L'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis — autrefois connue sous les noms « université de Paris VIII-Vincennes » puis « université de Paris 8-Vincennes à Saint-Denis», et actuellement désignée comme « Paris 8, université des créations ». — est une université française fondée en 1971 spécialisée dans les sciences humaines et sociales.

Elle est installée sur plusieurs sites au nord de Paris, principalement à Saint-Denis, ainsi qu'à Aubervilliers, Montreuil et Tremblay. Elle est l'héritière du Centre universitaire expérimental de Vincennes créé dans la foulée du mouvement de 1968 pour être un foyer d'innovation ouvert au monde contemporain, où se sont investies de nombreuses personnalités intellectuelles de l'époque, dont de nombreux représentants de la French Theory. L'université Paris- est déménagée à Saint-Denis en 1980, contre la volonté de ses membres.

L'université de Paris- fait partie du réseau d'universités européennes « European Reform Universities Alliance » (ERUA) depuis 2020.

Histoire de l'université

Création du centre universitaire expérimental de Vincennes (1968-1970)

L'histoire de « Paris 8 » commence au Centre universitaire expérimental de Vincennes créé à l'automne 1968, dans l'après mai 68.. Des personnalités comme Madeleine Rebérioux, Hélène Cixous, Gilles Deleuze, Jean-François Lyotard, André Miquel, Jean Douchet s'y impliquent. Si, pour le général de Gaulle, il s'agit de mettre à l'écart les étudiants les plus contestataires, son ministre de l'Éducation nationale Edgar Faure est, de son côté, intéressé par la proposition d'un Centre universitaire expérimental que lui fait un collectif de professeurs de l'université de Paris animé par Raymond Las Vergnas, doyen de la Faculté des lettres de Paris.

Le , le décret portant création d'un centre universitaire ayant statut de faculté à Vincennes est publié. Le centre universitaire expérimental de Vincennes, ouvert aux non-bacheliers, accueille ses premiers étudiants en , sur un terrain appartenant à la ville de Paris.

Expérimental, le centre universitaire de Vincennes ré-envisage les rapports traditionnels entre professeurs et étudiants (professeurs et élèves se voient comme des « camarades ») mais aussi entre l'université et le monde extérieur : l'université est ouverte aux non-bacheliers et elle est aussi largement ouverte aux étrangers.

Ses enseignements sont souvent inédits à l'université et le centre universitaire expérimental de Vincennes propose des départements encore jamais vus dans l'université française, tels que le cinéma, la psychanalyse, les arts plastiques, le théâtre, l'urbanisme, l'hypermédia, l'intelligence artificielle, etc.

Ses choix pédagogiques sont innovants : instauration des « unités de valeur » (UV), ancêtres des unités d'enseignements (UE), (semestriels et capitalisables, très en avance sur leur temps), stricte égalité des services entre enseignants quel que soit le statut (« les maîtres-assistants en font autant que les professeurs »), très peu de cours en amphithéâtre, pas de distinction entre cours magistraux et travaux dirigés. Certains départements et enseignants suppriment les traditionnels contrôles sur table et les échelles courantes d'évaluation. Une de ses innovations pédagogiques est la pluridisciplinarité, qui permet notamment des collaborations entre des enseignants et chercheurs de disciplines aussi diverses que la philosophie, la sociologie, les mathématiques, la littérature et l'histoire.

Le , les dispositions de la loi Faure du qui remplace les facultés par des universités divisées en unités d'enseignement et de recherche (UER) sont étendues au centre universitaire expérimental de Vincennes, ayant alors le statut de faculté. Il prévoit ainsi le remplacement du centre universitaire expérimental de Vincennes par une « Université de Vincennes », dès l'établissement de ses statuts en tant qu'établissement public à caractère scientifique et culturel – au même titre que les autres universités et facultés démantelées.

Le , l'élection des délégués étudiants et enseignants à l'assemblée générale constitutive de l'université de Vincennes sont reportées au suivant après la destruction de l'ensemble des urnes par des étudiants du département de philosophie.

L'université de Vincennes (1970-1980) L'université de Vincennes est créée à la suite de l'établissement de ses statuts en assemblée générale constitutive du . En conséquence, le ministère de l'Éducation nationale acte l'entrée en application des décrets de création et de fonctionnement de l'université de Vincennes le . Par décret du , l'université de Vincennes est érigée en établissement public à caractère scientifique et culturel en tant qu'université Paris- à compter du . Elle est nommée « université de Vincennes » ou « université Paris-VIII-Vincennes ».

Jusqu'en 1980, différents événements se succèdent avant la fermeture définitive de l'université de Vincennes : l'affaire dite de la drogue où des personnes infiltrent régulièrement l'établissement pour vendre de la drogue aux étudiants à l'abri de la police ; la vente libre de produits alimentaires au mépris des règles d'hygiène ; des grèves de la faim. En outre, l'université voit peu à peu son état matériel et pédagogique se dégrader : des éléments du mobilier sont dévastés ou volés, la saleté confine à l'insalubrité, des rumeurs d'inscriptions factices, des problèmes d'évaluation des étudiants conduisent au refus d'homologation des diplômes de l'université.

1980 : le déménagement de l'université de Paris-VIII à Saint-Denis right|260px|thumb|Sur le site de Saint-Denis, entrée de l'université entre 1981 et 1998, aujourd'hui détruite.

En 1980, à l'initiative de Jacques Chirac, maire de Paris, et sur instruction d'Alice Saunier-Seïté, ministre des Universités dans le troisième gouvernement BarreClaude-Marie Vadrot, « Naissance d'une université ». Politis, avril 2008, ., l'université est expulsée du bois de Vincennes, et les bâtiments sont rasés bien qu'ils fussent prévus « pour durer cinquante ans » selon les dires de Pierre Merlin, président de l'université de 1976 à 1989.

Le Canard enchaîné titre : « Alice a perdu ses facultés ». La ministre des Universités commente :

L'université Paris-, qui avait refusé un déménagement à Marne-la-Vallée, est ainsi transférée à Saint-Denis à la rentrée de . Le déménagement se fait contre la volonté des enseignants et des étudiants de Paris-.Nota : l'université de Paris XIII se bat également contre le transfert, car elle craint d'être absorbée à terme par cette université plus importante qu'elle, et située à quelques kilomètres de son campus principal de Villetaneuse, qui parlent alors de « démantèlement » et se battent quatre ans contre le projet. Selon Bernard Charlot, du département des sciences de l'éducation, personne n'est content : « La fac ne voulait pas y aller, et la ville ne voulait pas de la fac : une fac gauchiste dans une ville communiste, vous pensez ! »L'université accompagne alors des expérimentations pédagogiques comme celle de l'école Vitruve créée à l'origine par Robert Gloton, président du Groupe français d'éducation nouvelle. Hugues Lethierry, Éducation nouvelle, quelle histoire !, Delval, 1987, ..

Développements récents

En 1990, est créée une filière d'enseignement à distance, en association avec le CNED, qui prend la forme en 1997 d'un institut appelé « Institut d'enseignement à distance ».

En 1992 et 1998, l'université crée deux instituts universitaire de technologie (IUT) : l’un à Tremblay-en-France, l’autre à Montreuil. vignette|257x257px|La bibliothèque universitaire, bâtie en 2024. En 1998, les deux rives de la voie rapide qui traverse le campus de Saint-Denis sont reliées par un pont qui abrite la nouvelle bibliothèque de Paris-, laquelle dépasse en superficie la bibliothèque du Centre PompidouArchitecte de la Bibliothèque universitaire : Pierre Riboulet..

En 2008, un nouvel immeuble, de couleur rouge brique, abritant le restaurant universitaire est mis en service ; ainsi qu'un petit nombre de logements pour les étudiants étrangers et un logement de fonction.

La même année, l'université perd son institut français d'urbanisme, définitivement intégré à l'université Paris-Est-Marne-la-Vallée, car il avait été transféré sur son campus en 1987.

En 2010, une « maison des étudiants », d'une surface de , ronde et recouverte d'un treillis de métal argenté, est construite sur le campus.. Elle regroupe les services liés à la vie étudiante, à la médecine préventive, au centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS), ainsi qu'aux organisations étudiantes.

En 2019, une « maison de la recherche », d'une surface de , recouverte d'un treillis de métal argenté et conçue en « zéro énergie », est construite le long de la rue de la Liberté pour regrouper les activités de recherche de l'université. Elle propose un espace de séminaires, une salle de conférences sur deux niveaux descendants avec un comptoir-bar, un espace d’exposition, des locaux techniques, des espaces de réserves, un local pour bicyclettes ainsi que le logement du gardien.

La même année, l'université a inauguré sa rénovation du bâtiment C, marquant ainsi la première rénovation énergétique d'un bâtiment tertiaire universitaire en France selon la méthode « EnergieSprong ». Cette initiative vise à rendre le bâtiment entièrement autonome en énergie pour tous ses usages, avec une garantie de performance sur vingt ans.

En 2025, le bâtiment H devrait sortir de terre pour une surface d’environ . À l'instar de la « maison de la recherche », dont il sera voisin, il s'inscrit dans une perspective durable. Ce bâtiment est construit pour regrouper l'ensemble des activités de l'UFR « Arts de l'université ». Il proposera ainsi un ensemble d'équipements adaptés aux enseignements et aux pratiques artistiques. Entre autres, il comprendra une salle de spectacle, une salle de danse, une salle d’exposition, des studios de captation de son, de photographie et de tournage, diverses salles de cours et de réunion.

Campus Condorcet (depuis 2009) vignette|245x245px|Le bâtiment de recherche « Nord » du campus Condorcet, occupé par l’université, ainsi que l’université PSL (EPHE-PSL et ENC-PSL), l’EHESS, ainsi que par des unités mixtes de recherche du CNRS. Si l'université a dû déménager de manière contrainte en 1980 du Bois de Vincennes à Saint-Denis, le campus Condorcet s'inscrit dans une autre dynamique. Ainsi l'université Paris- et dix autres structures françaises de recherche ou d'enseignement (l'École pratique des hautes études, l'École des hautes études en sciences sociales, l'École nationale des chartes, l'université Panthéon-Sorbonne, l'université Sorbonne-Nouvelle, l'université Sorbonne-Paris-Nord, l'Université Paris-Nanterre, le CNRS, l'Institut national d'études démographiques et la fondation Maison des sciences de l'homme) montent ce projet pour réunir l'enseignement et la recherche en sciences humaines et sociales, et devenir le plus grand campus européen dans ces disciplines. Le site principal de ce campus est bâti sur la base d'un partenariat public-privé, sauf pour les commandes publiques que sont le bâtiment de l'EHESS et l' « grand équipement documentaire » (GED) conçu par Elizabeth de Portzamparc et renommé « Humathèque », livrés en .

Un autre site situé à la Porte de la chapelle, accueillera dont de licence et master des campus Tolbiac et Panthéon de l'université Paris 1 dans un bâtiment de 5 étages et conçu par Françoise Mauffret intégrant des salles de cours, des amphithéâtres, un restaurant, et une résidence universitaire. Celui-ci est financé à parts égales par la ville de Paris, la région Île-de-France, et l'État.

Le campus Condorcet ouvre pour sa première rentrée universitaire en , il accueille alors . En , il accueille , doctorants et statutaires, au sein de 116 unités de recherche au sein de sur plus de , où se trouvent aussi des résidences étudiantes et centres de recherche et de colloques.