François-Pierre Blin ou Pierre-François Blin, né à Rennes le , mort le à Chantenay-sur-Loire, est un médecin et homme politique français, député aux États généraux de 1789.
Jeune médecin diplômé à Montpellier, il lutte avec succès pour faire admettre son droit d'exercer à Nantes. En 1788-1789, il est choisi pour présenter à Versailles les revendications du tiers état de la région, et participe à la rédaction des cahiers de doléances. Il est ainsi élu député de Nantes aux États de Bretagne, puis aux États généraux de 1789 et à l'Assemblée constituante. Il est un des membres fondateurs du club breton qui devient le Club des jacobins.
Jacobin à l'origine, Blin intervient vigoureusement à l'Assemblée. Il propose des motions pour la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, intervient sur la Constitution et les colonies, et en faveur des hommes de couleur. Il s'oppose à Mirabeau en se prononçant pour une véritable séparation des pouvoirs. Il s'élève contre la dictature et la répression. Intervenant contre les établissements religieux, il admet cependant ceux pour l'éducation et les œuvres de charité, et reste favorable à l'exercice du culte. Il modère ensuite sa participation, tempère ses opinions.
Après la session parlementaire, il reprend la médecine, appartient à la faction des girondins. Prisonnier de l'armée royaliste, libéré par les républicains, il participe l'année suivante aux pourparlers de paix entre les Vendéens et la Convention. Plusieurs fois destitué et arrêté, il est libéré et réintégré en raison du manque de médecins. Il calque ses idées sur les changements politiques, devenant partisan du nouveau régime sous le Consulat et le Premier Empire puis royaliste réactionnaire sous la Restauration.
Médecin réputé, il exerce à Nantes où il bénéficie d'une bonne clientèle. Il devient médecin en chef aux armées sous le Consulat et chef de service en hôpital. Il écrit et traduit des ouvrages de médecine. Il est ensuite professeur puis directeur de l'école de médecine de Nantes, où son passé versatile lui est parfois reproché.
Biographie
Jeune médecin thumb|Médecin et chirurgien inspecteurs sous Louis XVI.|alt=Tableau représentant un médecin et un chirurgien militaire, en grande tenue avec manteau bleu à parements dorés et bicorne noir à bordure dorée. François-Pierre Blin, ou Pierre-François-Lazare Blin, est né à Rennes en Bretagne le . Fils et petit-fils de chirurgiens, il est un des trois fils de « noble homme » Jacques Blin, maître en chirurgie de Rennes et démonstrateur royal en chirurgie, conseiller général d'Ille-et-Vilaine en 1790, et de Françoise-Yvonne Forestier de Villeneuve, fille de l'architecte François Forestier de Villeneuve. Il est le petit-fils du maître chirurgien Pierre Blin. Ses deux frères sont le futur médecin Jean-Charles Blin et le futur député Joseph Blin (1764-1834). Le père destine François-Pierre à la médecine....
Le jeune Blin part faire ses études à l'université de Montpellier, où les droits d'inscription universitaires sont moins chers ; il publie sa thèse en 1778 et y est reçu docteur en médecine le . Il veut ensuite s'installer à Nantes. Mais l'université de Nantes veut l'obliger, comme deux de ses condisciples, à y repasser leurs épreuves pour être admis à y exercer la médecine. Les deux condisciples dans le même cas que Blin sont Guillaume François Laënnec, l'oncle de l'inventeur du stéthoscope, et Lefebvre de la Chauvière. Les trois jeunes se lancent dans un long procès pour faire valoir leurs droits. Le Parlement de Bretagne, à Rennes, donne raison aux jeunes médecins qui sont admis à Nantes à condition de soutenir une thèse probatoire aux écoles de Rennes..Revue historique de l'Ouest, vol. 1, 1885, .. Le Parlement de Bretagne profite de cette occasion pour ..
Le condisciple de Blin, Guillaume Laënnec, soutient donc une thèse devant le collège des médecins de Rennes, réuni au Parlement de Bretagne sous la présidence d'un conseiller au parlement.. À sa suite, François-Pierre Blin publie en 1782, thèse dédiée à Pierre Lévêque, futur membre de l'Académie des sciences. et soutient à Rennes une nouvelle version de sa thèse. Il est agrégé en 1784, et exerce comme médecin ordinaire de l'Hôtel-Dieu de Nantes.. Il se lie avec le savant américain Benjamin Franklin.. Avec Cottin, Laënnec, Baco et d'autres, il fait partie de l'intelligentsia nantaise qui se réunit dans les loges maçonniques..
Député en cour et aux États de Bretagne, cahiers de doléances
François-Pierre Blin est élu « député en cour » le . Il a mission notamment de demander une représentation du tiers état équivalente à celle des deux autres ordres, une répartition égale des impôts, la liberté de réunion.. Il reçoit un mandat spécial pour la défense des droits du tiers état.
Il est un des deux médecins qui dans la région prennent le plus de part à la rédaction des cahiers de doléances.. Selon Michel Dupont et Gaston Blandin, il est de plus un des auteurs, ou l'auteur unique, des Charges d'un bon citoyen de campagne, ouvrage d'origine citadine, publié anonymement, qui a influencé la rédaction de 163 cahiers de doléances de la région..
Blin est ensuite élu député de Nantes aux États de Bretagne qui se tiennent à Rennes de à janvier 1789. Entre les sessions des États de Bretagne, il est réélu « député en cour ». Blin va ainsi plusieurs fois à Versailles transmettre les réclamations du tiers état. En , il écrit que , avec ou sans troubles, selon l'attitude du gouvernement.. Pendant cette période de six mois, de à , où il est tour à tour député aux États et en cour, il est le principal fer de lance des revendications bretonnes auprès du ministère.
Élu le mandataire à l'Assemblée générale de la sénéchaussée de Nantes, il est élu le député aux États généraux.
Député aux États généraux Fondateur du Club breton, jacobin, orateur actif thumb|left|Blin signe le serment du Jeu de paume, 20 juin 1789.|alt=Signature de Blin écrite en lettres penchées à droite, d'une écriture ample et liée, avec soulignement en boucle allongée. Aux États généraux réunis à Versailles, Blin défend ardemment les idées nouvelles. Il est l'un des principaux fondateurs du Club breton.. qui devient ensuite la Société des amis de la Constitution et le club dit des jacobins. Il intervient avec une forte violence verbale. Le , il signe le serment du Jeu de paume pour l'élaboration d'une constitution.
thumb|Blin intervient sur la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.|alt=Tableau représentant la Déclaration des droits, inscrite en lettres d'or sur un support noir de forme similaire aux Tables de la Loi, avec l'allégorie de la Monarchie tenant les chaînes brisées de la Tyrannie, et le génie de la Nation tenant le sceptre du pouvoir, sous l'œil de l'Être suprême. À l'Assemblée constituante, il manifeste ses idées avancées ; très actif, il est un des 96 principaux orateurs. Il s'oppose au projet de constitution dont Mounier est le rapporteur. Il publie une brochure sur le sujet., et y écrit notamment que .
Il participe activement aux débats sur la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, et dépose le plusieurs motions pour cette Déclaration, avec Boisgelin, Target, Mounier et Salle. Il réclame le une définition précise de la monarchie. Il intervient aussi sur les impôts et sur des questions d'éligibilité.. Le , il préconise un conseil du roi suffisamment puissant pour contrer les parlements régionaux.
Blin contredit Mirabeau le à propos de la séparation des pouvoirs, et le met en contradiction avec lui-même, rappelant qu'en août précédent, celui-ci avait réclamé le départ des ministres de l'Assemblée pour débattre.. Blin ajoute : Par ce discours il fait décréter que les ministres ne pourront pas siéger à l'Assemblée ni être choisis parmi ses membres..
Il intervient sur différentes questions en débat, dépose le un amendement à propos des événements de Cambrai. Le il fait un long discours sur Saint-Domingue. Il s'oppose le à la création d'un comité colonial, conteste les droits donnés aux colonies et leur droit d'avoir des députés. Selon lui, les . ; se basant sur le principe de la liberté civile, il émet l'avis que les colonies doivent avoir leur propre constitution, et ne pas intervenir sur la constitution française.. Ses boutades ont du succès ; le , lorsqu'il est question en cas d'égalité de suffrages aux élections, de donner la préférence aux hommes mariés non séparés de leur femme, Blin fait rire l'Assemblée en demandant que les hommes mariés se retirent pendant que la question est débattue.
Blin s'oppose à la suppression de l'impôt des aides demandée par l'abbé Maury en janvier 1790. Il prend fortement parti en février pour la suppression des établissements religieux., mais à l'exception des établissements d'éducation ou de charité qui pourront rester ouverts. ; il estime que le clergé n'est pas un « ordre séparé », mais une « profession publique », le culte pouvant .
Le , lorsqu'il est question de déclarer la dictature et d'envoyer des représentants en province pour la répression des troubles, il refuse, proteste vivement et s'écrie qu'on veut envoyer , ce qui choque l'Assemblée.. Rappelé à l'ordre, il doit s'excuser de sa violence verbale.. Il se justifie par le souvenir de meurtres effectués par les gardes nationaux dans sa province.
Les chansons satiriques de l'époque brocardent ses apostrophes et sa voix nasillarde, un refrain clame : . De son côté, le pamphlétaire Rivarol affirme de Blin que .
Modération de ses idées, moindre participation Blin adopte ensuite des idées plus modérées et abandonne le parti des intransigeants. Il participe notamment à la rédaction de l'Ami des patriotes, le journal de Regnaud de Saint-Jean d'Angély financé par la liste civile.. En il présente une délégation de la fédération de Pontivy et doit la défendre devant l'Assemblée en expliquant leur projet de . En juillet, il demande d'accorder aux savants, aux artistes et aux écrivains un traitement digne d'une nation célèbre sur ce plan.. Lorsqu'un comité de santé est créé par la Constituante en , il est un des médecins qui y sont commissaires..
Pendant plusieurs mois, il continue à écrire dans les journaux mais participe peu aux débats de l'Assemblée. Il y intervient de nouveau pour défendre la cause des noirs contre Malouet le , et continue à prendre la défense des hommes de couleur aux différentes séances où il en est question. Le , il approuve le projet d'organisation de la marine présenté par Champagny. Il présente une adresse de Nantes contre le décret sur les colonies, et dépose le un projet pour remplacer ce décret. Le même jour, il prend la défense des journaliers, pour leur assurer les . Il vote pour les assignats, mais il s'oppose à l'annexion d'Avignon.. Par ailleurs membre du Comité de salubrité publique, il s'oppose à la peine de mort.
Médecin girondin
La session parlementaire se termine le . François-Pierre Blin reprend à Nantes l'exercice de la médecine, sans faire parler de lui pendant deux ans.. Il compte parmi les médecins modérés..
Devant les excès de la Terreur, il prend énergiquement parti en 1793 contre la radicalisation de la République et se range du côté des modérés, les « girondins », contre les « montagnards ». Après la proscription des girondins, il doit fuir le représentant en mission Carrier, et se réfugie en septembre à Noirmoutier.
thumb|upright|Blin est prisonnier de Charette fin 1793, puis émissaire de paix auprès de lui en décembre 1794.|alt=Détail de tableau avec Charette en costume noir à parements rouges, avec ceinture blanche et chapeau à panache blanc.