Le cairn de Barnenez ( en breton) est un monument mégalithique du Néolithique se trouvant au lieu-dit Barnenez dans la commune de Plouezoc'h, sur la côte nord du Finistère, en Bretagne, géré par le Centre des monuments nationaux. D'une longueur de , ce cairn dolménique est constitué en réalité de deux cairns en pierres sèches accolés, qui recouvrent onze dolmens à couloir. Cet ensemble est le plus grand mausolée mégalithique après celui de Newgrange et, avec le cairn III de Guennoc, le plus vieux monument d’Europe.

La construction du cairn primaire témoigne en effet avec le tumulus Saint-Michel, qui est situé dans le Vannetais, et le site de Bougon, dans le Poitou, des débuts du mégalithisme atlantique. Elle a lieu vers avant notre ère (dans l'intervalle entre et avant notre ère), soit quelque avant la plus ancienne pyramide d'Égypte et environ après les débuts de l'architecture domestique, qui ont été observés au Moyen-Orient chez les Natoufiens de Mallaha, après l'érection du premier temple monumental en Anatolie et après celle de la tour de Jéricho en Cisjordanie.

La construction du cairn secondaire, un agrandissement, commence vers , soit après la chute du Grand menhir, pour se terminer vers . Les vestiges d'un troisième cairn, Kerdi Bihan, plus petit et fortement endommagé, se trouvent à une centaine de mètres au nord-ouest de Kerdi Bras. Ils n'ont été fouillés qu'en partie. On y a découvert quelques restes d'un chien.

Situation vignette|300px|alt=premier plan de pierres et de végétation, séparé par la mer de côtes en arrière-plan|La baie de Morlaix, vue du cairn. Sur la rive opposée, Carantec d'où s'étire vers la droite la pointe de Pen al Lann. Derrière celle-ci, à l'arrière-plan, Saint-Pol-de-Léon repérable au clocher du Kreisker.

Le cairn de BarnenezCe toponyme proviendrait de l'expression bretonne , du mot qui signifie en général hauteur abrupte, en pointe ou en éperon, d'où la notion de forteresse, de barrage, et du mot , île. Barnenez signifierait littéralement « le sommet de l'île ». Cf. appelé en bretonLittéralement grand Kerdi (par opposition à , petit Kerdi), l'appellation de Kerdi pouvant s'expliquer comme une forme contractée du breton *kern-di, d'un pluriel kern (du pré-celtique karn, cairn) et de « maison ». Cf. . est situé dans la commune de Plouezoc'h (Finistère), sur la presqu'île de Kernelehen. Ce socle rocheux, sur la rive droite de l'estuaire de la rivière de Morlaix, constitue un promontoire dominant la baie de Morlaix. Il culmine à .

Histoire Contexte La mise en place d'une économie de production et la sédentarisation au Néolithique rendent possible l'apparition, dans la première moitié du , de la grande architecture en matériaux durables. Il s'agit, dit Jean L'Helgouach, d'.

En Europe, on trouve des cairns principalement sur la façade maritime : certains liés à Barnenez, en Irlande, tel Newgrange, et en Grande Bretagne, mais aussi dans le nord du continent, en France (centre-ouest et midi) et dans la péninsule Ibérique. Ces monuments sont, dit Pierre-Roland Giot, .

Fonction des cairns

Giot trouve réducteur de considérer les cairns sous leur seul aspect fonctionnel de sépultures. Pour lui, ces monuments ont peut-être d'abord une envers le monde des morts et celui des vivants. Il est tenté de voir en eux des lieux de communion jouant un rôle social et religieux de tout premier plan.

Il est probable que les onze dolmens de Kerdi Bras, si différents les unes des autres, n'étaient pas des caveaux de famille juxtaposés et n'assumaient sans doute pas les mêmes fonctions : chacune aurait été conçue pour un emploi spécifique, pouvant dépasser de beaucoup un simple rôle funéraire ou cultuel.

Construction de Kerdi Bras vignette|alt=plan de l'ensemble cairn secondaire (à gauche) et cairn primaire (à droite) avec leurs 11 dolmens.|right|upright=1.2|Plan général de Kerdi Bras : à gauche, le cairn secondaire, dont une partie a été ravagée ; à droite, le cairn primaire.

Tous les dolmens à couloir d'Armorique étaient recouverts d'un cairnJean L'Helgouach, Les Sépultures mégalithiques en Armorique : dolmens à couloir et allées couvertes, Laboratoire d'anthropologie préhistorique de la faculté des sciences de Rennes, 1965, 21 et 22.. Un cairn dolménique est un amoncellement de pierres contenues dans un parement, c'est-à-dire dans un appareil de moellons. Un cairn peut avoir plusieurs parements concentriquesJean L'Helgouach, Les Sépultures mégalithiques en Armorique, , 22., de plus en plus bas à mesure qu'ils s'éloignent du centreJean L'Helgouach, Les Sépultures mégalithiques en Armorique, , 24., ce qui donne à l'édifice une silhouette étagée. Construit comme un épierrement à degrés, enserré dans des murs successifs, de hauteur d'homme, ses gradins, nécessaires à la construction elle-même du cairn, servaient probablement d'escalier-échafaudage., selon la méthode dite « d'accrétion-exhaussement » comme dans le système constructif des pyramides proposée par l'architecte Pierre Crozat.

Dans la construction de Kerdi Bras, la datation de certains dolmens par le (datation des charbons de bois découverts dans les sépultures), le nombre de parements ainsi que les matériaux utilisés pour ces parements incitent à distinguer deux grandes phasesJean L'Helgouach, Préhistoire de la Bretagne, , 243.. La partie orientale (le « cairn primaire »), comportant cinq dolmens à couloir, est érigée aux alentours de 4700 avant notre èreGif 1309 : 5750 ± 150 BP, soit l'intervalle (à 95 % de confiance) entre 5010 et 4400 avant notre ère. . — Dans l'intervalle entre 4938 et 4330 avant notre ère, dit Jean L'Helgouach, Préhistoire de la Bretagne, , 243.. La métadolérite locale (dolérite métamorphisée) utilisée pour les deux parements lui donne une teinte sombreJean L'Helgouac'h, in Préhistoire de la Bretagne, , 243 et 244.. À l'ouest, le « cairn secondaire », deux fois plus important en volume« Lire le document de visite », sur barnenez.fr, Grand cairn de Barnenez, Centre des monuments nationaux, janvier 2015 (consulté le 16 avril 2016)., comporte six dolmens à couloir : le plus ancien des dolmens datés () est construit vers 4300Gif 1556 : 5550 ± 140 BP, soit dans l'intervalle entre 4705 et 3955 avant notre ère. . — Dans l'intervalle entre 4720 et 4040 (Gif 1556), dit Jean L'Helgouac'h, in Préhistoire de la Bretagne, , 249., le plus récent des dolmens datés () vers 4200Gif 1310 : 5450 ± 150 BP, soit dans l'intervalle entre 4550 et 3895 avant notre ère. . — Dans l'intervalle entre 4580 et 3965 (Gif 1310), dit Jean L'Helgouac'h, in Préhistoire de la Bretagne, , 249 et 250.. Les trois parements de la façade arrière ainsi que les deux parements les plus internes de la façade avant sont composés de blocs de métadolérite. Les parements les plus extérieurs de la façade avant sont constitués de granite : le bas de la façade avant a une teinte plus claire.

Les dates radiocarbone attestent bien l'antériorité du bloc primaire sur le secondaire, mais en raison des marges d'erreur, elles se recouvrent pour certains dolmens des deux sous-ensembles et affirment la rapidité des événements, la société néolithique de la zone de Barnenez ayant probablement jugé utile de posséder en même temps plusieurs chambres funéraires.

Ravages et sauvegarde vignette|alt=la partie ravagée du cairn laisse apparaître quatre chambres (trois seulement figurent sur la photo), qui présentent trois structures différentes|right|upright=1|Partie détruite par l'utilisation du cairn comme carrière. Elle permet de comparer des structures différentes de chambre : de gauche à droite, chambres C, B et A. En 1807, l'amas de pierres et de terre est cité dans le cadastre napoléonien, puis en 1850, lors d'une réunion scientifique, par le maire de la commune de Plouezoc'h. Ces signalements ne suffisent pas à protéger le monument. En , un entrepreneur de travaux publics outrage un premier cairn, Kerdi Bihan, long à , situé une centaine de mètres au nord-ouest de Kerdi Bras. Au printemps 1955, il ouvre une carrière et commence à détruire le grand cairn, éventrant les chambres A, B, C . Venu sur place pour Ouest-France, l'écrivain et journaliste Francis Gourvil alerte le préhistorien Pierre-Roland Giot, qui a dirigé l'année précédente la première campagne de fouilles du cairn de l'île Carn. Giot intervient auprès des autorités, qui font stopper les travaux.

Puis il entame des fouilles en sauvetage qui vont s'échelonner jusqu'à 1968Jacques Briard, Barnenez, sur books.google.fr, Gisserot, 2000, 3.. En urgence, à sa demande, le , le cairn fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques.. De 1956 à 1968, il est consolidé et restauré. André Malraux le qualifie de .

Description de l'ensemble Kerdi Bras Structure de l'ensemble Le cairn a une forme allongée, ce qui est peu courant en Armorique, et n'existe ni en Irlande ni en Grande-Bretagne ni dans la péninsule IbériqueOn trouve au Danemark et en Suède des dolmens à couloirs (dolmens en T) groupés dans de grands tumulus rectangulaires. Jean L'Helgouach, Les Sépultures mégalithiques en Armorique, , 32-34.. Trapézoïdal, s'étirant en s'élargissant de l'est-nord-est à l'ouest-sud-ouest, il recouvre à couloir ouvrant au sud-sud-est. Il est entièrement en pierre sèche, c'est-à-dire sans mortier.

Une fois terminé, le monument pouvait avoir une hauteur de Jean L'Helgouac'h, in Préhistoire de la Bretagne, , 250.. Au début des fouilles, éboulé, il est long de 95 à , pour une largeur maximale de 30 à et une hauteur de l'ordre de . Aujourd'hui restauré, il a une longueur de pour dans sa plus grande largeur, et une hauteur moyenne de . Pierre-Roland Giot estime son volume à quelque de pierres, ce qui représenterait environ : de dolérite extraite à 250 ou de là ; et de granite rapporté d'un îlot voisin (l'île Stérec qui à l'époque était reliée au continent), à 1,1 (granite blanc) et (granite gris) à vol d'oiseau plus au nord« Île Stérec », sur bretagne.developpement-durable.gouv.fr, Atlas des sites classés du Finistère, ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie, 2011, 85 et 86., d'un gisement près de Keriou au sud-est de l'anse de Terenez à Plougasnou (granite albitique à )Granite blanc à grain fin, dont l'albite (feldspath sodique) est, avec le quartz, le constituant principal., et d'une carrière sur l'estran de Saint-Samson à l'ouest de Plougasnou (leucogranite porphyroïde gris blanc à gros feldspath à ). La construction du cairn aurait pu nécessiter de à de travail. Dans l'hypothèse improbable d'une édification en une seule campagne, 200 à 300 hommes travaillant par jour auraient pu élever le monument en un trimestre.

Structure des dolmens thumb|alt=Vue de face du couloir. Au premier plan, en haut, on voit une partie de la première table, qui est fendue.|right|upright=1|Le couloir C, le seul dont les murets en pierre sèche ne sont revêtus d'aucune dalle verticale.

La structure des dolmens est principalement en granite.

Couloirs

Leur longueur varie de 5 à .. Cinq des onze couloirs ont un avant-couloir à ciel ouvert. Les couloirs — à l'exception du couloir A — sont constitués de murets en pierre sèche supportant des tables (dalles de couverture). Des dalles verticales (appelées orthostates), en nombre très variable, sont plaquées contre ces murets (sauf dans le ). Le est constitué de dalles verticales, dont certaines sont porteuses. Elles sont doublées de murets en pierre sèche.

Chambres

La structure des onze chambres est variée, leur forme étant circulaire ou polygonale. Sept chambres sont en pierre sèche, avec une voûte encorbellée formant une fausse coupole. La chambre D et l'antichambre H sont en pierre sèche, avec voûte encorbellée. Les parois sont revêtues de grandes dalles. La chambre A est semi-mégalithique : les parois sont en partie formées de grandes dalles verticales sur lesquelles repose une voûte encorbellée.