(en grec ancien ) ou Antiochos le Grand (), né vers 242 et mort en , est un roi séleucide qui règne de à 187.
Il est considéré comme le souverain le plus important de la dynastie des Séleucides, qui règne en Asie, après son fondateur . Son surnom de Mégas provient du titre d'origine achéménide Mégas Basileus (« Grand Roi ») qu'il a adopté après ses victoires. Il a en effet affermi son autorité en soumettant les gouverneurs rebelles, mené une longue expédition (ou anabase) dans les satrapies orientales et livré deux guerres de Syrie contre l'Égypte ptolémaïque. Désireux de s'établir en Anatolie, il s'oppose au royaume de Pergame. Il finit par entrer en guerre contre Rome et être vaincu à la bataille de Magnésie.
Modèle du roi en mouvement, il est le roi séleucide le plus prestigieux et le plus documenté par les sources littéraires, notamment Polybe et Tite-Live, ou épigraphiques (en Anatolie). Depuis Alexandre le Grand, aucun souverain hellénistique n'a parcouru de telles distances, menant campagne de la Bactriane à l'Étolie.
Biographie Les débuts du règne (223-218) L’avènement royal Né vers 242 av. J.-C., Antiochos est le second fils de et le frère de . Son avènement est précipité par l'assassinat en 223 de son frère par deux de ses officiers en Phrygie dans des conditions obscures. Le royaume séleucide parait alors affaibli, en particulier à cause du règne désastreux de son père. de Pergame s'est en effet emparé de l'Anatolie au détriment de l'oncle d'Antiochos, Antiochos Hiérax, qui lui-même a fait sécession en 241. L'Égypte ptolémaïque exerce quant à elle une hégémonie maritime totale dans tout le bassin oriental de la Méditerranée et les satrapies orientales de l'empire deviennent indépendantes les unes après les autres. À la mort de , l’armée fait acclamer comme roi : il est l’arrière arrière petit-fils de , faisant ainsi partie de la branche cadette de la dynastie séleucide. Il est plus âgé qu’Antiochos et paraît, semble-t-il, plus apte à exercer le pouvoir. Toutefois, Achaios refuse le diadème et fait reconnaître les droits de son cousin, , alors gouverneur des satrapies supérieures.
Une fois au pouvoir, Antiochos réforme l'administration du royaume : Molon, satrape de Médie, devient gouverneur général des satrapies supérieures à la place d’Antiochos, avec son frère Alexandre. L’Anatolie est confiée à qui a, jusque-là, fait preuve de sa loyauté. Enfin, il maintient à ses côtés Hermias, le ministre (ou « préposé aux affaires ») de . Il est difficile de savoir si toutes ces désignations à de hauts postes de l'administration émanent d’Antiochos ou si l’on peut y voir l’influence tant d’Hermias que d’Achaios.
Au début de son règne, Antiochos invite des poètes de Grèce à sa cour, dont Euphorion de Chalcis qui devient le bibliothécaire royal jusqu'à sa mort.
Antiochos face aux forces centrifuges Le début de règne d'Antiochos se caractérise par des conflits entre Hermias et d’autres officiers du royaume. Seuls les écrits de Polybe nous informent, de manière incomplète, sur ces événementsPolybe, , 41-57. Sur cette crise voir .. Molon, gouverneur général des satrapies supérieures (dont la Perse et la Médie), ainsi que son frère Alexandre, se rebellent en 222 av. J.-C., très peu de temps après l’avènement d’Antiochos. Les deux hommes profitent du jeune âge du roi mais aussi de la récente réforme de l'administration, posant ainsi le royaume dans une relative instabilité. Polybe mentionne différentes raisons pour expliquer ce soulèvement mettant en péril tant l'empire séleucide que le statut de roi. Les raisons invoquées seraient alors la crainte grandissante face à l’influence prise par Hermias ainsi que l’espoir de nouer des collaborations avec Achaios. Polybe évoque toutefois le fait que Molon semblerait plutôt se révolter contre Hermias que contre Antiochos. Durant cette révolte, le roi se trouve à Zeugma sur l’Euphrate, où il accueille sa future épouse du royaume du Pont. Des tensions apparaissent parmi les conseillers du roi : Épigénès lui conseille de réagir vite avec l’envoi d’une armée, tandis qu’Hermias pousse à la reconquête de la Cœlé-Syrie, région disputée de longue date avec les Lagides au cours des différentes guerres de Syrie.
Antiochos regagne la Syrie ; mais Molon contraint les stratèges de l'armée royale à la retraite en occupant le pays à l'Est du Tigre. Antiochos décide de marcher contre Molon mais Hermias le convainc d’y envoyer seulement un stratège mercenaire du nom de Xénoitas qui se fait battre et tuer. Molon s’empare de Séleucie du Tigre, étendant plus encore sa domination. En 221, Antiochos se trouve dans une situation difficile, devant faire face à ce soulèvement tout en tentant vainement de reconquérir la Coelé-Syrie face à . Le roi finit par décider de se rendre lui-même en Orient sur les conseils d’Épigénès. La campagne est menée de manière relativement efficace puisque Molon est vaincu et se suicide. Toutefois, le roi fait preuve de clémence auprès des soldats et procède à un nouveau réagencement de l’administration tout en réorganisant les satrapies relevant de Molon. Mais il se heurte en Anatolie à la rébellion d' qui se proclame roi, recevant ainsi le soutien des Lagides. Vers 220, il se résout à faire assassiner Hermias ce qui assure sa popularité.
Antiochos conduit la lutte en Asie Mineure contre l'usurpateur entre 216 et 213. Sardes est prise mais celui-ci trouve refuge dans son imprenable acropole et reçoit l'aide de Sôsibios, le ministre de . Victime d'une trahison, Achaios tombe entre les mains d'Antiochos et périt après un long supplice.
L'ambition impériale d'Antiochos (218-195) vignette|redresse=2|L'empire séleucide vers Antiochos et la quatrième guerre de Syrie
Après avoir restauré la souveraineté séleucide sur les satrapies orientales en réprimant le soulèvement de Molon et de son frère Alexandre, Antiochos tourne ses ambitions vers la Cœlé-Syrie. Il peut concentrer toutes ses troupes dans cette campagne car il s'est débarrassé de la menace de Molon ; mais il profite surtout de la faiblesse des Lagides à l’avènement de en 222 av. J.-C. Son père, , a amélioré les positions extérieures de l’Égypte, mais le royaume commence toutefois à connaître des difficultés internes. est, tout comme , un roi plutôt jeune, âgé d’environ .
Antiochos cherche d'abord à récupérer Séleucie de Piérie en Syrie. Il profite de la trahison de Théodote du côté lagide, créant ainsi un effet de surprise. Il entame des négociations avec deux ministres lagides, Sôsibios et Agathocle. Puis au printemps 218, il cherche à conquérir en totalité la Cœlé-Syrie aux dépens de Nikolaos. Il est alors aidé par de nombreuses trahisons, notamment de chefs mercenaires. En 218, Antiochos envahit la région limitrophe entre les deux royaumes. Lors de son périple le long de la côte, Antiochos enrôle de nombreux mercenaires, dont des Arabes qui lui fournissent un important contingent d'infanterie légère. Les négociations entamées par les ministres de laissent le temps aux Lagides de préparer une armée considérable. Les deux armées se livrent bataille le 23 juin 217 à Raphia à l’extrême sud de la Palestine. La bataille semble gagnée par Antiochos, notamment grâce à la déroute des éléphants de Ptolémée ; mais il poursuit longuement la cavalerie lagide, l’empêchant ainsi de soutenir sa phalange, menant à une importante défaite de l’armée séleucide. Après s'être retiré à Antioche, il conclut un armistice après des négociations avec Sôsibios : conserve la Cœlé-Syrie mais renonce à Séleucie de Piérie, port stratégique sur l'Oronte.
L'Anabase d'Antiochos (212-205)
vignette|200px|Buste d' (copie romaine), musée du Louvre.
Antiochos cherche à rétablir l’autorité séleucide sur les satrapies orientales et à faire face à l'expansion des Parthes et à la sécession du royaume gréco-bactrienSur la situation dans les provinces iraniennes et orientales voir .. Il parvient à surmonter son échec contre les Lagides et à former une armée estimée (peut-être exagérément) par Justin à et qu'il rassemble à Ecbatane. Il mène une série de campagnes victorieuses entre 212 et 204 qui s'apparente à une nouvelle anabase (« montée ») vers l'Orient, épisode connu grâce à Polybe : Il débute par une campagne en Arménie : Xerxès, jeune roi, règne alors sur un État vassal des Séleucides mais ne paye plus son tribut. Il le fait épouser une de ses sœurs, Antiochis, et place dans la principauté deux stratèges. À la fin de 211, il se dirige vers la Médie afin d'avancer contre les Parthes et les Gréco-Bactriens. Il monnaie talents en spoliant un temple d'Ecbatane. Lors de cette campagne, il associe son fils Antiochos le Jeune, alors âgé de , à la royauté, préparant de ce fait sa succession. En 209, il mène une opération contre les Parthes. Il traverse des paysages désertiques et ne rencontre que peu de résistance jusqu’à Hécatompyles. La progression devient plus difficile à partir des montagnes d’Hyrcanie. À la suite de la prise de Sirynx (peut-être une colonie grecque), les Parthes d' sont contraints de conclure une alliance dont les détails sont inconnus. Les Parthes ne sont pas définitivement vaincus mais la campagne permet de libérer l'axe de communication entre l'ouest du royaume et les satrapies supérieures (Arie, Margiane, Bactriane). Entre 208 et 206, il mène campagne contre Euthydème, le roi grec de Bactriane, qui s'appuie sur une armée forte d’environ , recrutés majoritairement parmi la population iranienne. Antiochos, grâce à un effet de surprise, met son adversaire en déroute lors de la bataille d'Arius, et le contraint à se réfugier à Bactres où il est assiégé pendant deux ansPolybe, , 34.. Le siège de Bactres est considéré par Polybe comme l'un des plus importants de l'époque en termes d'art militairePolybe, , 12, 7-8... Les deux souverains finissent par établir un accord : Euthydème conserve son royaume et conclut une alliance matrimoniale. Son fils Démétrios doit épouser une princesse séleucideRien n'indique si ce mariage a bien eu lieu.. L’indépendance de la Bactriane n’a plus été remise en cause par les Séleucides. À partir de 206, il marche jusqu'aux frontières de l'« Inde » en Arachosie et dans les Paropamisades alors annexées par des souverains indiens. Il rencontre le prince Sophagasénos (non mentionné comme membre de la dynastie Maurya) et renouvelle l’amitié qui le lie à luiPolybe, , 34, 11-12., ce dernier lui offrant notamment des éléphants de guerre. Il est probable que ce traité a pour finalité d'assurer la pérennité des relations commerciales entre la Syrie et le monde indien. Le retour de l'expédition se fait par l’Iran méridional. Il traverse l'Arachosie et la Drangiane puis hiverne en Carmanie, marquant ainsi selon Polybe la fin de l’expédition dans les satrapies supérieures. Il embarque ensuite pour l'Arabie depuis la Carmanie ou la Perside, le reste de son armée marchant vers Babylone à travers la Perside et l'Élam. Il parvient en 205 à Gerrha, un important port commercial et carrefour caravanier situé sur la côte ouest du golfe Persique (actuelle Arabie saoudite), et obtient le versement d'un tribut. Après une escale à Tylos (actuel Bahreïn), il embarque pour Séleucie du Tigre.