thumb|upright=0.8|L'hymne Ô salutaris était, à l'origine, le chant réservé à l'élévation dans la messe. est une hymne chrétienne latine chantée pour rendre gloire à Jésus-Christ présent dans l'Eucharistie. Il s'agit d'un extrait de l'hymne de laudes Verbum supernum prodiens, composée par saint Thomas d'Aquin.
Histoire Au Si l'origine de la pièce musicale d′Ô salutaris reste floue, des études récentes découvrirent plusieurs traces de ce texte, pratiqué au , auprès de l'ancien duché de Bourgogne. Après s'être fait prisonnier à Dijon dans les années 1430, René d'Anjou, enfin définitivement libre en 1436, avait fait ses dévotions au Saint-Sacrement. Le texte de l′Ô salutaris, ajouté, se trouve donc dans l'un de ses livres de la liturgie des Heures, qui suggère la possibilité de sa pratique par le Bon Roi René lui-même. D'ailleurs, l'hymne était chantée, à cette époque-là, à Bruges. Ainsi, un manuscrit de 1457, en usage de la cathédrale Saint-Donatien de Bruges, contenait ce texte, qui était réservé à la procession du Saint-Sacrement, pour le jour de l'octave de la Fête-Dieu. Il s'agissait d'une liturgie locale.
Réforme de rite ambrosien à la Renaissance Ce connaissait une autre pratique en Italie, devenue une nouvelle tradition. Il s'agit du recueil Mottetti missales qui se trouve dans le rite ambrosien. Ce livre de chant en cycle, établi à Milan entre vers 1470 et 1510 et sous la direction du maître de chapelle Franchini Gaffurio († 1522), se composait des pièces par des musiciens distingués, tel Gaspar van WeerbekeSite Motet cycles ; voir aussi View Preview Finscher (1960) et Ward (1986) . Ce nouveau répertoire entra en service, dans les années 1480, à la cathédrale, Dôme de Milan. Le livre se constituait de nombreux chants, qui remplaçaient, dans l'optique d'adapter à la Renaissance, une certaine partie de chants de la messe. Et ce recueil est considéré comme prototype de motets. Notamment, on y trouve plusieurs motets ad elevationemNoblitt (1968) (voir rubrique View Preview) (réservés à l'élévation), desquels les textes étaient Ô salutaris hostia et Adoramus te, Christep. 43, 51, 58 et 59 : Gaspar van Weerbeke (MilD1, folios 130v- 131r) et motet Fide laspa penitus (MilD4, folios 75v - 76r) « [ad elevationem]Ô salutaris hostiaque celi pandis hostiumbella premunt hostiliada robur fer auxilium. ». Pietre CasolaData Bnf , chanoine originaire de Milano, précisait en 1499 qu'à Milan, le célébrant avait sa liberté pour le choix de motet de l'élévation. La rédaction était essentiellement effectuée sous Jean Galéas Sforza († 1494) auquel Ludovic Sforza († 1508) succéda. Ce dernier subit, à la suite de la deuxième guerre d'Italie, l'occupation de Milan en 1499 par l'armée de Louis XII.
Légende de Louis XII thumb|upright=1.5|Entre 1499 et 1512, le duché de Milan fut maintenu par le roi de France Louis XII. L'origine hypothétique pour la pratique du motet de l'élévation en France. En France, il existe une légende concernant l'origine de ce morceau, afin d'expliquer cette coutume de chant à la cathédrale Notre-Dame de ParisJean-Baptiste-Étienne Pascal, Origine et raison de la liturgie catholique, 1844, p. 533 . Quel que soit l'auteur, la légende était liée au roi Louis XII qui aurait fixé l'usage de cette hymne à la messe dans tout le royaume de France : vœux Guillaume Du Peyrat. (1645) : après la bataille de Ravenne en 1512, une ligue contre le royaume de France y compris le pape Jules II manifestait la salutation d'Ange à la Vierge Marie ; Louis XII fit chanter cette hymne afin d'obtenir le secours de Dieu. Denise Launay (1993) : le roi ayant eu à réprimer une révolte à son retour d'Italie aurait fait des vœux. maladie Louis Archon. (1711) : à la suite d'une maladie au château de Blois, Louis XII fit un témoignage de la dévotion envers le Saint-Sacrement, en souhaitant que tous les évêques du royaume fassent chanter l'hymne Ô salutaris hostia lors de l'élévation aux messes dominicales ainsi qu'à la Chapelle royale. Agnese Pavanellop. 46, note n° 67, d'après Kirkman (1989) (2017) : après la guérison de sa maladie en 1505, le roi consacra, le 21 avril, sa couronne au Saint-Sacrement. Puis, il fit sa dévotion en octroyant ses cierges à la Sainte-Chapelle (de Paris ou de Dijon).
Quelle que soit la variante, la légende suscite une question fondamentale : pourquoi le texte du motet de l'élévation était-il celui de Thomas d'Aquin, issu du rite ambrosien ? Car, une fois la Fête-Dieu instituée en 1264, le chant de l'élévation ainsi que d'autres usages dans le rite romain était singulièrement l'Ave verum corpus, jusqu'à la fin du Waren Drake (éd.), Ottaviano Petrucci, Motetti de Passione, de Cruce, de Sacramento, de Beata Virgine et Huiusmodi B, University of Chicago Press 2002, p. 5 - 7 Texts De Sacramento . Sans doute Louis XII emmenait-il sa chapelle royale (équipe des chanoines et des chantres) en ItalieCharles Fevret, Traité de l'abus et du vray sujet des appellations qualifiées de ce nom d'abus, 1689, p. 395 , il est possible que ces musiciens aient importé en France la partition de l′Ô salutaris à partir de Milan. La chronologie et la circonstance n'empêchent pas cette hypothèse qui peut expliquer la transmission du chant.
Actuellement (2020), il est encore difficile d'identifier l'origine définitive de ce chant, faute de manuscrits suffisants. En dépit de cette hypothèse issue de l'Italie, la pratique de l′Ô salutaris se trouve en effet dans les régions où l'école franco-flamande se distinguait. En 1503 à Langres, un couple recitait quotidiennement ce texte tandis qu'en 1504, Nicolas RambertSite officiel de la cathédrale de Saint-Oper établit l'usage de ce chant à la cathédrale Notre-Dame de Saint-Omer. Mais ce doyen de collégiale avait été, auparavant, chanteur de la chapelle Sixtine à Romep. 46, note n° 66.
Manuscrit d'Amiens La Bibliothèque centrale Louis Aragon d'Amiens conserve un manuscrit de l′Ô salutaris (manuscrit 162D folio 1v) : . Il s'agit d'une composition fortement en homophonie, de laquelle la caractéristique se trouve dans les Mottetti missales de Milan (voir aussi la partition de Milan : partition). Peter Woetmann Christoffersen, spécialiste de ce manuscrit, suppose qu'il s'agit du livre de chant lié à Louis XII. Manuscrit issu de l'ancienne abbaye royale de Corbie (démolie en 1790), il mentionne que Louis XII séjourna à cette ville entre septembre et novembre 1513Jules Tardif, Monuments historiques (1866), p. 518 n° 2865 : certainement Louis XII était à Corbie le 17 septembre 1513 ., après avoir ordonné en juin 1512À noter : selon Antoine Péricaud (1839), il s'agit du (1510) .Toutefois, on ne trouve aucune ordonnance pour ce sujet, dans les Ordonnances des Rois de France de la troisième race, publié en 1849 (1498 - 1514)., selon lui, l'usage de l′Ô salutaris lors de l'élévation. Ce musicologue danois présente aussi qu'il existe, à Copenhague, un autre manuscrit semblable, copié à Lyon entre 1520 et 1525 (Bibliothèque royale manuscrit Ny kgl Samling 1828 n° 2, p. 176, Ô salutaris à 3 voixNotice Bnf sous-notice n° 119p. 47, note n° 73)Professeur émérite de l'université de Copenhague 2014 ; 2019 .
Composition en polyphonie selon le rite ambrosien Avant que la composition de l′Ô salutaris ne devienne habituelle, Pierre de La Rue († 1518) composa une œuvre en polyphonie. Dans les archives, c'est une seule pièce restante de cette époque-là. D'une part, il s'agissait encore d'une liturgie locale d'après le rite ambrosien. D'autre part, au sein de l'Église romaine, il fallait attendre la Contre-Réforme qui favorisa, plus tard, la composition et la pratique du texte de saint Thomas d'Aquin : existence réelle de Jésus-Christ dans le Saint-Sacrement, dogme dénié par les protestants.
Il faut remarquer que l'attribution de œuvre de Josquin des Prés, très bien lié à Louis XII, est incertaine, parce que les archives manquent de son manuscrit ancienSite de CMME (université d'Utrecht) consulté le 22 octobre 2020.
La pièce de Pierre de La Rue, donc précieux témoignage, est considérée, par les musicologues, comme celle de la Missa de Sancta Anna. En effet, elle se trouve dans trois manuscrits de cette messe parmi toutes les cinq partitions restantes. Il semble que ces trois sources aient été copiées au célèbre atelier du compositeur Pierre Alamire († 1536). l′Ô salutaris de La Rue était déjà une pièce particulière. Car, elle remplaçait le premier verset de Hosanna dans le Sanctus, en tant que motet de l'élévation. Même génération de Josquin des Prés, cette nouveauté était commune avec une messe et deux pièces de ce dernierWilliam Mahrt (université Stanford), From Elevation to Communion : Pierre de La Rue, Ô Salutaris Hostia dans la revue Sacred Music 2009 Site de CMME consulté le 21 octobre 2020. La raison pour laquelle il composa l'œuvre selon le rite ambrosien demeure néanmoins inconnue, parce que l'on sait peu de chose sur sa vie. Quant à Josquin des Prés, vers 1484 il fut en service pour la famille Sforza à Milan, où Franchini Gaffurio était le maître de chœur. Par conséquent, pour sa chapelle, ce prince Jean Galéas Sforza recrutait les chanteurs dans la région natale de Josquin des Prés. D'ailleurs, Pierre de La Rue laissa avant sa mort une autre œuvre. En 1516, le pape Léon X fit publier le Liber quindecim missarum electarum dans lequel la Messe Ô salutaris hostia de La Rue était imprimée . Il s'agissait d'une messe parodie. Donc il ne faut pas confondre le motet avec cette messe.
Les recherches qui furent récemment tenues indiquent cependant que le motet de l'élévation était bien établi à cette époque-là et aurait été diffusé très vite en Italie. Car, dans son livre publié en août 2020, le musicologue français Fabrice FitchNotice Bnf présente que le motet Ecce panis angelorum (extrait de la séquence Lauda Sion) d'Antoine Bruhier était tout à fait conçu pour cet usageRenaissance Polyphony, p. 125, Cambridge University Press 2020 . L'œuvre se trouve dans le Codex Médicis (1518), qui avait été préparé en faveur de ce pape Léon X (Giovanni di Lorenzo de Medici). Il est probable que ce musicien français Bruhier était en service au sein du Saint-SiègeLa légitimité implicite, p. 349, note n° 65, Édition de la Sorbonne 2017 . Et ce serait la guerre d'Italie qui eût fait diffuser le motet de l'élévation, quelle que soit l'origine.
À la Renaissance À la différence de Panis Angelicus du même auteur-théologien, qui manque de témoignage à la Renaissance, le texte de l′Ô salutaris était composé par de grands musiciens de l'époque. Les compositeurs qui étaient intéressés se trouvent dans les pays gardant le catholicisme. En bref, l′Ô salutaris devint définitivement l'un des chants du rite romain.
Or, l'usage de ce chant n'était pas nécessairement précisé. Ainsi, l'œuvre de Thomas Tallis possède une caractéristique différente de ses autres pièces. Composition moins liturgique, John Harley considérait en 2015 que le compositeur, qui restait toujours catholique grâce à la tolérance de la reine Élisabeth , écrivit celle-ci en faveur de la cour d'Élisabeth à la suite de son couronnement en 1559, et non pour la liturgie catholique. Quoi qu'il en soit, l'œuvre était si grandement appréciée que furent effectuées plusieurs copies desquelles des erreurs faites par les copistes étaient si nombreuses. D'où, il reste difficile à rétablir la composition originale de Tallis. Au contraire, la pièce de son successeur William Byrd, publiée en 1605, précisait l'utilisation liturgique de ce motet catholique. Car le livre Gradualia tome I indiquait le mot Corpus ChristiNotice Bnf ainsi que John Harley (2017) p. 290 .. À cette année-là, la Contre-Réforme avait son fruit auprès de l'Église et l′Ô salutaris était ajouté dans le répertoire.
En France, on trouve dans la liturgie une des premières indices au mois d'. Cette hymne avait été chantée lors de l'élévation, dans une messe célébrée juste avant le décès du roi , victime d'une attaque :