La traductologie, en tant que science, étudie les processus linguistiques, culturels et cognitifs inhérents à toute reproduction orale, écrite ou gestuelle entre deux ou plusieurs langues. Lorsque ce travail porte sur des textes, on parle de « traduction », tandis qu'à l'oral on parle d'« interprétation ».

Dans un sens élargi, toute étude portant sur la traduction ou l'interprétation relève de la traductologie, même si ces reproductions peuvent également avoir lieu entre différents supports ou genres littéraires et artistiques. On parlera alors d'« adaptation » ou de « transcréation », par exemple.

Étymologie et historique de la discipline La « traductologie » prend forme en tant que discipline entre la fin des années 1950[ Stecconi, U. 2004. “Five Reasons why Semiotics is Good for Translation Studies”, in: Yves Gambier, Miriam Shlesinger, Radegundis Stolze (eds.), Doubts and Directions in Translation Studies: Selected Contributions from the EST Congress, Lisbon 2004. Amsterdam/Philadelphia: John Benjamins. 15–26.] et le début des années 1970. En 1972, James S. Holmes publie son article pionnier, « The Name and Nature of Translation Studies », qui signale l'intérêt des chercheurs pour la formation d'une discipline et de départements universitaires à part de la linguistique et de la littérature comparée, par exemple. L'institutionnalisation de la traductologie s'est poursuivie avec la formation de programmes d'études aux cycles supérieurs, la création d'associations traductologiques régionales ou nationales et la mise en place de revues universitaires internationales voir les travaux du groupe "Change" (en particulier le de Change, 1973), et Jean-Charles Vegliante, "Traduire la forme" (en ligne), site CIRCE, 2012..

Le mot « traductologie » est composé de (« la traduction » en latin de la Renaissance) et du grec ancien (l'« étude » ou la « science »). « Science de la traduction » est l'équivalent communément admis de l'anglais « ». La traductologie a reçu plusieurs appellations éphémères : « sciences de la traduction », « translatologie », etc. En 1973, Brian Harris de l'Université de Montréal en donne une définition simple : il s'agit pour lui de toute analyse linguistique du phénomène de la traductionBrian harris (1973). La traductologie, la traduction naturelle, la traduction automatique et la sémantique. Dans «Problèmes de sémantique» (Cahier de linguistique 3), dirigé par J. McA'Nulty et al., Montréal, Presses de l'Université du Québec. Voir sur 133-146., mais ce n’est pas Harris ni Jean-René Ladmiral qui auraient forgé le terme de traductologie. Harris le reconnait lui-même dans son article « ». Selon Harris, le terme « traductologie » aurait été inventé en 1973 par René Goffin, professeur de l'ISTI (Institut Supérieur des Traducteurs et Interprètes)(Réf.: Cours d'Histoire de la traduction, C.Balliu)|date=25 mars 2018.

Concepts clés Le sens Généralement compris comme le message transmis par un texte ou par un énoncé, dans le sens sémiotiqueBaker, M., & Saldanha, G. (Eds.). « Theoretical boundaries between adaptation and translation », dans Routledge Encyclopedia of Translation Studies (3rd ed.). Routledge. https://doi.org/10.4324/9781315678627. Le « sens » en traductologie est souvent mis en contraste avec la traduction du sens de mots individuels, c'est-à-dire de la « lettre » – analogie utilisée dans le titre de l'un des ouvrages les plus connus d'Antoine Berman, La traduction et la lettre ou L'auberge du lointain (1999).

L'équivalence Le concept d'équivalence en traduction est fondamental, faisant part intégrante de la théorie de l'équivalence « fonctionnelle » ou « formelle » Eugene Nida et de la Skopostheorie de Katharina Reiss et Hans Josef Vermeer. Selon Nida, l'équivalence fonctionnelle vise à reproduire le même effet chez le lectorat de la traduction que chez le lectorat de l'œuvre originale, alors que la théorie du skopos vise à reproduire (voire modifier) la fonction du texte pour le public de la traduction.

La fidélité Tel que défendue par Walter Benjamin par exemple, « la fidélité » suppose que la traduction n'a pas à s'adapter à la réception d'un lectorat, mais devrait correspondre au texte original à tous les niveaux (au prix de libertés prises avec les signifiés du texte destinataire) – signifiant, rythme, valeur. Ce concept a cependant beaucoup été nuancé dans divers travaux du ledit tournant culturel de la traductologie, et il a aujourd'hui une connotation négative dans la critique de traduction.

Corpus et les unités de traduction Les « corpus » et les « unités » de traduction sont des concepts qui ressortent principalement du domaine des technologies de la traduction, même s'ils sont aussi utilisés en recherche traductologique plus généralement. Un corpus en traduction est un ensemble de textes originaux et/ou traduits qui servent, par exemple, à la recherche en cours de traduction et à la réutilisation de passages déjà traduits. Un corpus peut être monolingue, bilingue ou multilingue, et les textes qui s'y trouvent peuvent être des traductions des autres (corpus parallèle) ou des textes sur un même thème ou sujet (corpus comparable)McEnery, Anthony Market Richard Zhonghua Xiao. "Parallel and comparable corpora: What are they up to." Incorporating corpora: Translation and the linguist. Translating Europe. Multilingual matters (2007). . Les « mémoires de traduction » – des ensembles d'anciennes traductions que l'on peut réutiliser en cours de traduction assistée par ordinateur – sont un exemple typique d'un corpus en traductologie.

Les « unités de traduction » guident le découpage d'un texte à traduire en segments significatifs : les mots, comme dans les dictionnaires bilingues ; les phrases, comme dans les outils d'alignement ou les environnements de traduction ; les termes, comme dans les glossaires ou dictionnaires terminologiques ; ou les plus petits unités significatives pour le traducteur.

Les universaux Le concept de l'« universel » en traductologie a plusieurs sens. Comme l'indique Andrew Chesterman, il peut faire référence aux caractéristiques textuelles partagées par tous les textes traduits ou à la traduction standardisée de certains mots, termes et expressions. L'existence et l'utilité d'un tel concept est toutefois remis en question par certains traductologues du tournant post-colonialiste, qui critiquent le penchant universaliste des théories traductives occidentales : « It is [...] argued that current Eurocentric views cannot account adequately for some translation practices in non-Western cultures ».

Les normes traductives La notion de « normes » traductives a été popularisée en traductologie par Gideon Toury dans ses travaux sur les Descriptive Translation Studies (études descriptives de la traduction). La notion est depuis utilisé par bon nombre de traductologuesSchäffner, Christina. "Norms of translation." Handbook of Translation Studies: Volume 1. John Benjamins Publishing Company, 2012. 235-244. et élargie pour comprendre non seulement les choix d'un traducteur individuel mais aussi son contexte historique et social : « Viewed in a broader cultural and historical context, translation norms in their totality can be said to inform the translation poetics of particular periods and cultures »Hermans, Theo. "Norms of translation." The Oxford guide to literature in English translation (2000): 10-15..

Approches prescriptives et descriptives

Traduction générale et littéraire

Sous-domaines et théories de la traductologie Histoire de la traduction L'histoire de la traduction a fait l'objet de nombreuses études. Au gré des multiples études spécifiques et générales sur l'histoire de la traduction, celle-ci est devenu un genre à part entière au sein de la traductologie, avec ses propres courants et méthodes, . Les études s'intéressent ainsi tantôt à l'histoire de la traduction du point de vue de la pratique, tantôt à l'évolution de la réflexion théorique, ou encore étudient la vie et l’œuvre des traducteurs ou les traités et préfaces qui précèdent les traductions afin de décrire une certaine évolution historique. Enfin, certains chercheurs choisissent de relier l'histoire de la traduction à son contexte sociopolitique, quand d'autres la décrivent, par opposition, comme une activité universelle pratiquée dans toutes les langues et dans toutes les cultures.

Sociologie de la traduction Les études sociologiques en traductologie s'intéressent surtout au travail des traducteurs : les conditions professionnelles, culturelles, personnelles, économiques et politiques qui influencent les traductions qu'ils produisent. Les chercheurs en sociologie de la traduction font appel aux travaux de sociologues tels Pierre Bourdieu, Bernard Lahire, et Bruno Latour et de traductologues tels Itamar Even-Zohar, Gideon Toury et Jean-Marc Gouanvic. L'arrimage entre la sociologie de la traduction et la traductologie vise à comprendre « les relations qui existent entre les conditions de production externes et les stratégies de traduction adoptées à l'intérieur du texte ».

Post-colonialisme et traduction Les études postcoloniales en traductologie s'intéressent aux rapports de pouvoirs entre les langues et les états coloniaux et leurs coloniesRobinson, Douglas. 1997. Translation and Empire: Postcolonial Approaches Explained. Manchester: St. Jerome.. Par exemple, ces études interrogent l'utilisation des langues coloniales comme l'anglais, le français et l'espagnol dans les régions du monde colonisées comme l'Amérique du Nord et du Sud, le Moyen-Orient et l'Afrique. Parmi les principaux chercheurs qui se sont prononcés sur ces questions, on compte Homi Bhabha, Gayatri Chakravorty Spivak et Mona Baker.

Études de genre et traduction En traductologie, les études de genre se penchent sur le genre et l’identité des traducteurs, la nature genrée des textes et des langues en présence et les stratégies utilisées.

Historiquement, les approches féministes à la traductologie ont été les premières à utiliser le genre et l’identité comme angle d’analyse. Par exemple, des pionnières comme Luise von Flotow, Sherry Simon, Barbara Godard and Suzanne de Lotbinière-Harwood ont utilisé la traduction comme un outil politique ; que ce soit par la traduction de textes féministes, par la retraduction de textes traduits par des hommes, ou encore par la traduction féministe de textes masochistes, elles ont contribué à jeter un nouveau regard sur la place du genre en traduction.

Plus récemment, des chercheurs comme Harvey Keith, Brian James Baer, Klaus Kaindl, B.J. Epstein and Robert Gillet ont mobilisé les acquis des queer studies pour développer de nouveaux modèles d’analyse et appliquer la notion de queer à la traduction. Éthique et traduction L'éthique en traduction touche à toutes formes de traduction et de la profession traductive : les responsabilités morales d'un traducteur littéraire face à son public ou son auteur, les codes de déontologie des ordres professionnels, de l'idéologie politique ou religieuse en traduction, etc. Le traductologue Antoine Berman est particulièrement reconnu pour ses contributions sur la « traduction éthique », qu'il estime être un travail de traduction qui évite l'ethnocentrisme et fait preuve d'ouverture envers la culture traduite. Lawrence Venuti, pour sa part, souligne principalement les conditions économiques et culturelles des traducteurs : ses ouvrages soulignent le rôle du capitalisme et du droit d'auteur dans l'invisibilisation de traduction dans le monde anglophone.

Critique des traductions