Lhistoire du logiciel libre est intimement imbriquée avec celle de l'informatique et celle du génie logiciel. Elle ne commence en tant que telle qu'à partir du moment où est apparu le besoin de distinguer le logiciel libre du logiciel propriétaire, selon le principe énoncé pour Le Cru et le Cuit.

Ces prémices datant de la fin du , il ne peut s'agir d'une discipline académique. L'histoire du logiciel libre est donc présentée ici de façon informelle.

Prémices thumb|Manipulation des nombres sur un boulier.

Historique Le logiciel libre trouve ses sources dans le rapport au savoir et à la connaissance générale propres à l'informatique. Le terme « informatique » est à prendre ici dans son sens premier de mécanisme d'information automatique, comparable aux formes les plus archaïques comme le boulier, compréhensible et réutilisable par n'importe qui.

thumb|right|upright=1.2|L'ENIAC, la première machine brevetée comme ordinateur, mais pas forcément le premier ordinateur.

Parmi les nombreux précurseurs qui ont effectué la transition entre un paradigme de connaissances multiples et un paradigme logiciel, on peut citer John von Neumann et Julian Bigelow avec la machine ENIAC de 1948. Celle-ci fut brevetée comme le premier ordinateur numérique, mais un procès en 1973 jugea qu'elle avait repris les idées de l'ordinateur ABC. C'est peut-être le premier conflit de propriété sur la paternité des logiques liées à l'informatique.

Plus récemment, certaines de ces logiques élaborées en intelligence artificielle empruntent des principes aux mathématiques et aux neurosciences entre autres, toujours sans restrictions liées à des notions de propriété intellectuelle.

Période universitaire Jusque dans les années 1970, les logiciels étaient plus ou moins libres d'être étudiés, utilisés, modifiés, du moins à l'intérieur du cadre universitaire, suivant ainsi la logique des sciences en général. Ce n'était pas forcément lié aux lois en vigueur, mais aucun intérêt commercial ne s'y opposait puisque seules de grosses compagnies pouvaient acheter des ordinateurs et les logiciels associés. Elles avaient tout intérêt à permettre la création de communautés de développeurs pour favoriser l'amélioration du logiciel (qui était donc leur propriété).

Autrement dit, le peu de personnes compétentes et la structure du marché pour lequel était utilisé le logiciel le rendait plus ou moins libre dans les faits.

La protection des logiciels Les communautés de développeurs réalisent des avancées techniques importantes en travaillant sur de nouveaux programmes informatiques. Le système d’exploitation UNIX et l’éditeur de texte TECO (qui servira de base à Emacs) sont par exemple plusieurs fois améliorés par des universitaires américain de Yale, Purdue ou encore Berkeley.

Ces progrès techniques de plus en plus important soulignent l’importance que pourrait prendre les logiciels dans la société à l'avenir. Certains développeurs prennent conscience du potentiel commercial de leurs créations et de l’intérêt de les protéger. Bill Gates, créateur de Microsoft en 1975, est de ceux-là. En 1976, il envoie au groupe d’informatique dont il fait partie la lettre An Open Letter to Hobbyists pour dénoncer le manque de moyen dont les développeurs disposent pour protéger leurs créations

En octobre de la même année, la loi du copyright act, qui fixe les bases du droit d’auteur aux États-Unis, est adoptée. Les logiciels sont désormais protégés par le droit d’auteur américain. Selon la loi, pour copier un programme, il faut désormais demander l’autorisation à l’auteur de ce programme. Il faut savoir qu’à l’époque, hackers, programmeurs et développeurs avaient tendance à piocher dans le code source de n’importe quel logiciel sans se soucier des éventuels droits d'auteur.

La tendance législative s’amorce donc en faveur d’une protection plus forte du code informatique, ce qui va progressivement impliquer pour un utilisateur de devoir acheter une licence pour utiliser des logiciels, sans pour autant pouvoir en modifier le code. La majorité des logiciels deviennent alors des produits commerciaux.

La loi sur le copyright marque un tournant et amorce le début d’une division entre les partisans du logiciel libre et les partisans du logiciel propriétaire.

Transition

C'est dans ce contexte, dans les années 1980, qu'un programmeur de système d'exploitation au Massachusetts Institute of Technology (MIT), un certain Richard Stallman, commence à constater des restrictions des possibilités d'utilisation. Il se trouve face au problème éthique de devoir développer des logiciels dont l'utilisation sera restreinte, qui ne pourront pas être partagés en raison des droits du propriétaire du logiciel (souvent distinct du créateur). Stallman commença à constater ces restrictions en présence de programmes sur lesquels il ne pouvait intervenir, un pilote d'imprimante notamment« J'avais déjà eu l'expérience douloureuse des accords de non-divulgation, quand quelqu'un m'avait refusé, ainsi qu'au laboratoire d'IA du MIT, l'accès au code source du programme de contrôle de notre imprimante (l'absence de certaines fonctionnalités dans ce programme rendait l'utilisation de l'imprimante très frustrante). Aussi ne pouvais-je pas me dire que les accords de non divulgation étaient bénins. J'avais été très fâché du refus de cette personne de partager avec nous ; je ne pouvais pas, moi aussi, me comporter d'une telle manière à l'égard de mon prochain. »(source). aurait refusé de lui fournir le code source en raison d'un contrat de non divulgation que Xerox avait passé avec lui, pratique encore peu courante à l'époque.

Bien qu'anecdotique, cette petite histoire est souvent prise comme étant le point de départ de l'informatique libre, puisque c'est à partir de là semble-t-il que ce Richard Stallman consacrera son énergie à résoudre ce problème de conscience, ce qui fera de lui le premier et le plus emblématique des ambassadeurs du logiciel libre.

Le mouvement du logiciel libre Un mouvement social s'est petit à petit constitué pour faire évoluer les droits que les utilisateurs ont sur le logiciel afin d'accéder à la libre circulation des informations dans ce domaine.

Les idées Exposition des problèmes Richard Stallman explique dans Pourquoi les logiciels ne doivent pas avoir de propriétaire une . Pour expliquer ce qui sera repris dans la notion de biens rivaux il y utilise la métaphore culinaire (qu'il reprendra régulièrementIl l'utilisera par exemple devant la caméra dans le documentaire Nom de code Linux diffusé sur arte) pour dissocier le plat qui, s'il est pris par quelqu'un d'autre peut entraîner un manque, et la recette de cuisine. Partager la recette selon lui ne peut être que bénéfique, puisque cela ne crée pas de manque, et qu'au contraire peut profiter à celui qui la donne s'il peut profiter à son tour des améliorations apportées.

Il précise dans le "manifeste GNU" que Extraire de l'argent des utilisateurs d'un programme en restreignant leur utilisation du programme est destructif parce que, au bout du compte, cela réduit la quantité de richesse que l'humanité tire du programme. {…} C'est la morale kantienne, ou règle d'or. Puisque je n'aime pas la situation qui résulte d'une rétention générale de l'information, il me revient de considérer comme immoral d'agir ainsiLe manifeste GNU.

Le problème n'était donc pas seulement de permettre la réutilisation du code source, mais de faire en sorte que l'information qu'il contient reste en libre circulation, et que les avantages qu'il procure restent librement utilisables.

Stallman précise les raisons de cette différenciationLors d'une conférence à l'Assemblée Nationale (en France) à propos des brevets logiciels (source général source audio direct), ou de façon proche dans une lettre ouverte au parlement italien où il écrit Contrairement au droit d’auteur [NDT : "copyright"], qui protège les détails d’un programme dans son ensemble mais pas les idées qu’il met en jeu, un brevet logiciel impose un monopole d’état sur l’utilisation d’une technique. Or un logiciel complexe utilise des milliers de techniques de ce genre. source : de son point de vue, ramenés à quelques concepts élémentaires les logiciels sont des idées, et on peut les découper en logiques simples dont le nombre devient alors limité.

De ce point de vue une partie de code réutilisable peut se trouver en situation de ne pouvoir fonctionner qu'associé à des éléments propriétaire. Dans ce cas, son utilisation dans un contexte fonctionnel est donc soumis aux limites de copyright des éléments propriétaires indissociables.

Solution utilisée thumb|Levitating Gnu par Nevrax Design Team Considérant que le système d'exploitation est un élément stratégique indispensable, il entreprit en 1983 la conception d'un système d'exploitation libre, GNU, auquel il se consacra entièrement à partir de 1984 après avoir démissionné du MIT.

Pour mettre en place son projet GNU, il dut préciser les principes du logiciel libre décomposés en quatre libertés fondamentales : celle d'utiliser, d'étudier, de modifier et de redistribuer des versions modifiées.

Le copyleft thumb|Logo du copyleft.

Les principes énoncés pour le logiciel libre étaient déjà existant dans le cadre universitaire par exemple, mais pour développer GNU, les contributeurs intéressés par le projet (et Richard Stallman lui-même) voulaient être certain que leurs apports resteraient libres.

L'idée d'interdire d'interdire sera alors exprimée par le copyleft (ou gauche d'auteurCette appellation est basée sur un double jeu de mots opposant deux sens distincts des mots right et left, le premier opposant littéralement « droite » et « gauche », le second opposant « le droit » et « l'abandon », signifiant ainsi que l'auteur renonce à ses droits d'auteur sur son travail.) dont la finalité est clairement exposée dans le manifeste GNU : L'idée centrale du gauche d'auteur est de donner à quiconque la permission d'exécuter le programme, de le copier, de le modifier, et d'en distribuer des versions modifiées - mais pas la permission d'ajouter des restrictions de son cru. C'est ainsi que les libertés cruciales qui définissent le « logiciel libre » sont garanties pour quiconque en possède une copie; elles deviennent des droits inaliénablesLe manifeste GNU sur wikisource.

Ce copyleft va au-delà des principes du logiciel libre en les imposant définitivement à tout ce qui est créé à partir d'éléments copyleftés. Il a alors été qualifié viral et la question de savoir si appliquer le copyleft rend le logiciel plus libre ou moins libre est l'un des débats sans fin les plus courants (voir troll).

Les licences GNU Ce principe de copyleft dut s'inscrire dans le cadre légal pour être utilisable. C'est avec Eben Moglen que sont mises au point les licences qui précisent sur le principe du droit d'auteur les conditions d'utilisation que celui-ci impose aux utilisateurs, en l'occurrence la pérennité des principes du logiciel libre.

Les licences GNU font leur apparition avec la licence GNU Emacs de 1985. Mais cette licence manque de formalisme juridique, ne s'applique qu'au logiciel GNU Emacs, et exige l'envoi de toute modification du code au projet GNU, ce qui crée une hiérarchisation de fait entre programmeurs. Stallman s'attache donc rapidement à élaborer une licence mieux rédigée, plus égalitaire et d'un objet plus général, la GPL. Celle-ci va évoluer sur plusieurs années, jusqu'à la version 1.0 de 1989. La GNU General Public License sera rapidement accompagnée de versions adaptées à des cas particulier, la LGPL (GNU Lesser General Public License et la GFDL (GNU Free Documentation License).

Les groupes La Free Software Foundation thumb|Logo de la , organisation à but non lucratif dont la mission est la promotion du logiciel libre et la défense des utilisateurs.

La mise au point du système GNU exigeait la réunion de personnes, la création d'une communauté, autour du projet.