Osei Tutu ou Osei (Osseï) Toutou, de son nom complet Osei Kofi Tutu, est le premier asantehene (monarque) de l'Empire ashanti, en Côte de l'Or (Ghana actuel), qui succède à la Confédération ashanti de 1701 à 1717. Il est un prince du clan Oyoko et neveu d'Obiri Yeboa, souverain de Kwaaman (Kumasi), État tributaire soumis au royaume de Denkyira.

En qualité d'héritier, il est envoyé comme otage à la cour du roi Boamponsem de Denkyira. Après avoir commis une faute, il s'enfuit à la cour du royaume d'Akwamu. Son oncle meurt au cours d'une guerre vers 1680 après avoir fédéré les États voisins, ce qui amène à lui succéder au plus tard en .

Sur base de l'expérience acquise aux cours de Denkyira et d'Akwamu, il entreprend plusieurs réformes administratives, financières et militaires sur lesquelles il s'appuie pour centraliser le pouvoir politique à Kumasi. Il procède à l'unification par voie militaire et diplomatique de la confédération asante et déclenche une guerre contre Denkyira qui se conclut par la bataille de Feyiase en 1701.

Au terme de cette bataille, l'hégémonie territoriale passe de Denkyira à l'Empire ashanti naissant. Osei Tutu adopte une politique d'expansion impérialiste, avant de mourir au combat en 1717. Après sa mort, une guerre de succession oppose ses deux neveux dont ressort vainqueur Opoku Ware.

Biographie Jeunesse naît vers 1660 dans le village d'Anyinam, aujourd'hui considéré comme une terre sacrée pour les Ashantis qui y commémorent sa naissance.. Son père, , est d'origine Adansi et est chef d'EsiaseEsiase ou Essiase est aujourd'hui une localité située sur la route au sud de Kokofu. Les vestiges funéraires témoignent d'une occupation au moins depuis le milieu du .., dans la région Adansi sud. Il appartient, par son père, au ntoro Bonsommuru. Sa mère, , est une princesse du clan Oyoko originaire de Kokofu.. Selon la légende, après une longue période de stérilité, sa mère aurait procédé à un rituel à l'autel Otutu akwapem, situé dans le royaume d'Akwamu et elle aurait nommé son fils d'après lui.. Selon les sources de la tradition orale, cet autel peut être un lieu, un prêtre ou encore le nom d'un dieu. Cependant il est généralement associé à un village sacré près d'Accra... Les fouilles archéologiques en lien avec la bataille de Katamansu (1826) mettent en lumière une série de lieux de rituels et d'offrandes à cet emplacement, mêlant des croyances locales et européennes et dont le but est de lever un maléfice qui relève de la sorcellerie. Cependant, cette implantation est datée au , mais l'existence de ce culte et de ces coutumes sont antérieures et difficiles à localiser.

Séjour à la cour de Denkyira vignette|upright=1.5|alt=Carte maritime représentant la Côte de l'Or vers 1700 avec le nom de tous les forts européens, de plusieurs États africains ainsi que les flèches marquant le chemin parcouru entre les trois cour|Carte datant d'avant 1701 mentionnant les différents royaumes et États africains. Les flèches noires représentent le parcours formateur d'. De Kumasi vers Denkyira, puis de Denkyira vers Akwamu.

En tant qu'héritier légitime du titre de Kwaamehene (roi de KwaamanKwaaman est l'ancien nom de Kumasi.), sert de tribut. En effet, en tant qu'État tributaire du royaume de Denkyira, l'État de Kwaamu doit payer un tribut annuel depuis la fin des années 1650., à la suite de la défaite vers 1659 des Adansis, alors occupant du territoire, lors du conflit qui les oppose aux Denkyiras. Il devient dès lors un otage politique de Boamponsem du Denkyirahene (roi de Denkyira), mais il conserve de nombreuses libertés semblables à celle d'un invité. Il devient général ou porte-bouclier des armées de Denkyira, mais finit par fuir vers Kumasi. Les raisons de ce départ restent floues. Selon la tradition orale, elle trouve origine dans une transgression sexuelle : soit Boamponsem aurait séduit la femme d', soit aurait séduit la sœur de Boambonsem. Dans son ouvrage History of the Gold Coast and Asante, Carl Christian Reindorf soutient la seconde hypothèse et la renforce en suggérant qu' met enceinte , la sœur du roi de Denkyira. L'enfant qui naît de cette union serait l'héritier du royaume de Denkiyara, Ntim Gyakari, selon la règle de succession matrilinéaire akane.

Séjour à la cour d'Akwamu La fuite d'Osei Tutu l'amène jusqu'à l'État Akwamu en compagnie d'un prêtre akwamu, Okomfo Anokye, qui l'accompagne lors des étapes de son accession au pouvoir.. En se mettant sous la protection du roi d'Akwamu, , qui refuse de l'extrader au Denkyira, évite une lourde punition. D'après la tradition orale retranscrite par Reindorf, la beauté d' aurait séduit la reine mère akwamu, au point qu'il soit considéré comme le prince consort par les Akwamus.

Après avoir découvert l'organisation et l'administration du royaume de Denkyira, il peut dès lors appréhender celui d'Akwamu qui est également, au , un État influent en Côte de l'or. Reindorf le souligne déjà en 1895 : C'est également lors de son séjour à Akwamu qu'il réalise l'importance du commerce avec les Européens pour acquérir des armes à feu.

Pendant qu' séjourne à Akwamu, son oncle Obiri Yeboa, chef du royaume de Kwaaman, développe des connexions avec les États voisins afin de fédérer les forces et faire de Kwaaman une capitale. Cependant, lors d'un conflit qui l'oppose à la chefferie de Dormaa, il meurt au combat vers 1680.

Accession au pouvoir Retour à Kwaaman vignette|alt=Portrait africain représentant un personnage central entouré de symboles ashantis, d'un trole descendant du ciel en haut à droite, d'un dwa et de parapluie de chefs en haut à gauche, un prête à gauche, une queue d'éléphant en dessous et un tambour sacré.|D'après le mythe fondateur, le trône d'or est descendu du ciel et supplante la légitimité de tous les autres dwa.

Après la mort d', est l'héritier légitime au titre de Kwaamanhene ; cependant son intronisation pourrait entrainer des sanctions de la part du royaume de Denkyira. Un régent, , est nommé en son absence et propose le trône à un autre successeur qui le refuse. Le régent prend alors en charge les démarches pour apaiser le Denkyirahene, afin de permettre à de revenir de son exil..

Selon Reindorf, serait revenu peu de temps après la mort d' à la tête d'une armée de 30 à armés de mousquets fournis par les Danois, suggérant qu'il est devenu chef de Kwaaman vers 1680. D'autres sources évoquent plutôt un retour en 1695 suivi d'un couronnement en 1697.. Cependant, les registres danois du fort Fredriksborg font état d'un échange commercial effectué en 1680 dans lequel plusieurs hommes sont mis à disposition des Européens, à titre de gage, contre des armes et de la poudre à canon. Ce type de transaction est à l'origine du commerce des esclaves entre les États africains intérieurs et les comptoirs européens.. La date et les modalités de cette transaction, qui coïncident avec la tradition orale ashanti, rendent probable l'accession au trône de Kumasi en ou après 1680.

Mythe fondateur Selon la tradition orale, Okomfo Anokye aide à instaurer l'unité ashanti en faisant descendre du ciel un symbole offert par les dieux, le trône en or (sika dwa). Ce trône devient le symbole d'autorité auquel les chefs peuvent prêter allégeance. fait réunir les chefferies voisines de Kwaaman afin qu'ils se soumettent à celui qui devait désormais être nommé asantehene. À la suite de cela, décide de renommer la ville en Kumasi en rapport aux trois arbres kum qu'il plante.. Kumasi signifie littéralement en twi ., ces arbres sacrés sont des figuiers des pagodes.. La plantation d'arbres sacrés, appelés gyedua ou , est devenue une obligation pour ses successeurs..

Formation de la confédération ashanti Organisation vignette|upright=1.5|alt=Carte focalisée aux environs de Kumasi avec les rivières principales, les villes membres de la confédération ashanti ainsi que les États environnants avec deux flèches marquants les premières expansions militaires|En vert, la fédération ashanti et ses premières expansions (flèches) au sein du royaume de Denkyira dont Abankeseso est la capitale. Plusieurs coalitions sont apparues avant l'avènement d', dont la dernière (1670) menée par est centrée autour de Kwaaman. Ces premières coalitions facilitent la démarche d'unification et de centralisation du pouvoir menée par Osei Tutu, après son accession au trône.. Dès son intronisation, il prépare la reprise du conflit contre les Domaa et enracine les alliances de la première confédération créée par Obiri Yeboa. À ces premiers alliés se rajoutent plusieurs chefferies qui formeront le socle fondateur de la confédération ashanti. Les forces Domaa sont battues et fuient vers le nord-ouest où ils fondent les chefferies d'Ahenkro, Berekum, Odumasi et Sumaa; puis, plus à l'ouest, prennent possession du royaume Gyaman.

À la suite de cette victoire, le futur empereur entame des démarches diplomatiques et militaires visant à renforcer les différentes alliances et former une confédération dans le but de lutter contre les pressions exercées par le royaume de Denkyira. Il subjugue tout d'abord les micro-états d'Amakum et Tafo afin de les réunir au sein d'un même État. Puis il établit une alliance avec son cousin, Bautin, qui règne sur une chefferie voisine, et prévoit de soumettre les autres chefferies.. Il marche sur plusieurs chefferies limitrophes, avec le soutien de chefferies alliées au clan Oyoko. Il fédère ainsi les chefs de Dwaben, Bekwai, Kokofu et Nsuta. Puis, il étend son influence par les armes vers le Nord à Offinso, puis vers l'ouest à Sehwi. Ces conquêtes sont facilitées par les armes à feu qu'il a en sa possession..

Avec l'aide d', il fait croître l'influence du royaume de Kwaaman en concrétisant l'unification des différents États situés dans un rayon de quarante kilomètres. Il fait de Kwaaman la capitale de cette nouvelle entité et établit une constitution qui définit l'organisation et l'administration entre ces États et crée également un festival culturel pour renforcer l'unification : le festival Odwira. Le mythe fondateur, lié au trône d'or, permet de fédérer les États sur le plan spirituel. est enfin à l'origine de la généralisation de l'organisation hiérarchique du clan Oyoko au sein de toute la confédération.

Il entame ses premières réformes militaires de l'armée ashantie en prévention des conflits à venir. Il adopte l'organisation militaire qu'il a pu observer chez les Akwamu et transforme ainsi l'armée de la confédération naissante en une unité combattante efficace.. Le nouveau modèle qu'il impose à l'ensemble de l'armée se compose de plusieurs formations : une avant-garde (twafo), un centre (adonten), une aile droite (nifa), une aile gauche (benkum) et une arrière-garde (kyidom). En second lieu, il implique chaque État de la confédération au sein de la formation en lui attribuant une place en adéquation avec l'organisation hiérarchique sociale. En ayant une hiérarchie prédéterminée, chaque chef connaît à l'avance sa position, ses supérieurs et subordonnés, ce qui est un important facteur de cohésion..

Il exploite ses connaissances acquises à Denkyira et Akwamu lors d'une offensive contre l'État de Dormaa peu de temps après son accession au trône, afin de venger la défaite et la mort de son oncle. Cette première victoire marque les intentions d'expansion d' dans sa politique extérieure. Il combat également l'État d'Amakum situé à l'ouest de Kumasi et nomme Adu Mensah, mari de l'Asantehemaa Nyako Kusi Amoa, à la tête de l'État. De cette union naîtra son successeur Opoku Ware. Afin de sceller définitivement cette alliance, Osei Tutu se marie à son tour avec une femme issue de la noblesse d'Amakum et évince un prétendant au trône, provoquant l'exil de celui-ci.

Escalade contre Denkyira