Le Grand Prix d'Italie 1967 (), disputé sur l'Autodromo nazionale di Monza le , est la cent-cinquante-neuvième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la neuvième manche du championnat 1967.
Contexte avant la course Le championnat du monde Depuis la saison précédente, la Formule 1 a adopté la réglementation trois litres pour les monoplaces à moteur atmosphérique, avec également possibilité d'utilisation de moteurs suralimentés, un coefficient deux étant alors appliqué pour la cylindrée (soit un maximum de en cas d'utilisation d'un compresseur volumétrique ou d'un turbocompresseur). La réglementation s'appuie sur les points suivants :
pas de cylindrée minimale cylindrée maximale : si moteur atmosphérique ou si moteur suralimenté poids minimal : (à sec) roues non carénées double circuit de freinage obligatoire arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote) démarreur de bord obligatoire carburant commercial obligatoire ravitaillement en huile interdit durant la course distance minimale d'un Grand Prix : 300 km distance maximale d'un Grand Prix : 400 km distance minimale pour être classé : 90% de la distance parcourue par le vainqueur thumb|upright=1.1|right|alt=Monza|La partie nord de l'anneau de vitesse de Monza, enjambant le circuit routier. Depuis 1962, l'anneau n'est plus utilisé pour les Grands Prix.
Malgré l'apparition au printemps des Lotus 49 à moteur V8 Ford-Cosworth qui ont d'emblée éclipsé leurs rivales au niveau des performances, c'est l'équipe du pilote-constructeur Jack Brabham qui a marqué la saison 1967 de son empreinte. Triple champion du monde et tenant du titre, Brabham a cette année ajouté trois nouveaux grands prix (dont un hors championnat) à son palmarès, son coéquipier Denny Hulme s'étant quant à lui imposé à deux reprises. Remarquable de régularité, Hulme est en tête du classement provisoire, avec neuf points d'avance sur son patron. Bien qu'ayant dominé toutes les épreuves depuis leur apparition au Grand Prix des Pays-Bas, les Lotus ont fait preuve d'une certaine fragilité qui leur a coûté plusieurs victoires ; malgré deux succès, Jim Clark a subi de nombreux abandons et, avec vingt-quatre points de retard sur Hulme alors que trois manches restent encore à disputer, n'a plus qu'une toute petite chance de décrocher le titre mondial.
Le circuit
Inauguré en 1922 à l'occasion du II° Grand Prix d'Italie (remporté par la Fiat de Pietro Bordino à 140 km/h de moyenne), l'autodrome national italien est l'un des circuits européens les plus rapides. Depuis 1962 et la sensibilisation aux problèmes de sécurité liés à l'usage de l'anneau de vitesse, seul le circuit routier de 5,75 kilomètres est utilisé pour l'organisation des courses de monoplaces, le tracé de dix kilomètres, combinant les deux pistes, étant principalement réservé aux courses d'endurance. Auteur sur sa Ferrari d'un tour à 224 km/h de moyenne lors de la précédente édition du Grand Prix, Ludovico Scarfiotti détient le record officiel du circuitRevue Sport Auto - .
Monoplaces en lice thumb|upright=1.1|right|alt=Ferrari 312|Dans sa toute dernière version, la Ferrari 312/67 (vue ici au cours d'une manifestation historique) a une puissance de 405 chevaux pour un poids de 510 kg. Brabham BT24 "Usine" L'équipe championne du monde aligne deux BT24 pour Jack Brabham et Denny Hulme. Si la monoplace de Hulme est inchangée par rapport aux courses précédentes, celle de Brabham a une partie arrière carénée et le pilote-constructeur australien a également prévu de tester un pare-brise en forme de bulle, des modifications devant améliorer la vitesse de pointe. Très proches des BT23 de Formule 2, les BT24 ont une structure multitubulaire. Leur moteur V8 Repco à deux simples arbres à cames en tête, alimenté par un système d'injection mécanique Lucas, développe 330 chevaux à 8000 tr/min. La transmission fait appel à une boîte de vitesses Hewland DG300 à cinq rapports. Légèreté (510 kg à vide), souplesse d'utilisation et mise au point éprouvée sont les principaux atouts de ces voitures qui manquent de puissance face à leurs principales rivales. Les Brabham sont chaussées de pneus Goodyear.
Brabham BT20 privée Guy Ligier a engagé la BT20 qu'il a rachetée à l'usine quelques mois plus tôt. Il a dû en faire remplacer le moteur, fêlé à l'arrivée du dernier Grand Prix d'Allemagne, et n'a pu disposer que d'une ancienne version du moteur V8 Repco, d'une puissance de l'ordre de 285 chevaux. Pesant 570 kg, la BT20 de Ligier est dotée de pneus FirestoneRevue Sport Auto - .
Ferrari 312 "Usine" À la surprise générale, la Scuderia Ferrari n'engage qu'un seul pilote pour l'épreuve italienne. Vainqueur l'an passé, Ludovico Scarfiotti n'a plus les faveurs d'Enzo Ferrari, qui le considère désormais comme . Seul représentant de l'équipe, Chris Amon disposera d'un tout nouveau châssis allégé, conservant la structure semi-monocoque des précédentes 312/67, doté de la dernière évolution du moteur douze cylindres en vé, avec distribution à quatre soupapes par cylindre. Alimenté par injection indirecte Lucas, le V12 fournit 405 chevaux à 10200 tr/min. La nouvelle 312/67 pèse 510 kg à vide, soit quinze de moins que la version précédente qui, équipée d'un V12 36 soupapes de 390 chevaux, fera office de mulet. L'écurie italienne utilise exclusivement des pneus Firestone.
Cooper T81 & T86 "Usine" thumb|upright=1.2|right|alt=Cooper T86|La Cooper T86, à moteur V12 Maserati. Depuis sa première sortie à Silverstone, la T86 a été nettement modifiée, le nez de la voiture, désormais très bas, comportant un becquet. La T86 est confiée à Jochen Rindt tandis que Jacky Ickx, qui remplace Pedro Rodríguez (blessé lors d'une course de Formule 2 disputée sur le circuit d'Enna-Pergusa), fera ses débuts en F1 au volant d'une T81B, évolution de la T81 de 1966. Toutes deux conçues sous la direction de Derrick White, ces monoplaces à structure monocoque sont dotées d'un moteur V12 Maserati et d'une boîte de vitesses Hewland à cinq rapports. Le motoriste de Modène a beaucoup travaillé sur la dernière version du V12 (quatre arbres à cames en tête, 36 soupapes, double allumage), modifiant la chambre de combustion pour corriger les problèmes de surchauffe rencontrés lors des courses précédentes. La puissance disponible est de l'ordre de 380 chevaux à 10000 tr/min. La T86 pèse 550 kg à vide, contre 580 pour la T81B. Les Cooper utilisent des pneus Firestone.
Cooper T81 privées Joseph Siffert dispose de la Cooper T81 de Rob Walker, avec l'ancienne version 24 soupapes du V12 Maserati à double allumage, dont la puissance est estimée à 360 chevaux à 9000 tr/min. Le pilote privé Joakim Bonnier s'aligne sur un modèle identique mais son V12 Maserati est à simple allumage et ne développe que 330 chevaux. Au sein de la Scuderia Filipinetti, Andrea de Adamich disposera quant à lui de l'ancienne voiture de Guy Ligier, une T81 avec V12 à simple allumage. Ces voitures pèsent 605 kg à vide et sont chaussées de pneus Firestone.
BRM P83 & P115 "Usine" thumb|upright=1.1|right|alt=BRM P83|Une des trois BRM P83 présentes à Monza. Le nouveau V12 BRM est pour l'instant exclusivement utilisé par le pilote-constructeur Bruce McLaren, l'équipe de Bourne terminant la saison avec ses monoplaces à moteur 16 cylindres. Jackie Stewart bénéficie du modèle le plus récent, la P115, alors que son coéquipier Mike Spence se contente d'une P83 de 1966, une deuxième P83 faisant office de mulet. Ces monoplaces à structure monocoque ont des caractéristiques techniques voisines, avec moteur H16 et boîte six vitesses. Plus fine que la P83, la P115 pèse 665 kg à vide, soit 35 de moins que sa devancière. Le moteur réservé à Stewart a été soigneusement affûté et délivre 420 chevaux à 11000 tr/min, contre 400 chevaux à 10000 tr/min pour ceux montés dans les P83. Les BRM utilisent des pneus Goodyear.
BRM P83 privée Le Reg Parnell Racing aligne une P83 en tout point identique aux voitures d'usine, qui sera aux mains de Chris Irwin.
Lotus 49 "Usine" Colin Chapman a engagé ses trois Lotus 49, l'habituelle voiture de réserve étant confiée pour la circonstance à Giancarlo Baghetti, qui épaulera Jim Clark et Graham Hill. Première monoplace à moteur porteur, la Lotus 49 est motorisée par un V8 développé, avec le soutien financier de Ford, par Cosworth. Pesant seulement 168 kg, embrayage et accessoires inclus, le Cosworth DFV est très compact. Il est doté de deux doubles arbres à cames en tête, avec quatre soupapes par cylindre. Alimenté par injection indirecte Lucas, il développe 400 chevaux à 9000 tr/min. La transmission est assurée par une boîte cinq vitesses ZF. Le châssis monocoque se réduit à la partie avant et au cockpit, le train moteur étant boulonné à l'arrière de la coque. Cette conception permet à l'ensemble d'approcher le seuil minimal de 500 kg à vide. Le Team Lotus est sous contrat avec Firestone.
Eagle T1G "Usine" Dan Gurney a engagé deux T1G à moteur V12 Weslake, le pilote constructeur bénéficiant de la coque allégée (à base de titane et de magnésium), sa monoplace pesant 525 kg à vide contre 575 pour celle à coque en aluminium de son coéquipier occasionnel Ludovico Scarfiotti. Le V12 américain possède une distribution à double arbre à cames en tête et 48 soupapes et délivre 410 chevaux à 10000 tr/min. Les Eagle utilisent des pneus Goodyear.
Honda RA300 & RA273 "Usine" Le constructeur japonais étrenne sa nouvelle RA300, dont le châssis a été conçu en collaboration avec Eric Broadley dans l'usine Lola de Slough, le pilote John Surtees s'étant fortement impliqué dans son développement. La structure monocoque englobant la partie avant et le poste de pilotage est dérivée de la Lola T90 victorieuse à Indianapolis l'année précédente, aux mains de Graham Hill. Le moteur Honda est supporté par un cadre tubulaire fixé à l'arrière du cockpit. Afin de résoudre les problèmes d'alimentation à chaud, le système d'injection a été revu, au détriment de la puissance, la puissance du V12 à double arbre à cames en tête et distribution à quatre soupapes par cylindre étant désormais d'environ 400 chevaux à 10500 tr/min (contre 420 auparavant). La RA300 pèse moins de 600 kg à vide, contre plus de 700 pour la précédente RA273 (dotée de la même mécanique), dont un exemplaire a été amené en réserve. Les Honda ont des pneus Firestone.
McLaren M5A "Usine" Bruce McLaren aligne sa M5A à moteur V12 BRM, apparue au Grand Prix du Canada. Cette voiture à structure monocoque a été développée à partir de la M4A de Formule 2. La transmission est assurée par une boîte «cinq» BRM. Le V12 à quatre arbres à cames en tête, alimenté par injection indirecte Lucas, développe 380 chevaux à 9500 tr/min. Depuis sa première apparition, quelques modifications ont été effectuées, notamment au niveau de la transmission, la boîte de vitesses BRM ayant été remplacée par une boîte «cinq» Hewland. La M5A pèse désormais 535 kg à vide. Elle est chaussée de pneus Goodyear.
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