Le Monde comme volonté et comme représentation () est l'œuvre principale du philosophe allemand Arthur Schopenhauer, publiée pour la première fois chez Brockhaus à Leipzig en 1819.
En 1844, parait une seconde édition, augmentée des Suppléments.
Présentation L'ouvrage se compose de deux volumes depuis la deuxième édition publiée en 1844. Le premier volume contient le texte de la première édition enrichi de quelques ajouts mineurs tandis que l'annexe a été sensiblement modifiée par l'auteur. Le premier volume est divisé en quatre livres qui traitent alternativement du monde comme représentation et du monde comme volonté. Le second volume, contenant plus de pages, sert de complément au premier dont il reprend les divisions.
Pour expliquer le choix de faire paraître les suppléments dans un second volume séparé, Schopenhauer explique dans la préface que 24 années se sont écoulées entre la publication de la première édition et de la deuxième. Contrairement à ce qu'aurait donné une refonte globale, il est ainsi possible de suivre l'évolution de sa pensée. vignette|centré|redresse=1.5|Page de titre de la première édition - 1819.
La réception et l'impact des écrits de Schopenhauer ne sont intervenus que dans les dernières années de sa vie. Dans la préface à la troisième édition (augmentée encore de 136 pages), Schopenhauer se montre plus conciliant. Il renvoie à d'autres additifs dans le second volume des Parerga et Paralipomena (1851) qu'il a écrit sept ans après la publication de la deuxième édition du Monde comme Volonté et comme Représentation : Cette troisième édition a été publiée en 1859, un an avant la mort du philosophe.
Vue d'ensemble vignette|redresse|Schopenhauer en 1815. Selon Jean-Marie Paul, . Dans l'expérience du vouloir, l'individu se reconnaît immédiatement lui-même, puisque, comme le dit Schopenhauer, : le sujet et l'objet ne font donc qu'un, commente Jean-Marie Paul. Le vouloir : c'est, écrit Schopenhauer, .
L’œuvre majeure de Schopenhauer se répartit en quatre livres, chacun traitant un thème essentiel : épistémologie, métaphysique, esthétique et éthique.
Schopenhauer vise à une explication complète du monde dans tous ses aspects et de tous les points de vue, tâche que le philosophe engage par les concepts de « volonté » et de « représentation ». Tous ses travaux ultérieurs consisteront à développer les idées fondamentales exposées dans son magnum opus.
La conviction fondamentale de Schopenhauer est que le monde est pure volonté d'une part, et d'autre part qu'il ne nous est donné que comme représentation, ainsi que l'indique le titre de l'ouvrage. Sous le concept de représentation, Schopenhauer comprend les fonctions mentales responsables des modalités de la connaissance d'un être connaissant. Sous le concept de volonté, Schopenhauer, inspiré par la philosophie orientale, comprend l'existence d'un principe cosmique responsable de l'existence individuelle au monde et qui peut être qualifié comme . Pour Schopenhauer, les personnes, les animaux, les plantes ainsi que les pierres et toute forme de matière relèvent de ce principe dans lequel il voit donc « la chose en soi ». Selon Schopenhauer, n'existe dans le monde des objets qu'une individualité, quelles qu'en soient les infinies variétés. La volonté constitue l'unité également présente et commune à l'homme comme à la pierre.
Schopenhauer pense que la représentation individuelle nous empêche de reconnaître le monde tel qu'il est dans son ensemble et pas seulement en nous-mêmes. Schopenhauer voit dans cette perception du monde saisi comme une représentation, qui est une mesure subjective de la volonté individuelle, une explication de l'égoïsme. Par la négation de notre volonté individuelle, il y a moyen de sortir du monde comme pure représentation, ce qui nous permet de reconnaître la même volonté et la même souffrance en toute chose. La métaphysique de Schopenhauer est donc étroitement liée à son éthique. Selon Schopenhauer, l'art offre une possibilité de négation temporaire de la volonté.
Inspiration Le fondement premier de la pensée de Schopenhauer se trouve être la théorie des idées de Platon ( écrit-il dans la préface de sa thèse de doctorat De la quadruple racine du principe de raison suffisante) qui est une composante essentielle du troisième livre du Monde. Sa pensée est aussi largement une modification de la philosophie transcendantale de Kant. George Berkeley, David Hume et les découvertes scientifiques de son temps ont également une part très importante dans le développement de son système.
Dans la préface à la deuxième édition, Schopenhauer conduit une polémique ironique contre Fichte et Hegel. Il critique sans relâche les opinions de ses contemporains, parle de (en référence à Fichte) et d'. Dans l'ensemble, on percevra de part et d'autre des deux volumes le désaccord de Schopenhauer avec Hegel et l'énervement à son encontre pour la place qu'il pouvait occuper au sein de la société académique et du respect qu'il inspirait. De nombreux propos critiquent avec la plus grande virulence la philosophie hégélienne, allant parfois jusqu'aux invectives les plus violentes, telle la fin du chapitre 6 des Suppléments où le philosophe en personne est présenté en des termes comme .
Schopenhauer a été fortement influencé par la pensée de l'Inde antique. La tendance moniste de ces textes a d'ailleurs intéressé d'autres intellectuels allemands. Hegel a jugé que la pensée indienne à venir au sujet , pendant que Friedrich Schlegel publiait en 1808 son essai Über die Sprache und Weisheit der Indier (Sur la langue et la sagesse des Indiens) et qu'Auguste Schlegel apprenait le Sanskrit à Paris, ce qui amena sa nomination à Bonn en 1818. La proximité de la pensée de l'Inde antique avec Schopenhauer est néanmoins singulière. Bien qu'il ait développé l'essentiel de son système indépendamment de cette influence, Schopenhauer était déjà en contact avec l'orientaliste Frédéric Majer en 1813. Celui-ci lui transmit une traduction partielle des Upanishads, un recueil de textes de la littérature védique tardive dans lequel se trouvent les débuts de l'enseignement du brahmanisme, du bouddhisme et de l'hindouisme. Il s'agissait d'une traduction en latin (1801-1802) par l'orientaliste français Abraham Hyacinthe Anquetil-Duperron qui présentait cinquante Upanishads d'une traduction perse du . Schopenhauer appela plus tard cette anthologie « la consolation de ma vie et de ma mort ». Schopenhauer a également étudié d'autres littératures secondaires, en particulier des articles dans des revues professionnelles. Schopenhauer a souligné l'influence des Upanishad dans la préface de la seconde édition (1844) qui cite également la traduction de la Bhagavad Gita publié en 1823 par A. Schlegel. Cette deuxième édition contient également de nombreuses références supplémentaires. Sa dévotion à la pensée indienne antique se retrouve dans le nom de ses caniches qu'il appelait Atman (âme, âme du monde).
Contexte philosophique Dès la préface, il est indiqué qu'une bonne compréhension du Monde comme volonté et comme représentation suppose une connaissance préalable des théories d'Emmanuel Kant, de Platon et des ouvrages antérieurs de l'auteur. Il s'agit en l’occurrence de sa thèse de doctorat, De la quadruple racine du principe de raison suffisante (1813) et De la vue et des couleurs (1816). Schopenhauer s'est toujours considéré comme plus fidèle au système métaphysique de l'idéalisme transcendantal kantien que n'importe lequel des autres philosophes de l'idéalisme allemand tardif. Le livre contient cependant une annexe intitulée « Critique de la philosophie kantienne », dans laquelle Schopenhauer rejette l'essentiel de l'éthique de Kant et d'importantes parties de son épistémologie et de son esthétique.
Schopenhauer reproche à Kant d'avoir ignoré l'expérience intérieure telle qu'intuitionnée par la volonté, laquelle serait la forme la plus importante de l'expérience. Schopenhauer a vu dans la volonté notre unique fenêtre sur le monde derrière la représentation, c'est-à-dire la chose en soi kantienne. Il croyait par conséquent possible d'acquérir connaissance de la chose en soi, ce que Kant jugeait impossible, puisque le reste de la relation entre la représentation et la chose en soi pouvait être comprise par analogie avec la relation entre notre volonté et notre corps. Selon Schopenhauer, le monde entier est la représentation d'une volonté unique dont nos volontés individuelles sont des phénomènes. De cette façon, la métaphysique de Schopenhauer va au-delà des limites que Kant avait fixées mais pas aussi loin cependant que les bâtisseurs rationalistes de systèmes qui ont précédé Kant. Parmi les autres différences importantes on note le rejet par Schopenhauer de onze des douze catégories de Kant, soutenant que la causalité seule est importante. Matière et causalité sont considérées comme une union du temps et de l'espace et donc égale l'une à l'autre.
Schopenhauer reconnaît fréquemment s'appuyer sur Platon dans le développement de ses théories, en particulier dans son esthétique, et parle de la forme platonicienne comme existant à un niveau ontologique intermédiaire entre la représentation et la volonté.
Vocabulaire Schopenhauer a utilisé le mot Wille (« volonté ») comme la désignation la plus familière pour le concept qui peut également être signifié par d'autres termes tels que « vouloir », « effort ». La philosophie de Schopenhauer soutient que toute la nature, y compris l'homme, est l'expression d'une volonté insatiable de vie.
Il utilise le mot Vorstellung (« représentation ») pour signifier l'idée mentale ou l'image de tout objet qui est perçu comme étant externe à l'esprit. Ce concept comprend la représentation du propre corps du sujet observant qu'il appelle l'objet immédiat car il est dans la proximité la plus étroite avec l'esprit qui est situé dans le cerveau.
Épistémologie (volume I, livre 1) - Première considération du monde comme représentation. La représentation soumise au principe de raison : L'objet de l'expérience et de la science.
La notion schopenhauerienne de volonté vient de la chose en soi kantienne que Kant croit être la réalité fondamentale derrière la représentation qui fournit matière à la perception mais à laquelle manque la forme. Alors que Kant considère que l'espace, le temps et la causalité sont des concepts apposés par l'esprit sur le monde, pour Schopenhauer, rien en dehors du temps et de l'espace ne pouvant être différencié, la chose en soi doit être une, et toutes les choses qui existent, y compris les êtres humains, doivent faire partie de cette unité fondamentale. Notre expérience interne est une manifestation du royaume nouménal et la volonté est le noyau intérieur de chaque être. Toute connaissance acquise des objets est considérée comme auto-référentielle car nous reconnaissons dans les autres objets la même volonté qu'en nous-même.
Ontologie (volume I, livre 2) - Première considération du monde comme volonté. L'objectivation de la volonté.
Dans le livre deux, l'électricité et la gravité sont décrits comme les forces fondamentales de la Volonté. La connaissance est subordonnée aux exigences de la Volonté car elle est au service de la Volonté. Schopenhauer présente un tableau pessimiste dans lequel les désirs inassouvis sont douloureux et le plaisir est simplement la sensation ressentie quand est supprimée la douleur. La plupart des désirs ne sont cependant jamais satisfaits, et ceux qui le sont, sont instantanément remplacés par d'innombrables autres destinés à n'être jamais satisfaits.
Esthétique (volume I, livre 3) - Seconde considération du monde comme représentation. La représentation indépendante du principe de raison : L'Idée platonicienne : L'objet de l'art.