vignette|alt=Peinture représentant des hommes dans un navire, l'un d'entre eux pointant le bras vers l'hoorizon.|Leif Erikson découvre l'Amérique vue par le peintre Christian Krohg en 1893.
Les colonies vikings en Amérique sont le résultat, entre les , de l'exploration et de l'expansion des Vikings de Scandinavie vers les côtes du nord-ouest de l'océan Atlantique, sur le continent nord-américain, faisant probablement des Scandinaves de l'âge viking la première civilisation européenne à atteindre l'Amérique.
Elles sont notamment connues par deux sagas, puis confirmées par l'archéologie. Motivée par la recherche de ressources, dont le bois et surtout l'ivoire, comme par l'esprit d'exploration inhérent aux Vikings, la colonisation commence à la fin du avec l'établissement au Groenland d'une colonie par un groupe de Scandinaves venus d'Islande, mené par Erik le Rouge.
Depuis le Groenland, les Scandinaves explorent une vingtaine d'années plus tard les voisinages occidentaux et méridionaux de leur nouvelle colonie. Ils attribuent aux terres qu'ils découvrent les noms de Helluland (Terre des pierres plates, probablement la Terre de Baffin), de Markland (la Terre des forêts, probablement le Labrador) et de Vinland (Terre de la vigne, probablement Terre-Neuve et le golfe du Saint-Laurent). Dans le Vinland, ils créent un ou plusieurs petits établissements dont Straumfjörðr (le fjord des courants forts), qui pourrait correspondre au site de L'Anse aux Meadows à Terre-Neuve, découvert en 1960. Il s'agit du seul site archéologique scandinave dans le Canada actuel.
Si les établissements du Vinland ne conduisent pas à un établissement permanent, la présence scandinave au Groenland dure jusqu'au début du .
Sources historiques vignette|alt=Un vieux manuscrit|Page de garde la Saga d'Erik le Rouge, manuscrit anonyme du . La colonisation du Groenland et les explorations ultérieures en Amérique du Nord sont connues en particulier par deux sagas issues de la série des Sagas des Islandais () : la Saga d'Erik le Rouge et la Saga des Groenlandais. Souvent réunies sous l'expression Sagas du Vinland, elles constituent les principales sources sur l'exploration de l'Amérique du Nord.
Il s’agit de textes en prose rédigés par des clercs, fins lettrés, en Islande entre les . Ils doivent être pris avec précaution car ces textes sont rédigés deux à trois siècles après les événements qu'ils décrivent, et dans un contexte politique, idéologique et religieux très différent de l'époque décrite, tout en mêlant par ailleurs la réalité et l'imaginaire issu de traditions orales plus ou moins établies, auxquels s'ajoutent en outre divers effets de style romanesques. En dépit d'une certaine authenticité historique, les sagas ne peuvent conséquemment pas être considérées comme des sources historiques fiables et qui pourraient être prises au pied de la lettre.
Avant la rédaction des sagas, la colonisation du Groenland est déjà évoquée dans plusieurs textes, des histoires et descriptions contemporaines. Le théologien et géographe Adam de Brême rédige ainsi vers 1075 une Gesta Hammaburgensis ecclesiae pontificum, dans laquelle il décrit la Scandinavie, que l'archidiocèse de Hambourg a la charge de christianiser. Il décrit l'Islande et le Groenland et mentionne l'existence d'une île appelée Vinland, .
Vers 1130, le prêtre et historien islandais Ari Þorgilsson écrit lÍslendingabók (le Livre des Islandais), une des principales sources sur l'histoire de la colonisation de l'Islande. S'il ne raconte pas les détails, il précise que le Groenland a été découvert par Erik le Rouge et évoque la découverte du Vinland par Leif Erikson, constituant ainsi la plus ancienne référence en vieux norrois au Vinland. Ari Þorgilsson est également probablement l'auteur partiel (avec Kolskeggr Ásbjarnarsson) du Landnámabók (le Livre de la colonisation), qui aborde le rôle des familles islandaises dans la colonisation du Groenland.
Rédigée vers la fin du par un auteur inconnu, lHistoria Norwegiæ contient une brève description du Groenland, de ses habitants (Scandinaves comme Skrælingjar, c'est-à-dire les autochtones d'Amérique) et des monstres et géants qui s'y trouveraient. Vers 1250-1260, l'auteur anonyme du Miroir royal, sous la forme d'une série de conseils d'un père à son fils, décrit les ressources du Groenland, le climat, ainsi que les monstres marins, dont les sirènes, ainsi que les routes maritimes pour s'y rendre.
Enfin, le prêtre norvégien Ivar Bardsen (Ívar Bárðarson), qui a vécu au Groenland en 1341 et 1360, a laissé une Description du Groenland. Datant de l'époque même de la colonie groenlandaise, cette description donne de précieuses informations sur les habitants, la topographie et les conditions de vie au Groenland au ..
Histoire
Les Scandinaves, venant en particulier de Norvège, s'établissent en Islande à partir du dernier quart du . Cette île, rapidement colonisée et instituée en oligarchie, constitue le tremplin des Scandinaves vers l'Amérique du Nord.
Selon plusieurs chercheurs, dont , ou , la quête d'ivoire de morse, et probablement de fourrure, est davantage à l'origine de l'installation des Scandinaves au Groenland plutôt qu'une conséquence. Jusqu'au , l'ivoire échangé sur les marchés européens et proche-orientaux au prix fort provenait exclusivement du Groenland , ce produit de luxe devenant ainsi le moteur de l'exploration au Groenland et en Amérique du Nord. Christian Keller a notamment estimé que la valeur du chargement d'un navire vendu en 1327 à Bergen, comprenant de morse, équivalait à celle de ou de poisson et dépassait le montant des taxes annuelles prélevées sur près de islandais.
Selon l'historien médiéviste , une des causes principales de l'exploration à l'ouest du Groenland est la recherche de bois, utilisé pour . Pour les Vikings vivant au Groenland, les sources d'approvisionnement en bois étaient problématiques (déboisement rapide de l'Islande, Norvège à plusieurs jours de navigation), si bien qu'ils « commencèrent à naviguer vers l'ouest et le sud » et s'approvisionner en bois dans le Markland, qui pourrait être la péninsule du Labrador.
Pour l'archéologue et historien , à cela s'ajoute la recherche de nouvelles terres, de richesses mais aussi d'une .
Colonisation du Groenland
Découverte et début de la colonisation vignette|alt=Carten ancienne.|La carte de Skálholt (1570). On peut y lire les noms des quatre régions explorées par les Scandinaves : Grønland, Helluland, Markland et Vinland. Sur la pointe sud du Groenland est indiqué le nom de Herjólfsnes, le principal port à l'époque scandinave.
Selon les Sagas des Islandais, l'île est découverte par hasard au début du par le marin islandais Gunnbjörn Ulfsson, déporté vers l'ouest par une tempête. Il aperçoit un groupe d'îles, qu'il appelle Gunnbjarnarsker (les écueils de Gunnbjörn). En 978, Snæbjörn Galti tente un premier établissement vers les Gunnbjarnarsker mais les conditions inhospitalières conduisent à son assassinat par ses partenaires. Peu après, vers 982, le bóndi Erik le Rouge (en norrois Eiríkr rauði) est forcé à l'exil durant trois ans à la suite de plusieurs cas d'homicides en Islande. Snæbjörn Galti et Thjódhild Jorundsdottir, l'épouse d'Erik, étant cousins et vivant dans la même région d'Islande au même moment, il est possible que, selon , Erik le Rouge et Snæbjörn Galti se soient connus, si bien que, lorsqu'il est condamné à l'exil, Erik ait su où sensiblement diriger ses navires.
Avec quelques fidèles, il explore pendant trois ans la côte sud-ouest de l'île, alors inhabitée., qu'il baptise Grønland, la terre verte, dans l'objectif d'intéresser des colons potentiels à venir s'y établir. De retour en Islande en 985, il vante les opportunités offertes par le Groenland et, l'année suivante, il part, selon le Landnámabók, à la tête de , dont seulement arrivent dans la zone explorée par Erik, sur la côte sud-ouest du Groenland, une cinquantaine de kilomètres après la pointe sud du Groenland.
Ces s'installent le long d'une douzaine de fjords libres de glaces et relativement verts, favorables à une agriculture basée sur l'élevage et riches en gibier. Les chefs de familles, listés dans le Landnámabók, donnent leurs noms aux principaux fjords et établissements : Eiríksfjörðr (le fjord d'Erik, aujourd'hui le fjord de Tunulliarfik), Einarsfjörðr (le fjord d'Einar, aujourd'hui le fjord d'Igaliku), Herjólfsnes et Herjólfjörðr (le promontoire et le fjord de Herjólfr, aujourd'hui Ikigaat et Narssap Sarqa), Hrafnsfjörðr (le fjord de Hrafn, aujourd'hui le fjord d'Alluitsoq)… Erik le Rouge s'établit à Brattahlíð, sur l'Eiríksfjörðr, qui devient le centre politique de la colonie, le lieu où se réunit le thing. Près de ont été mises au jour par les archéologues dans ce premier groupe de colonies appelé Eystribygð (Établissement de l'Est). Environ au nord est rapidement fondée une seconde colonie, appelée Vestribyggð (Établissement de l'Ouest), à proximité de l'actuelle capitale du Groenland, Nuuk. Cet établissement était constitué de , dont les plus importantes se trouvent à Sandnes. Un troisième petit établissement composé d'une vingtaine de fermes et situé quelques kilomètres au nord de l'Établissement de l'Est est parfois appelé Établissement du Milieu, bien qu'il puisse également faire partie de l'Établissement de l'Est.
Conditions de vie Sur les pâturages favorables des fjords du sud-ouest du Groenland, les Scandinaves exploitent leur bétail, en particulier les ovins, plus adaptés que les bovins aux conditions climatiques et aux sources de nourritures disponibles, notamment pendant l'hiver, et moins consommateurs de fourrage. Les environs des fjords colonisés fournissent poissons et mammifères (phoque et renne notamment). Malgré ces atouts, les colons sont tributaires des liens commerciaux avec l'Islande et la Norvège, que ce soit en termes de ressources comme de biens permettant aux Scandinaves de maintenir leur identité culturelle européenne, en particulier les vêtements, mobiliers et vaisselle. L'été, ils partent donc dans le Norðrsetur (les régions de chasse du nord), une zone située aux environs de la baie de Disko, à quelque au nord de l'Établissement de l'Ouest, équivalent à de rames depuis l'Établissement de l'Ouest et depuis l'Établissement de l'Est. Ils y chassent le phoque, morse, le narval, le faucon et l'ours polaire (dont certains sont capturés et gardés vivants), afin de produire de la viande et de la graisse, de la fourrure et de la peau, et surtout de l'ivoire, des biens prisés à l'export vers la Norvège. Selon les besoins, les chasseurs pouvaient remonter encore plus au nord, comme l'atteste une pierre runique découverte en 1824 dans l'archipel d'Upernavik. La raison de la présence d'objets en fer d'origine scandinave au nord de la baie de Melville, sur l'île d'Ellesmere et dans le détroit de Smith est toujours sujette à discussion : vestiges de naufrages, de commerce avec les autochtones de la culture de Thulé, ou encore de pillage par les Thuléens de sites scandinaves abandonnés.
vignette|alt=Une église de pierre en ruines, sans toiture, domine une prairie rocailleuse descendant vers un fjord.|L'église de Hvalsey, dans l'Établissement de l'Est, où a été célébré le dernier mariage connu au Groenland scandinave en 1408.