Le Grand Prix d'Italie 1961 (), disputé sur l'Autodromo Nazionale di Monza le , est la cent-unième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la septième manche du championnat 1961.

Avec la mort du pilote allemand Wolfgang von Trips dans un accident entraînant le décès de quatorze spectateurs , cette édition connaîtra le pire accident de l'histoire de la Formule 1.

Contexte avant la course Le championnat du monde La saison 1961 correspond à l'introduction de la nouvelle Formule 1 , effective à partir du premier janvier. Cette nouvelle formule, très proche de l'ancienne Formule 2 en vigueur de 1957 à 1960, a remplacé la précédente réglementation autorisant une cylindrée de (moteur atmosphérique) ou de (moteur suralimenté).

- Principaux points de la nouvelle réglementation : interdiction des moteurs suralimentés cylindrée minimale : cylindrée maximale : poids minimal : (à sec) double circuit de freinage obligatoire arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote) démarreur de bord obligatoire carburant commercial ravitaillement en huile interdit durant la course

La nouvelle formule ayant été annoncée officiellement le par le président de la Commission sportive internationale (CSI), Monsieur Pérouse, les constructeurs disposaient de deux ans pour développer leurs nouvelles monoplaces. Toutefois les concurrents britanniques, opposés à la réduction de la cylindrée et à l'augmentation du poids minimal, ont passé ces deux années à tenter de faire revenir la CSI sur sa décision et ont tardé à développer de nouveaux moteurs. De ce fait, à ce stade de la saison, seule la Scuderia Ferrari dispose d'un modèle à moteur V6 parfaitement au point, alors que ses concurrents britanniques ont conçu tardivement leurs châssis, adaptés à la version du quatre cylindres Coventry Climax FPF dont le lancement remonte à 1956, pratiquement le seul moteur dont ils ont disposé, le nouveau V8 du motoriste britannique n'ayant fait son apparition en course que lors de l'épreuve précédente, au Nürburgring. Encouragé par ses bons résultats en Formule 2 les saisons précédentes, Ferry Porsche a également décidé de se lancer en F1, utilisant cette année une évolution de ses anciennes F2, la nouvelle monoplace à moteur huit cylindres de la marque allemande n'étant pas attendue avant la fin de l'année.

À deux épreuves de la fin, seul Stirling Moss peut encore empêcher un pilote Ferrari de remporter le titre de champion du monde. Malgré le manque de puissance de sa Lotus face aux rapides monoplaces italiennes, l'as britannique a remporté deux magnifiques victoires cette saison, s'imposant à Monaco et au Nürburgring, deux circuits où sa virtuosité a fait la différence. Avant la manche italienne, Moss accuse toutefois un retard de douze points sur Wolfgang von Trips et de huit sur Phil Hill, largement favoris sur la piste extrêmement rapide de Monza, et ne compte plus qu'une chance infime de les battre. Une victoire de Trips en Italie assurerait le titre au pilote allemand, quel que soit le résultat de la dernière épreuve. Quant à la coupe des constructeurs, elle est déjà acquise à la Scuderia, Lotus ne pouvant plus revenir au score.

Le circuit thumb|left|alt=Autodromo Nazionale Monza|Vue aérienne de l'autodrome de Monza.

Construit en 1922 à l'initiative de l'Automobile-Club de Milan, le circuit de Monza est depuis lors le berceau du Grand Prix d'Italie, tant en sport automobile qu'en sport motocycliste. Son tracé permet de combiner une partie routière de 5,75 kilomètres et un anneau de vitesse ovale de 4,25 kilomètres, comportant deux virages relevés. Malgré les dommages subis au cours de la Seconde Guerre mondiale, l'autodrome a retrouvé sa configuration initiale, après les restaurations de 1948 pour le circuit routier et de 1954 pour l'anneau. Malgré la controverse au sujet du comportement des monoplaces de Grand Prix sur l'ovale, le parcours combiné de dix kilomètres a été une nouvelle fois retenu pour l'édition 1961 du Grand Prix. Phil Hill détient le record officiel de la piste, ayant accompli un tour à plus de 220 km/h de moyenne au volant de sa Ferrari lors du Grand Prix de 1960.

Monoplaces en lice thumb|upright|right|alt=FWMV|Jack Brabham disposera à nouveau du moteur V8 Coventry-Climax sur sa Cooper. Cooper T58 & T55 "Usine" Comme en Allemagne, Jack Brabham dispose de la Cooper T58, équipée du nouveau moteur Coventry Climax FWMV à huit cylindres en V. Le montage du bloc sur la monoplace a cependant été amélioré, ramenant le poids de cette voiture au niveau de la T55 à quatre cylindres, soit 465 kg en ordre de marche. Le nouveau V8 comporte quatre arbres à cames en tête ; il est alimenté par quatre carburateurs Weber double corps et délivre 174 chevaux à 8600 tr/min, contre 152 chevaux à 7600 tr/min pour la dernière version du quatre cylindres FPF. Une seule T58 étant réalisée, Bruce McLaren pilote une des deux T55 préparées par l'équipe, la seconde servant de mulet.

Cooper T53 privées Championne du monde 1960, la T53 est toujours très prisée des écuries et pilotes privés. Généralement équipée d'un moteur Climax FPF, elle peut également utiliser un moteur de Maserati 150S (quatre cylindres, 142 chevaux à 7500 tr/min). Au sein du Yeoman Credit Racing Team, Reg Parnell a engagé deux T53 à moteur Climax pour John Surtees et Roy Salvadori, modèles identiques à celui qu'utilise le pilote privé Jackie Lewis. Confiée à Lorenzo Bandini, la T53 de la Scuderia Centro Sud est par contre dotée du moteur Maserati.

Cooper T51 privées Maurice Trintignant dispose de son habituelle Cooper T51 à moteur Maserati, alignée par la Scuderia Serenissima, un modèle identique à celui confié par le Pescara Racing Team au débutant Renato Pirocchi.

Cooper T45 privées Jack Fairman pilote l'ancienne Cooper T45 à moteur Climax FPF de l’écurie britannique Fred Tuck Cars. La Scuderia Sant Ambroeus avait initialement engagé un modèle identique pour l'Américain Alfonso Thiele, qui a déclaré forfait.

Lotus 21 "Usine" thumb|right|La Lotus 21, à l'aérodynamique très travaillée. Colin Chapman n'a pour l'heure pu acquérir de moteur V8 auprès de la société Coventry Climax, et le Team Lotus utilise une nouvelle fois ses modèles Type 21 toujours équipés du quatre cylindres FPF. Évolution de la Lotus 18 dont elle reprend le châssis, la 21 dispose d'une carrosserie très fine calquée sur celle de la Lotus 20 de Formule Junior. L'aérodynamique a été très poussée, avec notamment une suspension avant carénée, permettant à cette monoplace ultra légère (455 kg en ordre de marche) d'obtenir une vitesse de pointe acceptable malgré sa puissance modeste. Très agile et disposant d'une efficace boîte de vitesses ZF à cinq rapports, cette monoplace peut tirer son épingle du jeu sur les circuits très sinueux, mais ne peut toutefois rivaliser avec les puissantes Ferrari sur les circuits rapides. Jim Clark et Innes Ireland, qui disposent de leurs châssis habituels, ne peuvent donc viser la victoire à Monza.

Lotus 18 privées Rob Walker a réussi à obtenir un exemplaire du V8 Climax FWMV et l’équipe britannique a adapté l'une de ses deux Lotus 18/21 (un ancien châssis de Lotus 18 comportant une carrosserie et des suspensions semblables à celle de la 21) pour le montage du nouveau bloc. La partie arrière a dû être transformée en conséquence, et c'est désormais une boîte de vitesses Colotti à cinq rapports qui est utilisée. La voiture ainsi modifiée n'a pu être essayée avant d'être amenée à Monza, aussi Stirling Moss disposera-t-il également de l'autre 18/21 de l'écurie, à moteur Climax FPF. L'équipe UDT Laystall utilise également des Lotus 18/21 à moteur Climax FPF, deux voitures ont été amenées pour Henry Taylor et Masten Gregory. La Scuderia Colonia avait initialement engagé deux Lotus 18 pour Wolfgang Seidel et Michael May, mais ce dernier a déclaré forfait, tout comme Ernesto Prinoth qui devait conduire la 18 du Pescara Racing Team. Trois pilotes indépendants sont également au volant de Lotus 18, il s'agit de Tim Parnell, Gerry Ashmore et de Gaetano Starrabba, ce dernier étant le seul à utiliser un moteur Maserati sur ce modèle, au lieu de l'habituel Climax FPF.

Ferrari 156 "Usine" Comme en Allemagne, la Scuderia Ferrari a engagé quatre 156 F1, mais c'est cette fois le tout jeune espoir mexicain Ricardo Rodríguez qui épaule les titulaires habituels, à savoir Phil Hill, Wolfgang von Trips et Richie Ginther. Dotées d'un moteur V6 à double allumage alimenté par deux carburateurs Weber triple corps, les 156 sont les monoplaces les plus puissantes du plateau, disposant de 190 chevaux à 9500 tr/min dans leur version la plus évoluée (avec V à 120°), permettant une vitesse de pointe de l'ordre de 270 km/h. Elles sont équipées de quatre freins à disques (montés dans les roues à l'avant et accolés à la boîte de vitesses à l'arrière) et pèsent 460 kg. Pour sa première apparition en Grand Prix, Rodríguez dispose d'une version moins puissante que celles de ses coéquipiers, la version avec V à 65° développant 180 chevaux à 9000 tr/min et s'avérant un peu moins agile à cause d'un centre de gravité plus haut. Engagé officiellement par la Scuderia Sant Ambroeus, une écurie milanaise, Giancarlo Baghetti dispose également d'une 156 en version V6 65°, dont la préparation est assurée par l'usine.

BRM P57 & P48/57 "Usine" Sous la direction technique de , la firme de Bourne vient d'achever la réalisation de deux de ses nouvelles P57 à moteur V8 (à 90°), qui ont été brièvement essayées sur une piste d'aéroport avant d’être directement expédiées à Monza. Elles sont équipées d'un système d'injection indirecte Lucas, la distribution étant assurée par quatre arbres à cames en tête. La boîte de vitesses à cinq rapports a été conçue et réalisée chez BRM. La puissance ressort à 188 chevaux à 10250 tr/min, la voiture pesant environ 475 kg en ordre de marche. Graham Hill et Tony Brooks pourront en outre utiliser leurs habituelles P48/57 à moteur Climax FPF, le choix pour la course dépendant du comportement des nouveaux modèles après leurs premiers tours de roues sur circuit.

Porsche 718 "Usine" thumb|right|La Porsche 718, initialement conçue pour la Formule 2. Le constructeur allemand a profité de la nouvelle réglementation pour accéder à la Formule 1, s'appuyant pour l'heure sur ses modèles 718 utilisés en Formule 2 les deux années précédentes, en attendant l'achèvement de sa nouvelle monoplace à moteur huit cylindres dont les débuts ont été reportés à la saison prochaine. Un modèle intermédiaire 787, utilisant le même moteur quatre cylindres à plat que la 718, avait également été utilisé lors des premières courses de l'année, mais il s'était révélé globalement moins performant que son prédécesseur et l'usine a cessé son exploitation, ayant néanmoins adopté certains éléments de la 787 pour faire évoluer la 718 : suspension, capot arrière profilé, freins à disques. Ces modifications n'ont pas alourdi la monoplace, qui affiche 450 kg sur la bascule, soit le poids minimum autorisé. Refroidi par air et alimenté par un système d'injection mécanique Kugelfischer, le quatre cylindres délivre 170 chevaux à 9000 tr/min. Seulement deux voitures ont été engagées ; elles sont aux mains de Dan Gurney et Joakim Bonnier, le troisième pilote d'usine, Hans Herrmann, étant inscrit en réserve.

Porsche 718 privée Ayant racheté la 718-2 utilisée par Graham Hill en 1960 (le Britannique était alors pilote officiel Porsche en F2 et en Sport), Carel Godin de Beaufort dispute sa première saison complète en F1. Sa monoplace ne bénéficie pas des dernières évolutions techniques de la marque mais sa fiabilité lui permet de figurer à l'arrivée de la plupart des courses disputées.

JBW Typ2