vignette|La rose de Luther.

Le luthéranisme est le courant protestant issu des écrits du théologien allemand Martin Luther. Ce courant de pensée a favorisé l'émergence d'une théologie et d'Églises au cours du , tout en restant la référence dogmatique principale des luthériens, notamment en Allemagne, dans les pays scandinaves et aux États-Unis. Du fait des circonstances historico-politiques, d'importantes Églises luthériennes se sont constituées dans d'autres régions ou pays, particulièrement en Alsace et Lorraine, à Madagascar, en Pologne et dans les pays baltes.

Le corpus théologique de Luther joue un rôle central dans l'ensemble du protestantisme même s'il se distingue des autres principaux courants protestants : calvinisme, anglicanisme, anabaptisme et baptisme.

Le luthéranisme compterait en 2020 entre 70 et de fidèles, toutes affiliations confondues.

Historique

vignette|La Cène par Lucas Cranach l'Ancien et Lucas Cranach le Jeune (1547). Ce retable représente Jésus-Christ et les apôtres sous les traits de Philippe Mélanchthon, Martin Luther, Hans Lufft, Johannes Bugenhagen, Katharina von Bora, Johannes Luther, Lucas Cranach l'Ancien, Judas Iscariote et Caspar Aquila.

Au début du , l'Église catholique monnayait des indulgences. Ce système était déjà dénoncé par John Wyclif (1320-1384) et Jan Hus (1369-1415), qui en soulignaient les dérives.

En 1517, Martin Luther, théologien et moine de l'ordre de Saint-Augustin s'insurge contre cette pratique. Puis, le , il aurait affiché sur la porte de l'église de Wittenberg, en Saxe, ses 95 thèses condamnant les indulgences.

L'opposition de Luther aux indulgences est avant tout d'ordre théologique, mais les éléments fondamentaux de sa contestation concernent sa compréhension du salut par la foi, appuyée sur sa relecture de l'Épître aux Romains de l'apôtre Paul. Martin Luther est convoqué à Rome afin de s'expliquer lors d'une dispute théologique, en 1519. À la fin de celle-ci, le théologien Johannes Eck, affirme que Luther fait preuve d'hérésie.

Le , il est menacé d'être excommunié pour ses thèses (il sera excommunié le , par le pape ). Ses écrits sont brûlés. Le mouvement de la réforme protestante est lancé. Plusieurs princes d'Allemagne du Nord adoptent la Réforme. Selon le principe du affirmé en 1555, des régions entières de l'Empire passent au protestantisme.

Croyances

vignette|La doctrine de la justification, de Luther, corrigé par P. Blickle. Sola Gratia (Par la grâce seule)

Cette affirmation signifie d'abord que l'Homme n'est pas sauvé par ses œuvres morales ou pieuses. Luther défend l'idée d'une relation de confiance avec Dieu et non plus une relation qu'il suppose fondée sur la peur et la culpabilité. L'eucharistie, célébrée lors de chaque service liturgique avec la prédication, rappelle, pour le luthéranisme, que Dieu est un amour présent et réel dans le geste concret de son Fils qui se donne pour le salut des hommes. Selon le luthéranisme, tout commence par cette initiative d'amour, cette main tendue. À cette époque, en effet, dominait la crainte de l'enfer et du jugement divin encouragée par certains prêtres peu scrupuleux de l'institution romaine. Paul Tillich, interprète de Luther, dira : « C'est cette grâce qui me réconcilie avec moi-même, avec les autres et le monde (la nature, le cosmos) et avec Dieu ». L'éthique sera une réponse à cet amour premier.

Sola Fide (Par la foi seule)

Si, selon le luthéranisme, l'Homme n'est pas sauvé par ses œuvres, il lui est demandé d'avoir confiance en Dieu : c'est la foi qui naît et se développe essentiellement par la médiation d'un pasteur qui prêche la bonne nouvelle de la grâce et qui célèbre les sacrements. C'est cette confiance qui fait de lui un membre de l'Église à la fois locale et universelle.

Sola Scriptura (Par l'Écriture seule)

L'un des lieux où retentit ce message est par excellence le culte qui rassemble la communauté chrétienne autour de la prédication et de l'eucharistie qui sont les deux pôles du culte luthérien dans un environnement de cantiques et de louanges inspiré des psaumes. Or cette prédication puise son inspiration dans une tradition issue de la messe et qui est celle de la lecture et du commentaire de la Bible. Luther poursuivra la tradition du lectionnaire qu'il a trouvé dans la messe catholique. Ainsi, le rôle essentiel des évêques et même du pape serait, pour Luther, de former des pasteurs responsables de bien prêcher, car connaissant le grec et l'hébreu des Écritures, et d'animer la liturgie communautaire.

Solus Christus (Le Christ seul)

À la différence de l'homélie catholique, la prédication de Luther n'est pas une explication des dogmes catholiques, dont il pense qu'ils s'écartent trop souvent des sources bibliques et patristiques. Luther pense qu'il existe dans la Bible un noyau central interprétatif, qui est une fidélité à ce que les Évangiles et les épîtres nous disent de Jésus-Christ et qui rejoint les grandes affirmations du Symbole des apôtres et de textes reconnus par l'Église luthérienne, telle la confession d'Augsbourg (voir ci-dessous). Et le prédicateur, enraciné sur cette parole symbolique et participant à la société et la culture de son temps, prendra le risque d'analogies, métaphores et corrélations qui font de lui un prophète et un homme de compassion.

Dans le protestantisme ultérieur, on a souvent privilégié le sola scriptura, mais la pensée de Luther reste beaucoup plus nuancée.

Mariage

Certaines Églises luthériennes laissent le choix aux églises locales de décider pour les bénédictions de mariage entre personnes de même sexe, comme l'Église évangélique luthérienne au Canada, l'Église évangélique luthérienne en Amérique et l'Église évangélique-luthérienne de Finlande .

rassemble 1,138 églises, 2 universités et 5 séminaires inclusifs dans 2 pays en 2025 qui soutiennent les bénédictions de mariage entre personnes de même sexe .

Sacrements Source vignette|L’antependium de l’ à Ishøj, Danemark. La plaque montre les principaux points des rites luthériens : le baptême des enfants, le sermon et la Sainte-Cène. C'est surtout dans son traité De la captivité babylonienne de l'Église, publié au début de l'année 1520, que Martin Luther développe sa pensée sur les sacrements :

Pour les catholiques, les sacrements sont des moyens de grâce qui ont un effet immédiat, opérant ex opere operato entre les mains du prêtre. Chez Jean Calvin, la présence du Christ est bien réelle mais de manière spirituelle. Pour d'autres, notamment Heinrich Bullinger, disciple de Zwingli, et chez la plupart des évangéliques, il ne s'agit que des signes visibles d'une grâce invisible.

Pour Luther, (E. G. Leonard). Dans tout cela, le rôle du prêtre (surtout valorisé par la parole explicative sur le sacrement et la prédication), reste secondaire.

Sacrement : succession visible d'une unique incarnation Il existe pour Luther une sorte de visibilité des sacrements qui prolonge l'incarnation historique de Jésus Christ, de sa mort et de sa résurrection qui n'eurent lieu qu'une fois. Le prêtre ne peut donc pas renouveler ce sacrifice lors du sacrement. Et cette succession du sacrement se poursuit dans l'Église à travers le baptême (enfants ou adultes) et l'eucharistie, qui sont clairement institués par Jésus-Christ dans les évangiles et aussi le livre des Actes des apôtres. Il repousse ainsi le sacrement du mariage, de l'ordre, de l'extrême onction, de la réconciliation et de la confirmation qui étaient inégalement pratiqués à cette époque et reprendront de la vigueur après le concile de Trente.

Le sacrement est donc rétabli dans la pureté de son institution évangélique comme la communication du seul et non renouvelable sacrifice de la croix, sans intervention humaine.

Union sacramentelle et consubstantiation De même que le réformateur Wyclif, Luther abandonne la doctrine eucharistique de la transsubstantiation au profit d'une explication qu'il nomme la « consubstantiation » : le Christ est « avec » les espèces mais celles-ci ne subissent pas de changement ontologique : elles restent du pain et du vin, intimement liées au Christ lors du sacrement par les paroles d'institution et la présence de l'Esprit. Le pain et le vin sont le corps et le sang du Christ, mais sans jamais cesser d'être du pain et du vin. À la fin du culte, le pain et le vin qui restent ne sont plus considérés comme le corps et le sang du Christ.

Liturgie

Luther fonde son approche sur le principe d’intelligibilité du culte : l’évangile doit y être annoncé de manière compréhensible à tous. C’est pourquoi Luther insiste sur l’utilisation de la langue allemande, tolérant le latin seulement pour les cultes en milieu universitaire, afin de donner aux étudiants une meilleure connaissance de cette langue. Luther conserve aussi la tradition du chant d’église, parfois en conservant des mélodies catholiques, mais, toujours fidèle à son souci pédagogique, il s’attache à promouvoir le chant d’assemblée, sur des airs simples et faciles à retenir. Ces hymnes luthériens traditionnels sont connus sous le nom de chorals.. Luther conserve aussi de la messe une dimension esthétique dans la liturgie. Non seulement dans le domaine musical mais également dans celui des formes visuelles, expressions de la louange de l'Église satisfaisant la sensibilité populaire (crucifix, couleurs et habits liturgiques, vitraux, retables, bougies, gestes, etc.), Luther étant lui-même très tolérant dans ce domaine qu'il considère comme secondaire.

Nouvelle organisation liturgique Bien que l'organisation des cérémonies lui paraisse « Rauch und Dampf » (fumée et vapeur) car la porte ouverte à un légalisme pieux, Luther sera conduit à participer à l'organisation du culte à Wittemberg en 1523. Il écrira alors Von Ordnung des Gottesdienst (De l'ordre du service divin) et Formula Missæ. Dans cet esprit aura lieu en 1525 la première célébration de la « messe allemande » et son ordre qui sera publié en 1526 sous le titre de Deutsche Messe und Ordnung Gottesdiensts.

vignette|Église du palais de Wittenberg.

Même si Luther a pris la peine de préciser que sa liturgie a un caractère indicatif, adapté à l’Église allemande de la région de Wittenberg mais pas forcément à d'autres villes ou régions, son ordre du culte sera conservé par les églises luthériennes des siècles suivants. Il formera le cadre de nombreuses œuvres de Jean-Sébastien Bach, qui écrit la plupart de sa musique religieuse pour accompagner des offices luthériens. En voici le plan : Introït Kyrie eleison (pas de Gloria) Collecte (prière du jour, le pasteur étant tourné vers l'autel) Épître (lecture) Graduel (cantique allemand) Évangile (lecture) Credo (chant d'une paraphrase du Credo par Luther) Prédication Notre Père (chant d'une paraphrase faite par Luther) Exhortation à communier dignement Paroles d'institution prononcées d'abord sur le pain avec distribution, puis sur le vin avec partage du vin Prière d'action de grâces Bénédiction

Vraie nouveauté : l'annonce de la grâce en langue vernaculaire La messe va donc devenir un culte célébré par un pasteur. Il perd donc son caractère de , puisque, comme l'écrit Luther, Confession d’Augsbourg, article XXIV. »lire en ligne.. Certes, il commencera toujours par l'austère et humble reconnaissance de l'homme qui a besoin de vivre du pardon et de la grâce divine (Kyrie : « Seigneur aie pitié »). Mais il ne sera plus une célébration que Luther estime mystérieuse et incompréhensible pour le fidèle, car désormais, la lecture de la Bible se fera dans la langue du peuple et la prédication ne sera plus une homélie mais une parole que Luther pense plus claire, pour rendre le Christ de la Bible plus familier aux auditeurs. Un Christ qui nous réconcilie avec Dieu, les autres et le monde, en nous apportant son salut et sa grâce.

Autre nouveauté : le renouveau hymnologique