Le Fonds de solidarité FTQ (également désigné le Fonds) est une société de capital-développement constituée par une loi de l'Assemblée nationale du Québec, le 23 juin 1983, à l'initiative de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ).

L'organisation poursuit une double mission : contribuer à la croissance économique du Québec en investissant dans les entreprises locales, et encourager l'épargne-retraite des travailleurs et des travailleuses au moyen de produits financiers assortis d'avantages fiscaux particuliers.

Au 31 mai 2026, le Fonds comptait plus de 828 000 actionnaires-épargnants, un actif net de 23,7 milliards $ et une juste valeur des investissements en capital de développement de 15,6 milliards $.

Histoire

Fondation (1982-1983) Le Fonds de solidarité FTQ est constitué par une loi de l'Assemblée nationale du Québec adoptée le 23 juin 1983, sous le gouvernement de René Lévesque. Son origine remonte à la récession du début des années 1980, qui frappe durement le Québec à compter de l'été 1981, avec des taux d'intérêt dépassant 20 % et un taux de chômage atteignant près de 14 % en 1982. C'est dans ce contexte que la FTQ propose, lors du Sommet socioéconomique des 5, 6 et 7 avril 1982, la création d'un fonds d'investissement de soutien à l'emploi. Élaboré par le conseiller économique Jean-Guy Frenette, le fonds proposé aurait été administré conjointement par le gouvernement, les syndicats et le patronat, et aurait donné la priorité à la relance de l'emploi dans le secteur manufacturier et celui du bâtiment. Bien que le projet ne soit pas retenu, le Sommet produit un consensus social autour de la relance du bâtiment par le programme Corvée-Habitation, qui dépassera son objectif de création de 50 000 emplois et permettra de construire 56 000 logements selon les chiffres officiels de la Société d'habitation du Québec.

L'idée d'un fonds national d'emploi intéresse également plusieurs acteurs politiques du Parti québécois (PQ), notamment les ministres Pierre Marois et Pauline Marois, ainsi que le député Denis de Belleval, qui dépose en septembre 1982 un rapport proposant un fonds tripartite (patronat, travailleurs, État) d'un montant de 750 millions $. Ce projet est cependant rejeté.

La création du Fonds est officiellement annoncée le 3 mars 1983, après avoir été appuyée par une résolution du conseil général de la FTQ, tenu à Jonquière les 8 et 9 novembre 1982. Le projet s'appuie sur des études de faisabilité et de rentabilité préparées par Jean-Guy Frenette, aidé bénévolement par cadres de la Société de développement des coopératives (SDC), notamment Claude Blanchet, Denis Dionne, Pierre Laflamme et Normand Chatigny. Le premier conseil d'administration est présidé par Louis Laberge, avec Claude Blanchet comme président-directeur général. Le conseil comprend également Nicolle Forget (vice-présidente), Fernand Daoust (secrétaire), ainsi que Claude Morrisseau, Clément Godbout, Edmond Gallant, Claude Ducharme, Fernand Boudreau, Lise Fortin, Jean-Guy Frenette, Gaétan Couture et Raymond Bachand.

La première campagne de souscription du Fonds, lancée à 10 $ l'action sous le thème « Une action pour l'emploi », réunit plus de 500 000 $ auprès de 1 000 actionnaires en trois semaines. Un important travail d'enracinement du Fonds au sein de tous les syndicats affiliés est effectué par un réseau bénévole de responsables locaux, qui diffuse de l'information et s'efforce de développer l'adhésion des travailleurs et travailleuses par la déduction à la source de leur salaire. Une petite équipe de salariés travaillant directement pour le Fonds est également embauchée : elle obtient son accréditation syndicale et s'affilie à la FTQ le 28 mars 1984.

En mai 1984, le Fonds effectue sa toute première intervention dans une entreprise en apportant une aide technique à la Poterie Laurentienne, une firme affiliée à la FTQ, permettant à cette dernière de faire passer son nombre d'employés de 60 à 120. En décembre 1984, le Fonds réalise son premier investissement formel auprès de la Scierie des Outardes, à Baie-Comeau.

Dès ses débuts, le Fonds suscite des débats dans le milieu syndical. La Confédération des syndicats nationaux (CSN), par la voix de son président Gérald Larose au congrès de mai 1984, remet en question la viabilité du modèle, estimant que les travailleurs prennent un risque financier sans garantie de retour. Ces critiques alimentent un débat plus large sur le rôle des syndicats dans l'économie de marché.

Investissements dans les PME et reconnaissance nationale (1985-1986) Le 23 février 1985, le Fonds tient sa première assemblée annuelle des actionnaires. Le jour même, l'ancien président de la CSN, Marcel Pepin, apporte publiquement son soutien au Fonds en déclarant dans une entrevue au journal La Presse : « Le syndicalisme doit proposer des solutions nouvelles. Corvée-Habitation, le Fonds de solidarité de la FTQ, c'est une voie qui doit se multiplier ». Peu après, le Fonds réalise un investissement de 700 000 $ dans les Camions Pierre Thibault, permettant à cette entreprise de doubler son nombre d'employés et d'améliorer ses conditions de travail. Le gouvernement fédéral canadien, sous le premier ministre Brian Mulroney, reconnaît l'initiative au printemps 1985 en accordant au Fonds 10 millions $ et divers avantages fiscaux. Cette même année, le Fonds contribue notamment à la réouverture de l'usine de poutrelles des Aciers Truscon à LaSalle et participe à l'ouverture d'une usine de panneaux de fibre bois MDF à Mont-Laurier, avec un investissement d'un million $ en capital-action. En octobre 1985, le Fonds reçoit le « Prix PME 85 » pour sa contribution à l'essor des petites et moyennes entreprises au Québec. À la fin de l'année, ses actifs atteignent 30 millions $ pour 6 300 actionnaires.

En 1986, le Fonds diversifie ses investissements dans des secteurs aussi variés que l'informatique, la production d'acier et les pneus rechapés, franchissant le seuil des 20 000 adhérents et des 50 millions $ d'actifs. Le Fonds réalise notamment son premier investissement dans la haute technologie en finançant Logiquest, une firme d'informatique montréalaise. Durant la même période, le Fonds initie des formations économiques permettant aux employés d'être informés sur la situation économique de leur entreprise et éventuellement exercer une influence sur son mode de gestion. Cette initiative vise à créer un « laboratoire de la démocratie économique dans l'entreprise au Québec ». À la fin de l'année 1986, l'actif du Fonds de solidarité FTQ dépasse les 50 millions $ et la société de capital compte presque 20 000 adhérents. Le 13 octobre, le Fonds déménage dans des locaux plus spacieux, au 14e étage du 500 Sherbrooke Ouest.

Croissance et diversification (1987-1988)

L'année 1987 est marquée par une forte croissance pour le Fonds de solidarité FTQ. Du 25 au 31 janvier, les responsables locaux organisent la première Semaine nationale du Fonds. La campagne annuelle de souscription au régime d'épargne-retraite (REER) permet également au Fonds d'atteindre 40 000 adhérents et 90 millions $ de capital. Le 1er mai 1987, le Fonds réalise le plus important investissement de son histoire jusqu'alors, avec 5 millions $ dans Tembec, une entreprise de pâtes et papiers de Témiscaming. Cet investissement marque également la première collaboration du Fonds avec la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ).

Des débats surgissent au sein de la FTQ sur la nature des relations de travail : alors que certains prônent une collaboration patronale-syndicale, les courants plus à gauche dénoncent les « nouvelles stratégies patronales » et insistent sur le contrôle des entreprises par les salariés. Au congrès du 30 novembre 1987, la FTQ précise ses orientations idéologiques en adoptant le terme « social-démocratie » plutôt que « socialisme démocratique ». Le Fonds lance également, en collaboration avec la ville de Montréal, le Fonds de développement Emploi-Montréal, un fonds de capital de risque destiné aux PME créatrices d'emplois dans les quartiers à fort taux de chômage.

En 1988, le Fonds diversifie ses investissements dans l'industrie minière en Abitibi. Au début de l'année, le magazine Affaires+ lui consacre un reportage intitulé « L'irrésistible ascension du Fonds de solidarité ». Au printemps, la société de capital annonce un investissement de 4 millions $ dans le groupe Permacon, le plus grand producteur de béton préfabriqué au Canada. Des fonds régionaux sont également mis en place dans des régions comme l'Estrie et la ville de Québec. En novembre, le Fonds participe au rachat des Nordiques de Québec. Il termine l'année avec 216,6 millions $ d'actifs et près de 67 000 adhérents.

Expansion du réseau (1990-2010) En 1991, le Fonds entreprend une expansion structurelle de son réseau avec la création de deux entités : SOLIM, un fonds spécialisé en investissements immobiliers, devenu le Fonds immobilier de solidarité FTQ en 2009; et SOLIDEQ, une société en commandite mise en place en partenariat avec la Fédération québécoise des municipalités (FQM), qui donnera naissance aux Fonds locaux de solidarité FTQ.

Cette dynamique d'expansion se poursuit en 1996 avec la création officielle des Fonds régionaux de solidarité FTQ, ancrant la présence de l'organisation dans l'ensemble des régions du Québec.

Un nouveau cap est franchi en 2002, alors que le nombre d'actionnaires dépasse les 500 000. Sur le plan réglementaire, le ministère des Finances du Québec élargit les règles d'investissement du Fonds en 2005, lui permettant désormais d'accompagner des entreprises de plus grande taille. En 2009, le Fonds adhère au Pacte mondial de l'Organisation des Nations Unies (ONU) avant d'adopter, en 2010, les Principes pour l'investissement responsable (PRI), intégrant formellement les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) à sa politique d'investissement.

Consolidation et croissance (depuis 2010) La décennie 2010 est marquée par une croissance soutenue du Fonds. En 2015, le Fonds enregistre une année record pour ses actionnaires, avec un rendement annuel de 9,8 % et une valeur de l'action atteignant 33,26 $, pour un actif net de 11,1 milliards $ et plus de 610 000 actionnaires.

En 2014, Robert Parizeau est nommé premier président indépendant du conseil d'administration du Fonds, poste qu'il occupera jusqu'en septembre 2018.

En 2019, le Fonds lance FlexiFonds de solidarité FTQ inc., une filiale en propriété exclusive inscrite à titre de courtier en épargne collective auprès de l'Autorité des marchés financiers du Québec. Cette initiative permet au Fonds d'élargir son offre au-delà des actions de catégorie A en proposant des fonds communs de placement (FCP) accessibles dans plusieurs véhicules d'épargne enregistrés, dont le compte d'épargne libre d'impôt (CELI), le régime enregistré d'épargne-retraite (REER) et le fonds enregistré de revenu de retraite (FERR), sans être soumis aux règles de rachat propres aux fonds de travailleurs.

Le 1er avril 2021, Janie C. Béïque est nommée présidente et cheffe de la direction du Fonds de solidarité FTQ, devenant la première femme à occuper ce poste dans l'histoire de l'organisation.

Au 31 mai 2026, l'actif net du Fonds atteint 23,7 milliards $ et le nombre d'actionnaires-épargnants dépasse les 828 000, appuyant plus de 4 600 entreprises partenaires directes et indirectes au Québec.

Mission et rôle économique La mission du Fonds de solidarité FTQ repose sur quatre piliers définis dans la Loi constituant le Fonds de solidarité des travailleurs du Québec (F.T.Q.): créer, maintenir ou sauvegarder des emplois au Québec; favoriser la formation économique des travailleuses et travailleurs; développer l'économie québécoise par des investissements stratégiques; et stimuler l'épargne-retraite auprès des travailleurs et travailleuses du Québec.