La flûte à becLa réforme orthographique de 1990 admet la graphie sans l'accent circonflexe, cf. Larousse. est un instrument à vent de la famille des bois. Comme nombre d'autres instruments, cette flûte se décline en plusieurs tailles. La nomenclature moderne comprend dans l'ordre décroissant (du plus aigu au plus grave) : exilent, sopranino, soprano, alto, ténor, basse, grande-basse, contrebasse et soubasse. Cette nomenclature est loin de refléter la variété des différents accords qui ont été utilisés au cours des siècles et illustre plutôt la conception moderne de l'ensemble de flûtes, assez éloignée des ensembles « historiques ».

Histoire vignette|Flûte à bec en terre cuite culture Aztèque - Musée des Amériques d'Auch vignette|Consort de flûtes à bec. Syntagma musicum, Michael Praetorius (1614-1620). Les plus anciennes flûtes à bec remontent à la Préhistoire. Pendant très longtemps pour réaliser des flûtes, le musicien utilisera des matériaux préablablement creux comme le sureau, le roseau, l'os, ou la corne. Il faudra vraisemblement attendre le pour réussir à tourner des perces dans des matériaux durs comme les bois d'arbre fruitier, l'érable...

Moyen-Âge La première description de la flûte à bec associée à un nom se trouve dans un traité latin de Johannes Tinctoris, intitulé (« De l'invention et de l'usage de la musique » - Naples, vers ). Tinctoris y mentionne la fistule (littéralement, tube ou tuyau), un type particulier d'instrument à vent en bois (tibia) comportant « sept trous à l'avant et un à l'arrière ». Les termes fistule et tibia remontent à l'Antiquité. En Grèce, l'aulos désignait généralement un instrument à vent composé de deux tubes et de deux anches (probablement doubles), mais il pouvait également désigner tout instrument composé d'un seul tube avec ou sans anche. Pour désigner essentiellement le même tuyau à anche double, les Romains utilisaient le terme tibia, ou parfois fistula, un mot que les poètes utilisaient pour désigner les flûtes de berger. Tinctoris connaît également la pratique consistant à doubler le trou du septième doigt sur certains types de tibia non spécifiés, afin que les musiciens puissent jouer de l'instrument avec l'une ou l'autre main sur le dessus. Cet arrangement était courant dans les flûtes à bec pré-baroques.. Dans un livre de comptes de 1388 du comte Henri de Bolingbroke (le futur ) se trouve l'annotation ., qui semble être la première mention du nom , encore utilisé en anglais pour désigner la flûte à bec, dont l'étymologie reste inconnue.

La flûte à bec (aussi appelée « flûte douce », « flûte d'Angleterre » ou « flûte droite ») est un instrument qui comporte huit trous de jeu, dont un manipulé par le pouce pour permettre l'émission des octaves aiguës. Cet instrument apparaît incontestablement dans cette forme particulière à partir du . ; il en subsiste quelques vestiges : flûte de Dordrecht (, bois fruitier?, retrouvé en 1941), fragment de Würzburg (, cerisier, découverte dans les années 1980), flûte de Göttingen (découverte en 1987) et flûte de Tartu. On peut supposer que cet instrument existait auparavant, mais aucune preuve tangible n'a encore pu étayer cette hypothèse.

Le grand musicien et poète Guillaume de Machaut (vers 1300-1377) mentionne dans l'un de ses vers , ce qui prouve que la flûte droite et la flûte traversière étaient toutes deux utilisées au .

La flûte à bec médiévale dispose d'un corps en une seule pièce, seul le bouchon servant à former le conduit est distinct (pièce de bois, terre glaise...). La flûte à bec est très répandue au Moyen-Âge, selon les représentations disponibles dans l’iconographie médiévale (fresques, enluminures, vitraux...).

Les flûtes à bec au profil cylindrique sont représentées dans de nombreuses peintures médiévales ; cependant, leurs représentations semblent stylisées et ne correspondent pas facilement aux instruments qui ont survécu. La représentation la plus ancienne de la flûte à bec se trouve probablement dans « La moquerie du Christ », une peinture provenant de l'église monastique de Saint-Georges à Staro Nagoričane près de Kumanovo, en Macédoine, dans laquelle un homme joue d'une flûte à bec cylindrique – la peinture de l'église a commencé en 1315. Il existe également le panneau central de la « Vierge à l'enfant », attribué à Pedro (Pere) Serra (vers 1390), tel que peint pour l'église de Santa Clara, à Tortosa en Espagne, et se trouvant maintenant au Museu Nacional d'Art de Catalunya à Barcelone - un groupe d'anges rassemblés autour de la Vierge Marie, jouant d'instruments de musique, l'un d'eux jouant d'une flûte à bec cylindrique..

Depuis le Moyen Âge, les anges, souvent groupés autour de la Vierge, sont fréquemment représentés jouant d'une ou de plusieurs flûtes à bec, ; dans plusieurs peintures remarquables, des trios d'anges jouent de la flûte à bec. Il s'agit peut-être d'un signe de la trinité, mais peut-être aussi de la musique elle-même, qui était typiquement en trois parties.

À cette époque, l'instrument comptait neuf trous de jeu (d'où son appellation de « flûte à neuf trous »)Dans lEpitomé musical (1556) de Philibert Jambe de Fer, qui décrit également l'instrument et en donne les doigtés, le terme principal utilisé pour désigner la flûte à bec est « fleuste à neuf trous » (flûte à bec à neuf trous – y compris le dernier trou dédoublé)., mais le nombre utile n'était en réalité que de huit, car on devait choisir entre les deux trous percés de chaque côté au bas de l'instrument afin de laisser le choix entre une tenue de droitier ou de gaucher et le trou inutile était bouché à la cire. C'est cet instrument qui sera décliné en plusieurs tailles à la fin du jusqu'à former une famille étendue et homogène à partir du et que l'on désigne ordinairement par le vocable d'origine anglaise « Consort ».

Renaissance A la Renaissance, la flûte à bec se joue surtout en ensemble. La flûte à bec de la Renaissance est toujours formée d'une seule pièce et sa perce intérieure est large (plus importante que celle de la flûte baroque) et est soit cylindrique ou soit conique se terminant de façon évasée. Leur sonorité est puissante; les trous de jeu sont plus grands que ceux de la flûte baroque. La tessiture est limitée à une octave et une sixte.

On commence à trouver des dessins et des descriptions de flûtes à bec dans les premiers traités musicaux imprimés au : Musica getutscht de Sebastian Virdung (Bâle, 1511) ; Musica instrumentalis deudsch de Martin Agricola (Wittenberg, 1528) ; Opera intitulata Fontegara de Silvestro Ganassi (Venise, 1535) ; Épitomé musicalPhilibert Jambe de Fer, Epitomé musical des tons, sons et accordz, es voix humaines, fleustes d'Alleman, fleustes à neuf trous, violes, & violons. Item un petit devis des accordz de musique, par forme de dialogue interrogatoire & responsif entre deux interlocuteurs P. & I. Lyon : Michel du Boys, 1556. 8° obl., 60 p. et planchesGuillo 1991 , RISM B-VI . Fac-similé paru dans Annales musicologiques 6 (1958-1963) , avec une préface de François Lesure. Voir aussi Chiara De Ziller, L'Epitomé musical di Philibert Jambe de Fer. (Thèse, Facoltà di Lettere e Filosofia, Università di Padova, 1994-1995). de Philibert Jambe de Fer (1559) ... Ces descriptions instrumentales se poursuivent dans les ouvrages ultérieurs comme dans Syntagma musicum de Michael Prætorius (1619) et dans Harmonie universelle (1636–1637) de Marin Mersenne.

Les grandes flûtes de la Renaissance disposent de clés pour atteindre les trous du bas et ces dernières sont très souvent protégées par une fontanelle.

Période baroque vignette|Position des doigts présentée dans la méthode de flûte à bec de Jacques-Martin Hotteterre (1707). Plusieurs changements dans la facture des flûtes à bec ont eu lieu au XVIIe siècle, donnant naissance au type d'instrument généralement appelé flûte à bec « baroque », par opposition aux flûtes à bec « Renaissance ». Ces innovations ont permis aux flûtes à bec baroques de posséder une sonorité considérée comme « plus douce » que celle des instruments précédents<ref>Jonathan Wainwright et Peter Holman, From Renaissance To Baroque : Change in Instruments and Instrumental Music in the Seventeenth Century", Ashgate Publishing, Ltd, 2005. </ref>, au détriment d'une réduction du volume, en particulier dans les notes les plus graves.

La famille Hotteterre est connue pour avoir apporté de grandes innovations vers 1670 à la facture des instruments à vent, notamment la flûte démontable en trois parties (tête, corps, pied), même si cette invention n'est pas attribuable à un membre de la famille en particulierInstruments de la famille Hotteterre au musée de la musique, site de la Philharmonie de Paris., et l'invention du hautbois. Cette transformation organologique de la flûte baroque (1650-1750) est importante car elle permet de lui apporter une perce conique inversée plus complexe et précise avec différents profils ; elle augmente l'ambitus de l'instrument et le jeu devient plus virtuose. Sa perce est devenue beaucoup plus étroite que celle de la Renaissance et sa sonorité est plus fine. On retrouve une représentation d'une flûte alto en sol dans le Compendio Musicale (1677) du compositeur italien Bartolomeo Bismantova.. Puis progressivement la flûte à bec alto en fa s'imposera comme instrument soliste à cette période.

La famille Hotteterre a donc travaillé l'idée d'une perce plus étroite, rapprochant les trous des doigts de la main la plus basse, permettant un plus grand ambitus, et facilitant la facture d'instruments en plusieurs sections articulées. Cette dernière innovation permettait de façonner plus précisément chaque section et offrait au musicien la possibilité d'ajuster légèrement l'accordage en tirant légèrement sur l'une des sections pour allonger l'instrument.

Ces innovations françaises furent introduites à Londres par le facteur français Pierre Jaillard Bressan, connu sous le nom de Peter Bressan, dont un ensemble d'instruments sous forme de consort est conservé au Grosvenor Museum, à Chester, ainsi que d'autres exemples dans divers musées américains, européens et japonais et dans des collections privées. Le contemporain de Bressan, Thomas Stanesby Sr, est né dans le Derbyshire mais est devenu fabricant d'instruments à Londres. Lui et son fils (Thomas Stanesby junior) sont les autres facteurs de flûtes à bec britanniques importants du début du XVIIIe siècle. Grâce aux activités de ces facteurs remarquables à cette période, la flûte à bec a acquis une popularité particulière auprès des amateurs dans l'Angleterre.

En Europe continentale, la famille Denner de Nuremberg a été la plus célèbre de cette période ; elle est aussi considérée comme l'inventrice de la clarinette Martin Kirnbauer. "Denner", Grove Music Online, ed. L. Macy (consulté le 13 octobre 2006), grovemusic.com (subscription access)..

La flûte à bec baroque produit une sonorité brillante et saillante à la deuxième octave, plus facile et plus étendue que celle des flûtes à bec antérieures, alors que les notes les plus graves de sa tessiture sont relativement faibles. Des compositeurs tels que Bach, Telemann et Vivaldi exploitent cette propriété dans leurs concertos pour cet instrument.

De la note la plus grave à la note la plus aiguë, la flûte à bec alto baroque a une tessiture d'au plus deux octaves et une quinte, et de nombreux instruments ont une tessiture plus petite. Cependant, même les instruments les plus développés de l'époque ne peuvent produire la tonique, la tierce et la quarte augmentées de la troisième octave. Notamment, le concerto TWV 51:F1 de Georg Philipp Telemann utilise certaines de ces notes à la troisième octave, ce qui pose d'importants défis techniques à l'instrumentiste, nécessitant peut-être la couverture du pavillon ou d'autres techniques inhabituelles.