Gaston de Raousset-Boulbon est un militaire, écrivain, journaliste, politicien, aventurier et flibustier français né à Avignon le et mort exécuté le à Guaymas.

Issu d'une famille noble comtadine, après avoir vécu 10 ans à Paris et dilapidé l'héritage de sa mère, il participe à la conquête de l'Algérie, pendant laquelle il côtoie Thomas Robert Bugeaud et Henri d'Orléans. Il rentre à Avignon après la révolution de 1848, fonde le journal La Liberté, et s'investit sans succès en politique : il échoue aux élections législatives de 1848 et 1849.

Il émigre en Californie en 1850 pour y faire fortune, et y crée plusieurs entreprises. En 1852, soutenu par le consul général de France à San Francisco et le ministre plénipotentiaire de la France au Mexique, il organise avec l'accord du gouvernement mexicain une expédition armée en Sonora, qui se termine, à cause d'accords non tenus, par une victoire face à l'armée mexicaine (lors de la bataille de Hermosillo). Après cette victoire, il tombe dans le coma à cause d'une maladie assimilée à la dysenterie ; il parvient tout de même à rentrer en Californie. Déçu par ce qu'il dit être une trahison des autorités mexicaines, il décide d'organiser une seconde expédition en 1854, qui s'achève par une défaite lors de la bataille de Guaymas, puis sa condamnation à mort par un conseil de guerre mexicain, suivie de son exécution le .

Il acquiert une importante renommée posthume : il inspire Gustave Aimard, Jules Boissière et Victor Hugo.

Biographie gauche|vignette|alt=Portrait gravé d'un jeune homme barbu et moustachu|Portrait de Gaston de Raousset-Boulbon par un auteur inconnu.

Jeunesse Charles René Gaston Gustave de Raousset-Boulbon naît le à Avignon. Il est le fils de Henri de Raousset-Boulbon ( - ), comte de Raousset-Boulbon et baron de Raousset-Boulbon et de l'Empire (lettres patentes du Lettres patentes du .) qui fait dissoudre son majorat en 1837, et de Constance de Sariac, qui meurt alors qu'il est encore nourrisson. Il passe la majeure partie de son enfance en Gascogne chez sa grand-mère maternelle. Enfant décrit comme autoritaire, irascible, fugueur, fier et hautain, il est surnommé par les domestiques. Il est envoyé au collège Saint-Michel de Fribourg, alors pensionnat de jésuites. Il est renvoyé du pensionnat à l'âge de 17 ans pour avoir refusé de s'agenouiller en punition devant le révérend ; il rejoint alors son père au château de Boulbon.

À 18 ans, il s'émancipe de la tutelle de son père avec qui il est en froid et hérite d'une considérable fortune issue de sa mère. L'année suivante, le jeune homme part pour Paris, où il mène un train de vie plutôt faste. Il effectue à cette époque un court voyage dans le Morbihan et en Vendée, avant de rentrer à Boulbon, où il se brouille avec son père, qu'il ne reverra plus jamais. Il dilapide sa fortune en quelques mois, en achetant notamment une maison en Normandie, un bateau à vapeur sur la Seine, une usine à Paris et un hôtel rue de Rivoli. Pendant cette période, Gaston de Raousset-Boulbon écrit de nombreux poèmes et quelques pièces de théâtre.

En Algérie En 1845, presque ruiné, Raousset-Boulbon part pour l'Algérie, alors en cours de conquête par la France. Il chasse des fauves et devient un fervent colonialiste. Son père meurt , et lui lègue une importante somme d'argent. Le , Henri d'Orléans est nommé gouverneur d'Algérie ; Gaston de Raousset-Boulbon en devient l'aide de camp et l'ami.

En , il émet l'idée d'envoyer en Algérie des , projet récupéré par Eugène Cavaignac et Louis Juchault de Lamoricière..

Retour en France Lors de la révolution de 1848, Raousset-Boulbon perd son titre et une partie de sa fortune, mais il n'est pas pour autant hostile à la Deuxième République. Il rentre en France, et il commence à s'investir politiquement : il rédige des articles pour plusieurs journaux, où il défend l'union de toutes les forces de la nation. Cet engagement le pousse à effectuer plusieurs duels et à être poursuivi puis acquitté par la cour d'assises d'Avignon. Candidat indépendant aux élections législatives de 1848, il est battu. Le de la même année, il fonde le journal La Liberté, et échoue encore aux élections législatives 1849. Il rentre à paris en .

En Amérique vignette|alt=Portrait d'un homme barbu et moustachu|Portrait de Gaston de Raousset-Boulbon par S.H. Burgess. Sur un coup de tête, Raousset-Boulbon monte le à bord du vapeur anglais Avon à Southampton, et s'installe en troisième classe. Le navire fait halte à Porto Santo (Madère), franchit le tropique du cancer le , fait escale à la Barbade du 7 au , à Saint-Thomas (Indes occidentales danoises), à Porto Rico (États-Unis), dans l'empire d'Haïti puis à la Jamaïque le . Le navire longe ensuite la côte de l'Amérique : Santa Marta (Venezuela), Carthagène des Indes (Colombie) et Chagres (Panama). Il remonte le Río Chagres sur une pirogue et traverse l'isthme de Panama, et arrive enfin le à Panama. Il en repart le , à bord de lEcuador faisant route vers San Francisco - où est déjà présente une importante communauté française . Il y débarque le , et il écrit une lettre à un ami dans laquelle il décrit son parcours, ses conditions de voyage et ses rencontres.

Rapidement, Raousset-Boulbon s'intègre dans la communauté française grandissante de San Francisco. Il travaille d'abord comme débardeur, mineur, pêcheur, chasseur sur le fleuve Sacramento, puis fonde une entreprise de déchargements de navires dans le port de San Francisco en association avec un autre Français ; il part ensuite à Los Angeles, où il achète des bovins qu'il vend ensuite à San Francisco. Il rencontre Charles de Pindray, qui lui parle de son projet de coloniser la Sonora. Toutefois, Gaston de Raousset-Boulbon refuse de suivre Pindray lorsqu'il lance une première expédition. Il est possible qu'une rivalité existe entre les deux hommes.

Toutes ces entreprises ne lui rapportant que peu d'argent, il se tourne vers le Mexique, comme l'avait fait plus tôt Charles de Pindray. Il fait la connaissance de Patrice Dillon, consul général de France à San Francisco, qui l'envoie au Mexique rencontrer André Levasseur, ministre plénipotentiaire de France au Mexique. Dillon et Raousset-Boulbon établissent un plan de colonisation de la Sonora et d'exploitation des mines d'''Arizona. Le consul Dillon se montre favorable au projet, car cela lui permettrait de se débarrasser de nombreux criminels français au comportement problématique. Raousset-Boulbon part alors pour Mexico. Le ministre Levasseur se montre très enthousiaste à son égard, le nomme chef de colonie, lui permet de recruter des hommes et d'acheter des armes.

Au bout de deux mois de négociations menées par Levasseur et Raousset-Boulbon, les associés fondent la compagnie Restauradora del mineral de Arizona, et obtiennent le une concession de la part du président Mariano Arista. Pendant que Levasseur envoie des lettres au gouverneur de l'État et au général Blanco pour s'assurer de leur soutien, le comte signe le un contrat avec la banque Jecker Torre & compagnie. Levasseur met en avant le rôle de défense de la frontière mexicaine face aux Apaches ou aux attaques venant des États-Unis, tout en faisant croire que la recherche du profit n'entre pas dans ses motivations. En avril 1852, il diffame même Charles de Pindray auprès des autorités mexicaines, lui faisant perdre toute confiance parmi les habitants de Cocospera, où Pindray et ses hommes sont installés. Pindray décède en juin 1852, laissant le champ libre à l'expédition de Raousset-Boulbon.

Première expédition en Sonora (1852) vignette|La ville de Guaymas vers 1870.|alt=Panorama photographique en noir et blanc d'une ville portuaire Raousset-Boulbon rentre à San Francisco, après s'être assuré du soutien du gouverneur de Sonora et du général Miguel Blanco, achète des armes et recrute 150 hommes, principalement français. La compagnie embarque sur le Archibald Gracie et arrive le à Guaymas, principal port de Sonora, où les Français sont accueillis avec entrain par les habitants mais avec froideur par les autorités.

D'après l'historien Malcolm J. Rohrbough, les négociations avec les autorités mexicaines sont marquées par des incompréhensions et des quiproquos. Le général Blanco lui intime l'ordre de demeurer à Guaymas et de se débarrasser de ses armes de guerre, prétendant n'avoir pas été mis au courant de l'expédition. En fait, entre février et juin, une compagnie rivale a été fondée, et préférée par le général Blanco. La compagnie Restauradora est retenue ainsi pendant un mois à Guaymas, tandis que la compagnie rivale arpente lArizona à la recherche de minerais. Finalement, Raousset-Boulbon décide de partir pour Hermosillo, capitale de l'État, laissant la compagnie à Guaymas. Pendant son absence, cette dernière se désorganise, abandonne ses armes, ses vivres et ses malades ; un messager envoyé par Raousset-Boulbon fait état d'un début de révolte et de demandes d'élections ; le comte revient alors à Guaymas, rétablit l'ordre et repart vers Hermosillo de nuit, suivi de la compagnie. Au cours de cette marche, un chariot est cassé, et un homme meurt de maladie. Après s'être installé, Raousset-Boulbon punit les meneurs de la révolte.

Après des tentatives de négociations, des messagers mexicains arrivés au soir du dans le camp français, établi à Sáric, formulent aux Français trois propositions : la dénationalisation et l'entrée sans solde dans l'armée mexicaine, l'interdiction d'exploiter les mines de Sonora ou la limitation de la compagnie à 50 hommes menés par un Mexicain. Raousset-Boulbon refuse ses conditions mais laisse à tous les membres de la compagnie la possibilité de la quitter : aucun ne le fait et le comte envoie une réponse négative au général le soir même. S'attendant à la guerre, la compagnie s'attelle à la fortification du camp, tandis que certains appellent aux armes. vignette|Drapeau que Gaston de Raousset-Boulbon aurait offert à ses troupes.|alt=Drapeau tricolore bleu-blanc-rouge avec au centre un texte doré disant "Indépendance de Sonore

La compagnie Resauradora se désolidarisant de lui, Raousset-Boulbon rompt tous ses liens avec elle et fonde la et se présente comme un libérateur. Deux français partent chercher des munitions et des renforts à San Francisco et à Mazatlán. Le , la compagnie - alors composée de 253 hommes, dont 42 cavaliers, appuyés par deux pierriers et deux pièces de bronze de faible calibre où campe le général Blanco, avec 400 soldats mexicains et quelques amérindiens. Le , les Français partent à marche forcée vers Hermosillo, alors que le général Blanco est persuadé qu'ils vont attaquer Ures.

La compagnie campe à Alamito, au nord de la ville, et aperçoit les Mexicains qui l'ont devancée, et qui rentrent dans la ville le . Le jour même, alors que des parlementaires tentent de les ralentir pour permettre aux Mexicains de fortifier Hermosillo, les Français s'installent dans une maison isolée à portée de canon de la ville ; la bataille de Hermosillo commence dans la matinée, les Français en position devant la ville prennent l'avantage grâce à quelques tirs d'artillerie, et l'entrée principale est prise d'assaut à l'arme blanche. La cavalerie mexicaine est mise en fuite mais la progression dans la ville est compliquée par la présence de 5 pièces mexicaines et des nombreuses fortifications improvisées. Finalement, les Mexicains retranchés dans le jardin public sont mis en fuite par une dernière charge française. Un drapeau et deux canons sont pris, mais la majorité de l'armée mexicaine - dont le général Blanco - prend la fuite. Les Français comptent 17 morts et 25 blessés, les Mexicains 200 tués ou blessés et 6 officiers capturés. Juste après cette victoire, Raousset-Boulbon est terrassé par la dysenterie qui le touchait depuis deux mois.