Un madiran est un vin rouge français d'appellation d'origine contrôlée produit dans les départements du Gers, des Hautes-Pyrénées et des Pyrénées-Atlantiques, dans le vignoble du Sud-Ouest.
Le vignoble désormais d'un peu moins de , établi sur des terrains sédimentaires, produit des vins rouges puissants et charpentés. Ils accompagnent la gastronomie régionale, notamment le canard et les viandes en sauce ou grillées.
Histoire À l'époque gallo-romaine, les vignes sont présentes et le vin également, comme en témoignent les vestiges locaux de l'époque, notamment la mosaïque de Taron qui représente une vigne. Le commerce du vin est surtout local. La véritable structuration du vignoble débute avec la fondation du monastère de Madiran en 1030. Des moines de l'abbaye de Marcilhac-sur-Célé (Lot) s'installent et dédient un monastère à Marie. Très vite, la renommée locale du vin de Madiran est assurée par les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle empruntant la voie Aire-sur-l'Adour-Lescar, passant par Saint-Mont et Madiran. Il est donc devenu naturellement un vin des pèlerins et un vin de messe. La légende veut que l'occupation du Béarn par le Prince Noir, qui devint en 1360 le prince d'Aquitaine, permit aux Anglais de découvrir le vin de Madiran. Certains le croient alors largement exporté en Angleterre, mais il semble qu'il ait en réalité plutôt été l'objet d'un commerce intense avec les vallées pyrénéennes.
Au début du , le prieuré devient la propriété des Jésuites de Toulouse. Les crises du et du vont freiner son essor. Avec le phylloxéra arrivé dans la zone vers 1895, c'est la quasi-disparition du vignoble. Par la suite, les vignerons replantent avec du tannat, sélectionnent les meilleurs terrains et se regroupent en un syndicat en 1906 et obtiennent d'une commission (créée par le décret du ) une première délimitation restreinte de l'appellation d'origine madiran. Une cave coopérative est fondée à Diusse en 1936. Une demande de nouvelle délimitation est refusée en 1940.
Le madiran (de la ville du même nom) est classé comme une appellation d'origine contrôlée (AOC) par le décret du en même temps que le pacherenc du Vic-Bilh, publié au JORF du .. Il est alors exigé un élevage en fût long de ; la zone de production (concernant en 1948 un total de ) chevauche trois départements, le Gers, les Hautes-Pyrénées et les Pyrénées-Atlantiques. La coopérative de Crouseilles est fondée en 1950. Dans les années 1960, les cabernets sont plantés pour faire partie de l'assemblage.. En , la durée d'élevage en fût est réduite à , publié au JORF du .. En , la commune de Viella est rajoutée à l'aire d'appellation, l'élevage est réduit à douze mois, publié au JORF du . et Saint-Mont refusée. L'aire d'appellation est de nouveau modifiée en (totalisant désormais ) et la proportion de tannat dans le vin augmentée (maximum de 60 % ; minimum de 30 % en 1975 puis 40 % en 1980), publié au JORF du . et (ajout des communes de Gayon, Lasserre, Lembeye, Mascaraàs, Moncla et Monpezat), publié au JORF du ..
Les vignerons de Madiran ont adopté « Janus » (un dieu romain) comme symbole. Le cahier des charges de l'appellation a été modifié successivement en (commercialisation interdite avec le de l'année suivante), publié au JORF du ., en (rajout de Moncaup pour atteindre les ), publié au JORF du ., en (l'encépagement en tannat passe d'un maximum de 60 % à 80 % ; création de l'« aire de proximité immédiate », où la vinification est autorisée, comprenant Labarthète, Riscle et Saint-Mont), publié au JORF du ., en Décret du ., en Décret du ., en , homologué par l'arrêté du , publié au JORF le ., en (évolution du parcellaire ; Cannet intégrée à Riscle), homologué par l'arrêté du publié au JORF du . et en , homologué par l'arrêté du publié au JORF du ..
Vignoble Aire d'appellation vignette|Vigne de Séméacq-Blachon.
L'appellation est située dans le pays du Vic-Bilh, dans un coude de la rive gauche de l'Adour, aux confins de trois départements : le Gers, les Hautes-Pyrénées et les Pyrénées-Atlantiques. Le pacherenc du Vic-Bilh est un vin blanc produit sur la même aire que le madiran ; il existe en sec ou en moelleux. L'aire d'appellation du madiran concerne un total de : trois dans le Gers : Maumusson-Laguian, Riscle (pour le territoire de l'ancienne commune de Cannet) et Viella ; six dans les Hautes-Pyrénées : Castelnau-Rivière-Basse, Hagedet, Lascazères, Madiran, Saint-Lanne et Soublecause ; 28 dans les Pyrénées-Atlantique : Arricau-Bordes, Arrosès, Aubous, Aurions-Idernes, Aydie, Bétracq, Burosse-Mendousse, Cadillon, Castetpugon, Castillon, Conchez-de-Béarn, Corbère-Abères, Crouseilles, Diusse, Escurès, Gayon, Lasserre, Lembeye, Mascaraàs-Haron, Mont-Disse, Moncla, Monpezat, Moncaup, Portet, Saint-Jean-Poudge, Séméacq-Blachon, Tadousse-Ussau et Vialer.
Si en 2008 un total de étaient déclarés en production., la surface en production est descendue à en 2024.
Géologie et orographie Les sols sont constitués de roches détritiques et sédimentaires. Le relief est constitué des petites vallées du Bergons, du Saget et du Léez, séparées par des collines vallonnées.
Le haut des collines est constitué de sols siliceux à gros galets roulés. Ce terrain chaud et sec draine bien les excès d'eau, la réserve estivale étant contenue dans le sous-sol plus profond.
Les flancs de colline sont des sols argilo-calcaires sur sous-sol de molasse et calcaire. Ce type de sol contient une bonne réserve en eau, mais laisse ruisseler l'excédent.
Le bas des coteaux, en fond de vallée, est représenté par un sol limono-argileux de type boulbène. Ce terroir particulier est peu perméable, donnant une terre en surface humide l'hiver et un sol battant en été.
Climatologie
La région est sous l'influence prépondérante du climat océanique de l'océan Atlantique voisin. Toutefois, une tendance continentale agît au nord-est du vignoble.. Le climat local donne des hivers doux et des étés chauds. Les précipitations, importantes pour un vignoble, sont bien réparties, au printemps et à l'automne. L'ensoleillement important ( par an en moyenne sur 1991-2020 à Pau-Uzein). et les précipitations modérées l'été constituent un élément qualitatif pour la maturité du raisin, à condition que l'orientation et la topographie des parcelles soient aussi favorables. La station météorologique de Maumusson-Laguian (au lieu-dit Tailleurguet, à : ). est représentative de l'aire d'appellation.
Encépagement alt=Photographie couleur montrant un pied de tannat au mois d'août. Les petits grains verts sont encore en cours de grossissement. Le feuillage est vert et montre distinctement la forme caractéristique d'une feuille.|vignette|gauche|upright=0.65|Pied de tannat N. vignette|upright=0.65|alt=La photographie couleur montre trois grappes de cabernet franc mûres. Couvertes de pruine, elles ont une couleur bleutée intense. Le jeu d'ombre à travers le feuillage accentue l'impression d'intensité colorante.|Grappes de cabernet franc mûres avant récolte. Le décret d'appellation consacre le tannat NLe code international d'écriture des cépages mentionne de signaler la couleur du raisin : B = blanc, N = noir, Rg = rouge, Rs = rose, G = gris. Cf. . comme cépage principal et les cabernet franc N (appelé aussi le bouchy), cabernet sauvignon N et fer N (le pinenc) comme cépages accessoires. Le décret précise que le tannat doit représenter entre 40 et 80 % de l'encépagement de l'exploitation. Lors de l'assemblage des cuvées, le tannat doit représenter au moins 50 % du volume ; il n'y a pas de maximum, donc les cuvées 100 % tannat sont autorisées.
Autrefois, l'encépagement régional était composé de manseng noir N, de pinenc, nom local du fer servadou N et du bouchy, nom local du cabernet franc N ; dans les années 1860, le docteur Guyot signale le tannat N comme un cépage nouvellement introduit..
Le tannat donne un vin très sombre, très charpenté et acide qui demande du temps pour être apte à être consommé. C'est donc un vin de garde qui se bonifie durant une dizaine d'années. Lors de l'accession à l'appellation d'origine contrôlée, les cépages accessoires ont été agréés pour assouplir les vins de tannat par assemblage, permettant la commercialisation du vin plus tôt.
Pratiques culturales Les vignes doivent être plantées à une densité minimum de par hectare, avec au moins entre les ceps dans le rang et au maximum entre les rangs. Dans le cas de vigne plantée en terrasse, la surface dévolue à chaque pied ne peut excéder .
Le mode de taille de la vigne inclut le guyot, simple ou double, et le cordon de royat. Dans les deux cas, le nombre d'yeux (bourgeons fertiles) ne doit pas excéder quinze. Ce nombre de bourgeons doit être ramené à dix pour le tannat et douze pour les autres après épamprage. Cette opération doit être réalisée avant le stade floraison.
La vigne doit être conduite sur un palissage plan dont la hauteur doit dépasser 0,6 fois l'écartement entre les rangs. Les vignes doivent être entretenues, que ce soit sur le plan du traitement contre les maladies ou sur le plan de l'entretien du sol. L'usage des herbicides en hiver est interdit et les tournièresZone non plantée en bout de rang, destinée à laisser la place aux engins agricoles de tourner. doivent être enherbées. Le but de ces mesures est de limiter la pollution des sols par les désherbants. Le nombre de ceps morts ou manquants ne doit pas dépasser 15 % de la parcelle. Au-delà, le rendement de cette parcelle est amputé du pourcentage de manquants.
Irrigation L'irrigation est interdite du jusqu'à la récolte. Toutefois, le décret précise qu'elle peut être exceptionnellement autorisée. Dans ce cas, elle est réservée aux conditions particulières de sécheresse d'un millésime et peut avoir lieu du au , ce qui correspond aux stades de développement de la vigne « fermeture de la grappe » (grains formés qui se touchent) et « véraison » (le raisin change de couleur).
Cette autorisation est demandée par l'organisme de défense et de gestion de l'appellation auprès de l'INAO, motivée par des données climatiques et de l'état des vignes qui nécessitent la mesure. Le directeur de l'INAO peut accorder la dérogation après avis du comité régional INAO de Toulouse-Pyrénées. Le viticulteur qui le juge nécessaire s'engage à déclarer les parcelles irriguées avec la surface et le cépage à l'organisme d'inspection, et le matériel d'irrigation ne doit pas être enterréArticle D. 644-23 du code rural sur le site légifrance.gouv.fr consulté le janvier 2010..
Récolte La charge maximale en raisin mesurée à la parcelle est limitée à , masse ramenée à lorsque l'irrigation a été utilisée. Ce raisin ne peut produire plus de par hectare.
La maturité du raisin est déterminée par sa richesse en sucre afin de prévoir le chantier des vendanges. Le tannat doit comporter au moins de sucre par litre. Pour les autres cépages, par litre suffisent. Cette différence provient de la quantité de polyphénols présents dans le tannat ; en cas de maturité insuffisante, ils confèrent au vin dureté et astringence, préjudiciables à leur appréciation organoleptique. Une fois vinifiés, ces raisins doivent donner un vin dont le titre alcoométrique dépasse 11,5 % volumique.