vignette|Dessin pierre noire, sanguine avec rehauts de blanc - Collection privée Élisabeth Vigée Le Brun, aussi appelée Élisabeth Vigée, Élisabeth Le Brun ou Élisabeth Lebrun, née Élisabeth Louise Vigée le à Paris et morte dans la même ville le , est une artiste peintre française, considérée comme une grande portraitiste de son temps.

Son art et sa carrière exceptionnelle en font un témoin privilégié des bouleversements de la fin du , de la Révolution française et de la Restauration. Fervente royaliste, elle sera successivement peintre de la cour de France, de Marie-Antoinette et de , du royaume de Naples, de la Cour de l'empereur de Vienne, de l'empereur de Russie et de la Restauration. On lui connaît aussi plusieurs autoportraits, dont deux avec sa fille.

Biographie Enfance vignette|gauche|redresse|Madame Le Sèvre, née Jeanne Maissin, veuve Vigée, mère de l'artiste, collection particulière. Ses parents, Louis Vigée, pastelliste et membre de l’Académie de Saint-Luc et Jeanne Maissin (1728-1800), d’origine paysanne, se marient en 1750. Élisabeth-Louise Vigée voit le jour en 1755 ; un frère cadet, Étienne Vigée, qui deviendra un auteur dramatique à succès, naît trois ans plus tard..

Née rue Coquillière à ParisActuellement dans le ., Élisabeth Vigée est baptisée à l’église Saint-Eustache de Paris, puis mise en nourrice. Dans la bourgeoisie et l'aristocratie, il n'est pas encore dans les habitudes d'élever ses enfants soi-même, aussi l’enfant est-elle confiée à des paysans des environs d’Épernon.

Son père vient la rechercher six ans plus tard, la ramène à Paris dans l'appartement familial rue de Cléry.

Élisabeth-Louise Vigée entre comme pensionnaire à l’école du couvent de la Trinité, rue de Charonne dans le faubourg Saint-Antoine, afin de recevoir la meilleure éducation possible. Dès cet âge, son talent précoce pour le dessin s’exprime : dans ses cahiers, sur les murs de son écoleÉlisabeth Vigée Le Brun, Mémoires d'une portraitiste, 1855, réédité aux Éditions Scala en 1999, ..

C'est à cette époque que Louis Vigée s’extasie un jour devant un dessin de sa petite fille prodige, dessin représentant un homme barbu. Il prophétise dès lors qu’elle sera peintre.

En 1766, Élisabeth-Louise Vigée quitte le couvent et vient vivre aux côtés de ses parents.

Son père meurt accidentellement d'une septicémie après avoir avalé une arête de poisson, le . Élisabeth-Louise Vigée, qui n'a que douze ans, mettra longtemps à faire son deuil puis décide de s'adonner à ses passions, la peinture, le dessin et le pastelÉlisabeth Vigée Le Brun, ..

Sa mère se remarie dès le avec un joaillier fortuné mais avare, Jacques-François Le Sèvre (1724-1810) ; les relations d'Élisabeth-Louise Vigée avec son beau-père sont difficiles.

Formation vignette|gauche|Portrait au pastel d'une jeune fille (1771), pastel, collection privée.

Le premier professeur d’Élisabeth Vigée fut son père, Louis Vigée. Après le décès de ce dernier, c’est un autre peintre, Gabriel-François Doyen, meilleur ami de la famille et célèbre en son temps comme peintre d'histoire, qui l’encourage à persévérer dans le pastel et dans l’huile ; conseil qu’elle suivra.

C’est certainement conseillée par Doyen, qu’en 1769 Élisabeth Vigée se rend chez le peintre Gabriel Briard, une connaissance de ce dernier (pour avoir eu le même maître, Carle van Loo). Briard est membre de l’Académie royale de peinture, et donne volontiers des leçons, bien qu'il ne soit pas encore professeur. Peintre médiocre, il a surtout la réputation d’être un bon dessinateur et possède en plus un atelier au palais du Louvre ; Élisabeth Vigée fait de rapides progrès et, déjà, commence à faire parler d’elle.

C’est au Louvre qu’elle fait la connaissance de Joseph Vernet, artiste célèbre dans toute l’Europe. Il est l'un des peintres les plus courus de Paris, ses conseils font autorité, et il ne manquera pas de lui en prodiguer.

, écrit-elle dans ses mémoires.

Quoi qu’il en soit, Vernet, qui consacrera de son temps à la formation de « », et Jean-Baptiste Greuze la remarquent et la conseillent.

La jeune fille peint de nombreuses copies d'après les maîtres. Elle va admirer les chefs-d’œuvre du palais du Luxembourg ; de plus, la renommée de ces peintres lui ouvre toutes les portes des collections d'art privées princières et aristocratiques à Paris où elle peut étudier à loisir les grands maîtres, copier des têtes de Rembrandt, Van Dyck ou Greuze, étudier les semi-tons ainsi que les dégradations sur les parties saillantes d’une tête. Elle écrit :

.

Toute sa vie, ce besoin d’apprendre ne la quittera pas, car elle a compris qu’un don se travaille. Déjà, on lui commande des portraits et elle commence à gagner sa vie.

Elle peint son premier tableau reconnu en 1770, un portrait de sa mère (Madame Le Sèvre, née Jeanne Maissin, collection particulière)Xavier Salmon , Jacopo Ranzani, Élisabeth Louise Vigée Le Brun : L'expo, Paris, RMN, 2015, .. Ayant à son âge peu d'espoir d'intégrer l'Académie royale de peinture et de sculpture, institution prestigieuse mais conservatrice, elle présente plusieurs de ses tableaux à l'Académie de Saint-Luc dont elle devient officiellement membre le .Xavier Salmon, « Tu seras peintre mon enfant, ou jamais il n'en sera », in Grande Galerie - Le Journal du Louvre, sept./oct./nov. 2015, , ..

Une carrière fulgurante vignette|Autoportrait (1781), Fort Worth, Kimbell Art Museum.

En 1770, le dauphin Louis-Auguste, futur Louis XVI, petit-fils du roi Louis XV, épouse Marie-Antoinette d'Autriche à Versailles, fille de l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche.

Louise-Élisabeth Vigée commence à réaliser des portraits de commande, mais son beau-père accapare ses revenus. Elle prend l'habitude de dresser la liste des portraits qu'elle a peints dans l'année. Ainsi, il est possible de savoir qu'en 1773, elle en a peint vingt sept. Elle commence à peindre de nombreux autoportraits.

En 1775, elle offre à l’Académie royale deux portraits ; en récompense, elle reçoit une lettre, signée par d'Alembert, l'informant qu'elle est admise à participer aux séances publiques de l’Académie.

vignette|Marie-Antoinette en robe à panier en satin blanc (1778) avec les traits des Habsbourg (menton un peu tombant, yeux globuleux, nez légèrement busqué, lèvre inférieure épaisse)., Musée d'histoire de l'art de Vienne.

Lorsque son beau-père se retire des affaires en 1775, la famille s'installe au rue de Cléry, dans l'hôtel Lubert, dont le principal locataire est Jean-Baptiste-Pierre Lebrun qui exerce les professions de marchand et restaurateur de tableaux, d'antiquaire et de peintre. Il est un spécialiste de peinture hollandaise dont il a publié des cataloguesGalerie des peintres peintres flamands, hollandais et Allemands, publié en 1776.. Elle visite avec le plus vif intérêt la galerie de tableaux de Lebrun et y parfait ses connaissances picturales.. Ce dernier devient son agent, s'occupe de ses affaires. Déjà marié une première fois en Hollande, il la demande en mariage. Libertin et joueur, il a mauvaise réputation, et le mariage est formellement déconseillé à la jeune artiste. Cependant, désireuse d'échapper à sa famille, elle l'épouse le dans l'intimité, avec la dispense de deux bans, en l'église Saint-Eustache.. Élisabeth Vigée devient Élisabeth Vigée Le Brun.

Elle reçoit cette même année sa première commande de la Cour du comte de Provence, le frère du roi puis, le , Élisabeth Vigée Le Brun est admise à travailler pour la Cour de Louis XVI.

En 1778, elle devient peintre officielle de la reine et est donc appelée pour réaliser le premier portrait de la reine Marie-Antoinette d'Autriche d'après nature. Elle réalise par ailleurs Joseph Vernet, un portrait de son maître, en cette même année. C'est également à cette époque qu'elle peint le portrait de Antoine-Jean Gros, enfant, à sept ans, et qu'elle ouvre une académie et enseigne.

Son hôtel particulier devient un lieu à la mode, Élisabeth Vigée Le Brun traverse une période de succès et son mari y ouvre une salle des ventes dans laquelle il vend des antiquités et des tableaux de Greuze, Fragonard, etc. Elle vend ses portraits pour sur lesquels elle ne touche que , son mari empochant le reste, comme elle le dit dans ses Souvenirs :

Le , Élisabeth Vigée Le Brun donne naissance à sa fille; Jeanne-Julie-Louise Vigée Le Brun. Elle continue à peindre pendant les premières contractions et, dit-on, lâche à peine ses pinceaux pendant l’accouchementFrançoise Pitt-Rivers, Madame Vigée Le Brun, : .. Sa fille Julie Le Brun sera le sujet de nombreux portraits. Une seconde grossesse quelques années plus tard donnera un enfant mort en bas âge.

En 1781, elle voyage à Bruxelles avec son mari pour assister et acheter à la vente de la collection du défunt gouverneur Charles-Alexandre de Lorraine ; elle y rencontre le prince de LigneBase Joconde.. vignette|La Paix ramenant l'Abondance (1780), Paris, musée du Louvre

Inspirée par Rubens qu'elle admire, elle peint son Autoportrait au chapeau de paille en 1782 (Londres, National Gallery). Ses portraits de femmes lui attirent la sympathie de Marie-Adélaïde de Bourbon, duchesse de Chartres et princesse du sang, qui la présente à la reine, sa contemporaine exacte, cette dernière faisant d’elle sa peintre officielle et favorite en 1778. Elle multiplie les originaux et les copies. Certaines toiles restent la propriété du roi, d'autres sont offertes aux familiers, aux ambassadeurs et aux cours étrangères.

Alors qu'elle n'arrivait pas à y être admise, elle est reçue à l’Académie royale de peinture et de sculpture le en même temps que sa concurrente Adélaïde Labille-Guiard et contre la volonté de Jean-Baptiste Marie Pierre, premier peintre du roi. Son genre et la profession de son mari, marchand de tableaux, sont pourtant de fortes oppositions à son entrée, mais l'intervention protectrice de Marie-Antoinette lui permet d'obtenir ce privilège de Louis XVI.

Vigée Le Brun présente une peinture de réception (alors qu’on ne lui en demandait pas), La Paix ramenant l'Abondance réalisée en 1783 (Paris, musée du Louvre), pour être admise en qualité de peintre d’Histoire. Forte de l'appui de la reine, elle se permet l'impertinence d'y montrer un sein découvert, alors que les nus académiques étaient réservés aux hommes... Elle est reçue sans qu’aucune catégorie soit précisée. vignette|gauche|Marie-Antoinette en gaulle, le tableau qui fit scandale. vignette|Vigée Le Brun atténue les défauts physiques de la reine peinte avec des traits plus fins dans Marie-Antoinette dit « à la Rose » (1783), musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. En septembre de la même année, elle participe au Salon pour la première fois et y présente Marie-Antoinette en gaulle : elle a l'audace de présenter la reine dans une robe en gaule, mousseline de coton qui est généralement utilisée en linge de corps ou d'intérieur. Les critiques se scandalisent du fait que la reine s'est fait peindre en chemise, si bien qu'au bout de quelques jours, Vigée Le Brun doit retirer le tableau et le remplacer par un portrait identique mais avec une robe plus conventionnelle, Marie-Antoinette dit « à la Rose ».. Dès lors, les prix de ses tableaux s'envolent.