Le Grand Prix d'Afrique du Sud 1969 (), disputé sur le circuit du Kyalami le , est la cent-soixante-quatorzième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la première manche du championnat 1969.

Contexte avant la course Le championnat du monde La saison 1969 est la quatrième disputée sous la réglementation trois litres pour les monoplaces à moteur atmosphérique, avec également possibilité d'utilisation de moteurs suralimentés, un coefficient deux étant alors appliqué pour la cylindrée (soit un maximum de en cas d'utilisation d'un compresseur volumétrique ou d'un turbocompresseur). La réglementation s'appuie sur les points suivants :

pas de cylindrée minimale cylindrée maximale : si moteur atmosphérique ou si moteur suralimenté poids minimal : (à sec) roues non carénées double circuit de freinage obligatoire arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote) démarreur de bord obligatoire extincteur obligatoire carburant commercial obligatoire ravitaillement en huile interdit durant la course distance minimale d'un Grand Prix : 300 km (à l'exception du GP de Monaco) distance maximale d'un Grand Prix : 400 km distance minimale pour être classé : 90% de la distance parcourue par le vainqueur thumb|upright|right|alt=Jim Clark|Jim Clark s'est octroyé le record officiel du circuit de Kyalami lors de sa chevauchée victorieuse au Grand Prix d'Afrique du sud 1968. Le champion écossais a tragiquement disparu trois mois plus tard à Hockenheim en disputant une course de Formule 2.

Par rapport à l'année précédente, la section minimale de l'arceau de sécurité a été augmentée et les monoplaces doivent désormais embarquer deux extincteurs automatiques, un à l'avant du cockpit et l'autre à l'arrière. En conséquence, le poids minimal a été porté à 510 kg (contre 500 auparavant).

À l'issue d'une saison extrêmement disputée, Graham Hill a remporté en 1968 son second titre mondial, le pilote Lotus ayant toutefois dû attendre la dernière manche, au Mexique, pour s'imposer face à Jackie Stewart (sur Matra) et Denny Hulme (sur McLaren). Les trois rivaux, qui pour 1969 ont reconduit leur contrat au sein de leurs écuries respectives, utilisaient tous la même mécanique, le moteur Ford-Cosworth DFV qui s'est révélé comme l'arme absolue en F1 et a remporté onze des douze épreuves du championnat. L'année 1968 a également vu l'apparition des ailerons sur les monoplaces, tous les constructeurs ayant à terme adopté ces dispositifs aérodynamiques améliorant considérablement la tenue de route des voitures.

Le circuit

Inauguré en 1961, le circuit de Kyalami fut tout d'abord utilisé pour des courses de pilotes amateurs, avant d'être le théâtre du Grand Prix du Rand, cette même année, une épreuve internationale de Formule 1 remportée par la Lotus 21 du regretté Jim Clark. Situé sur le plateau du Highveld, à vingt-cinq kilomètres au nord de Johannesbourg, il bénéficie d'installations très modernes et se caractérise par une très longue ligne droite, en descente, précédant une portion très sinueuse. L'altitude élevée (plus de mille cinq-cents mètres) provoque une perte de puissance des moteurs de l'ordre de quinze pour cent par rapport à celle mesurée au niveau de la mer. Depuis 1967, la piste de Kyalami a succédé à celle d'East London pour l'organisation du Grand Prix d'Afrique du Sud. C'est Clark qui détient le record officiel du tracé, ayant couvert, sur sa Lotus, les 4,1 kilomètres à la moyenne de 176,5 km/h lors de l'édition 1968 du Grand PrixRevue L'Automobile - février 1968. Ce temps a été largement battu par Jackie Stewart, qui sur sa Matra a bouclé un tour à 183,8 km/h lors d'une intense séance de test de pneumatiques en janvier dernier, puis le mois suivant par Denny Hulme qui au volant de sa McLaren a établi le record officieux à 184,4 km/h de moyenne.

Monoplaces en lice : les puissances des moteur, basées sur les mesures des bancs d'essais, sont données à titre indicatif : en raison de l'altitude élevée, les puissances disponibles sur le circuit de Kyalami sont inférieures à celles indiquées, la perte étant estimée à 15%.

Quatre des six équipes d'usine (Lotus, McLaren, Matra et désormais Brabham), ainsi que l'écurie de Rob Walker, font appel au moteur Ford-Cosworth DFV. Dans sa version Mk9, ce V8 à doubles arbres à cames en tête avec distribution à quatre soupapes par cylindres, alimenté par injection indirecte Lucas, développe 430 chevaux à 9500 tr/min.

Lotus 49B "Usine" thumb|upright=1.2|right|alt=Lotus 49B|La Lotus 49B du Rob Walker Racing Team, confiée à Joseph Siffert, est techniquement très proches des monoplaces d'usine. Pour l'épreuve sud-africaine, cette voiture comportait des appendices aérodynamiques non présents sur cette image. L'équipe de Colin Chapman a amené trois 49B à moteur porteur Cosworth pour Graham Hill, Jochen Rindt et Mario Andretti, ce dernier étrennant un tout nouveau châssis. Mécaniquement identiques aux modèles 1968, les Lotus sont maintenant dotées d'une quatrième pédale, commandant l'inclinaison de l'aileron arrière. Sur la monoplace d'Andretti, le capot avant est pourvu de deux déflecteurs latéraux, contrairement aux deux autres voitures qui adoptent un aileron avant fixé sur les bras supérieurs de suspension. La 49B la plus récente est dotée d'une boîte cinq vitesses Hewland FG400, Hill et Rindt utilisant quant à eux une Hewland DG300, réputée un peu plus robuste. Les Lotus pèsent 510 kg à sec et sont chaussées de pneus FirestoneRevue Sport Auto - .

Lotus 49 & 49B privées Au sein du Rob Walker Racing Team, Joseph Siffert dispose de son habituelle Lotus 49B, maintenant équipée d'une version Mk9 du V8 Cosworth, le moteur étant accouplé à une boîte «cinq» Hewland DG300. Différent de celui des Lotus officielles, le capot avant de cette voiture n'intègre pas de réservoir auxiliaire, aussi a-t-on ajouté deux réservoirs de carburant latéraux en prévision de la surconsommation liée à l'altitude. Grâce à des supports prêtés par l'usine, l'écurie va pouvoir tester l'aileron arrière mobile commandé par une quatrième pédale et un aileron avant fixe a été monté sur les bras de suspension. Ces supports, relativement fragiles, devront cependant être rendus à leur propriétaire le samedi, aussi Siffert devra-t-il revenir pour la course à la configuration de la fin de saison précédente (deux déflecteurs avant et un aileron arrière fixe). Le Rhodésien John Love s'aligne quant à lui sur la Lotus 49 du Team Gunston, qu'il utilise avec succès dans le championnat sud-africain. Elle est dotée d'un aileron avant fixe et d'un aileron arrière dont l'inclinaison diminue lors de la sélection du cinquième rapport. Contrairement aux autres Lotus, chaussées par Firestone, celle de Love est équipée de pneus Dunlop.

McLaren M7A "Usine" Bruce McLaren a engagé deux M7A à moteur Cosworth et boîte de vitesses Hewland DG300. Si la voiture de son coéquipier Denny Hulme est dans la même configuration (aux spécifications réglementaires près) qu'à la fin de la saison 1968, le pilote-constructeur a modifié la sienne (officieusement rebaptisée M7B), remplaçant le réservoir situé au dessus des jambes du pilote par des réservoirs latéraux, la modification devant permettre à terme d'adapter une transmission intégrale. Les deux monoplaces ont un capot avant comportant deux déflecteurs fixes. Celle de Hulme est dotée d'un aileron arrière fixe, alors que McLaren peut commander l'inclinaison de sa lame arrière par l'intermédiaire d'une poignée située à gauche du volant. Les McLaren sont chaussées de pneus Goodyear. La voiture de Hulme est la plus légère des deux (530 kg à sec contre 540 pour celle de son employeur).

McLaren M7A privée Courant sous les couleurs du Team Lawson, le pilote local Basil van Rooyen s'aligne sur la McLaren M7A qu'il a rachetée à l'usine en janvier et avec laquelle il vient de remporter une manche du championnat sud-africain, sur le circuit de KillarneyMagazine MotorSport Vol.XLV - . Elle est techniquement identique à celle de Hulme, à l'exception de l'aileron arrière mobile, monté sur les bras de suspension et commandé hydrauliquement. Van Rooyen utilise des pneus Dunlop.

Matra MS10 & MS80 "Usine" Pour 1969, Matra utilisera encore son V12 pour les épreuves d'endurance mais a momentanément renoncé à son usage en Formule 1, le V8 Cosworth s'étant avéré nettement plus compétitif que le moteur français dans cette discipline. La gestion de l'équipe F1 est confiée à Matra International, dirigée par Ken Tyrrell, avec Jackie Stewart et Jean-Pierre Beltoise pour pilotes. L'écurie commence la saison avec les MS10 de l'année précédente, la nouvelle MS80, tout juste achevée et brièvement testée par Beltoise à Montlhéry, ayant toutefois été amenée en réserve. Sur les deux modèles, animés par le V8 Cosworth DFV associé à une boîte de vitesses Hewland DG300, les réservoirs latéraux font partie intégrante de la coque et contribuent à sa rigidité. Alors que la MS10 comporte un berceau arrière supportant la partie mécanique, le châssis monocoque de la MS80 ne comporte que la partie avant et le cockpit, le moteur étant porteur comme sur les Lotus et McLaren. Elle se distingue également de sa devancière par ses freins arrière accolés au différentiel. La MS80 pèse 540 kg à sec (550 kg en ordre de marche), soit dix de moins que la MS10. Les Matra sont chaussées de pneus Dunlop. Elles sont équipées de déflecteurs sur le capot avant (reliés à la suspension sur la MS80) et d'un aileron arrière avec inclinaison commandée électriquement. Un aileron additionnel peut être également monté au niveau du train avant.

Ferrari 312/69 "Usine" thumb|upright=1.2|right|alt=Ferrari 312/69|La nouvelle Ferrari 312/69. La Scuderia Ferrari n'a amené qu'une seule voiture, confiée à Chris Amon. Ce sera la première course pour la nouvelle 312/69, évolution du modèle de l'année précédente. Le moteur V12 à 48 soupapes développe désormais 435 chevaux à 11000 tr/min, soit un gain d'une vingtaine de chevaux par rapport à la version précédente. Par rapport au modèle 1968, qui était 10 cm plus court, la coque a été affinée, la largeur du cockpit ayant été réduite. Contrairement aux autres F1, l'aileron arrière (mobile) est fixé sur le moteur, juste derrière le pilote. La 312/69 pèse 530 kg à vide. Elle est équipée de pneus Firestone.

BRM P133 & P138 "Usine" Nouvellement recruté par le constructeur de Bourne, John Surtees aura à sa disposition deux P138, la plus récente étant équipée de la dernière évolution du moteur V12, avec nouvelle culasse intégrant une distribution à quatre soupapes par cylindre, qui délivre 420 chevaux à 9500 tr/min ; la voiture de réserve conserve une version 24 soupapes, développant 20 chevaux de moins. La P133 confiée à Jackie Oliver est également dotée d'un V12 24 soupapes. Contrairement aux P138 qui bénéficient d'une boîte «cinq» conçue et réalisée en interne, la P133 est dotée d'une boîte Hewland DG300. Elle pèse 550 kg à vide, environ 20 de plus que les P138 dont la coque est plus fine. Les BRM ont un aileron arrière fixe et des déflecteurs sur le capot avant. Elles utilisent des pneus Dunlop.

BRM P126 privée Surtees ayant pris sa place dans l'équipe officielle BRM, Pedro Rodríguez n'a pas trouvé de volant d'usine cette saison et a accepté de piloter la BRM P126 de l'écurie de Reg Parnell. Ce modèle, initialement construit pour la série Tasmane, est techniquement identique à la P133. Rodríguez utilise des pneus Goodyear.

Brabham BT26A "Usine"