La géographie de Taïwan examine la géographie physique, la géographie biologique, la agricole, et la géographie humaine (populations, infrastructures). Cet article ne traite pas du pays du même nom, qui contient d'autres îles.
La géographie physique de Taïwan se démarque par une chaîne montagneuse jeune et escarpée (jusqu'à ), orientée nord-nord-est/sud-sud-ouest, et située dans l'est de l'île, tandis que le tiers ouest est une petite plaine nord/sud traversée d'ouest en est par de nombreux petits ruisseaux et fleuves. Cette (, nom donné par les Portugais, mais faisant également référence au pape Formose, ex-évêque de Porto), est une île ovale de du nord au sud et environ d'ouest en est, située à l'est de la Chine, dans l'océan Pacifique. Elle est également considérée comme la continuité géologique de l'archipel japonais. L’île de Taïwan est située en zone de forte activité sismique, elle est également soumise au passage de typhonsTyphon = cyclone dans l'océan Pacifique. et des moussons.
La géographie végétale est dominée par la riziculture et les cultures maraîchères dans la plaine ouest, tandis que les premiers flancs de montagnes sont plus favorables à la culture d'arbustes et de fruitiers : théiers, pommiers, pêchers, etc., l'altitude fournissant par ailleurs des températures favorables à la culture de variétés tempérées. Les flancs plus abrupts et le massif montagneux de l'est restent le domaine de forêts étagées sauvages, mais parfois exploitées.
La géographie humaine suit ces deux géographies précédentes. Les 23 millions de Taïwanais occupent majoritairement la plaine ouest, largement urbanisée en une quasi mégalopole d'une densité de plus de . Cet espace est polarisé par Taipei (台北, py : Táibĕi, 2 millions d'hab.) et son bassin urbanisé ; par Kaohsiung (高雄, py : Gāoxióng, 1 million d'hab.) au sud-sud-ouest de l'île ; et par le complexe Taichung-Changhua (台中, py : Táizhōng ; 彰化, py: Zhānghuà, environ 1 million d'hab.). Cette plaine humaine est principalement traversée par des routes nord-sud, notamment deux autoroutes, et une ligne de trains à grande vitesse Taipei-Kaoshiung. Une seconde ligne ferroviaire plus ancienne fait le tour de l'île, tandis que quelques routes tortueuses traversent du sud-ouest au nord-est la chaîne montagneuse afin de joindre plus directement la côte Pacifique isolée. Taïwan se signale également par le dynamisme de ses ports, notamment le port de Kaohsiung et celui de Keelung (py : Jilong).
Contexte général
Vers l'an 2000, des « Quatre Dragons » Taïwan était le premier par sa puissance, devant la Corée du Sud et Singapour. Il était devenu le exportateur mondial, le possesseur de devises, le investisseur de la façade asiatique et le investisseur du monde. Mais il subit deux handicaps majeurs : L’exiguïté du territoire avec moins de . Une île au 2/3 montagneuse, avec son sommet culminant à , le Yu Shan, situé à environ de la mer. Taïwan subit un isolement diplomatique depuis son éviction de l’ONU en 1971 selon la volonté conjointe de la république populaire de Chine et des États-Unis.
Géographie physique : un relief dissymétrique Des plaines et des collines à la périphérie vignette|alt=Une allée d'eau calme. Des arbres forment un tunnel au dessus d'elle.|La mangrove de Sihcao, dans le parc national de Taijiang, à Taïwan. Décembre 2012. La région des plaines s’étend à l’ouest : du bassin de Taipei à Taichung une plaine étroite (15 à de largeur). De Taichung à Fangliao la plaine s’élargit et dépasse parfois de largeur. Enfin de Fangliao au cap Oluanpi les collines l’emportent. Les plaines deviennent rares, étroites et morcelées.
Plus à l’est s’élèvent les collines de piémonts, de 700 à , elles sont souvent boisées et marquent la limite entre les aires peuplées et peu peuplées. À l’opposé, le littoral oriental n’offre que de petites plaines, la principale étant celle d’Ilan au nord. En revanche, la montagne est omniprésente, en partie la chaîne de Haian qui se termine le plus souvent en falaises (roches métamorphiques).
De hautes chaînes de montagnes au centre vignette|Hsuehshan, ou Xueshan, ou Mount Sylvia, une montagne dans le Heping District à Taïwan. Mars 2018. Les montagnes couvrent plus de 60 % du pays et 62 sommets dépassent m. Le point culminant est le Yu Shan ( m). Cette altitude mais aussi la fraîcheur du relief (fortes pentes, gorges profondes) s’expliquent par la jeunesse de la montagne. Elle eut en effet sa première orogenèse à la fin de l’ère secondaire, puis de nombreux rejeux (surrections) au Tertiaire et au Quaternaire. Aujourd’hui encore la chaîne orientale se soulève du fait de la plaque philippine qui entre en subduction sous la plaque eurasienne. Cela explique aussi les nombres de séismesHualien en compte 92 par an.. Comme l’île, les chaînes sont orientées nord/nord-est et sud/sud-ouest.
La chaîne centrale est la plus élevée : le Chungyang, flanqué à l’ouest d’un ensemble de chaînes parallèles : Yushan et Alishan au sud, et au nord par une troisième, Hsueshan.
À l’est de la chaîne principale s’étire une longue dépression longitudinaledes cours d’eau ont épousé cette dépression et non formée. On ne parle donc pas de « vallée ».. Entre cette dépression et le Pacifique, le Haian est une longue chaîne qui s’élève à plus de m. Enfin, à l’extrémité septentrionale de l’île, le petit massif de Yangming est formé d’anciens cratères aux fumeroles (fumées) sulfureuses, et parsemées de sources d’eau chaude.
Ces différentes chaînes montagneuses sont couvertes d’une magnifique forêt étagée : à l’étage inférieur : forêts tropicales humides, sempervirentes et denses, composées exclusivement de feuillus et de fougères arborescentes (qui ressemblent à des arbres). Les arbres sont entourés de lianes et d’épiphytes. à l’étage médian : forêts mixtes (conifères et feuillus), où les chênes, les érables et les ormes se mélangent aux cyprès jaunes et rouges. La forêt mixte disparaît au profit de la forêt de conifères (pins et sapins) ; au-delà de - m, sorte de steppe appelée la (petite herbe, buissons, mousses). Il est à noter que la zone de subduction a subi un changement de polarité qui explique le contraste des paysages entre nord et centre et sud. La collision de l'arc de Luçon avec la plaque eurasienne a débuté au milieu du Miocène, formant un système de subduction intra-océanique et donnant naissance à l'île de Taïwan. La différence topographique entre le sud et le nord de Taïwan témoigne de l'évolution de la zone de subduction. La plaque de la mer des Philippines se subducte sous la plaque eurasienne dans la partie sud-ouest du WEP, tandis que cette dernière remplace la première dans la partie nord-est du WEP. La collision entre les deux plaques a commencé au nord de Taïwan et s'est propagée vers le sud, avec la région la plus jeune dans la partie sud. Chaque étape émergente du processus d'inversion de subduction peut être étudiée en examinant des coupes transversales dans diverses régions de l'île.
Géographie humaine : une terre chinoise ?
Une population autochtone marginalisée L’immigration massive des Han à partir du
La première colonie chinoise sur l’île fut fondée en 1206, mais l’Empire chinois la considérait comme un territoire insulaire sans intérêt.
Les Portugais la découvrirent en 1590 et la baptisèrent ( en portugais). Ce nom fait également référence au Pape italo-portugais, le Pape Formose, (ou ) à l'origine évêque de Porto, dont on fêtait cette année-là, 1590-1591, le anniversaire de l'accession à la papauté. signifiant "beau". est aujourd’hui appelée Taïwan. Au début du , quand les Hollandais y prirent pied, ils ne comptèrent qu'environ Chinois, principalement des commerçants et cultivateurs.
En 1661, l’amiral Zheng Chenggong débarqua sur l’île avec hommes pour chasser les Hollandais et surtout faire de l’île la base arrière de la reconquête du continent au profit des Légitimistes Ming, chassés par les Mandchous (ce fut un échec car 20 ans après, les Mandchous s’en emparèrent). Les Ming étaient composés principalement de fonctionnaires et lettrés et de leur milice. Seuls les lettrés - environ un millier - furent véritablement actifs : ils apprenaient le chinois aux autochtones. Ce fut le début de la sinisation de Taïwan.
En 1730, l’émigration des Han, interdite en 1390 par un édit impérial, fut ré-autorisée par les Qing. C’est ainsi qu’à la fin du Taïwan comptait plus de habitants. En 1895, les Japonais annexèrent l’île et l’émigration s’arrêta net. Ceci étant, ils ne menèrent pas une véritable politique de peuplement. Aussi, lors de la capitulation (Seconde Guerre mondiale), seuls Japonais y vivaient. Ils furent tous rapatriés.
Aujourd'hui les deux tiers de la population Han sont les descendants des émigrants « Hokkien » de la région de Xiamen (dans le Fujian). Le reste descend des « Hakkas », un peuple venu du nord de la Chine qui a migré par étapes jusqu’aux massifs limitrophes du Shanxi, Fujian et Guangdong, avant de constituer, dès le début du , un puissant foyer d’émigration vers Taïwan.
Les Aborigènes
Ces groupes ne représentent aujourd’hui que 2 % de la population, environ Council of Indigenous Peoples personnes. Les Han appelaient ces dernières les « Gao shan » (高山, « haute montagne »), depuis 1994 le nom officiel est « Yuan zhu min » (原住民, « Aborigènes »). Le gouvernement de Taipei reconnaît 13 groupes. Ils se rattachent au système de culture malayo-polynésienne. Autrefois ils vivaient de la chasse, de pêche le long des côtes, et de cultures itinérantes, dont la culture sur brûlis. Désormais ils sont pratiquement acculturés. Leur paysannerie a adopté la riziculture irriguée tandis que les autres vivent principalement du tourisme en mettant en valeur leur folklore.
Une très forte densité de population Une croissance démographique exceptionnelle mais contrôlée
En 1905, l’île comptait plus de 3,12 millions d’habitants, en 1950 environ 6,5 millions, et aujourd’hui près de 23 millions. Si, dans la première moitié du , la croissance fut relativement modérée, du fait d’une forte mortalité (la population double en 50 ans), elle fut très forte dans la seconde moitié : elle tripla en 45 ans, à cause d’une puissante immigration (replis des nationalistes) et d’une baisse remarquable de mortalité. En 1998, le taux de mortalité n’était que de 5,6/1000, grâce à la relative jeunesse de la population et aussi à une très bonne médecine. Le taux de mortalité infantile est l’indicateur le plus pertinent : il est de 6,7/1000. Mais désormais le pays a accompli sa transition démographique, avec un taux de fécondité de seulement 1,12/femme, parmi les plus bas d’Asie. Cette faible fécondité s’explique, comme partout ailleurs, par le contrôle des naissances (au moyen de la contraception), par l’importance du taux de femmes au travail, par la volonté de consommer (surtout de loisirs) et par le très fort taux d’urbanisation (75 %). Cette baisse du taux de fécondité associée à la hausse de l’espérance de vie (hommes : 73,3 ans ; femmes : 79 ans) a pour conséquence un vieillissement rapide de la population (9,5 % avaient plus de 65 ans en 2004).
Une répartition inégale de la population
Elle est le résultat de contraintes naturelles fortes. Une montagne vide et des plaines peuplées voire surpeuplées (sur la côte, au nord et à l’ouest ; en vallée à l’est). Elle est surtout concentrée au nord, plus près du Japon : dans l’histoire les Japonais ont favorisé, pour des raisons de proximité, l’aire de Taipei. Désormais les plaines occidentales ont une densité moyenne de habitants/km (contre 610 hab./km de densité moyenne dans tout le pays).