Le Grand Prix d'Italie 1963 (), disputé sur l'Autodromo Nazionale di Monza le , est la cent-dix-huitième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la septième manche du championnat 1963.
Contexte avant la course Le championnat du monde Depuis 1961, la Formule 1 suit la réglementation (dérivée de l'ancienne Formule 2 de la période 1957 à 1960). Initialement prévue pour une période de trois ans, la formule a été prolongée de deux années supplémentaires par la Commission sportive internationale, garantissant la stabilité technique jusqu'à fin 1965 . La réglementation s'appuie sur les points suivants : interdiction des moteurs suralimentés cylindrée minimale : cylindrée maximale : poids minimal : (à sec) double circuit de freinage obligatoire arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote) démarreur de bord obligatoire carburant commercial ravitaillement en huile interdit durant la course
Ayant remporté le titre mondial en 1962 au terme d'une saison très disputée, Graham Hill et sa BRM ont subi cette année la loi de Jim Clark, qui domine cette année tous ses adversaires au volant de sa Lotus à moteur Climax. Une éclatante revanche pour le pilote écossais, qui s'est brillamment imposé dans quatre des six épreuves déjà disputées et que seuls des soucis mécaniques ont empêché de remporter les deux autres ! Fort d'une avance de vingt points sur son plus proche rival, le Ferrariste John Surtees, Clark pourrait bien décrocher la couronne au terme de la manche italienne.
Chances des prétendants au titre Championnat du monde des conducteurs Avant le Grand Prix d'Italie, sept pilotes sont encore en lice pour le titre mondial : Jim Clark, John Surtees, Richie Ginther, Graham Hill, Dan Gurney, Bruce McLaren et Tony Maggs.
Clark est champion du monde au terme du Grand Prix d'Italie si : il remporte l'épreuve, quel que soit le classement de ses adversaires. il termine deuxième de l'épreuve, à condition que ni John Surtees, ni Graham Hill ne remporte la course.
Dans les autres cas de figure, l'attribution du titre est différée.
Coupe des constructeurs Avant le Grand Prix d'Italie, cinq concurrents sont encore en lice pour la Coupe des constructeurs : Lotus-Climax, Ferrari, BRM, Cooper-Climax et Brabham-Climax. si une Lotus à moteur Climax gagne, la marque remporte la Coupe des constructeurs quel que soit le résultat des autres concurrents. si une Lotus à moteur Climax termine deuxième de l'épreuve, la marque remporte la Coupe des constructeurs à condition que ni Ferrari, ni BRM, ni Cooper-Climax ne remporte la course.
Dans les autres cas de figure, l'attribution de la Coupe est différée.
Le circuit thumb|right|alt=Monza|Malgré la protestation d'une majorité de pilotes, l'Automobile Club milanais a prévu d'organiser l'épreuve sur le circuit combiné, empruntant le très controversé anneau de vitesse.
Achevé en 1922, l'autodrome de Monza est situé à vingt kilomètres au nord de Milan. Il est constitué d'un circuit routier de 5,75 kilomètres et d'un anneau de vitesse ovale de 4,25 kilomètres, pouvant être utilisés indépendamment ou combinés, le tracé développant alors dix kilomètres. L'utilisation de l'anneau est toutefois très controversée, les vitesses atteintes par les monoplaces posant des problèmes de sécurité. Si en 1960 et 1961, le Grand Prix de Formule 1 empruntait l'intégralité de la piste, les organisateurs s'étaient repliés sur le seul circuit routier en 1962. Toutefois, l'Automobile Club milanais a décidé de revenir au grand circuit pour l'édition 1963, l'association des pilotes de Grand prix (GPDA) ayant aussitôt lancé une pétition de protestation. Des journées d'essais préliminaires ont été organisées la semaine précédant la course afin de tester le comportement des monoplaces sur l'anneau de vitesse .
Le record officiel du circuit combiné est détenu par Phil Hill, auteur sur sa Ferrari d'un tour à 220 km/h de moyenne lors de l'édition 1960 du Grand Prix. L'année précédente, l'Américain s'était déjà octroyé le record du circuit routier, bouclant les 5,75 kilomètres à 206,2 km/h de moyenne.
Monoplaces en lice BRM P57 & P61 "Usine" thumb|upright=1.05|right|alt=BRM & Ferrari|La Ferrari 156-63 de Surtees, vue ici à Zandvoort devant la BRM P57 de Ginther. La nouvelle P61 à structure semi-monocoque s'est avérée très rapide lors des tests préliminaires effectués à Monza ; elle est une nouvelle fois confiée à Graham Hill, le champion du monde pouvant également disposer de sa traditionnelle P57, identique à celle de son coéquipier Richie Ginther, en réserve. Les deux modèles ont les mêmes caractéristiques mécaniques (moteur V8 à injection indirecte Lucas développant 208 chevaux à 11000 tr/min, boîte six vitesses), mais avec son châssis multitubulaire la P57 est moins aérodynamique et un peu plus lourde que le nouveau modèle (475 kilos contre 470 pour la P61). La Scuderia Centro Sud engage de son côté une BRM P57, dotée de l'ancienne boîte à cinq rapports, pour Maurice Trintignant.
Lotus 25 "Usine" Colin Chapman aligne trois Lotus 25 à châssis monocoque pour Jim Clark (qui en plus de sa monoplace habituelle dispose d'un mulet) et Mike Spence, ce dernier remplaçant Trevor Taylor, toujours hospitalisé après son accident lors du dernier Grand Prix de la Méditerranée, sur le circuit d'Enna-Pergusa. Très légères (455 kg), les Lotus 25 se caractérisent par leur châssis monocoque qui leur confère une rigidité remarquable. Elles sont dotées d'un moteur V8 Coventry Climax FWMV développant 198 chevaux à 9500 tr/min dans sa version à injection, Spence devant toutefois se contenter de la version à carburateurs (184 chevaux). Depuis le début de saison, elles utilisent généralement une boîte de vitesses ZF à cinq rapports, mais l'une des deux monoplaces de Clark est désormais dotée d'une boîte cinq Hewland.
Lotus 24 privées Chapman se refusant pour l'heure à commercialiser son modèle 25, les clients du constructeurs britanniques sont contraints de se rabattre sur le modèle 24 (dont le châssis multitubulaire est quatre fois moins rigide), qui peut être équipé au choix d'un moteur V8 Climax ou BRM, ce dernier étant le plus couramment utilisé, notamment par l'équipe BRP qui a amené deux voitures pour Innes Ireland et Jim Hall et l'équipe de Tim Parnell qui engage une 24 pour Masten Gregory. Le pilote privé Jo Siffert s'aligne sur un modèle identique. L'écurie allemande Rhein-Ruhr Racing avait également engagé une Lotus 24 pour Gunther Seiffert mais a finalement déclaré forfait.
Lotus 18 privées Comme au Nürburgring, le vétéran belge André Pilette pilote une ancienne Lotus 18 à moteur quatre cylindres Climax FPF (152 chevaux). Inscrit sur un modèle identique, l'aristocrate italien Gaetano Starrabba a déclaré forfait.
Cooper T66 "Usine" Bruce McLaren dispose d'une T66 flambant neuve (le châssis accidenté au Nürburgring, tout juste réparé, lui servant de mulet), tandis que son coéquipier Tony Maggs pilote sa voiture habituelle. Conçues par Owen Maddock, les T66, à châssis tubulaire, sont une évolution des T60 de la saison précédente. Dotées d'un moteur V8 Climax à injection et d'une boîte de vitesses Cooper à six rapports, elles pèsent 460 kg à vide.
Cooper privées Rob Walker engage sa T66 à moteur V8 Climax à injection et boîte Colotti à six rapports pour Joakim Bonnier, le pilote suédois disposant également d'une T60 (à partie mécanique identique) comme voiture de réserve. La Scuderia Centro Sud aligne une T60 à moteur Climax V8 à carburateurs pour Mário Cabral, ainsi qu'une ancienne T53 à moteur Maserati six cylindres pour Ernesto Brambilla.
Ferrari 156 "Usine" La Scuderia Ferrari dispose désormais d'une monoplace à structure monocoque, la 156 Aero. Aux mains de John Surtees, ce nouveau châssis a tout d'abord été testé sur l'autodrome de Modène, avec le moteur V8 également conçu par l'ingénieur Mauro Forghieri. Manquant encore de fiabilité, le V8 n'a toutefois pas été retenu pour l'épreuve italienne et pour Monza l'«Aero» est équipée du V6 à 120°, alimenté par injection directe Bosch, dont la puissance a été portée à 205 chevaux à 10500 tr/min. Dotée d'une boîte cinq vitesses, elle pèse 460 kg. Surtees dispose également d'une voiture de réserve, la 156-63 à châssis tubulaire (pourvue de la même boîte et du même moteur mais vingt kilos plus lourde), avec laquelle il s'est imposé en Allemagne. Mairesse étant indisponible après son grave accident sur le Nürburgring, la deuxième 156-63 est aux mains de Lorenzo Bandini.
Brabham BT3 & BT7 "Usine" thumb|right|La Brabham BT3 à moteur V8 Climax. Le pilote-constructeur Jack Brabham s'aligne sur la BT3 avec laquelle il a remporté cette saison le Grand Prix de Solitude et le Grand Prix d'Autriche, hors-championnat. Pesant 470 kg, cette monoplace à châssis tubulaire est motorisée par un V8 Climax à injection, accouplé à une boîte Colotti à six rapports. Dan Gurney pilote quant à lui son habituelle BT7, pratiquement identique à la BT3 mais dotée d'une boîte cinq vitesses Hewland. Une seconde BT7 est présente, en guise de mulet.
BRP MK1 "Usine" Conçue par le chef mécanicien Tony Robinson sous la direction d'Alfred Moss et de Ken Gregory, la BRP Mk1 ressemble à la Lotus 25 dont elle reprend le principe de structure monocoque. Équipée d'un moteur V8 BRM à injection accouplé à une boîte de vitesses Colotti à six rapports, elle pèse 475 kg à vide. Elle est aux mains d'Innes Ireland.
ATS 100 "Usine" Après des débuts difficiles, l'équipe Automobili Turismo e Sport a procédé à de nombreuses modifications sur ses ATS 100 : la rigidité du châssis multitubulaire a été augmentée et le circuit de lubrification du moteur V8 modifié. La transmission fait appel à une boîte Colotti à six rapports. L'ensemble pèse 460 kg. Les essais d'un système d'injection Lucas n'ayant pas été concluants, l'alimentation est assurée par des carburateurs, la puissance étant de l'ordre de 190 chevaux. Deux voitures ont été engagées, confiées à Phil Hill et Giancarlo Baghetti.
Lola Mk4 & Mk4A privées thumb|upright|right|alt=Scirocco SP|Faute d'un nombre suffisant de moteurs, une seule Scirocco SP est présente à Monza. Reg Parnell engage une Lola Mk4A (490 kg, châssis multitubulaire, moteur V8 Climax à injection, boîte de vitesses Colotti à six rapports) pour Chris Amon et une Mk4, version un peu moins évoluée dont le châssis est un peu plus lourd, équipée d'un V8 Climax à carburateurs pour le champion motocycliste Mike Hailwood. Le pilote indépendant Bob Anderson dispose quant à lui d'une Mk4 à moteur V8 Climax au sein de l'écurie DW Racing.
Scirocco SP L'Américain Hugh Powell avait inscrit ses deux Scirocco SP à moteur V8 BRM pour Tony Settember et Ian Burgess. Seul le premier pourra cependant participer, l'équipe ne disposant plus que d'un seul moteur, celui de Burgess n'ayant pas été réparé après le bris d'une bielle au Grand Prix d'AutricheRevue Sport Auto - novembre 1963. Conçues par Hugh Aiden-Jones, les Scirocco, à châssis tubulaire renforcé par des tôles soudées, pèsent 490 kg. Leur dessin s'inspire de l'Emeryson Mk3 de 1962.
Gilby Ian Raby pilote son habituelle Gilby, une monoplace qu'il a rachetée lors de la liquidation du petit constructeur anglais. Elle est équipée d'un moteur V8 BRM accouplé à une boîte Colotti à six rapports.
Porsche 718 Carel Godin de Beaufort a engagé ses deux anciennes Porsche 718 à moteur quatre cylindres à plat refroidi par air (165 chevaux), mais seul le pilote hollandais est présent, son coéquipier Gerhard Mitter ayant déclaré forfait.
De Tomaso La Scuderia Settecolli a remplacé le moteur Maserati de sa De Tomaso F1 par un moteur Ferrari V6 à 65° de 170 chevaux. La monoplace est aux mains de Roberto Lippi.
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