Un siège titulaire (épiscopal ou archiépiscopal) est, dans les Églises issues de la Pentarchie (Église catholique romaine et Églises orthodoxes canoniques), un titre accordé à certains prélats qui, sans avoir de juridiction territoriale sur des diocèses actuels, occupent des fonctions dans le gouvernement de leur Église, pour lesquelles ils sont consacrés évêques. La nomination d’évêques ou archevêques « titulaires » est strictement du ressort du Saint-Siège dans l’Église catholique romaine et des patriarches (surtout celui de Constantinople) dans les Églises orthodoxes.

Dans l’Église catholique romaine, ceux auxquels ce titre est accordé, autrefois appelés évêques , pour (« en pays des infidèles »), par référence à d’anciens diocèses disparus au cours de l’histoire, sont depuis (1882) dénommés « évêques titulaires »Par œcuménisme, le pape Léon XIII, dans l'encyclique du 3 mars 1882 (Collectanea S. Congregationis de propaganda fide seu decreta instructiones rescripta pro apostolicis missionibus, Rome, 1893, p. 39, n°79 : (https://www.google.fr/books/edition/Collectanea_S_Congregationis_De_propagan/Z5ChEPvdjowC?hl=fr&gbpv=1&dq=Resta+abolita+dei+tutto+la+formola+in+partibus%C2%A0infidelium&pg=PA39&printsec=frontcover) a mis fin à cette dénomination qui qualifiait d'« infidèles » les chrétiens non-catholiques des églises orientales.. Tout évêque, même s’il est contraint à la démission, reste « évêque d'un lieu particulier » ; il lui est alors donné le titre d'un siège titulaire.

Malgré le nombre important d'évêques titulaires (qui tous ne sont pas titulaires d'un siège titulaire) dans l'Église catholique latine, la pertinence théologique de ces évêques sans charge pastorale personnelle réelle suscite des débats.. La question est de savoir si la collation d’une Église sans existence réelle constitue ou non un cas d’« ordination absolue » (c’est-à-dire sans détermination pastorale) condamnée par le premier concile de Nicée (325).

Dans les Églises orthodoxes, particulièrement celle de Grèce, les sièges titulaires correspondent aux sièges épiscopaux ou archiépiscopaux de l’Empire byzantin restés sans fidèles en raison du passage des habitants de ces territoires à l’islam et de l’expulsion des chrétiens au fil des siècles (notamment au moment du traité de Lausanne de 1923).

vignette|Évêchés d’Anatolie au , devenus pour la plupart des sièges titulaires au

Distinction entre évêque titulaire et siège titulaire

Dans l'Église latine, les évêques titulaires sont tous les évêques qui n'ont pas la charge pastorale d'un diocèse ou d'une circonscription ecclésiastique assimilée ou équivalente à un diocèse, c'est-à-dire la prélature territoriale, l'abbaye territoriale, le vicariat apostolique, la préfecture apostolique et l'administration apostolique établie à titre permanentCode de Droit Canonique (CDC), canon 376, et canons 134 §3, 381 §2 et 450 §1Antonio Viana, "Obispos titulares. Elementos de tradición canónica y regulación actual", dans Ius Canonicum 44 (2004), .

Dans les Églises catholiques orientales, seuls les évêques chargés de la pastorale d'une éparchie sont des évêques diocésains stricto sensu ; tous les autres, quel que soit le ministère qu'ils exercent ou ont exercé, sont évêques titulairesCode des canons des Églises orientales, canon 179.

Selon cette norme canonique, les évêques titulaires sontViana, Obispos titulares, .: les prélats qui exercent leur charge au service du Pape dans la Curie romaineCDC, canons 360-361, tels que les préfets et présidents des dicastères pontificaux et tous les fonctionnaires décorés de la dignité épiscopale ; à l'exception des cardinaux, qui ont leur propre titre, ou des évêques émérites qui travaillent dans la Curie, les autres se voient attribuer le titre d'un diocèse éteint ou supprimé ; les légats pontificaux qui exercent les fonctions de représentation du Siège apostolique auprès des Églises particulières, des États et des organisations internationalesCDC, canons 362-363, tels que les nonces apostoliques et les délégués apostoliques ; ces prélats reçoivent le titre d'un diocèse éteint ou supprimé ; ceux qui sont nommés à l'épiscopat en vue d'une fonction exercée ou à exercer sur le territoire de divers diocèses au nom du Saint-Siège ou des Conférences épiscopalesCDC, canon 443 § 1,3, canonj 450 § 1; décret Christus Dominus , par exemple, comme directeurs d'œuvres missionnaires pontificales, assistants ecclésiastiques de l'Action catholique, recteurs d'universités catholiques ou autres cas particuliers; le titre d'un diocèse éteint ou supprimé est également attribué à ces prélats ; les évêques émérites, c'est-à-dire tous les évêques diocésains qui, pour des raisons de santé ou pour avoir atteint la limite d'âge ou pour d'autres raisons, ont présenté la démission de leur charge, acceptée par le Souverain PontifeCDC, canon 402 § 1; jusqu'en 1970 ces évêques recevaient le titre d'un diocèse éteint ou supprimé ; par décision du Pape Paul VI, ils conservent maintenant le titre du diocèse auquel ils ont renoncéCongrégation pour les évêques, Communication du 7 novembre 1976 dans Communicationes 19, 1978, ; les évêques coadjuteurs et les évêques auxiliaires, c'est-à-dire les prélats qui collaborent avec l'évêque diocésain et qui lui sont canoniquement subordonnésCDC canons 403, 406 et 407; les évêques auxiliaires se voient attribuer le titre de diocèse éteint ou supprimé, tandis que les évêques coadjuteurs, par décision du pape Paul VI en 1976, portent le titre du diocèse auquel ils sont destinésCongrégation pour les évêques, Communication du 31 août 1970 dans Communicationes 9, 1977, ; dans les Églises catholiques orientales, tous les évêques non diocésains sont des évêques titulaires, comme les évêques des curies patriarcales et les curies des Églises archiépiscopales majeures, les visiteurs apostoliques, les exarques.

Origine et histoire Le concile de Nicée a peut-être connu en son sein quelques évêques chassés de leur diocèse. Cependant, il établit que les clercs doivent toujours être attachés à une Église (canon 15). Plus explicite, le concile de Chalcédoine (451) pose l’interdiction d’ordonner un clerc, y compris un évêque, sans lui confier un lieu à desservir (canon 6). Dans l’esprit de ces conciles anciens, il s’agit d’une communauté réelle de chrétiens et non d’un titre reposant sur une fiction juridique.

Plus tard, surtout aux , un grand nombre de diocèses, particulièrement en Afrique du Nord, en Espagne et au Proche-Orient, perdent leurs fidèles en raison des persécutions, après les invasions sarrasines et ottomanes : certains (les ma'mīnīm ) se convertissent à l’islam pour éviter le kharadj (double capitation sur les non-musulmans) et le devshir (enlèvement des garçons pour être enrôlés dans les armées musulmanes) ; d’autres s’enfuient pour échapper aux persécutions et à l’esclavage : ces diocèses disparaissent donc et sont abandonnés. Par exemple, on évalue à environ 480 le nombre de diocèses disparus en Afrique du Nord]. et il en est de même en Asie mineure.. Ils ne sont pas supprimés cependant, l’Église souhaitant garder la mémoire de ces communautés chrétiennes des premiers siècles du christianisme.

D’autres disparaissent avec la conquête de la Terre sainte par les Arabes au puis par les Turcs vers 1268. Les évêques chassés sont reçus comme auxiliaires dans des diocèses d’Europe. À leur mort, leurs successeurs comme auxiliaires reçoivent également leur titre et diocèse, connu alors comme étant (i.p.i.). Dans l’Église catholique, cette manière de faire est réglementée par le concile de Vienne de 1311 ; à partir du cinquième concile du Latran (1512-1517) et sous le pontificat de , ces titres sont également accordés aux cardinaux de la Curie romaine qui le souhaitent. La coutume s’élargit et se développe au point qu’il est octroyé à tous les prélats consacrés évêques sans qu'ils reçoivent pour autant de juridiction territoriale (auxiliaire, vicaire apostolique, prélat de la Curie romaine).

Des réorganisations ecclésiastiques aux , avec la suppression de diocèses, ont également créé de nouveaux sièges titulaires. Ainsi, par exemple, Ypres et Tongres, en Belgique, Natchez et Kearney aux États-Unis, Lindisfarne en Angleterre et d’autres en Irlande.

Au , acquiesçant à la demande des Églises catholiques orientales, le pape , par sa lettre apostolique du change la dénomination de l’évêque en « évêque titulaire ».Il n'y a d'ailleurs pas que dans les régions où le christianisme a disparu ou est devenu minoritaire qu'on trouve des anciens diocèses : cela peut également provenir d'une simple réorganisation de la couverture du territoire : ainsi la Corse, pays catholique, ne compte pas moins de cinq anciens diocèses devenus sièges titulaires.. Il y aurait au total près de titulaires.

En 1964, dans le cadre du rapprochement avec les Églises orthodoxes, sont supprimés trois sièges titulaires latins orientaux : les patriarcats de Constantinople, d'Antioche et d'Alexandrie.

Exemple historique Un exemple intéressant de diocèse in partibus infidelium ayant eu une certaine durée est celui de Bethléem. En 1168, le croisé , comte de Nevers, avait promis à l'évêque de Bethléem que, si cette ville devait tomber aux mains des musulmans, il l'accueillerait, lui ou ses successeurs, dans la petite ville de Clamecy, sur ses terres de Bourgogne. Après la prise de Bethléem par Saladin en 1187, la volonté du défunt comte fut honorée et l'évêque de Bethléem élut domicile dans l'hôpital de Panthénor, à Clamecy, en 1223. Clamecy demeura le siège permanent du siège in partibus infidelium de Bethléem pendant près de six cents ans, jusqu'à la Révolution française. Archives ecclésiastiques des lettres adressées par les évêques in partibus de Bethléem aux évêques d'Auxerre.. Bethléem est toujours diocèse titulaire, même s’il est vacant (en 2013).

Restaurations récentes de sièges titulaires

Pontificat de Vingt-sept titulaires sont restaurés en 1989, tous situés en Afrique du Nord à l'exception de (Bosnie-Herzégovine) et de Wiener Neustadt (Autriche)..

Douze sièges titulaires aux États-Unis sont restaurés en 1995.. En 1996, sont restaurés deux sièges aux États-Unis et un au Groenland (Gardar)..

En , sont restaurés huit sièges titulaires italiens de la région du Latium : , Balneoregium, , , Mons Faliscus, , , et ..

En , restaure en tant que sièges titulaires quatre sièges historiques corses : Aléria, Mariana in Corsica, Nebbio et Sagone..

En 2004, sont restaurés neuf sièges titulaires :

Avril : (Ombrie, Italie). Juin, quatre sièges italiens des Pouilles : , , Egnazia Appula, et . Juillet : (Irak) Octobre, trois sièges italiens : et (tous deux en Sardaigne), et (Marches).

Pontificat de En , restaure 22 anciens diocèses en tant que sièges titulaires (dont treize sièges français). :

Anciens titres des archevêques d'Avignon : Apt, Carpentras, Cavaillon, Orange, et Vaison Sur le territoire du diocèse de Digne, Riez et Sisteron : Briançonnet, Entrevaux et Senez Sur le territoire du diocèse de Carcassonne et Narbonne : Alet et Saint-Papoul Autres anciens sièges français : Arisitum (Gard), Maillezais (Vendée) et Thérouanne (Pas-de-Calais) Italie : , et Pologne : et Tanzanie : et Allemagne : Chiemsee Espagne : Iliturgi Un diocèse est restauré en en Croatie : ..

Pontificat de François En , le pape François restaure les deux sièges polonais de Pomezania et ..

En sont restaurés huit sièges titulaires. :

Italie : , , et Espagne : , , et (Valpuesta est supprimé en 2019.) Pays-Bas : Middelburg En sont restaurés les sièges italiens d' et de , et en est restauré le siège d' (Sicile).

Le , les anciens sièges relevés dans le nom du diocèse italien de Macerata sont restaurés en tant que sièges titulaires : , , et ..

Listes de sièges titulaires