L'alphabet copte est l'alphabet utilisé pour écrire la langue copte. Cette langue est l'héritière moderne de l'égyptien, écrit auparavant avec les hiéroglyphes, qui a cessé d'être une langue vivante au de l'ère chrétienne ; elle continue d'être utilisée comme langue liturgique de l'Église copte orthodoxe. L'alphabet copte est donc maintenant une écriture « sacrée ». Une forme modifiée de l’alphabet copte est aussi utilisée pour écrire l’ancien nubien et certaines langues nubiennes comme le nobiin, l’andaandi ou le mattokki.

Histoire

L'écriture hiéroglyphique antique a cédé la place, pour écrire la langue copte, à un alphabet dérivé du grec, dont les lettres ont été empruntées vers la fin du de l'ère chrétienne. La mère de cet alphabet est donc le grec oncial. La langue copte différant de la langue grecque en termes de phonèmes, il a fallu compléter l'alphabet de vingt-quatre lettres par sept signes supplémentaires, qui ont été empruntés au démotique, écriture d'origine hiéroglyphique qui a précédé l'alphabet copte et a cessé d'être utilisée pendant le . Inversement, certaines lettres grecques se sont avérées inutiles mais ont été conservées pour la notation de termes empruntés au grec biblique.

L'alphabet copte est aujourd'hui réservé aux textes chrétiens. Cependant, il servait à ses débuts pour des écrits au contenu varié, comme des textes « magiques ». Pour W. V. Davies, l'importation de lettres grecques dans cette langue, qui pouvait utiliser une écriture ancestrale mais phonétiquement imprécise, s'expliquerait par la nécessité de représenter le plus fidèlement possible les sons des formules magiques. L'alphabet dans ses versions les plus anciennes n'est pas normalisé et contient, selon les lieux et les dialectes, de nombreuses lettres issues du démotique qui n'ont pas été conservées dans la version définitive, laquelle est bien attestée à partir du . Au cours des siècles, les documents religieux ont pris le pas sur les écrits profanes, parmi lesquels on pouvait trouver lettres, correspondance commerciale et textes de lois.

Fait notable, l'alphabet nubien dérive de l'alphabet copte bien que les langues n'aient aucun lien entre elles.

Lettres Note : toutes les transcriptions phonétiques suivent les usages de l'API.

Liste des graphèmes Les lettres sont données pour l'alphabet bohaïrique.

Les lettres sont aussi utilisées — à partir du bohaïrique —, comme en grec, en tant que nombres (d'où la présence dans l'alphabet d'un signe non littéral et purement numéral, soou, issu du digamma grec, et d'une ligature abréviative, le rō barré valant 900, en remplacement du sampi grec) ; consulter numération copte pour plus de détails. Le saʿidique semble ignorer une telle pratique et note les nombres au long.

Image Majuscule Minuscule Valeur numérique Nom Translittération Prononciation Ⲁ ⲁ 1 alpʰa a [a, ʕ, ʔ] Ⲃ ⲃ 2 bēta b [b, v, w] Ⲅ ⲅ 3 gamma g [k] / [g, ŋ, ɣ] Ⲇ ⲇ 4 dalda d [d] / [d, ð] Ⲉ ⲉ 5 ei e [e] Ⲋ ⲋ 6 soou sc, ss, c [sc] Ⲍ ⲍ 7 zēta z [s] / [z] Ⲏ ⲏ 8 ēta ē, ee [eː] / [ɛː, i] Ⲑ ⲑ 9 tʰēta tʰ [tʰ] / [tʰ, θ] Ⲓ ⲓ 10 iōta i, ï [i, j] Ⲕ ⲕ 20 kappa k [k] Ⲗ ⲗ 30 laula l [l] Ⲙ ⲙ 40 mē m [m] Ⲛ ⲛ 50 nē n [n] Ⲝ ⲝ 60 kˢi kˢ, x [X] Ⲟ ⲟ 70 ou o [o] Ⲡ ⲡ 80 pi p [p] Ⲣ ⲣ 100 rō r [r] Ⲥ ⲥ 200 sēmma s [s] Ⲧ ⲧ 300 tau t [t] / [t, d] Ⲩ ⲩ 400 he u, uh [u, w] / [u, w, i, v] Ⲫ ⲫ 500 pʰi pʰ [pʰ] / [pʰ, f] Ⲭ ⲭ 600 kʰi h, kh, Q [kʰ] / [kʰ, χ, ʃ] Ⲯ ⲯ 700 pˢi pˢ [ps] Ⲱ ⲱ 800 ō ō, w [oː] [w] Ϣ ϣ šai š [ʃ] Ϥ ϥ 90 fai f [f] Ϧ ϧ ḫai ḫ [x] Ϩ ϩ hori h [h] Ϫ ϫ ḏanḏia ḏ, j [d͡ʒ] / [d͡ʒ, g] [j] Ϭ ϭ qima q, ch [q] / [t͡ʃ] Ϯ ϯ ti tt' [ti, T'] Ⳁ ⳁ 900 pˢis ənše ssss [c:, t͡s]

Origine Les premières lettres de l'alphabet copte possèdent un étymon grec oncial évident. On peut noter la présence du sigma lunaire et la ressemblance avec l'alphabet cyrillique.

Grec Copte Nom Image Nom Image Alpha alpʰa Bêta bēta Gamma gamma Delta dalda Epsilon ei Zêta zēta Êta ēta Thêta tʰēta Iota iōta Kappa kappa Lambda laula Mu mē Nu nē Xi kˢi Omicron ou Pi pi Rhô rō Sigma sēmma Tau tau Upsilon he Phi pʰi Chi kʰi Psi pˢi Oméga ō

Les sept dernières lettres de l'alphabet ne sont pas d'origine grecque mais furent empruntées à la démotique égyptienne. Elles permettent de noter des sons pour lesquels l'alphabet grec ne possède pas d'équivalents. Leur origine est bien connue : on peut en effet remonter des hiéroglyphes jusqu'à la lettre copte en passant par le tracé démotique des hiéroglyphes :

Hiéroglyphe Démotique Copte Valeur Image Valeur Image Nom Image SA M8 š šai F I9 f fai XA M12 ḫ ḫai HOU F18:Y1 h hori MEDJ U29 j Jamja K V31 ch chima TI D37:X1 ti tt'

Capitales L'alphabet copte peut être considéré bicaméral : chaque lettre possède une majuscule et une minuscule. Dans les faits, sauf dans certains styles particulièrement ornés, les capitales ne sont rien d'autre que des minuscules de grand format et elles ne nécessitent pas un apprentissage séparé. Il n'y a là rien de comparable au cas du grec actuel, dont la minuscule de Ν est ν, par exemple. La lettre ḫai est vraisemblablement la seule dont les deux variantes sont différentes quel que soit le style : Ϧ en capitale, ϧ en minuscule.

Nom des lettres On a retenu dans ce tableau l'un des nombreux noms possibles pour chaque lettre, ceux donnés grosso modo par la grammaire de Plumley (cf. bibliographie). On peut considérer que ce sont les noms anciens.

Les noms des lettres ne sont en effet pas réellement normalisés et l'on trouve dans ce domaine d'importantes variations selon les textes, minimes (la lettre fai peut être nommée fei) ou plus notables (he est souvent désignée par le nom epˢilon dans les textes récents). L'hellénisation de la prononciation (voir plus bas) a bien sûr joué un rôle non négligeable, de même que des contraintes liées à la langue copte elle-même : l'apparition d'une voyelle épenthétique en début de mot dans une syllabe qui débuterait sinon par deux consonnes est visible dans des cas comme kˢi souvent nommé ekˢi.

Translittération On a choisi dans le présent article, une translittération et non une transcription pour les mots coptes. Cette translittération est bijective : à chaque symbole ou digramme symbolique choisi ne peut correspondre qu'une seule lettre copte et inversement, d'où la notation des consonnes aspirées par un ʰ. Ainsi, pʰ (ⲫ) ne peut être confondu avec la suite de lettres ph (ⲡϩ). ḏ peut facilement être remplacé par j. La présence d'un ḏinkim (voir plus bas) est indiquée par un ə en exposant : ⲣ̄ est translittéré ər.

Valeur des lettres Les différentes sources consultées donnent pour certaines lettres des valeurs très différentes, selon qu'on se place dans une optique historique (le copte tel qu'il a été parlé dans le passé ; encore faut-il savoir de quel dialecte l'on parle) ou actuelle (tel qu'il est maintenant prononcé lors des cérémonies religieuses). De plus, il faut distinguer la prononciation saʿidique (dialecte maintenant éteint) de la bohaïrique (seul dialecte encore « vivant »). Les textes récents consacrés au copte insistent généralement plus sur la prononciation bohaïrique liturgique actuelle. Deux ouvrages, cependant, s'appuient surtout sur la prononciation ancienne : l'article de Ritner et la grammaire de Plumley (cf. bibliographie).

D'autre part, selon Emile Maher Ishak (cf. bibliographie), la prononciation bohaïrique de la langue copte aurait été rapprochée artificiellement de celle du grec moderne au milieu du , afin de permettre une fusion entre l'église orthodoxe grecque et l'église copte orthodoxe d'Égypte, fusion qui ne s'est finalement pas faite. Ce mouvement d'hellénisation, placé sous l'égide du pope Cyrille IV et d'Arian Girgis Moftah, enseignant de copte liturgique, a cependant été globalement et graduellement accepté : actuellement, sauf dans de rares églises, le copte est lu « à la grecque ». Cette prononciation est pourtant réputée factice et artificielle (d'autant plus qu'elle ne s'applique pas forcément à tous les mots : pour ne pas trop contrevenir aux usages établis, les noms propres, par exemple, sont souvent prononcés « à l'ancienne »). On considère alors qu'appartient au « vieux bohaïrique » une prononciation plus hypothétique restituée et datant d'avant l'hellénisation, prononciation parfois ─ à tort ou à raison ─ désignée comme étant celle du saʿidique.

Dans le tableau ci-dessus, on a indiqué en première valeur celle probable du saʿidique (ou du « vieux bohaïrique »), restituée à partir de l'égyptien ancien, des pratiques scripturales anciennes et de la valeur des lettres grecques à l'époque de l'emprunt de l'alphabet. La deuxième valeur est celle du bohaïrique hellénisé actuel. On décrira ci-dessous ces deux systèmes.

Consonnes aspirées et consonnes doubles Prononciation ancienne / saʿidique Les consonnes aspirées grecques ont été utilisées au départ comme des raccourcis permettant de noter une consonne occlusive suivie de /h/. Ainsi, ⲑ correspondait à la suite de consonnes ⲧϩ, soit /th/. De telles lettres transcrivaient alors deux consonnes et non une seule (en grec ancien, θ valait /tʰ/). On trouve par exemple les graphies équivalentes ⲑⲉ ou ⲧϩⲉ /the/ (et non /tʰe/ puisque les consonnes aspirées n'existent pas en copte) pour le mot « chemin ». L'utilisation de ces lettres, en saʿidique, est bien plus limitée qu'en bohaïrique (elle se cantonne la plupart du temps aux mots d'origine grecque quand elles ne servent pas de raccourci, c'est-à-dire de lettre doubles), de même pour ⲯ et ⲭ, qui peuvent remplacer ⲡϩ et ⲕϩ.

Le cas est similaire avec les deux consonnes doubles grecques ⲝ et ⲯ, qui, dans les textes anciens, servent parfois de raccourci à ⲕⲥ et ⲡⲥ, sans pour autant que l'usage soit obligatoire (au contraire du grec). Par exemple, le nombre 9 peut s'épeler ⲡⲥⲓⲥ ou ⲯⲓⲥ.

Prononciation hellénisée Actuellement, dans la prononciation bohaïrique hellénisée les consonnes aspirées se prononcent soit comme des simples (ⲑ vaut donc ⲧ, ⲫ se lit ⲡ et ⲭ comme ⲕ) soit d'une manière similaire à la prononciation du grec moderne (mais adaptée à une population majoritairement arabophone).

ⲑ : après ⲥ, ⲧ, ⲩ, et ϣ → /t/, sinon → /θ/ ; ⲫ : dans un nom propre → /f/, sinon → /v/ ; ⲭ : dans un mot copte → /k/, sinon (principalement dans des mots grecs) → /x/ après ⲁ, ⲟ et ⲱ, /ʃ/ après ⲉ, ⲏ, ⲓ et ⲩ (par imitation du grec moderne [ç]).

L'utilisation des aspirées ainsi que des consonnes doubles (dont la prononciation ne soulève aucun problème) est plus fréquente en bohaïrique que dans les textes plus anciens.

Occlusives sonores et zēta Prononciation ancienne / saʿidique Les lettres grecques γ, δ et ζ, prononcées /g/, /d/ et /zː/ en grec ancien, font partie de celles dont le copte aurait pu faire l'économie puisque les sons en question ne sont pas des phonèmes du copte ancien (alors que le β grec, déjà passé à /v/ à l'époque médiévale, s'avérait utile). Dans les textes anciens, on note une grande propension à la confusion avec des sourdes plus ou moins équivalentes : ainsi, ⲅ alterne avec ⲕ ou ϭ (qui, en saʿidique, ne vaut pas /t͡ʃ/ mais vraisemblablement /q/), ⲇ avec ϯ, ⲍ avec ⲥ.

En règle générale, ces consonnes sont utilisées principalement (mais pas exclusivement) dans des mots d'emprunt au grec.

Prononciation hellénisée Celle du bohaïrique actuel est très éloignée de la prononciation ancienne. Ces lettres apparaissent aussi surtout dans des mots d'emprunt au grec : ⲃ : à la fin d'un mot ou dans un nom propre → /b/ ; sinon → /v/ ; ⲅ : devant ⲉ, ⲓ, ⲏ et ⲩ → /g/ ; devant ⲅ et ⲭ → /ŋ/ (comme en grec depuis l'Antiquité) ; sinon → /ɣ/ ; ⲇ : dans un nom propre → /d/ ; sinon → /ð/.

Voyelles L'on entend ici voyelle au sens de « voyelle graphique » et non phonologique : en effet, les voyelles du copte peuvent aussi servir à noter des consonnes.

Prononciation ancienne / saʿidique