vignette|droite|Le feu manifeste Agni, un déva.

Le védismeLes sources de cet article s'appuient sur les ouvrages suivants, détaillés dans la section bibliographie : Gerhard J.Bellinger, Encyclopédie des religions. Kreith Crim, The Perennial Dictionary of World Religions (Abingdon Dictionary of Living Religions). Jan Gonda, Veda e antico induismo. Alexandre Langlois, Rig-Véda ou Livre des hymnes. est une religion apportée en Inde antique par un peuple descendu de la culture d'Andronovo après la décadence des villes de Mohenjo-daro et de Harappa. Ce peuple arya, organisé en castes complémentaires, assied sa puissance sur la pratique de rites complexes qui intègrent paroles et gestes « magiques ». La parole y exerce toute sa force sous la forme d'« hymnes » transmis oralement de maître à disciple. L'invention de l'écriture permet de créer des recueils de textes dont le principal se nomme Rig-Veda.

Veda signifie simultanément connaissance intuitive des puissances agissantes lumineuses qui régissent l'existence de la société des aryas, et pratique des méthodes aptes à les influencer. Dotées d'un nom qui permet de les évoquer, ces puissances deviennent des devas lumineux. Par l'exercice du rituel védique, les officiants brahmanes renforcent le pouvoir du roi, le raja, et assurent ainsi la prospérité du peuple arya.

Sous l'égide des brahmanes, l'importance du védisme passe peu à peu du ritualisme à la spéculation cosmogonique. Le corpus de textes védiques demeure fondamental, mais il se complète progressivement de commentaires nommés brahmana qui fondent une idéologie nouvelle en Inde ancienne, celle du brahmanisme, qui évolue ensuite vers les diverses formes historiques d'hindouisme, jusqu'à celles de l'hindouisme contemporain. Les Indiens d'aujourd'hui utilisent encore les textes védiques, mais ils l'intègrent dans une culture fort différente du védisme des anciens aryas. Pour bien percevoir ce qu'était réellement le védisme originel, il convient de ne pas mélanger les interprétations hindouistes actuelles du Veda à celles des textes védiques anciens.

Le regard occidental sur le védisme est très récent et date du seulement. L'anachronisme du védisme ancien et l'éloignement géographique de l'Inde donnent au savant européen un recul énorme. Ce recul pourrait être un gage d'impartialité scientifique qui ne s'est pas toujours vérifiée au cours de l'étude du védisme, depuis deux siècles, en Occident.

L'Unesco a proclamé la « tradition du chant védique » patrimoine culturel immatériel de l'humanité en 2003La tradition du chant védique sur le site de l'Unesco. vignette|Un shishya (élève ou disciple) en cours d'apprentissage du chant védique dans un pathashala (École védique et d'enseignement du sanskrit) de la région de Kumbakonam (Tamil Nadu), dans le sud de l'Inde.

Veda

Le वेद Veda est le fondement même du védisme.

Textes Rigveda-samhita

Le recueil du ऋग्वेद Rig-véda, collationne sous forme d'hymnes toutes les formules que récite l'officiant hotṛ, chargé de verser au feu les oblations et les libations au cours du sacrifice védique, le yajña.

Samaveda-samhita

Le recueil du सामवेद Sâma-Veda, ou « Veda des mélodies » (sâman), collationne sous forme de chants la plupart des hymnes tirés du Rig-Veda, et permet à l'officiant udgātṛ, le chantre, d'accompagner mélodieusement les rites du sacrifice védique, le yajña.

Yajurveda-samhita

Le recueil du यजुर्वेद Yajur-Veda, ou « Veda des formules sacrificielles » (yajus), est utilisé par l'officiant adhvaryu dont le rôle est de manipuler des objets sacrés et de prononcer des dédicaces en prose au cours du sacrifice védique, le yajña.

Atharvaveda-samhita

Le recueil du अथर्ववेद Atharva-Veda, ou « Veda des formules magiques », n'est pas utilisé au cours du sacrifice, le yajña. L'utilisateur de ces textes est un brahmane en fonction de purohita, protecteur du maître de maison.

Monde védique Lire les textes védiques demande une bonne connaissance de la langue sanskrite et surtout du sanskrit védique. Aujourd'hui, il est possible, moyennant temps et volonté, de lire cette littérature et y trouver intérêt linguistique ou plaisir esthétique. Pour saisir le sens de ces formules, arrangées en ce qu'il nomme des « hymnes »Alexandre Langlois, Rig-Véda ou Livre des hymnes, Paris 1872 (voir bibliographie)., il convient de se dénuder totalement de l'idéologie contemporaine qui forge une mentalité scientifique, analytique, technologique, pour tenter de percevoir la Weltanschauung de cet Homo vedicus qui vit à l'air libre, entouré de constellations, de plantes et d'animaux, cavalier et bouvier, combattant armé d'arc et de flèches qui parle à son arc et à ses flèches, membre d'une tribu d'''aryas très intégrante, dans un monde que, faute de mieux, le savant d'aujourd'hui nomme « magique »Jan Gonda, op. cit., page 48..

Un sentiment holistique intense soutient la notion intuitive d'un monde dynamique, en mouvement perpétuel, mais indivis. Les aspects de ce monde ne sont pas conçus comme des parties élémentaires synthétisées en un tout. Ces aspects montrent plutôt des nuances infinies d'un monde très plastique qui amalgame puissances agissantes, phénomènes naturels, états mentaux, et les intègre fortement. Comme un poème de Prévert, ce monde complexe offre une collection d'aspects très variés, un arc, la pluie, une idée, un rite, une vache, un enfant, qui sont les manifestations de puissances agissantes qu'il s'agit d'apprivoiserJan Gonda, op. cit., pages 48 & 49.. Prascanwa invoque ainsi le pouvoir de l'Aurore : « ô brillante Aurore, l'oiseau et le bipède humain et le quadrupède, à ton retour dans le ciel, se lèvent de tous côtés ; tu rayonnes, et ton éclat se communique à l'univers »Alexandre Langlois, op.cit., page 72, hymne III, versets 3 & 4..

Les métamorphoses de ce monde s'opèrent sans le déchirer, des nœuds, des attaches, et des liens constamment se nouent et se dénouent, et l'homme védique désireux d'influencer son destin coopère au moyen du rituel dont toutes les facettes ne tendent qu'à un but : réaliser le bonheur des siens. En conclusion d'une invocation à Indra, Agastya chante : « que nous connaissions la prospérité, la force, et l'heureuse vieillesse »Alexandre Langlois, op.cit., page 155, hymne VIII, verset 13.. Le thème récurrent de tous les chants du Rig-Veda vise toujours à assurer vigueur, victoire, richesse et descendance, en ce monde car il n'en imagine pas d'autresl'homo vedicus ne distingue pas monde naturel et monde surnaturel..

Comme la course du soleil, l'évolution du cosmos est rythmée par des cycles sans principe et sans fin. Les puissances agissantes du monde védique apparaissent et disparaissent comme autant de naissances et de morts. Ce grand drame cosmique s'articule autour d'un point focal : le यज्ञ yajña, acte sacral dont la complexité correspond à celle de la conception védique du cosmos. Celui-ci s'harmonise à toutes les variations de cet acte fondamental, le यज्ञ yajña, au cours duquel se joue ce grand opéra sacré qui organise la société et le monde védiquesJan Gonda, op. cit., page 254..

Parole Les premiers érudits allemands spécialisés dans l'étude des textes védiques interprètent ceux-ci comme l'expression primesautière d'une poésie ingénueHermann Oldenberg, Vedaforschung, 11, Stuttgart-Berlin 1905.. Les premiers érudits français qualifient ces textes de rhétorique bizarreAbel Bergaigne, Mémoires de la Société Linguistique de Paris, 4, 96.. Ils ne perçoivent pas encore que cette littérature est constituée, fondamentalement, de formules destinées à s'incorporer au rituel védique, et que leurs qualités poétiques ou littéraires, secondaires, restent subordonnées à cette destination liturgique principaleJan Gonda, op. cit., page 55..

Des mantras et formules liturgiques, hérités de la tradition orale dans une société convaincue de la puissance inhérente à une parole solennelle, sont prononcés à voix forte par un brahmane au cours des rites fondamentaux de sa culture archaïqueJan Gonda, op.cit., page 56.. Exemple : « J'invoque Mitra, qui a la force de la pureté, et Varouna, qui est le fléau de l'ennemi, qu'ils accordent la pluie à la prière qui les implore »Alexandre Langlois, op.cit., page 42, hymne II.. Le style et les modalités littéraires de ces formules aident à les rendre puissamment efficacesJan Gonda, Stylistic repetition in the Veda, chapitre I, Amsterdam 1959.. Rituellement utilisées, ces formules peuvent augmenter par leur puissance propre les énergies des devas qu'elles évoquent et celles de la nature dans laquelle s'insèrent les hommes védiques et leurs devasJan Gonda, Wiener Zeitschrift für die Kunde Sud-Asiens, Vienne..

Ces formules utilisent souvent des comparaisons, dont les termes sont considérés comme potentiellement équivalents. L'évocation d'un terme a la même puissance rituelle que celle du second. Exemple : « Tel qu'un éléphant sauvage tu réduis en poussière la plus forte puissance », le chantre Vamadéva compare ici Indra à un éléphant sauvage, l'évocation du pouvoir de l'éléphant sauvage vaut celle du pouvoir de Indra, et vaut celle du pouvoir qui réduira réellement l'ennemi en poussièreAlexandre Langlois, op. cit., page 239, hymne XII, verset 14..

Puissances LHomo vedicus vit en pleine nature, en ces temps primitifs où l'homme ne prétend pas encore la dominer, mais tente de s'adapter aux circonstances naturelles de sa vie nomade. Il perçoit le dynamisme des événements qui l'entourent comme des phénomènes, des apparitions, des manifestations de puissances agissantes. Il a le sentiment de la présence, derrière ces numina, de forces occultes, de puissances cachées, de pouvoirs invisibles qui deviennent pour lui évidents. À cette évidence correspond le terme sanscrit de VedaJan Gonda, op.cit., page 61..

Ces numina, puissances agissantes, peuvent se montrer pour lui bénéfiques ou maléfiques. Il est vital pour lui de tenter de les influencer, de les apprivoiser, de les conduire à servir la prospérité de ses proches. Pour les amadouer, il utilise le pouvoir de la parole, à chaque numen il fait correspondre un nomen construit sur une forme verbale qui évoque sa fonction. Ce nom lui permet aussi de l'invoquer, permettant à sa force occulte de briller parmi les hommes, devenant ainsi un pouvoir bénéfique et lumineux, ce que le sanscrit rend par le mot deva.

Quelques devas brillent du feu d'un pouvoir simple, ainsi le Netar est-il une puissance dont l'action guide et conduit, il est invoqué au RV 5,50 pour qu'il conduise ceux qui le prient à la richesse. A la plupart des devas correspond pourtant un faisceau de pouvoirs conjugués qui composent en quelque sorte une figure dynamique complexe qui permet son invocation par l'énoncé d'un seul nom. Indra évoque ainsi le pouvoir guerrier, constitué de toutes les puissances nécessaires à l'exercer.

La traduction de deva par « dieu » peut prêter à confusion. Pour la culture védique le deva n'est ni une personne, ni surnaturel. Comme la face cachée de la lune, ses forces occultes sont de ce monde car le védisme n'en connait point d'autres et ignore tout dualisme. Sans être une personne il est cependant tutoyé, sur un mode poétique, afin d'entretenir avec lui une très forte convivialité. Pour lHomo vedicus il n'est pas un objet, une chose, une notion, un concept, car sa mentalité n'est ni rationnelle ni scientifique.

Le panthéon védique veut représenter le dynamisme des phénomènes naturels, comprendre les activités des forces cachées ainsi que leurs interactions, afin de les influencer, autant que faire se peut, par la force du sacrifice et trouver ainsi le moyen de coexister avec elles.

Deva