Cet article présente les faits marquants de la mondialisation économique.
Les graines de la mondialisation avant les grandes découvertes Le commerce lointain dans l'Antiquité et au Moyen Âge Le commerce lointain est ancien. Les spécialistes pensent que dès le , les Chinois avaient mis en place un réseau commercial visant à exporter la soie vers l'Occident « Soie » (§2. Historique), Encyclopédie Encarta. Elle était par exemple utilisée par la cour de Perse et son roi Darius III lorsqu'Alexandre le Grand fit la conquête de cet empire.
Dès le début de l'ère chrétienne, les bois, les résines et les épices de l'archipel indonésien se vendent en Chine, en Inde et au Moyen-Orient. Dans son Histoire naturelle, l'historien romain Pline l'Ancien (23 - 79) donne des descriptions de bateaux à balanciers de type indonésien qui commercent avec la côte orientale de l'AfriqueWolters, Oliver W., "Indonesia : The archipelago and its early historical records", www.britannica.com.
Avec la chute de la dynastie Tang (618-907) en Chine, les routes terrestres la reliant à l'Asie centrale et au Moyen-Orient deviennent peu sûres. Pour son commerce extérieur, la Chine se tourne vers les routes maritimes passant par l'Asie du Sud-Est. Au , le commerce chinois s'étend jusqu'au littoral arabe et aux ports de Siraf et Bassora sur le golfe Persique et de Suhar sur le golfe d'Oman.
L'Afrique orientale était intégrée dans ce réseau commercial. Un ouvrage arabe, les Merveilles de l'Inde, rapporte le témoignage d'un marchand du nom d'Ibn Lakis qui en 945, voit arriver sur la côte du Mozambique "un millier d'embarcations" montées par des Waq-Waq, c'est-à-dire des Indonésiens, qui viennent chercher des produits et des esclaves zeng, c'est-à-dire zenj, mot arabe désigne à l'époque les habitants de la côte orientale de l'AfriqueLombard, Denys, Le carrefour javanais.
Les « économies-monde » méditerranéennes
Pour des historiens comme Fernand Braudel ou Immanuel Wallerstein, la structure économique du monde moderne existe déjà à partir du , et même dans l’Antiquité.
[…] le capitalisme a toujours été monopoliste, et marchandises et capitaux n’ont pas cessé de voyager simultanément, les capitaux et le crédit ayant toujours été le plus sûr moyen d’atteindre et de forcer un marché extérieur. Bien avant le , l’exportation des capitaux a été une réalité quotidienne, pour Florence dès le , pour Augsbourg, Anvers et Gênes au . Au , les capitaux courent l’Europe et le monde.
Un monde au sens de Braudel désigne une entité économique autonome. L'économie-monde est un espace géographique délimité ; il ne s’agit donc pas nécessairement de la terre dans sa totalité, mais d’une région plus ou moins étendue selon l’époque et le lieu. Au centre de cet espace géographique rayonne une ville dominante qui joue le rôle de capitale économique. Autour d'elle se structure un espace organique en zones successives. On y trouve un cœur économique et politique constitué par les plus proches alentours de la capitale économique, puis en s’éloignant viennent des zones intermédiaires et enfin la périphérie. Au centre de l’économie monde se concentre la richesse des marchands, c’est là que convergent les revenus et les produits de luxe, c’est en ce point que se développent les arts, la science et les libertés. Les pays de la zone intermédiaire sont marqués par une industrie moins avancée, un système financier plus incertain et les libertés se font plus rares. Les pays en périphérie de ce monde se consacrent aux productions les moins avancées dans un système économique bien souvent esclavagiste.
Pour Immanuel Wallerstein, le capitalisme se fonde dans cet espace géographique inégalitaire et le commerce inéquitable qui lie ses différentes composantes. Il y profite de l’existence des systèmes féodalistes et esclavagistes qui l’entourent. Certes le centre capitaliste est dépendant de la périphérie pour son approvisionnement, mais sa supériorité lui permet d’y imposer sa loi. Ce serait dans cette optique que l’Europe, passée du féodalisme au capitalisme, serait allée réinventer l’esclavage dans le Nouveau Monde. Mais cette analyse ne suffit pas, selon Braudel, à expliquer l’émergence du grand capitalisme, qui se fonde, grâce aux grandes découvertes, dans un commerce lointain avec d’autres grandes économies-monde comme celles d’Asie (la Chine, la péninsule Indochinoise …) et non pas seulement dans l’exploitation de sa propre périphérie. Ces relations, a priori superficielles et de peu d’importance dans les flux globaux, sont pourtant celles auxquelles se consacre le grand capital européen à partir du et du . La raison de l’importance primordiale de ses flux, a priori mineurs, est que seul le commerce de denrées produites dans des contrées lointaine permet de constituer des situations d’oligopoles, voire de monopoles favorables à l’enrichissement des marchands.
Historiquement, le est marqué en Europe par la domination des cités italiennes, en particulier Venise et Gênes, centres d’un monde qui s’étend à travers la Méditerranée. À partir de la fin du , l’hégémonie italienne décline et les produits contrefaits par les Hollandais envahissent peu à peu la Méditerranée, ruinant par la force le commerce italien. Pour un temps, Anvers et Amsterdam deviennent les centres d’une nouvelle économie-monde.
L'ère du mercantilisme
Historiquement, le commerce international a été le principal objet de réflexion des premiers économistes, les mercantilistes. Mais leur mode de raisonnement conduisait à une limitation importante des flux de marchandises entre les nations. Dans la pensée mercantiliste, toute sortie de marchandise est assimilé à une rentrée d’or, du fait de la vente d’un produit à des marchands étrangers. Au contraire toute importations constitue, symétriquement, une sortie d’or. Or l’or est à la base du fonctionnement de l’armée, et donc de la puissance des princes. Il convient donc à tout prix d’exporter autant que possible et d’empêcher les importations. Une telle logique a été favorable à une certaine forme de mondialisation impérialiste.
La Hollande vers les Indes orientales
L’avènement de la domination économique des Provinces-Unies marque un tournant dans l’histoire de la mondialisation. Avec la création de la première Compagnie des Indes par les Hollandais en 1602, le capitalisme accélère le long processus de l’internationalisation des échanges. L’apparition du courant mercantiliste, traduction économique des écrits de Machiavel dans un contexte d’émergence du concept d’État-nation pousse les pays d’Europe dans une course à l’expansion territoriale à des fins économiques. Déjà le commerce bullioniste des puissances de la péninsule ibérique avait mené à la mise en place d’un commerce régulier entre l’Amérique du Sud et l’Europe.
La compagnie néerlandaise des Indes orientales est conçue comme un monopole de droit remis aux propriétaires d’une entreprise capitaliste, mais sous un contrôle étroit de l’État. Il s’agit historiquement de la première grandes société émettrice d’actions et d’obligations. Elle est révélatrice de l’enracinement du capitalisme moderne dans un monopole commerciale vers les terres lointaines, tel que décrit par Fernand Braudel.
Cette compagnie capitaliste est plus qu’une simple entreprise. Elle possède des flottes de guerre, de véritables armées terrestres qui livrent des guerres à des rois étrangers.
Loin d'Amsterdam, la compagnie se livre même à un commerce d'Inde en Inde entre ses différents comptoirs, gérant un commerce lucratif qui n'a pas pour destination ultime sa métropole. En 1670, 107 navires de la seule compagnie hollandaise vont de comptoirs en comptoirs en Inded'après F.S. Gaastra cité par .. Au et au s près d'un million de personnes ont été transportés par les navires de la compagnie.
Vers l’Amérique en passant par l’Afrique
À partir du , un important commerce régulier et structuré se met en place à travers l’Atlantique. Les Portugais importent de leur colonie américaine, le bois brésille bois donnera son nom au pays : le Brésil et l’indigo qui servent à faire des teintures, tandis que les galions espagnols, attaqués par les pirates anglais et hollandais, rapportent l’or des mines américaines. À l’aube du le commerce portugais est davantage concentré sur le transport du sucre, qui atteint déjà à l’époque , pour l’or le commerce annuel dépasse les au début du Jacques Godechot, « Atlantique (Histoire de l') », Encyclopædia Universalis, 2005. Les Français ont un commerce quasi nul avec le Canada, qu’ils perdent sans grands regrets en 1763 au profit de la couronne britannique. L’essentiel du commerce français se fait avec les Antilles qui produisent le sucre et les épices. Pour permettre ses nombreuses importations vers les métropoles d’Europe, les grandes puissances mettent en place un fructueux commerce impliquant l’Afrique.
Le commerce triangulaire se fonde sur le troc de marchandises européennes étoffes, ustensiles de cuivre ou d'étain, couteaux, chapeaux, verroterie, faux cristaux, poudre et pistolets, eau de vie...d'après . en Afrique contre des esclaves noirs revendus aux propriétaires de plantations des Antilles, du Sud des futurs États-Unis et sont aussi utilisés pour alimenter les mines portugaises du Brésil. Avant 1650, ce commerce inhumain concerne en moyenne , mais le développement des colonies de plantations des Antilles et de l’agriculture cotonnière américaine suscite de nouveaux besoins qui accroissent les flux démographiques forcés. Les flux d'esclaves en provenance de l'Afrique noire vers les colonies concernent au , pour passer de 7 à 8 millions au . À partir du , les traites négrières sont interdites par les grandes puissances (la France révolutionnaire, l’Europe en 1815, les États-Unis) sous l’influence de la pensée philosophique des Lumières et de la pensée économique des classiques.
L’année 1776 marque la fin de la domination des penseurs mercantilistes, grâce à la parution du texte fondateur d’Adam Smith qui pose les grands principes du libéralisme, mais aussi la première contestation de l’impérialisme britannique en la Déclaration d'indépendance des États-Unis d'Amérique. En marge d’une guerre continentale entre Américains et Anglais, les puissances européennes se déchirent dans une guerre commerciale qui a déjà une dimension mondiale. La flotte française et les navires espagnols et hollandais combattent dans l’Atlantique Ouest non pour soutenir les rêves américains mais pour s’assurer le contrôle des Antilles, parmi les territoires les plus riches du monde. À l’autre bout du monde, France et Angleterre se battent aussi depuis le milieu du pour le contrôle des comptoirs de l’Inde.
Le libéralisme et la révolution industrielle Naissance du libre-échange
La parution des thèses d'Adam Smith en 1776 n’avait pas manqué d’attirer la curiosité des gouvernants, et dès 1786 la France et l’Angleterre avaient signé un premier traité, dit « Traité Eden-Rayneval », en vue de limiter les entraves au commerce entre les deux pays. Toutefois les troubles de la Révolution française et des guerres napoléoniennes retardent pour un temps l’essor du libre-échange.