le déni de l'aire francoprovençale d'accepter l'oxytonisme généralisé, présent en langue d'oïl. La grande majorité des voyelles finales — principalement le a, marque du féminin — restèrent atones (exemple : le latin rosa donne rose en français, et reu/rouza en savoyard). vignette|250x250px|Carte des dialectes de l'arpitan. thumb|250x250px|Le savoyard fait partie du domaine linguistique arpitan.Sur le principal substrat du savoyard qu'est le latin, des traces celtiques et gauloises d'une latinisation tardive restèrent présentes dans la langue savoyarde. En effet, la principale différence entre l'occitan et le francoprovençal est la date de latinisation qui, pour le deuxième, fut plus tardive que le premier. Découlant de cela, le substrat celtique est bien plus important dans le domaine francoprovençal que dans le domaine occitan, comme le montrent les nombreux mots issus de dialectes gaulois incorporés dans la langue. On peut citer comme exemple le mot BLIGITICARE, signifiant « traire » en gaulois, qui en savoyard a donné bloshyi / blotsyé / blostyé ou , signifiant « finir de traire », ou « traire une seconde fois » — on peut constater, comme pour beaucoup d'autres formes gauloises restées en savoyard, l'évolution péjorative de ce mot, "barbare" aux yeux du latin. Ce terme est, entre autres, à l'origine du nom reblochon, un fromage savoyard. Le mot savoyard nant (rivière), qui est aujourd'hui très présent dans la toponymie savoyarde, est lui aussi un bon exemple du substrat celtique, que l'on retrouve dans les langues brittoniques sous des formes équivoques, comme le breton nant (canal). Le haut Moyen Âge fut aussi le théâtre d'invasions barbares en Savoie, principalement burgondes, qui apportèrent un nombre plus ou moins important de mots au savoyard, comme tasson (blaireau), fata (poche)… Seulement, au vu des faibles connaissances que les linguistes ont de la langue burgonde, il est difficile de déterminer avec exactitude quelle est l'étendue du substrat burgonde. Il est donc l'objet de vives controverses.

Il faut donc noter des emprunts aux langues celtiques (ex: nant ou nan = ruisseau, torrent) et burgondes mais aussi aux langues voisines comme l'occitan, et quelques-uns à la langue d'oïl. Le principal substrat du savoyard, et des autres langues romanes, reste néanmoins le latin (voyelles finales latines inaccentuées, comme dans le nom de village Giettaz se dit , le « a » final n'étant presque pas entendu).

Du Moyen Âge au vignette|Évolution du C+A latin en Savoyard.|294x294px L'entrée dans cette longue période historique se fait par une période d'évolution et d'éclatement linguistique forte (non endémique à l'aire francoprovençale) et floue dans le cas du savoyard. En effet, les évolutions entre le domaine d'oïl et le domaine francoprovençal se font soit de manière plus ou moins similaire, soit totalement différente. Au , une évolution notable est présente dans les deux domaines de manière similaire, il s'agit de l'amuïssement du s préconsonantique devant une consonne sourde (ex : tsasté > tsaté). D'autre part, la scission entamée entre les deux groupes linguistiques sous le règne de Clovis s'est en partie accentuée au , notamment par la réduction des consonnes affriquées en ancien français [d͡ʒ] en [ʒ] (issus du J,D + Y ; G +A latin) ; le [t͡s] en [s] ; et le [t͡š] en [š] (issus du C + I,E latin). Ainsi, les mots latin centus et vocem vont à partir du évoluer en français de la manière suivante : diŭrnus donne djorn > jorn > jour et centus donne > tsentus > cent ; alors qu'en francoprovençal, on observe un schéma différent, comme suit : cinque > tsin(q) > þẽ (θẽ)> thin, et djor > dzor > zor , certains dialectes ayant poursuivi en z, ð (son de the anglais), à l’exception de certains endroits de l'aire francoprovençale qui ont conservé plus ou moins longtemps les formes en dz et ts. C'est en cela qu'un flou linguistique persiste, car les [dz] et [ts] n'ont pas subsisté sous cette forme identique dans toute la Savoie.

Effectivement, comme le montre la carte ci-contre, le C+A latin, qui dans sa forme originale [t͡s] a donné, selon les variantes savoyardes, [st], [θ], [h], [s], et plus récemment [f] à Lanslebourg (début 1900). Le [d͡z] a quant à lui donné [zh], [z], et [zd]. La majorité de ces évolutions restent incertaines, cependant, la période d'évolution du [t͡s] en [θ], ainsi que du [d͡z] en [zh] est sûrement celle évoquée plus haut — —, car c'est à la même époque que l'espagnol voit de même son [t͡s] évoluer en l'inter-dentale [θ] identique au savoyard sh. Les métathèses [st] et [zd] faites dans le Val d'Arly, et le Beaufortain restent quant à elles mystérieuses, et peu d'explications ont été fournies. Une des rares études réalisées sur ce sujet est celle de Jules Cornu, qui en 1877, publiait son étude Métathèse de ts en st et de dz en zd dans Romania, tome 6 une explication selon laquelle les sons [zd] et [st] n'étant pas des sons simples, ils résultent d'une évolution linguistique. Il expose donc qu'un cheminement du type ts > sts > st et dz > zdz > zd est sûrement à l'origine de cette variation unique dans le domaine francoprovençal.

Outre les évolutions linguistiques, le Moyen Âge, ainsi que la Renaissance, sont aussi l'âge d'or de la littérature savoyarde. De nombreux écrits relatant les épisodes importants du duché de Savoie fleurissent. Ainsi, les textes de Jean Menenc, qui en 1590 vantait les mérites de Charles-Emmanuel de Savoie et dont voici un extrait : David dè petit corsajut Ot tantost met de revay Goliaz, cé gro ravnajut, Que facey tant le mavay.David de petite taille Eut tôt fait de renverser Goliath, ce géant ravageur, Qui était si méchant. Textes qui ne furent pas toujours en faveur du duché de Savoie, comme le montre Le plaisant discours d'un médecin savoyart emprisonné pour avoir donné advis au Duc de Savoye de ne croire son devin. (titre en ancien français) datant de l'été 1600, dont voici un extrait : Creide me, ie vo en priou, Monsiou On Ray é bin atrou qu'on Dou Per m'arma, ie fechi bin coire ; Y se fecha en gran colaire E brammave com'on pati [...] Lo ray en sa fransy n'a esta Mai bin c'è trouva en savoay Et é dou e ray, per ma fay! [...]Croyez-moi, je vous en prie, monsieur, Un roi est bien différent d'un Duc. Par mon âme, je le fis bien bouillir (de colère) Il se mit en grande colère Et meuglait comme un chiffonnier. [...] Le roi n'est pas resté dans sa France Mais, s'est bien trouvé en Savoie, Et il est duc et roi, par ma foi ! [...]

Du à nos jours