Marcel Degliame, né le à La Cassine (Ardennes) et mort le à Sennevières (Indre-et-Loire)., est un ouvrier, un syndicaliste, un résistant français, Compagnon de la Libération, un historien de la Résistance, un administrateur de théâtre, un producteur de film.
Biographie Premières années et syndicalisme Il est né le , à La Cassine (Ardennes), d'un père bûcheron et d'une mère couturière.. Il est le dernier des sept enfants du couple. En , au déclenchement de la Première Guerre mondiale, il a quand son père mobilisé est envoyé au front. Face à l'invasion des troupes allemandes, sa mère, restée seule, décide de fuir avec ses enfants. Elle arrive dans l'Aube où son mari, démobilisé en raison de sa situation de responsable de famille nombreuse, vient la rejoindre. La guerre terminée, la famille s'installe définitivement à Vendeuvre-sur-Barse, près de Troyes.
Marcel Degliame, certificat d'études en poche, entreprend un apprentissage en ébénisterie malgré l'insistance de son père et de l'instituteur du village qui souhaitaient lui faire poursuivre ses études au collège de Bar-sur-Aube. Trois ans plus tard, à , son apprentissage terminé, il quitte ses parents pour s'installer à Troyes. Ne trouvant pas de travail comme ébéniste, il se fait embaucher comme ouvrier bonnetier dans une usine de textiles fabriquant des sous-vêtements. À Troyes, après la grande manifestation du 1er mai 1928, il adhère à la CGTU ainsi qu'au Parti communiste français (PCF). Il milite activement dans le mouvement syndical tout en suivant des ateliers de formation que dispense le PCF à ses adhérents.
Au début 1933, il part à Paris rejoindre son frère aîné Jean qui, lui, travaille comme ouvrier carrossier au sein des usines automobiles Renault à Boulogne-Billancourt. Il trouve du travail dans une petite bonneterie artisanale de Boulogne et milite alors au sein de la fédération nationale des ouvriers du textile de la région parisienne. À la fin de l'année 1933, il effectue son service militaire au BCP (bataillon de chasseurs à pied) de Strasbourg. Démobilisé fin 1935, il reprend ses activités syndicales et s'inscrit à l'université ouvrière fondée par Henri Barbusse pour y suivre des cours d'économie politique, de philosophie et d'histoire du monde ouvrier. En , il est engagé et appointé par l'Union des syndicats du textile de la région parisienne en qualité de secrétaire permanent. Ses nouvelles responsabilités le conduisent à participer à de nombreuses activités de luttes qui aboutiront à la victoire du Front Populaire en mai-. À cette occasion, il organise de grands rassemblements des ouvriers au sein des usines textiles. Cette même année, Jacques Prévert ayant créé le "Groupe Octobre" désire monter des spectacles dans les usines occupées par les ouvriers en grève. Il s'adresse aux responsables de la CGT afin d'y trouver des acteurs occasionnels. C'est ainsi que Marcel Degliame fera sa connaissance et que naîtra une amitié durable. Il crée une commission d'études qui serviront de bases aux négociations pour la mise en place des conventions collectives nationales par branches professionnelles signées lors des Accords Matignon du . vignette|Marcel Degliame au bureau de la CGTU en 1934 ( rang à droite)
Il fait la connaissance de Berthe Goutverg, issue d'une famille juive et communiste de petits commerçants et artisans parisiens. Elle-même est une militante communiste au sein de l'Union des jeunes filles de France, fondée par Danielle Casanova. Ils se marient le à Paris. De cette union, nait en 1942, une fille, Claude Degliame-Rabeux. Lors de la grève générale du , il est arrêté pour entrave à la liberté du travail. Condamné à deux mois de prison, il purge sa peine à la prison de la Santé. Au début de 1939, le bureau de la CGT le désigne pour organiser et diriger un centre d'accueil à l'intention des enfants des Républicains espagnols réfugiés en France. Installé à La Couarde-en-Ré, ce centre est un organisme créé par le Front populaire et patronné par la CGT qui fait partie des "Vacances populaires enfantines". Il accueille , 200 orphelins, victimes de la Guerre d'Espagne. Marcel Degliame en assume la direction jusqu'à la date de sa mobilisation en .
Les années de guerre et l'évasion Au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, il est mobilisé à Saverne (Bas-Rhin). Il est affecté à un bataillon en formation dans l'infanterie. Il est secrétaire du commandant. Alors que son bataillon se trouve en garnison à Montcornet (Aisne), il est frappé d'une attaque de poliomyélite qui entraîne une paralysie de sa jambe gauche. Il est d'abord envoyé à l'hôpital militaire de Rethel (Ardennes) puis dirigé vers l'hôpital de la Cité universitaire à Paris. Après plusieurs mois d'hospitalisation, en plein exode de , il est dirigé vers le dépôt d'Epinal pour y passer un conseil de réforme. Au cours du repli, tout son bataillon est fait prisonnier à Fougerolles (Haute-Saône). En , il est d'abord transféré dans un stalag en Allemagne.
Le , en compagnie d'un de ses camarades, Georges Klar, il fait une première tentative d'évasion. Ils sont repris cinq jours plus tard à la frontière de Bohême-Moravie. Transférés dans les Sudètes, à Teplice, ils réussissent une seconde tentative d'évasion, en . Ils traversent la Tchécoslovaquie, les montagnes des Carpates, et parviennent à gagner Budapest. Là, après avoir demandé asile à l'ambassade de l'URSS puis des États-Unis, ils sont accueillis par l'ambassade de France, hostile au régime de Vichy. Ils reprennent leur évasion mais disposent désormais de passeports diplomatiques. Partis de Budapest, ils traversent la Roumanie, la Turquie et arrivent en Syrie et poursuivent leur route, depuis Alep, jusqu'à Beyrouth. Là, ils refusent d'être incorporés dans les troupes de l'armée fidèle au régime de Vichy, commandées par le général Dentz. Grâce à la complicité d'amis gaullistes arrivés de Budapest, ils se font hospitaliser pour ne pas avoir à se battre contre les Alliés.
Le , Beyrouth est prise par la 1re division française libre et les troupes britanniques. L'épopée de l'évasion de Marcel Degliame et Georges Klar fera l'objet d'une série d'émissions sur France Culture en 1967, animée par François Billetdoux, "Le Retour d'Ulysse". Lors des installations des autorités militaires gaullistes à Beyrouth, Marcel Degliame rencontre Jacques Lassaigne, responsable de l'information et de la propagande pour la France libre au Moyen-Orient. Ce dernier l'encourage à rentrer en France pour organiser la résistance dans les milieux syndicaux. Degliame s'engage alors dans les FFL et, rapatrié en France sur le bateau-hôpital Canada, il débarque à Marseille en .
Degliame s'installe à Antibes où sa femme l'a rejoint. Il décide de prendre contact avec Claude Bourdet, qui habite Vence, et pour lequel Jacques Lassaigne lui a remis une lettre d'introduction.
La Résistance Sa rencontre avec Claude Bourdet est décisive car celui-ci participe déjà à l'organisation de résistance créé par Henri Frenay qui deviendra le mouvement de résistance Combat. Ses premières activités se situent dans les Alpes-Maritimes où Bourdet le charge de la diffusion du journal Vérités (qui deviendra Combat) ainsi que du recrutement, de l’organisation et de la propagande (R.O.P.). En , une première fois, à Antibes, il échappe à la police française ce qui l’oblige à entrer dans la clandestinité. Tout en poursuivant ses activités de résistance, il exerce un travail de bûcheron qui lui procure une bonne couverture. Avec sa femme, il s’installe dans le petit village d’Ampus (Var) situé au-dessus de Draguignan. Au retour d’une tournée clandestine, il est arrêté à Draguignan par la police de Vichy. Conduit à Ampus pour une perquisition de son domicile, il parvient à s'échapper.
Bourdet le présente à Henri Frenay qui décide de son installation à Lyon. Le mouvement « Combat » a pris de l’ampleur et en , Degliame est chargé de mettre en place l'Action Ouvrière de Combat (AO). Il travaille à l'édition de journaux et de tracts avec André Bollier. Il organise des groupes de sabotage dans les usines travaillant pour les Allemands, puis de groupes de sabotages ferroviaires. En il entre au comité directeur de Combat. Il agit en liaison étroite avec d’autres responsables du mouvement comme Jean-Guy Bernard et René Hardy et s’efforce de développer une discipline proche de celle des organisations ouvrières clandestines. Sous sa direction l’Action Ouvrière se développe, d’abord en zone Sud avant de s’étendre à l’ensemble du territoire national. Il crée alors quasiment seul un journal d’information qu’il appelle Action.
En 1943 il est l’un des cadres des Mouvements unis de Résistance (MUR), nés de la fusion opérée par Jean Moulin entre les trois grands mouvements de Résistance de Zone Sud : Combat, Francs-Tireurs et Libération-Sud. Au sein du Comité directeur de Combat, Marcel Degliame est responsable, pour les MUR puis le Mouvement de libération nationale (MLN), de la commission nationale de l’Action Immédiate (CNAI) qui comprend l’Action Ouvrière (désormais confiée à Maurice Kriegel-Valrimont), les Groupes-Francs et la Résistance-Fer que dirige René Hardy.
Membre du Comité directeur du Mouvement de libération nationale, il participe également à la constitution des Forces Françaises de l’Intérieur (F.F.I.). À ce titre, il est chargé de mettre en place les états-majors F.F.I., en liaison étroite avec le Délégué militaire régional envoyé en France par les services gaullistes de Londres, Maurice Bourgès-Maunoury.
Au printemps 1944, il est désigné chef national de l’état-major des Corps-francs de la Libération (C.F.L.) qui regroupent l’Armée secrète (A.S.), Résistance-Fer ainsi que les maquis du M.L.N. Délégué par le Comité d’Action de la Résistance (CAR), il occupe les fonctions d’inspecteur général des F.F.I. en zone Sud.
En , après l’arrestation par la Gestapo de Claude Bourdet, membre du Conseil national de la Résistance, c’est Marcel Degliame qui sera désigné pour représenter le Mouvement « Combat » au sein du Conseil national de la Résistance (C.N.R.) mis en place par Jean Moulin.
Depuis Londres, le général Koenig lui confère alors le grade de lieutenant-colonel en raison des multiples et importantes fonctions que Degliame exerce. Sous les pseudonymes de Fouché et parfois de Dormoy, il parcourt le territoire français en tous sens jusqu'au débarquement allié en compagnie de Pascal Copeau, représentant du mouvement Libération. vignette|Le général Pierre Koenig
Maurice Bourgès-Maunoury, en tournée d’inspection, lui fait savoir qu’il a été blessé lors d’une attaque. Hospitalisé clandestinement, il demande à Degliame de le remplacer dans ses fonctions, et surtout d’assurer les liaisons radio avec Londres et Alger. Ce qu’il fera sous le pseudonyme de « Addition » et cela jusqu’à la libération du territoire. Il prend également sous ses ordres les opérations militaires qui aboutiront à la libération de Lyon le .
Après-guerre Par décret du , le général De Gaulle le fait Compagnon de la Libération. À la Libération, il est désigné, au titre du Conseil national de la Résistance, comme délégué à l’Assemblée consultative provisoire. Nommé secrétaire de la commission de la Défense nationale, il est chargé de mission auprès du général de Lattre de Tassigny pour l’intégration des Forces françaises de l’Intérieur (F.F.I.) à la Première armée que celui-ci commande.
À la dissolution de l’Assemblée consultative provisoire, il est nommé par le général Koenig et l’administrateur général Emile Laffon, gouverneur militaire du district de Constance dans la Zone d’occupation française en Allemagne, jusqu’en 1948 date à laquelle il démissionne. vignette|Marcel Degliame, gouverneur militaire du district de Constance (Allemagne), en 1948