Les relations franco-polonaises désignent les liens, échanges, confrontations, collaborations et rencontres, d’ordre économique, diplomatique, et culturel, qu’ont entretenus hier et entretiennent aujourd’hui la Pologne et la France. Ces relations ont une histoire millénaire, puisque les premiers contacts entre des personnalités publiques relevés dans l'histoire commune des deux pays, remontent au .

Cette histoire est riche mais n'est pas linéaire. D'un côté, de grands événements fédérateurs ont entretenu le mythe d'une , comme la renaissance de l'État polonais en 1807 avec la création du duché de Varsovie par Napoléon Bonaparte, la Grande Émigration polonaise vers la France au milieu du , l'élan de solidarité au sein de la population française à la suite de la déclaration de la loi martiale en 1981 en Pologne, ou encore de grandes figures d'origine polonaise comme Marie Curie, Frédéric Chopin, ayant marqué l'histoire française.

De l'autre, de nombreuses crises de confiance alimentées par des malentendus et désaccords ont nui à cette proximité, comme la non-assistance de la France envers l'invasion de la Pologne par les armées nazies et soviétiques en 1939. Bronisław Geremek, ancien ministre polonais des Affaires étrangères parle d'une . Selon lui, la Pologne qui a toujours recherché la reconnaissance et l'amour de la France, a souvent été déçue dans ses attentes. Quant à la France, elle a vibré pour la Pologne avec ferveur à différents moments de l'histoire, mais a toujours perçu ce pays comme éloigné, aux confins de l'Europe, à l'Est..

Aujourd’hui, la Pologne est le premier partenaire économique de la France en Europe centrale. L’entrée de la Pologne dans l’OTAN en 1999 et son adhésion à l’Union européenne en 2004, qui font suite à la chute de l'Union soviétique et le retour de la Pologne sur la scène européenne, ont eu pour conséquence le rapprochement évident des deux pays sur les plans économiques et politiques. Les deux pays sont membres du Triangle de Weimar (groupe de coopération réunissant les chefs d'État allemand, français et polonais) et unis par la signature d’un partenariat stratégique bilatéral en 2008 constitué d'un programme de coopération, renforçant les nombreux liens politiques, économiques, sociaux et culturels entre les deux pays.. Ce partenariat est renouvelé en 2013. En , la France et la Pologne signent un traité, engageant les deux parties à une assistance mutuelle..

Par ailleurs, la Pologne a le statut d’État observateur au sein de l'Organisation internationale de la francophonie.

Histoire des relations

L'histoire des relations entre deux pays de manière générale, et celle franco-polonaise en particulier sont des réalités complexes. Bien qu'aujourd'hui, la théorie qui domine l'étude des Relations internationales, le paradigme réaliste, vise à faire de l’État l'acteur central des relations internationales, une vision élargie en histoire permet de distinguer, d'une part les relations entre les gouvernements et les États, et d'autre part une vision plus culturelle en s’intéressant aux relations qu'ont entretenus les sociétés et élites. Cette distinction est particulièrement importante concernant l'histoire des relations entre la France et la Pologne, et cela pour deux raisons : Sur le temps long, l'intensité des relations entre les dirigeants polonais et français n'a pas toujours concordé avec la richesse des relations économiques et culturelles observées entre les deux populations. La Pologne, au cours de ses 1000 ans d'histoire, ayant subi plusieurs périodes d'occupation étrangère (russe, allemande, autrichienne) lui ayant fait perdre son indépendance, n'étudier que les relations diplomatiques entre les deux États omettrait une partie de leur histoire commune..

Dynasties Piast et capétienne : premiers contacts (-) Les fondateurs des deux dynasties régnantes à cette époque en Pologne et en France accédèrent à peu près simultanément à leurs trônes : , le premier souverain Piast connu, vers , et Hugues Capet le premier capétien, en . Probablement, en raison de la distance géographique qui les éloignait et de la différence de langue, les deux dynasties n’entretinrent pas de relations politiques à cette époque, bien qu'il existait toutefois des relations commerciales entre certaines provinces du Nord et de l'Est de la France (Flandre et Champagne) et la Pologne..

Des liaisons culturelles et religieuses Jusqu'à l'introduction du latin en Pologne, la différence de langue représentait un obstacle à l'établissement de relations entre les deux pays. Il apparut en Pologne au début du , concomitamment avec la christianisation du pays qui débuta sous le règne de . Ainsi, proximité culturelle avec le catholicisme, et proximité linguistique avec le latin, donnèrent lieu aux premiers rapprochements entre la fille aînée de l'Église et la nouvelle terre chrétienne qu'était la Pologne, notamment par l’intermédiaire de liens monastiques qui se multiplièrent à partir du ..

Le roi de Pologne fait moine à l'abbaye de Cluny

vignette|268x268px|Abbaye de Tyniec en Pologne

Selon la légende, fils de et héritier du trône, échappant à une révolte en Pologne, principalement dirigée contre sa mère régente Rycheza de Lorraine, se serait enfui dans plusieurs régions d'Europe. Malgré la tentative d'un retour, il est de nouveau chassé et décide de se rendre en France, d'abord à Paris pour y étudier, puis à Cluny pour se faire diacre au sein de l'abbaye. Pendant ce temps, la Pologne qui a sombré dans l'anarchie depuis la mort de , se retrouve sans souverain, ni autorité. Les seigneurs de la diète polonaise virent dans l'espoir du retour de l'héritier Casimir, le seul salut possible pour le futur de leur pays. Ils se rendirent successivement à Cluny, puis à Rome devant le pape , pour obtenir de l'Église la rupture des vœux du jeune roi afin qu'il puisse retrouver son trône.. Il s'agit vraisemblablement du premier contact entre deux personnalités importantes des histoires française et polonaise ( et Odilon, l'abbé de Cluny).

Si la véracité de cette histoire est aujourd'hui remise en cause par certains historiens, il est en tout cas prouvé que la famille régnante en Pologne, et notamment était proche de l'Ordre de Cluny. fit en effet construire trois abbayes dont celle de Tyniec, la plus vieille de Pologne, ainsi que deux monastères bénédictins, celui de Mogilno près de Gniezno et celui de Leczyca. À cet effet, il fit venir douze moines de Cluny dont Aaron auquel il accorda le titre d'abbé de Tyniec, puis celui d'archevêque de Cracovie en 1046.

Un moine de Gaule à l'origine de la première histoire de Pologne

vignette|Portrait de Gallus Anonymus par Henryk Piątkowski Gallus Anonymus, (Gallus qui signifiait « le Gaulois », son nom de famille demeurant inconnu) en voyage en Pologne, est l'auteur de la première chronique médiévale ayant la Pologne pour sujet principal et l’une des plus anciennes sources narratives polonaises conservées, la première histoire de la Pologne, écrite entre et , qui est surtout une histoire hagiographique des souverains de la dynastie des Piast. Très peu d'informations sont connues sur l'auteur des chroniques de l'histoire de la Pologne. D'après l'historien polonais Stanislas Ketrzynski, Gallus serait un moine de l'abbaye de Saint-Gilles en Provence. Il est arrivé en Pologne par l'Italie et la Hongrie, vers l'an appelé par l'évêque de Posen. Afin de se faire remarquer par le roi de la Pologne, il se lança dans la rédaction de sa chronique..

La chronique de Gallus Anonymus s’inspire fortement des hagiographies médiévales, qui étaient souvent réalisées à la demande des souverains, pour les décrire de manière flatteuse aux dépens parfois de la vérité historique. Pour autant, son œuvre a fortement influencé le futur de la Pologne. En effet, sa version de l'histoire polonaise développait l'idée que l'autorité du souverain était inférieure à celle de Dieu et s'exprimait par la voix du peuple (comme dans le proverbe latin) . Ce concept renforce les traditions électorales des Polonais et leur tendance à désobéir et à remettre en question l'autorité du souverain. Il contribuera par la suite au développement de la «liberté dorée» système politique unique qui caractériserait le Commonwealth polonais-lituanien, dans lequel les rois étaient élus et contraints d'obéir au parlement.

Une alliance militaire lors des croisades Il semblerait que la première rencontre entre deux personnages publics polonais et français, relatée dans l'histoire des deux pays ait eu lieu en , en Palestine lorsqu'un contingent d'Henryk duc de Sandomierz porta secours aux troupes de (fait roi de Jérusalem à l'issue de la première croisade). Henryk était un prince polonais de la dynastie Piast, duc de Sandomierz de à . Il fut probablement très influencé par sa participation à la deuxième croisade (-)., puisqu'il participa vraisemblablement à une deuxième croisade en terre sainte au cours des années -. Accompagné d'autres chevaliers polonais, il partit défendre Jérusalem contre les Sarrasins. Sous le commandement de , il passa un an en Terre Sainte. À son retour en Pologne, il fut vénéré par ses compatriotes pour sa prouesse chevaleresque et sa poursuite de la croisade, et estimé comme un exemple de chevalier chrétien. Son intervention est relatée par un certain nombre d'historiens polonais dont Jan Długosz.

Cette intervention restera symbolique, puisque jamais l'armée française et l'armée polonaise ne se seront affrontées sur un champ de bataille au cours de leur histoire.

Cent ans plus tard, un autre contingent polonais, levé par un duc de Silésie, vint renforcer les croisés commandés par saint Louis.

D'autres liens monastiques Abbaye à Jędrzejów, première filiale de Morimond en Pologne.|thumb|alt=|gaucheEn , ce sont des religieux cisterciens de Morimond qui vinrent en Pologne pour fonder une série de grands monastères : Jędrzejów en , Sulejów en , Wąchock en , Koprzywnica en .. Au siècle suivant, des dominicains fondèrent à leur tour des monastères.

Par ailleurs, des prélats polonais furent aussi nombreux à venir en France. Au , Stanislas de Szczepanów, qui allait devenir évêque de Cracovie avant d’être canonisé comme saint Stanislas, vint étudier la théologique sept ans à Paris

Fin de la dynastie des Piast À la fin de la dynastie Piast (1370), fils de Charles Robert de Hongrie de la Maison d'Anjou et de Élisabeth de Pologne eu une fille Hedwige qui, mariée en à , régna sur la Pologne. Ils furent à l'origine du règne des Jagellons sur la Pologne qui dura jusqu'en .

Époque de la Renaissance : la Pologne à la périphérie de la diplomatie française (-)

Les diplomates français cherchent le contact avec la nouvelle puissance polonaise Le est l'apogée du royaume des Jagellons en Pologne. En 1454, les Prussiens se soulèvent, contre l'ordre Teutonique, ce qui entraine à la demande des représentants des principales cités, l'incorporation de la Prusse à la Pologne. Cet acte marque le début de la guerre de Treize Ans entre l'ordre Teutonique et la Pologne dont elle ressort victorieuse. Au traité de Thorn en 1466, elle reçoit l'est de la Poméranie orientale, Elbląg, Marienbourg et Chełmno. Casimir IV de Pologne réunit ainsi brièvement les couronnes de Bohême (entre 1471 et 1526) et de Hongrie (entre 1490 et 1526) à celle de Pologne. Le pays maitrisait alors une grande partie de côtes de la mer Baltique notamment avec le port de Gdansk. Face à cette nouvelle puissance, les diplomates français imaginèrent alors un projet d'alliance entre la France et les Jagellons en mariant des princesses françaises avec les rois Jean Albert de Pologne et Ladislas de Hongrie, seul le second projet aboutit.