Les grenadiers à cheval de la Garde impériale sont un régiment de cavalerie lourde de la Garde impériale de Napoléon , en service dans la Grande Armée de 1804 à 1815. Ayant déjà fait partie de la Garde du Directoire et de la Garde consulaire, les grenadiers à cheval deviennent le plus ancien régiment de cavalerie de la Garde impériale lorsque celle-ci est créée en 1804. Leur effectif théorique maximal est alors d'environ officiers et hommes de troupe.
Tout au long de leur existence, les grenadiers à cheval n'interviennent qu'occasionnellement dans les batailles, étant généralement tenus en réserve aux côtés de Napoléon. Leur participation aux combats les voient néanmoins contribuer à la déroute de la cavalerie de la Garde russe à Austerlitz, échapper à l'encerclement à Eylau, refouler les Bavarois à Hanau et être engagés à plusieurs reprises lors de la campagne de France. Invaincus au combat par la cavalerie adverse, ils sont considérés par l'historien Pierre Juhel comme .
En 1815, sous la Première Restauration, les grenadiers à cheval deviennent le Corps royal des cuirassiers de France. Ils reprennent cependant leur nom et leur rang au sein de la Garde impériale lors du retour de Napoléon la même année et prennent part à la campagne de Belgique. À Waterloo, le colonel Jamin de Bermuy est tué en menant le régiment à la charge contre les carrés britanniques. Le corps est dissous quelques mois plus tard, après la chute de Napoléon et la Seconde Restauration des Bourbons.
Organisation Genèse vignette|gauche|Un grenadier à cheval de la Garde impériale en grande tenue, par Hippolyte Bellangé. Les origines des grenadiers à cheval remontent à la Constitution de l'An III qui institue la formation d'une garde du Directoire. Un régiment de cavalerie est appelé à en faire partie et recrute ses membres au sein du régiment de dragons. Un corps de deux compagnies comprenant 112 cavaliers est créé. Toutefois, la garde à cheval n'entre en service qu'en 1796 et l'année suivante, une circulaire instruit que les éléments montés de la garde du Directoire prendront désormais le nom de « grenadiers » relève qu'à cette époque, les « grenadiers » ne lancent plus de grenades mais que le nom est resté, distinguant des unités d'élite.. Quelques jours après le coup d'État du 18 Brumaire et la mise en place du Consulat, la garde est réorganisée et le chef de brigade Michel Ordener prend le commandement du régiment, qui compte à ce moment-là trois escadrons. Un décret du donne naissance à la nouvelle Garde consulaire à laquelle les grenadiers à cheval sont intégrés avec une unité de chasseurs. Le régiment est ramené à deux escadrons de 172 cavaliers, composé de deux compagnies de 86 hommes chacun. D'autres remaniements ont lieu en 1801 et en 1802 sous la supervision du général Jean-Baptiste Bessières, portant l'unité à quatre escadrons de deux compagnies chacun. L'état-major régimentaire est également élargi. Au , les grenadiers à cheval alignent 31 hommes d'état-major et 960 cavaliers ; le , cet effectif passe à 55 officiers et 912 cavaliers.
Pour être acceptées dans le régiment, les recrues doivent mesurer , avoir effectué dix ans de service, participé à au moins quatre campagnes et avoir été citées pour bravoure. Les récipiendaires de la Légion d'honneur sont cependant exemptés des critères d'admission. Sous la période consulaire, le régiment se compose pour une très grande partie de vétérans de la ligne, faisant preuve de neuf années de service en moyenne. L'âge moyen des cavaliers est de 28 ans, chiffre qui tend à s'abaisser un peu pendant l'Empire, les soldats servant généralement plus longtemps dans la ligne. La taille des grenadiers varie entre et , pour une moyenne globale d'. Cette différence avec les critères d'admission, qui tempère l'image d'une unité composée exclusivement d'hommes de haute stature, s'explique, selon l'historien Paul Lindsay Dawson, par le fait que .. Le régiment, caserné à l'École militaire de Paris, fournit un escadron qui est affecté, par rotation trimestrielle, à la protection de l'Empereur. Les hommes de l'unité n'arborent pas de moustaches mais se distinguent par le port de favoris et de cheveux poudrés et attachés en queue. Glabres sous l'Empire, ils finissent par adopter la moustache sous la Première Restauration ; il n'est toutefois pas certain qu'il en ait été de même pendant les Cent-Jours, Pierre Juhel disant même plutôt croire . Montés sur de grands chevaux noirs originaires de la région de Caen, les grenadiers à cheval sont surnommés les , mais aussi , ou encore .. À propos de ce dernier surnom, John Elting explique que, .. L'historien de la Garde impériale Henry Lachouque écrit à leur sujet :
Sous l'Empire Le , les grenadiers à cheval prennent rang dans la Garde impériale. En juillet de la même année, un décret porte l'effectif de l'état-major à 32 hommes et organise le régiment en quatre escadrons de deux compagnies chacun, avec 123 hommes par compagnie, pour un total de officiers, sous-officiers et soldats. Chaque compagnie se compose en théorie d'un capitaine, quatre lieutenants, un maréchal des logis-chef, six maréchaux des logis, un fourrier, dix brigadiers, quatre-vingt-seize cavaliers, trois trompettes et un maréchal-ferrant, pour un total de . L'année suivante, deux escadrons de vélites (800 hommes) rejoignent le régiment qui se voit également doté d'un major en second. Les deux escadrons de vélites sont finalement supprimés en au profit d'un escadron, portant l'effectif total à cavaliers. Une énième réorganisation ramène le nombre d'escadrons à quatre juste avant la campagne de Russie.
En , après le désastre subi en Russie, les grenadiers sont remaniés une nouvelle fois avec la création d'un cinquième puis d'un sixième escadron articulés en deux compagnies chacun ; ces deux formations, affiliées à la Jeune Garde, sont aussi connues sous le nom de « régiment de grenadiers à cheval ». C'est ainsi constitués que les grenadiers à cheval se battent pendant la guerre de la Sixième Coalition, avec chacun de leurs quatre escadrons de Vieille Garde formé en deux compagnies de 124 hommes chacune. Sous l'Empire, le régiment est le plus souvent brigadé avec les dragons de la Garde impériale. En , le régiment des éclaireurs de la Garde impériale, commandé par le colonel Claude Testot-Ferry, est rattaché aux grenadiers à cheval et prend le nom d'« éclaireurs-grenadiers »..
Après l'abdication de Napoléon en 1814 et le retour des Bourbons sur le trône de France, le roi demande au maréchal Ney de procéder à la dissolution du régiment et de réorganiser les hommes dans le nouveau corps des « cuirassiers de France », fort de quatre escadrons. Il semble que le escadron de Jeune Garde ait été transféré dans son intégralité aux carabiniers à cheval. Avec le retour de Napoléon en 1815, le régiment retrouve son ancienne identité avant d'être définitivement dissous le après la chute définitive du régime impérial.
Historique des garnisons, combats et batailles Considérés par l'historien Pierre Juhel comme , les grenadiers à cheval, du fait de leur statut d'unité d'élite, ne sont engagés dans le combat qu'en cas d'extrême nécessité.
Bataille de Marengo vignette|alt=Charge de cavalerie, vu de profil.|Charge des grenadiers à cheval de la Garde consulaire à Marengo, le . Illustration de Job.
Le premier engagement véritable de l'unité a lieu pendant la guerre de la deuxième coalition, lors de la bataille de Marengo, le . Le soir arrive, et les grenadiers à cheval en réserve n'ont toujours pas donné. Deux escadrons de dragons autrichiens avançant sur la route de Novi sont chargés par les 360 sabres de la cavalerie de la Garde consulaire. Surpris, les dragons sont écrasés et perdent 210 hommes sur 285. Alors que Napoléon est en train de perdre la bataille contre les Autrichiens, la division Boudet, avec à sa tête Louis Desaix, apparaît sur le champ de bataille et se lance dans le combat. Pour soutenir son mouvement, la brigade Kellermann se déploie sur le flanc droit autrichien, le charge et le renverse. De son côté, le colonel Bessières organise une charge massive avec l'ensemble de la cavalerie de la Garde consulaire et sème la panique chez les Autrichiens. Les grenadiers à cheval culbutent les troupes qui s'opposent à eux ; tandis que le trompette Schmitt encerclé s'ouvre la route à coups de sabre, trois étendards ennemis tombent aux mains des grenadiers. Les chiffres attestent néanmoins d'une résistance autrichienne sérieuse : 24 tués, 24 blessés et 48 chevaux sont hors de combat chez les grenadiers. Après la bataille, Bessières reçoit pour son action les éloges du Premier consul, qui lui dit : . Un peu plus d'un mois après la bataille, le colonel Michel Ordener reçoit le commandement du régiment.
Bataille d'Austerlitz vignette|gauche|Grenadiers à cheval de la Garde. Gravure d'Hippolyte Bellangé, .
Cinq années s'écoulent avant que l'engagement suivant des grenadiers à cheval, qui se déroule pendant la guerre de la Troisième Coalition, ne se produise. La guerre ayant éclaté avec la Russie et l'Autriche, les grenadiers à cheval, faisant maintenant partie de la Garde impériale, traversent le Rhin en Allemagne le . Ils alignent, à cette date, un effectif de 740 sabres.. Dix jours plus tard, ils sont à Augsbourg et, le , ils assistent à la reddition des forces autrichiennes à Ulm. Leur seule action majeure au cours de cette campagne a lieu le , sur le plateau de Pratzen, à la bataille d'Austerlitz. En milieu de matinée, la situation est à l'avantage de l'Empereur, mais une situation potentiellement dangereuse pour les Français se produit lorsque la Garde impériale russe, sous le commandement du grand-duc Constantin, attaque les soldats de la division Vandamme autour de Stary Vinohrady (« les vieilles vignes »). Un bataillon du régiment de ligne français, malmené par la cavalerie de la Garde russe appuyée par l'artillerie, perd son aigle et plus de 400 hommes. Le régiment d'infanterie légère, qui monte à l'appui du de ligne, est également rejeté en arrière en désordre.
C'est à ce moment que Napoléon envoie la cavalerie de la Garde qui se compose de quatre escadrons des chasseurs à cheval et des mamelouks, et quatre escadrons des grenadiers à cheval, avec deux batteries d'artillerie à cheval de la Garde en appui. Un premier assaut mené par deux escadrons de chasseurs à cheval, appuyé par trois escadrons des grenadiers, disperse la cavalerie du Tsar et permet d'engager l'infanterie de la Garde russe, mais l'arrivée en renfort de sept escadrons des cosaques et des chevaliers-gardes fait tourner le combat au désavantage des Français. Pour soutenir ses cavaliers, Napoléon envoie d'abord le reste des chasseurs à cheval et les mamelouks, puis le dernier escadron des grenadiers à cheval. Ces derniers chargent et se mesurent avec le régiment des chevaliers-gardes russes. Après une courte mêlée, les grenadiers à cheval dispersent leurs adversaires, leur infligeant de lourdes pertes et capturant plus de 200 hommes, dont le prince Repnine avec son état-major, ainsi que 27 pièces d'artillerie. De leur côté, les grenadiers déplorent seulement 3 morts et 21 blessés (dont 6 officiers). Alexeï Vassiliev évalue quant à lui les pertes du régiment à 2 morts et 22 blessés, parmi lesquels cinq officiers, auxquels s'ajoutent 99 chevaux hors de combat. Les charges de la cavalerie de la Garde permettent de repousser la dernière attaque russe sur le Pratzen, laissant les Français maîtres du plateau jusqu'à la fin de la bataille..
Campagne de Prusse et de Pologne En , le général Frédéric Henri Walther remplace Ordener. En raison de son ancienneté, Walther est également commandant en second de toute la cavalerie de la Garde et exerce le commandement chaque fois que le maréchal Bessières est absent. Le régiment des grenadiers à cheval ne participe pas à la campagne de Prusse. Néanmoins, la guerre continue l'année suivante en Pologne, les Français poursuivant l'armée russe.