La campagne d'Afrique de l'Est est une série de batailles de la Seconde Guerre mondiale se déroulant de à , principalement au Soudan, en Érythrée, en Éthiopie, en Somalie et au Kenya.
Elle oppose l'Empire italien aux troupes alliées issues principalement du Commonwealth, notamment d'Inde, d'Afrique du Sud, de Rhodésie, du Nigeria et de la Côte-de-l’Or ; renforcées par les résistants éthiopiens, des soldats des Forces françaises libres et des Forces belges libresNotamment la Force publique congolaise..
Elle s'achève par la défaite des troupes italiennes et leur évacuation de la zone.
Contexte politique gauche|300px|vignette|La vision d'un empire Mussolinien après la victoire finale de l'Axe — qui comprend l'Égypte, le Soudan, Djibouti et l'Est du Kenya. Cet empire étendu devait être poursuivi en Italie (limite en orange), et la Grande-Afrique (limites en vert).
Le , Benito Mussolini proclame l’empire d’Afrique orientale italienne, formé des colonies italiennes d’Érythrée et de Somalie ainsi que de l’Éthiopie, occupée depuis peu par l’Italie à l’issue de la seconde guerre italo-éthiopienne.
Le , lorsque Mussolini entre en guerre aux côtés de l’Allemagne contre le Royaume-Uni et la France, les forces italiennes stationnées en Afrique deviennent une menace contre les voies d’approvisionnement des Britanniques le long de la mer Rouge et à travers le canal de Suez.
En septembre, Mussolini attaque le territoire du royaume d'Égypte, où stationnent les troupes britanniques, à partir de la Libye italienne. En décembre, le Royaume-Uni lance une contre-offensive et prend la Cyrénaïque en janvier-février 1941. L’Afrikakorps intervient à la demande de l’Italie. Cette dernière reprend une partie de la Cyrénaïque avec l’aide de l’Allemagne.
En 1942, une deuxième offensive italo-allemande en Cyrénaïque fait tomber Benghazi, puis El Gazala, et enfin Tobrouk. Les troupes de l’Axe franchissent la frontière égyptienne le mais sont arrêtées deux jours plus tard à El-Alamein par le général Auchinleck.
Le général britannique Archibald Wavell, commandant en chef au Moyen-Orient, disposait de dispersés entre l’Égypte, la Palestine, le Soudan anglo-égyptien, la Somalie britannique et le Kenya. Conscient de sa vulnérabilité, il s’efforça de lancer des attaques ponctuelles sur les principaux postes italiens afin de gagner du temps, doublées de raids agressifs. Il reçut des renforts de Grande-Bretagne et du Commonwealth à partir de . En attendant, il devait impérativement trouver des alliés sur place. L’empereur Hailé Sélassié , en exil en Angleterre après avoir été détrôné par l’Italie en 1936, lui assura son soutien. Le , il fut exfiltré vers Alexandrie, puis vers Khartoum, où il rencontra le lieutenant-général William Platt pour discuter de la libération de l’Éthiopie.
À la fin , Anthony Eden, secrétaire aux Affaires étrangères de Grande-Bretagne, réunit à Khartoum l’empereur Sélassié, le général sud-africain Jan Smuts, Wavell, Platt ainsi que le lieutenant-général Cunningham. Ils adoptèrent le plan général d’attaque, qui faisait également appel aux troupes irrégulières éthiopiennes. Le mois suivant, les cryptologues de Bletchley Park parvinrent à casser le code de l’Armée royale italienne, puis le Bureau combiné du Moyen-Orient cassa celui des forces aériennes. Cela donna un avantage considérable aux Britanniques, puisqu’ils auraient désormais connaissance de toutes les instructions reçues par les armées italiennes dès leur émission.
Forces en présences Forces italiennes Armée de terre italienne Amédée II, duc d’Aoste, gouverneur général de l’Afrique orientale italienne et vice-roi d’Éthiopie, dispose de . L’infanterie régulière compte et . La cavalerie comprend environ , dont seulement quelques milliers d’Italiens. L'artillerie compte 400 pièces d’artillerie et des blindés légers ou chenillettes. À ces forces régulières, s'ajoutent des milices et des troupes de recrutement local, sans formation : irréguliers, appelés «Bandas», dont seuls les officiers sont italiens. Milizia volontaria per la sicurezza nazionale (MVSN), en français Milice volontaire pour la sécurité nationale. 8 légions de travailleurs de chacune.
L’ensemble des forces terrestres italiennes sont équipées d’environ mitrailleuses, 24 tanks M11/39, un grand nombre de chenillettes L3/35, 126 véhicules blindés et 813 pièces d’artillerie. Le fusil le plus commun est le Carcano M91.
Environ 70 % des troupes italiennes sont composées d'Africains, en particulier d'askaris originaires d’Afrique de l’Est. Les Érythréens des bataillons du Corps royal des troupes coloniales font partie des meilleures unités italiennes d’Afrique orientale. Mais la plupart des autres soldats, mal formés et mal équipés, ont été recrutés uniquement pour le maintien de l’ordre dans les colonies.
Les Éthiopiens, recrutés pendant la brève occupation italienne, désertent en nombre dès le début des combats.
Ces forces sont réparties en quatre secteurs : Secteur Nord : Érythrée sous les ordres du général Luigi Frusci 13 brigades et 5 bataillons d’infanterie coloniale, 8 bataillons de Chemises noires, 1 bataillon d’infanterie italienne, 2 escadrons et 2 compagnies de « Bandas », cavalerie coloniale irrégulière, 2 unités de garnison, 3 batteries d’artillerie.
Secteur Est : Abyssinie et Somalie italienne, le long des frontières avec la côte française des Somalis et la Somalie britannique, sous les ordres du général Guglielmo Nasi 2 divisions d’infanterie, division d'infanterie « chasseurs d'Afrique », division d'infanterie « grenadiers de Savoie », 1 compagnie d’infanterie motorisée, 8 brigades et 4 bataillons d’infanterie coloniale, 7 escadrons de cavalerie coloniale régulière, 14 escadrons et 4 compagnies de «Bandas», 1 compagnie motorisée de reconnaissance équipée principalement de Fiat 611, 2 compagnies blindées L3/35, 2 compagnies blindées M11/39, 7 batteries d’artillerie.
Secteur Sud : Abyssinie, secteur de Jimma, sous les ordres du général Pietro Gazzera 8 brigades et un bataillon d’infanterie coloniale, 4 escadrons et 4 compagnies de « Bandas », 1 compagnie de cavalerie coloniale régulière, 1 compagnie de cavalerie italienne.
Secteur du Jubaland en Somalie italienne, frontière avec le Kenya, sous les ordres du général Carlo De Simone 3 brigades et 7 bataillons d’infanterie coloniale, 2 bataillons de « Bandas ».
Les Italiens et leurs troupes rencontrent deux problèmes majeurs : leur isolement géographique qui rend difficile l’envoi de renforts et d’approvisionnement, ce qui les amène à manquer de munitions et les maladies endémiques de la région, en particulier la malaria. estime que près du quart des hommes défendant Amba Alagi durant le siège d’ ont souffert de la malaria, y compris le commandant Amédée II, qui décède de la tuberculose le alors qu’il est détenu par les Britanniques.
Armée de l’air italienne En , l’armée de l’air italienne en Afrique orientale dispose de 200 à 300 avions de combat : des bombardiers Savoia-Marchetti SM.79, des Savoia-Marchetti SM.81, des chasseurs Fiat CR.42 Falco. Les pilotes jouissent d’un bon niveau d’entraînement, mais ils manqueront cruellement de ravitaillement en fioul, munitions et pièces de rechange.
Flotte italienne La Regia Marina maintient une présence en mer Rouge, principalement basée dans le port de Massawa en Érythrée, mais aussi à Mogadiscio et à Assab.
La flotte de la mer Rouge comprenait : sept destroyers organisés en deux escadres, cinq torpilleurs MTB, huit sous-marins organisés en deux escadres.
La flotte italienne menace les convois alliés ralliant la mer Rouge depuis le golfe d’Aden. Mais leurs opportunités d’attaque en mer Rouge s’envoleront au fur et à mesure de la diminution des stocks de carburant à Massawa.
Forces britanniques et du Commonwealth Outre les unités en Afrique, les Forces britanniques d'Aden servent en appoint et offrent une couverture aérienne et navale. Armées de terre de Grande-Bretagne et du Commonwealth Initialement, les troupes de Grande-Bretagne et du Commonwealth en Afrique de l’Est sont composées de sous le commandement : du major-général William Platt au Soudan, du major-général Douglas P. Dickinson puis de Alan Cunningham en Afrique orientale britannique et du lieutenant-colonel en Somalie britannique. En fort sous-nombre face aux Italiens, ils sont légèrement mieux équipés et disposent de voies d’accès pour recevoir des renforts et du ravitaillement.
Soudan Le , avant l’arrivée de la d'infanterie indienne et de la d'infanterie indienne, William Platt n’a que trois bataillons d’infanterie et les Forces de défense du Soudan (Sudan Defence Force) pour tout le territoire soudanais.
Kenya Au Kenya, les King's African Rifles sont composés de deux brigades, une pour la défense de la côte et la seconde pour l’intérieur, auxquelles vinrent s’ajouter deux nouvelles en juillet. Des renforts arrivèrent d’Afrique du Sud à Mombassa et à la fin de l’année 1940, servaient en Afrique de l’Est.
Deux brigades arriveront également depuis la Côte-de-l'Or et le Nigeria.
Somalie Au Somaliland britannique, le Somaliland Camel Corps compte pour défendre la colonie, dont un bataillon du régiment de Rhodésie du Nord.
Armées de l’air britannique et du Commonwealth Les Britanniques et autres membres du Commonwealth n’ont qu’une centaine d’avions en Afrique orientale, dispersés entre le Soudan et le Kenya. Leur équipement de base est moins performant que celui des Italiens, mais ils sont mieux approvisionnés.
Flotte britannique Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, l’océan Indien est considéré comme un lac britannique, entouré de possessions de la Couronne. Une bonne partie des ressources de la Grande-Bretagne doivent le traverser : pétrole du golfe Persique, caoutchouc de Malaisie, thé indien, vivres d’Australie et de Nouvelle-Zélande. En temps de guerre, la Grande-Bretagne sait pouvoir compter sur la loyauté et la force défensive australienne et néo-zélandaise.
Forces françaises Dès la fin 1940, la France libre met un escadron de spahis à la disposition des Britanniques, puis au début 1941, la brigade française libre d'Orient.
Deux bombardiers Martin Maryland forme l'escadrille française libre de grande reconnaissance n° 1 (French Bomber Flight n° 1) et participent à cette campagne.. L'un d'entre eux obtient la première victoire aérienne des FAFL en abattant un Savoia-Marchetti SM.79 de la Regia Aeronautica le . Ils seront ensuite abattus les et par la chasse italienne..
Forces belges du Congo Les forces belges d'Afrique sont commandées par le général-major Gilliaert. Elles comptent et (voir plus bas le récit de la campagne).
Résistants éthiopiens
Les résistants éthiopiens, surnommés les Patriotes, sont un élément central de la reconquête de l’Éthiopie. Wavell y place beaucoup d’espoir, tandis que Platt doute que Sélassié dispose du soutien du peuple.
Le major Orde Charles Wingate, qui a passé cinq ans au sein de la Force de défense du Soudan, présente son plan d’action en Éthiopie à Wavell en . Ce plan comprend la formation d’une petite force régulière sous son commandement, devant servir de fer de lance en vue d’opérations militaires à Godjam.
Baptisée Force Gédéon d’après le personnage biblique, elle est composée du bataillon frontalier de la Force de défense du Soudan et du éthiopien, équipés de mortiers de 3 pouces et de .
Bien que formellement investi du commandement le , Wingate en a déjà pris la tête pour marcher vers Godjam dès janvier. Il ne rencontre pas beaucoup d’obstacles en route, les Italiens ne contrôlant guère l’Éthiopie que sur le papier.
Les forces patriotes investissent rapidement les provinces de Godjam, Choa, Gimma, Galla-Sidama et Harage.
Premiers mouvements
À partir de , les Italiens testent la détermination des forces britanniques et du Commonwealth, le long des frontières du Soudan et du Kenya ainsi que dans la mer Rouge.