La bataille de Diên Biên Phu est un affrontement de la guerre d'Indochine qui oppose les troupes de l'Union française aux forces du Việt Minh. Elle s'articule autour des différents assauts lancés entre le et le et constitue l'affrontement décisif de l'opération Castor. La victoire des forces du Viêt Minh (commandées par le général Giáp) contre le corps expéditionnaire français (composé de diverses unités de l’armée française, des troupes coloniales et autochtones, sous le commandement du colonel de Castries ), entraîne la chute de la ville et de sa plaine environnante et contribue à accélérer les négociations engagées à Genève pour le règlement des conflits en Asie (Corée et Indochine).
Cette bataille, localisée près de la ville de Diên Biên Phu (en vietnamien : Ðiện Biên Phủ), se termina le par arrêt du feu, selon les consignes reçues de l'état-major français à Hanoï. Hormis l'embuscade du groupe mobile 100 entre An Khê et Pleiku, en , la bataille de Diên Biên Phu fut le dernier affrontement majeur de la guerre d'Indochine.
La France quitta la partie nord du Viêt Nam, après les accords de Genève signés en , qui instaurèrent une partition du pays de part et d'autre du parallèle nord.
Les accords stipulaient que la séparation serait temporaire. Des élections générales visant à unifier le pays devaient avoir lieu en , mais le Sud-Vietnam organisa ses propres élections parlementaires et promulgua sa propre constitution en 1956. Il était clair que les communistes remporteraient les élections car ils avaient combattu victorieusement le colonialismeDieter Nohlen, Florian Grotz & Christof Hartmann (2001) Elections in Asia: A data handbook, Volume II, . Avant ça, en , le Sud-Vietnam se retira non seulement de l'Union française, mais abandonna également son alliance économique avec la France.
En métropole, la défaite de Diên Biên Phu provoque la chute du gouvernement Laniel II.
Contexte
Guerre d'Indochine Depuis 1946, la France a engagé des moyens militaires importants en Indochine afin de combattre le Viêt Minh (organisation armée du Parti communiste vietnamien), dirigé par Hô Chi Minh qui lutte pour l'indépendance. Les généraux se succédaient — Philippe Leclerc de Hauteclocque, Jean-Étienne Valluy, Roger Blaizot, Marcel Carpentier, Jean de Lattre de Tassigny et Raoul Salan — sans réussir à mettre fin à l'insurrection viêt minh. En 1953, la guerre d'Indochine n'évoluait pas en faveur de la France. Pendant la campagne 1952–53, le Viêt Minh avait occupé de larges portions de territoires du Laos, un allié de la France et voisin occidental du Viêt Nam, avançant aussi loin que Luang Prabang et la plaine des Jarres. Les Français ne purent freiner son avance et le Viêt Minh n'interrompit sa progression que lorsque ses voies de communication, toujours plus étirées, devinrent impraticables.
Bataille de Na San
À partir de la mi-1952, le corps expéditionnaire français en Extrême-Orient (CEFEO) tente de bloquer l'avancée des troupes du Viêt Minh vers le Laos. Les Français avaient commencé à renforcer leurs défenses dans la région du delta de Hanoï pour préparer une série d'offensives contre les zones de regroupement Viêt Minh au nord-ouest du Viêt Nam. Ils avaient fortifié les villes et des avant-postes dans la zone, jusqu'à Lai Chau près de la frontière chinoise au nord, Na San à l'ouest d'HanoïFall, 9., et la plaine des Jarres dans le Nord du LaosFall, 48..
La stratégie française est inspirée des techniques de combat Chindits : créer une enclave dans la jungle au milieu du territoire ennemi, une base opérationnelle ravitaillée par le transport aérien et permettant le contrôle d'une large zone forestière. Les Français vont conforter ce concept avec un important appui-feu : des mortiers, des mitrailleuses lourdes et une quantité énorme de munitions. Cette tactique du « camp-hérisson » fortement protégé avait été employée avec succès lors de la bataille de Na San, en octobre et , où un premier camp retranché avait été mis en place.
thumb|left|Parachutistes sautant d'un C-119 Flying Boxcar. thumb|Insigne du CEFEO. En , le président du Conseil français, René Mayer, nomma le général Henri Navarre au commandement des forces de l'Union française en Indochine. Mayer donna à Navarre pour simple ordre de mission : créer les conditions militaires qui permettront d'amener une « solution politique honorable ». Le gouvernement français savait la situation en Indochine inéluctable : l'objectif assigné à Navarre était d'infliger une défaite majeure au Viêt Minh afin de pouvoir négocier un accord en position de force. En arrivant, Navarre fut choqué par ce qu'il trouva. Aucun plan à long terme n'avait été élaboré depuis le départ de de Lattre, les opérations étant purement conduites sur un mode réactif, en réponse aux mouvements ennemis. Il n'y avait pas de plan pour développer l'organisation et améliorer l'équipement du corps expéditionnaire.
Après avoir évacué la base de Na San du 7 au , Navarre élabore un plan sur plusieurs années : tout d'abord une attitude défensive dans le Tonkin, avec néanmoins des opérations ponctuelles (, et ), tout en continuant la pacification de la Cochinchine en attendant que l'Armée nationale vietnamienne prenne le relais ; lorsque la situation s'est améliorée, reprendre l'offensive. Giáp a écrit dans un de ses livres que ce plan l'avait beaucoup inquiété, d'où sa reprise de l'avancée des forces viet minh en . Renseigné sur ces mouvements, le commandement français décide alors de créer un second camp à Diên Biên Phu.
Site de Diên Biên Phu Diên Biên Phu est une plaine en forme de cuvette (la plus grande du Nord après le delta du fleuve Rouge) située au nord-ouest du Viêt Nam dans la province de Lai Châu dans le haut Tonkin, et au centre de laquelle se trouve le petit village de Diên Biên Phu. Elle se trouve à proximité des frontières chinoise et laotienne, en plein Pays Taï (pays des tai dam).vignette|Vue aérienne du site en 1953.
En vietnamien, Ðiện désigne une administration, Biên un espace frontalier et Phủ un district, soit en français « chef-lieu d'administration préfectorale frontalière ». En langue tai, la ville se nomme Muong Tenh, muong, désignant le lieu, pays ou ville et tenh, le ciel.
La plaine est couverte de rizières et de champs, avec le village proprement dit, et une rivière, la Nam Youn, qui la traverse. C'est le seul endroit plat à des centaines de kilomètres à la ronde, avec une altitude moyenne de . L'habitat, essentiellement de maisons sur pilotis, est dispersé. La vallée comporte un ancien aérodrome aménagé par les Japonais durant la Seconde Guerre mondiale. Il est orienté dans le sens nord-sud et dispose de deux pistes plus ou moins parallèles à la rivière.
La vallée, aussi orientée nord-sud, a une longueur de . La largeur d'est en ouest varie de cinq à sept kilomètres. À l'est et au nord-est se trouve une zone de petites collines grimpant progressivement vers des sommets boisés qui s'étagent entre . La dénivellation entre la vallée et les cimes des montagnes varie de .
Son climat tropical est très humide en période de mousson. Le ciel y est alors couvert avec un plafond très bas, ce qui explique pour partie les difficultés opérationnelles (notamment d'intervention aérienne) lors de la bataille.
Diên Biên Phu est relié au reste du pays par la route provinciale 41 (), qui conduit à Hanoï, et par une piste qui se dirige au nord vers la Chine, via Laï Chau, capitale du Pays Taï.
Opération Castor
thumb|Diên Biên Phu. Description des zones de saut le 20 novembre 1953. Au matin du , dans le cadre de l'opération Castor, deux bataillons de parachutistes français, le bataillon de parachutistes coloniaux ( BPC), du chef de bataillon Bigeard, et le deuxième bataillon du régiment de chasseurs parachutistes (II/ RCP) du chef de bataillon Bréchignac s’emparent de la vallée de Diện Biên Phu, défendue par un détachement peu important de l’armée việt minh. D’autres unités parachutistes sont larguées en renfort dans l’après-midi et les jours qui suivent, notamment le bataillon de parachutistes coloniaux ( BPC), du chef de bataillon Souquet, le bataillon étranger de parachutistes ( BEP) du chef de bataillon Guiraud, le bataillon de parachutistes de choc ( BPC) du capitaine Tourret et le bataillon de parachutistes vietnamiens ( BPVN) du chef de bataillon Bouvery.
L’ancienne piste d’atterrissage construite par les Japonais durant la Seconde Guerre mondiale doit être rénovée, et après avoir réussi le parachutage d’un bulldozer, le génie se met à l'œuvre. Le , un premier avion se pose à Diên Biên Phu, et s’ensuit un acheminement d’hommes, de matériel, d’armes et de munitions. Cette noria aérienne va fonctionner pendant quatre mois pour créer, ravitailler et renforcer le camp retranché. Le matériel lourd (artillerie et blindés) est démonté à Hanoï, transporté en pièces détachées, puis remonté à l’arrivée.
Peu à peu, les unités parachutistes sont relevées par des unités d’infanterie envoyées de Hanoï, à l'exception du BEP et du BPC qui resteront à « DBP » jusqu'à la fin des combats. Les nouveaux arrivants aménagent des emplacements de combat, édifient des fortins en utilisant le bois de certaines habitations du village, de la tôle et des poutres, creusent un vaste réseau de tranchées et installent des mines et des réseaux de fil de fer barbelé. Le commandement n’a pas jugé la menace suffisante pour améliorer la résistance des fortifications en les bétonnant.
Organisation du camp retranché vignette|262x262px|Le futur général de Castries, commandant du camp retranché de Diên Biên Phu. Le camp est conçu pour assurer la défense de la piste d’aviation de de long par où doivent arriver tous les ravitaillements et les renforts. thumb|left|Dispositif de bataille à Diên Biên Phu en mars 1954 - En vert les PA français et position en noir des cinq divisions viêt minh. Autour de cette piste sont implantés quatre points d’appui constituant le centre principal de résistance. Le colonel de Castries baptise de noms féminins ces différents points d’appui (PA). Le centre principal de résistance comprend donc : à l’ouest de la piste d'atterrissage, dans la rizière, les différents PA « Huguette » tenus par le I/ REI à l’est de la rivière Nam Youm, les PA « Dominique », où se trouve la plus haute position du camp retranché (« Dominique 2 »), tenus par le III/ RTA au sud de la piste, dans la rizière, le PA « Claudine » qui comprend le PC opérationnel, des batteries d’artillerie et le groupement d’intervention GAP 2, composé du choc et du BEP au sud-est, sur les collines surplombant la Nam Youm, en dessous de « Dominique 2 », les PA « Éliane » tenus par le I/ RTM.
Le centre principal de résistance est couvert : au nord-est, par le PA « Béatrice », constitué de trois collines tenues par le troisième bataillon de la demi-brigade de Légion étrangère (III/ DBLE) au nord par le PA « Gabrielle », sur un piton allongé dans le prolongement de la piste, également tenu par le V/ RTA au nord-ouest, sur un plateau, par le PA « Anne-Marie » tenu par des éléments thaï.
Un point d'appui éloigné, « Isabelle », a été implanté à au sud du dispositif principal, le long de la Nam Youm. Il a été établi le par le II/ RTA puis renforcé en par un bataillon de la Légion étrangère, le III/ REI, deux batteries d’artillerie de 105 du 3/10 RAC, un peloton de chars. Commandé par le colonel Lalande, la mission essentielle du point d'appui est d'appuyer de ses feux le centre de résistance principal.
Préparation viêt minh