La bataille des Pays-Bas (en néerlandais ) est une opération militaire lancée par le Troisième Reich dans le cadre du cas jaune (en allemand ), qui désigne l'invasion allemande de la région des Pays-Bas (Belgique, Luxembourg et Pays-Bas) et de la France pendant la Seconde Guerre mondiale. Le but allemand est de s'emparer du territoire néerlandais comme base d'opérations contre les Alliés franco-britanniques.

L'invasion commence le et prend fin avec la capitulation des forces néerlandaises le . Les troupes néerlandaises de la province de Zélande continuent de résister aux forces allemandes jusqu'au , date à laquelle la Wehrmacht réalise la complète occupation militaire du pays. La bataille des Pays-Bas voit l'une des premières utilisations à grande échelle de forces aéroportées pour s'emparer d'objectifs stratégiques avant l'arrivée des unités terrestres sur la zone. La Luftwaffe dépose par avion et hydravion des troupes légères autour de plusieurs bases aériennes néerlandaises importantes à proximité de villes majeures telles que Rotterdam et La Haye ; le succès est incomplet mais contribue à désorganiser les forces néerlandaises tandis que le gros des forces allemandes, bien équipé en blindés, enfonce en quelques jours les lignes de défense terrestres. Le déploiement de la française dans le sud du pays (manœuvre Dyle-Breda) est trop tardif pour arrêter l'offensive allemande.

La bataille prend fin après le bombardement de Rotterdam par la Luftwaffe, qui cause la destruction d'une grande partie du centre-ville et de nombreux morts. Les Allemands menacent de bombarder d'autres grandes villes en cas de refus de capitulation des Néerlandais. L'état-major néerlandais, conscient de son incapacité à mettre un terme aux bombardements, décide donc de capituler pour éviter la destruction d'autres villes du pays et de nouvelles victimes. La famille royale, le gouvernement et la Marine royale néerlandaise évacuent le pays pour continuer la lutte aux côtés du Royaume-Uni.

Contexte : une neutralité précaire left|vignette|Soldats néerlandais veillant dans un fleuve, en novembre 1939. Lors de la Première Guerre mondiale, les Pays-Bas avaient adopté une position de neutralité fortement armée tout en accueillant des réfugiés belges. Les Pays-Bas et l'Allemagne n'avaient pas connu de menace de conflit depuis l'unification allemande en 1871 même si en 1916, sous la pression de l'Entente, les Pays-Bas avaient dû se joindre au blocus de l'Allemagne. À la fin du premier conflit mondial, les Pays-Bas avaient donné l'asile à l'ex-empereur allemand Guillaume II et refusé de le livrer aux forces alliées, le logeant dans la , où il vécut jusqu'à sa mort en 1941. Pendant l'entre-deux-guerres, les Pays-Bas avaient été un des plus zélés soutiens de la politique de paix de la Société des Nations ; La Haye était devenue le siège de la Fondation Carnegie et d'institutions internationales comme la Cour internationale de justice. L'industrie néerlandaise avait marginalement contribué au réarmement allemand sous la république de Weimar : en 1924, la firme Fokker, expatriée d'Allemagne aux Pays-Bas, lui avait vendu une centaine d'avions et contribué à l'entraînement de ses pilotesKaren Schaefer, German Military and the Weimar Republic, Pen & Sword Military, 2020, p. 151 .

Quand Hitler arrive au pouvoir en 1933, les Néerlandais commencent à se réarmer, mais beaucoup plus lentement que les autres nations. Les gouvernements néerlandais successifs ne voient alors pas l'Allemagne nazie comme une menace. Cette décision est motivée par le désir notamment de ne pas se mettre à dos l'Allemagne, important partenaire commercial. Le réarmement est ralenti par une politique budgétaire stricte, due au fait que le gouvernement conservateur néerlandais tente en vain de lutter contre la Grande Dépression qui touche durement la société néerlandaise. Les Néerlandais sont aussi victimes de leur perfectionnisme : ils mettent près d'un an à tester trois obusiers avant de se décider pour le Bofors, dix mois pour commander des canons Krupp qui d'ailleurs n'arriveront pas ; ils refusent le chasseur britannique Hawker Hurricane qui ne répond pas à leur niveau d'exigenceTobias Van Gent, « L’échec de la politique néerlandaise de neutralité armée (septembre 1939-mai 1940) », in La guerre de 1940 : Se battre, subir, se souvenir, Villeneuve d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2014, p. 47-62 .

Le Royaume-Uni et la France déclarent la guerre à l'Allemagne en septembre 1939, après l'invasion de la Pologne, mais aucune opération terrestre en Europe de l'Ouest n'était en cours lors de la « drôle de guerre », quand les Alliés constituaient leurs forces, en se préparant à une longue guerre (comme lors de la Première Guerre mondiale), pendant que les Allemands terminaient leur conquête de la Pologne et, au printemps suivant, celle du Danemark et de la Norvège. Le , Adolf Hitler ordonne de préparer des plans pour une invasion des Pays-Bas, en vue de les utiliser comme une base d'attaque, notamment vers la Grande-Bretagne. Il veut également anticiper une attaque venant des alliés, menaçant directement l'importante région de la RuhrKarl-Heinz Frieser, Blitzkrieg-Legende — Der Westfeldzug 1940, R. Oldenbourg Verlag München, 2005, p. 74..

gauche|vignette|Des soldats néerlandais ferment la porte blindée du pont Waal de Nimègue. Après le déclenchement du conflit en Europe, les Pays-Bas espèrent encore rester neutres comme ils l'avaient fait 25 ans plus tôt. Le major général , chef du renseignement, prévoit que les Allemands envahiront le pays tôt ou tard mais la plupart des membres du cabinet refusent toute perspective d'entrée en guerre et songent même à opposer une résistance armée aux Alliés s'ils cherchaient à se déployer sur leur territoire. Pour assurer cette neutralité, l'armée néerlandaise est mobilisée à partir du et un budget de 900 millions de florins est débloqué pour rééquiper les forces armées mais il s'avère très difficile d'obtenir le matériel nécessaire en temps de guerre, d'autant que les Pays-Bas commandent jusqu'alors une grande partie de leurs nouveaux équipements à l'Allemagne. Plusieurs historiens s'interrogent sur les raisons qui contribuent au choix de l'Allemagne comme fournisseur alors que des pays neutres comme les États-Unis, la Suisse, ou encore la Suède, auraient pu équiper l'armée néerlandaise. La position stratégique des Pays-Bas fait du pays un objectif logique des plans belliqueux allemands afin d'affirmer la domination du Troisième Reich sur l'Europe occidentale. Les alliés tentent de les convaincre de ne pas attendre l'inévitable attaque allemande mais de se joindre à eux durant la drôle de guerre. La Belgique et les Pays-Bas refusent tous deux, préférant rester neutres jusqu'au dernier moment, même lorsque les plans de l'offensive allemande tombent entre les mains des autorités belges quand un avion allemand s'écrase à Mechelen en Belgique le .

La France et le Royaume-Uni respectent cette position de neutralité bien qu'ils espèrent un changement d'avis en leur faveur en prévision des grandes offensives alliées prévues pour l'été 1941. Après l'invasion allemande de la Norvège et du Danemark (sans déclaration de guerre), les Néerlandais commencent à craindre une infiltration de leur pays par une cinquième colonne composée d'agents allemands et de traîtres. Ils commencent alors (trop tardivement) à se préparer sérieusement pour la guerre, par la prise de contre-mesures au sujet d'une possible attaque aéroportée allemande. Cependant, la plupart des civils se nourrissent de l'illusion que leur pays pourrait être épargné. L'attitude de la population néerlandaise et de ses dirigeants peut sembler extrêmement naïve mais le but est de rester à tout prix à l'extérieur d'une guerre afin de préserver les Pays-Bas des maux inhérents à tout conflit (morts militaires et civils, destructions). Les Néerlandais espèrent que la position de neutralité adoptée par leur pays et respectée par les belligérants pendant la Première Guerre mondiale pourrait de nouveau prendre place.

Les forces néerlandaises Un réarmement à l'état d'ébauche vignette|300px|Lignes principales de la défense néerlandaise.

Aux Pays-Bas, presque toutes les conditions matérielles pour une bonne défense étaient présentes : une population dense, jeune, disciplinée et bien éduquée, une géographie favorisant le défenseur et une forte base technologique et industrielle, dont une partie non négligeable d'industrie de l'armement qui a été semble-t-il peu sollicitée. Toutefois, celles-ci n'ont pas été exploitées, alors que la Wehrmacht avait encore de nombreuses lacunes dans son équipement et sa formation. L'avantage de l'équipement allemand sur l'adversaire est très relatif lors de la bataille de France de mai- où les Français et Britanniques disposent d'une part d'armement moderne, performant mais mal utilisé ; il est une réalité manifeste dans le cas de la bataille des Pays-Bas. L'armée allemande, à la pointe de la modernité, engage des divisions blindées, des bombardiers en piqué (comme le Stuka) et des forces aéroportées tandis que l'armée néerlandaise ne dispose que d'un seul char (un Renault FT français non-opérationnel), 39 véhicules blindés et cinq chenillettes, avec une armée de l'air composée en majeure partie de biplans et une infanterie armée de fusils à verrou Steyr-Mannlicher M1895 fabriqués avant la Grande Guerre. L'attitude du gouvernement néerlandais à l'égard de la guerre se reflète dans l'état des forces armées du pays qui n'avaient pas été correctement réarmées depuis 1904.

Les Néerlandais connaissaient des pénuries d'équipement si grandes qu'elles limitaient la création du nombre de grandes unités : il y avait juste assez d'artillerie pour permettre la formation de huit divisions d'infanterie (numérotées de 1 à 8, combinées en quatre corps d'armée), d'une division légère (c'est-à-dire motorisée, légère), quatre divisions de réserve (A, B, G et Peel) auxquelles s'ajoute une brigade du génie militaire et une brigade de défense contre avions soit un total de .

En dehors de deux brigades (brigades A et B), toutes les autres troupes sont levées comme infanterie légère dans des « bataillons des frontières », en fait dispersés sur tout le territoire pour retarder les mouvements de l'ennemi. Ils font usage de nombreuses lignes de casemates sans aucune profondeur. De vraies forteresses modernes comme le fort d'Eben Emael en Belgique sont inexistantes à l'exception de celles de Kornwerderzand à l'entrée de l'IJsselmeer. En comparaison, la Belgique, malgré une petite base de main-d'œuvre, aligne 22 divisions.

Après , des efforts désespérés ont été faits pour améliorer la situation mais avec très peu de résultats. L'Allemagne, pour des raisons évidentes, retarde ses livraisons, la France hésite à équiper une armée sans savoir si elle va pencher de son côté et une source abondante d'armes disponible, l'Union soviétique, est inaccessible puisque les Néerlandais ne reconnaissent pas le régime communisteSchulten, p. 37..

Blindés, artillerie et infanterie