Samuel Johnson (aussi connu sous le nom de Johnson, Docteur Johnson), né le La Grande-Bretagne adopta le calendrier grégorien en 1752. Avant cette date, Johnson avait pour jour de naissance le 7 septembre selon le calendrier julien. et mort le , est l'un des principaux auteurs de la littérature britannique. Poète, essayiste, biographe, lexicographe, traducteur, pamphlétaire, journaliste, éditeur, moraliste et polygraphe, il est aussi un critique littéraire des plus réputés.

Ses commentaires sur Shakespeare, en particulier, sont considérés comme des classiques. Anglican pieux et fervent conservateur (Tory), il a été présenté comme « probablement le plus distingué des hommes de lettres de l'histoire de l'Angleterre ». La première biographie lui ayant été consacrée, The Life of Samuel Johnson de James Boswell, parue en 1791, est le « plus célèbre de tous les travaux de biographie de toute la littérature [anglaise] ». Au Royaume-Uni, Samuel Johnson est appelé « Docteur Johnson » en raison du titre universitaire de « Doctor of Laws » (Docteur en droit), qui lui fut accordé à titre honorifique.

Né à Lichfield dans le Staffordshire, il suit les cours du Pembroke College à Oxford pendant un an, jusqu'à ce que son manque d'argent l'oblige à le quitter. Après avoir travaillé comme instituteur, il vient à Londres où il commence à écrire des articles dans The Gentleman's Magazine. Ses premières œuvres sont la biographie de son ami, le poète Richard Savage, The Life of Mr Richard Savage (1744), les poèmes London (Londres) et The Vanity of Human Wishes (La Vanité des désirs humains) et une tragédie, Irene.

Son extrême popularité tient d'une part à son œuvre majeure, le Dictionary of the English Language, publié en 1755 après neuf années de travail, et d'autre part à la biographie que lui a consacrée James Boswell. Avec le Dictionary, dont les répercussions sur l'anglais moderne sont considérables, Johnson a rédigé à lui seul l'équivalent, pour la langue anglaise, du Dictionnaire de l'Académie françaiseSamuel Johnson se permettra d'ailleurs une fanfaronnade en comparant les deux ouvrages ; voir la rubrique Le chantier du Dictionary. Cependant, son travail n'échappe pas à la critique. Ainsi Thomas Babington Macaulay tient son auteur pour un piètre étymologiste (« »). On trouve entre autres dans le Dictionary une définition, devenue légendaire, du mot « lexicographe » : « tâcheron inoffensif » (« harmless drudge »)... Le Dictionary, décrit par Batte en 1977 comme « l'un des plus grands exploits individuels de l'érudition »À titre de comparaison, Émile Littré mit dix-huit ans (de 1847 à 1865) pour établir son Dictionnaire de la langue française., fit la renommée de son auteur et, jusqu'à la première édition du Oxford English Dictionary (OED) en 1928, il était le dictionnaire britannique de référence. Quant à la Vie de Samuel Johnson par James Boswell, elle fait date dans le domaine de la biographie. C'est dans cet ouvrage monumental que sont tirés nombre de bons mots prononcés par Johnson, mais aussi beaucoup de ses commentaires et de ses réflexions, qui ont valu à Johnson d'être « l'Anglais le plus souvent cité après Shakespeare ».

Ses dernières œuvres sont des essais, une influente édition annotée de The Plays of William Shakespeare (1765) et le roman Rasselas, un succès. En 1763, il se lie d'amitié avec James Boswell, avec qui il voyage plus tard en Écosse ; Johnson décrit leurs parcours dans Un voyage vers les îles occidentales de l'Écosse (A Journey to the Western Islands of Scotland). Vers la fin de sa vie, il rédige Vies des plus éminents poètes anglais (Lives of the Most Eminent English Poets), un recueil de biographies de poètes des .

Johnson était grand et robuste, mais ses gestes bizarres et ses tics étaient déroutants pour certains lorsqu'ils le rencontraient pour la première fois. The Life of Samuel Johnson et d'autres biographies de ses contemporains décrivaient le comportement et les tics de Johnson avec tant de détails que l'on a pu diagnostiquer ultérieurement qu'il avait souffert du syndrome de Gilles de La TouretteTJ Murray (16 juin 1979), "Dr Samuel Johnson's Movement Disorder" (PDF), British Medical Journal, inconnu au , pendant la majeure partie de sa vie. Après une série de maladies, il meurt le au soir, et est enterré à l'abbaye de Westminster, à Londres. Après sa mort, Johnson commence à être reconnu comme ayant eu un effet durable sur la critique littéraire, et même comme le seul grand critique de la littérature anglaiseYvor Winters (1943), The Anatomy of Nonsense (« L'Anatomie des Absurdités »), p. 240.

Biographie

Il existe de nombreuses biographies de Samuel Johnson, mais La Vie de Samuel Johnson par James Boswell (The Life of Samuel Johnson) est celle qui est la mieux connue du grand public. Au pourtant, l'opinion des spécialistes de Johnson comme Edmund Wilson et Donald Greene est qu'on peut difficilement appeler biographie un tel ouvrage : « Ce n'est qu'un recueil de ce que Boswell a pu écrire dans ses journaux à l'occasion de ses rencontres avec Johnson au cours des vingt-deux dernières années de la vie de celui-ci… avec seulement un effort bien négligent pour combler les lacunes. » Donald Greene assure aussi que Boswell, avec l'aide de ses amis, a commencé son travail par une campagne de presse bien organisée, avec grosse publicité et dénigrement de ses adversaires, en se servant pour la stimuler d'un des articles les plus mémorables de Macaulay qui n'est que du boniment de journaliste. Il lui reproche aussi des erreurs et des omissions, affirmant que l'ouvrage relève plus du genre des mémoires que la biographie au sens strict.

Enfance et éducation vignette|droite|redresse|Lieu de naissance de Johnson à Market Square, Lichfield. Premières années Michael Johnson, libraire à Lichfield, (Staffordshire, Angleterre), a épousé en 1706, à l'âge de 49 ans, Sarah Ford, âgée de 38 ans. Samuel nait le , au domicile de ses parents situé au-dessus de la librairie. Comme Sarah a dépassé quarante ans, et que l'accouchement s'avère difficile, le couple fait appel à un maïeuticien et chirurgien de renom nommé George Hector. L'enfant ne pleure pas, et dubitative à propos de la santé du nouveau-né, sa tante déclare « qu'elle n'aurait pas ramassé une telle pauvre créature dans la rue » ; la famille, qui craint pour la survie de l'enfant, fait venir le curé de , l'église voisine, pour le baptiser. On lui donne le prénom du frère de Sarah, Samuel Ford, et deux parrains lui sont choisis : Samuel Swynfen, médecin diplômé du Pembroke College d'Oxford et Richard Wakefield, juriste et secrétaire de mairie de Lichfield.

La santé de Samuel s'améliore, et Joan Marklew lui sert de nourrice. Mais il est rapidement atteint de scrofules, qu'on appelait alors le « Mal du Roi », car on pensait qu'un toucher du roi pouvait en guérir. John Floyer, ancien médecin de Charles II d'Angleterre suggère alors que le jeune Johnson devrait recevoir le toucher du roi, qu'Anne de Grande-Bretagne lui accorde le On attribuait aux rois de France le pouvoir miraculeux de guérir les écrouelles en touchant les malades (voir Les Rois thaumaturges de Marc Bloch, et son compte-rendu par Mathieu Marmouget) ; les rois d'Angleterre n'ayant jamais renoncé à leurs prétentions sur le trône de France continuaient donc ce geste sacré afin de prouver leur bon droit. Guillaume III d'Angleterre refusa de le faire mais, après lui, la reine Anne reprit pour la dernière fois la tradition. Le bon peuple commençant à ne plus y croire, il est possible que l'effet placebo n'ait pas joué.. Le rituel se révèle toutefois inefficace et une opération est pratiquée qui laisse des cicatrices indélébiles sur le corps et le visage de Samuel. Avec la naissance du frère de Samuel, Nathaniel, quelque temps plus tard, Michael n'est plus en mesure de payer les dettes qu'il a accumulées au cours des ans, et sa famille est contrainte de changer de mode de vie.

“Alors qu'il était un enfant [...], et qu'il avait appris à lire, Mrs Johnson, un matin, mit le Livre de la prière commune entre ses mains, lui montra la prière du jour et dit : « Sam, tu dois apprendre cela par cœur. » Elle monta les escaliers, le laissant l'étudier : mais alors qu'elle avait atteint le deuxième niveau, elle l'entendit la suivre. « Que se passe-t-il ? » dit-elle. « Je peux la dire », répondit-il ; et il la répéta distinctement, bien qu'il n'eût pu la lire plus de deux fois. ”– Boswell, La vie de Samuel Johnson

Années d'école vignette|upright=1.2|La Lichfield Grammar School (gravure de 1835). Samuel Johnson se montre d'une intelligence particulièrement précoce, et ses parents étaient fiers de faire admirer, ce dont il se souviendra plus tard avec un certain écœurement, « ses talents nouvellement acquis ». Son éducation commence lorsqu'il a trois ans et que sa mère lui fait mémoriser et réciter des passages du Livre de la prière commune. À quatre ans, il est envoyé chez « dame » Anne Oliver, qui tient une école enfantine à son domicile, puis, à six ans, chez un cordonnier à la retraite afin de poursuivre son éducation. L'année suivante, Johnson est envoyé à la (Lycée), où il excelle en latin. C'est à cette époque qu'il commence à présenter ces tics et ces mouvements incontrôlés qui joueront un si grand rôle par la suite dans l'image qu'on se fera de lui et qui permettront, après sa mort, de diagnostiquer le syndrome de Gilles de La TouretteRobert Jr. DeMaria (1994), The Life of Samuel Johnson, pp. 5-6. Élève particulièrement brillant, il passe en secondaire à neuf ans. Il se lie d'amitié avec Edmund Hector, neveu de son maïeuticien George Hector, et John Taylor, avec qui il restera en contact toute sa vie.

À seize ans, Johnson a l'occasion d'aller passer plusieurs mois dans la famille de sa mère, les Ford, à Pedmore, Worcestershire. Il noue des liens solides avec son cousin germain Cornelius Ford, qui met à profit sa connaissance des auteurs classiques pour lui donner des cours particuliers puisqu'il ne va pas à l'école. Ford est un universitaire brillant, qui a de très bonnes relations et fréquente des personnalités comme Alexander Pope, mais il est aussi un alcoolique notoire que ses excès mèneront à la mort six ans après la visite de Johnson, qui en sera profondément affecté.

Après avoir passé six mois avec ses cousins, Johnson retourne à Lichfield mais Hunter, le directeur de la , que « l'impertinence de cette longue absence a énervé », refuse de le réintégrer. L'accès à la Lichfield Grammar School lui étant interdit, Johnson est inscrit, avec l'aide de Cornelius Ford, à la de Stourbridge. Du fait de la proximité de l'école avec Pedmore, Johnson peut passer plus de temps avec ses cousins, et il commence à écrire des poèmes et à traduire des vers. À Stourbridge Johnson se lie d'amitié avec John Taylor et Edmund Hector et tombe amoureux de la jeune sœur d'Edmund, Ann. Toutefois, il ne passe que six mois à Stourbridge avant de retourner une fois de plus chez ses parents à Lichfield. D'après le témoignage d'Edmund Hector, recueilli par James Boswell, Johnson aurait quitté Stourbridge à la suite d'une dispute avec le directeur, John Wentworth, à propos de grammaire latine.

L'avenir de Johnson est alors très incertain, car son père est très endetté. Afin de gagner un peu d'argent, il commence à brocher des livres pour son père, bien qu'il soit probable, qu'à cause de sa mauvaise vue, il ait alors passé beaucoup plus de temps dans la librairie paternelle à lire des ouvrages variés et à approfondir ses connaissances littéraires. C'est à cette époque qu'il rencontre Gilbert Walmesley, le président du tribunal ecclésiastique, visiteur assidu de la librairie paternelle, qui le prend en amitié. Pendant deux ans, ils ont l'occasion d'aborder de nombreux sujets littéraires et intellectuels.

Études universitaires vignette|gauche|redresse|Entrée du Pembroke College, Oxford.