Une légende noire est la perception négative d'un personnage, d'une organisation ou d'un événement, résultant de l'accumulation de rumeurs négatives et souvent infondées. Une légende noire ne saurait se confondre avec la vérité historique.
Le biais inverse correspond à un ensemble de stéréotypes flatteurs, parfois entourés de mystères et de préjugés, qui nourrissent une « légende rose » ou « légende dorée » à caractère hagiographique. Légende noire et légende rose s'expriment dans des médias sensationnalistes ou dans des historiographies orientées...
Origine espagnole
qui voulait dénoncer les colportés sur son pays à l'étranger, , les accusations, la négation voire et enfin les accusations proférées . Juderias entendait en particulier dénoncer ce qu’il estimait être exagéré et injuste dans les reproches concernant l’extermination par les Espagnols des populations amérindiennes, l’obscurantisme religieux, le règne de Philippe II d'Espagne (accusé notamment de bigamie, d'inceste et de meurtre par Guillaume d'Orange-Nassau) et les méthodes de l’Inquisition.
Même si Emilia Pardo Bazán et Vicente Blasco Ibáñez ont utilisé le terme dans le sens moderne, avant JuderíasEspañol Bouché, Luis (enero 2008). « La Leyenda Negra: una denuncia de Julián Juderías » (en español). La Aventura de la Historia (111): pp. 56-61. ; Español Bouché, p. 112, il serait son large diffuseur, et celui qui décrit le concept en 1914 dans son livre La Légende noire :
La seconde œuvre est L'Histoire de la légende noire de l'hispano-américaine Romulo D. Carbia. Si Juderías met davantage l'accent sur le côté européen de la légende, l'argentin Carbia se concentre sur le côté américain.
En 1944, l'American Council on Education, préoccupé par les préjugés anti-hispaniques du matériel éducatif aux États-Unis, a défini le concept dans un long rapport disant que :
Philip Wayne Powell dans son livre de Tree of Hate (1971) définit essentiellement la légende noire comme la croyance que :
Une origine française ? Le biographe de Julián Juderías dans son introduction à l'édition du centenaire de La leyenda negra insiste sur le fait que l'origine de l'expression « légende noire » comme pendant de « légende dorée » est peut-être françaiseJulián Juderías, La leyenda negra de España, intro. Luis Español, Madrid, La Esfera de los Libros, 2014, pp. 72-74. En effet, Arthur Lévy, auteur de l'ouvrage Napoléon intime (1893) a écrit :
Ainsi, toujours selon Luis Español, l'expression lancée par Lévy à propos de Napoléon aurait été traduite par les auteurs espagnols Cayetano Soler et Emilia Pardo Bazán dans leurs ouvrages respectifs de 1899, reproduite par des journalistes et pris de l'importance à partir du classique de Juderías, puis finalement serait retournée en France où elle sera notamment réutilisée dans des ouvrages sur la légende noire de Napoléon (cf. infra).
Interprétations critiques de la légende noire espagnole
Les dernières années, il s'est formé un groupe d'historiens, parmi lesquels Alfredo Alvar, Ricardo Garcia Carcel, Lourdes Mateo Bretos et Carmen Iglesias, qui ne croient pas en l'existence objective de la légende, mais considèrent que la légende noire est la perception par les Espagnols de leur image à l'étranger.
Garcia Carcel nie même l'existence de la légende noire dans son livre La Leyenda Negra :
Selon l'historien et hispaniste Henry Kamen, le concept de la légende noire a cessé d'exister dans le monde anglophone depuis de nombreuses années, mais persiste en Espagne pour des raisons de politique intérieure. La position de Kamen et son livre Empire ont été vivement critiqués par Arturo Perez-Reverte et José Antonio Vaca de Osma. L'historien Jose Pérez estime également que le légende noire a disparu, mais qu'il en reste toujours des traces, car les préjugés sur l'Espagne ne sont pas différents de ceux qui existent sur d'autres pays.
L'écrivain argentin Ernesto Sábato, dans son article Ni leyenda blanca ni negra (), publié dans le journal El País en 1991 avant la fin du de la découverte de l'Amérique, propose de pallier le entre les deux légendes pour présenter une approche qui, , soit capable de justifier la culture, la langue espagnole et le métissage, qui a créé une société dans les Amériques.
Utilisation postérieure du terme Le terme fut ensuite vulgarisé par les historiens pour d'autres objets de recherche. Ainsi, en France, les Templiers, Louis XIV, Napoléon I ( qui tyrannise l'Europe selon la légende noire distillée par les pamphlétaires britanniques est cependant aussi l'objet d'une légende dorée de la part de ses partisans et des divers régimes politiques qui se succèdent en FranceNapoléon, de la mythologie à l'Histoire de Nathalie Petiteau) ainsi que Napoléon III (Louis Girard, Napoléon III, Librairie Arthème Fayard, 1986 réédition 2002, p. 514) ont selon plusieurs historiens été sujets à des « légendes noires ».
Légende noire napoléonienne
Les deux Napoléon ont été l'objet de fortes critiques dès leur arrivée au pouvoir mais alors que Jacques-Olivier Boudon, Les Bonaparte, regards sur la France impériale, chapitre les légendes noires, La Documentation française, dossier n°8073, janvier-février 2010, p. 32. La mémoire républicaine ne manquera pas de noter que Jacques Olivier Boudon, p 18 et que, dans le cas de Napoléon III, celui-ci devra avant même son élection à la présidence de la République, être l'objet de très vives caricatures (Honoré Daumier dans Le Charivari) avant d'être pour la postérité qualifié de Napoléon le petit par Victor Hugo.
La légende noire de Napoléon Selon Luis Español, l'expression même légende noire est peut-être née de l'ouvrage d'Arthur Lévy Napoléon intime (1893) ce qui souligne l'importance de la propagande négative à ce sujet (cf. supra).
Les conquêtes napoléoniennes déclenchent tantôt l'admiration, comme celle du poète allemand Goethe qui reçoit la Légion d'honneur par décret du de Napoléon ou du philosophe Hegel, tantôt la haine, comme celle des Espagnols lorsque l'empereur envahit leur pays, ce qui développe une légende noire avec le premier pamphlet diffusé dans toute l'EuropeNapoléon y est assimilé à Satan., le Catéchisme espagnol, préparant les explosions nationales qui mettront fin au Grand Empire..
Sous le Consulat puis le Premier Empire, la caricature, arme privilégiée des opposants, était d'abord du fait des Anglais puisqu'elle ne pouvait beaucoup se développer en France à cause de la censure, puis celle des royalistes le qualifiant d'usurpateur., de même que les républicainsDiscours L'usurpateur républicain de Jean Cottereau. Elle explose en France en 1814, à la première chute de l'Empereur. Les pamphlets alors les plus cinglants sont De Buonaparte et des Bourbons, écrit par le royaliste François-René de Chateaubriand et De l'esprit de conquête et de l'usurpation par le libéral Benjamin Constant.. Les critiques sont aussi reprises avec talent par le graveur Louis-François Charon. Concrètement, elles mettent en cause l'Empereur pour avoir , avançant des chiffres gonflés comme celui de 1,7 million de Français victimes des guerres napoléoniennes (). Napoléon est qualifié d'ogre ou de cannibale et son pouvoir est présenté comme assis sur un « trône de cadavres », fondé sur une « série de crimes » (l'exécution du duc d'Enghien et des principaux chefs de la conspiration Cadoudal). Lors de la période des Cent-Jours ou de la Restauration, les avis se retournent (une quinzaine de personnalités sont toujours restées fidèles à l'empereur.), oscillant entre la légende dorée et la légende noire, les plus grands adeptes du retournement politique étant Charles-Louis Huguet de Sémonville, Joseph Fouché et Talleyrand.. Sous la Restauration, sa politique religieuse, celle à l'égard de la papauté, est aussi mise en cause alors que l'idée que Bonaparte ne soit même pas français de naissance est avancée par Chateaubriand. Cependant, dans le contexte de l'époque, cette légende noire ne parvient pas à éclipser le « mythe du grand homme », ce qui aboutira au retour de ses cendres sous le règne de Louis-Philippe ..
Alors que la légende noire est réactivée par celle de son neveu Napoléon III dont la politique (et surtout la perte de l'Alsace et la Lorraine) est vivement critiquée par Victor Hugo, Henri Rochefort ou Maurice Joly, des hommes politiques comme Maurice Barrès se retournent vers Napoléon, ses conquêtes victorieuses devant inspirer le sentiment de revanchisme. Au début du régime de Vichy, cette légende noire réapparaît sous la plume du royaliste Charles Maurras avant une nouvelle fois de se retourner après la bataille de Mers el-Kébir qui voit croître l'hostilité française contre le Royaume-Uni. En 1968, au cours d'une série de conférences télévisuelles de la Télévision suisse romandeIntégrale des vidéos de Guillemin sur la Télévision suisse romande, l'historien Henri Guillemin propose une vision documentée et critique d'un Napoléon arriviste et intéressé, uniquement préoccupé de sa réussite personnelle et de celle de sa familleGuillemin, Henri - Napoléon tel quel Paris, Trévise, 1969, 153 p. Réédition Utovie. En 2005, Claude Ribbe écrit Le Crime de Napoléon, un pamphlet contre ce dictateur « misogyne, homophobe, antisémite, raciste, fasciste, antirépublicain » qui a rétabli l'esclavage..
La légende noire de Napoléon III vignette|Masque mortuaire de Napoléon III.
pour reprendre les mots du professeur d'histoire contemporaine Guy AntonettiGuy Antonetti, ibid, p. 269-270. Selon les détracteurs et opposants du dernier empereur des Français, il est à la fois un (Thiers), ou (Victor Hugo) ou encore Badinguet, . L'œuvre de Victor Hugo, bâtie sur l'opposition permanente entre la gloire de Napoléon I et la bassesse tyrannique prêtée à Napoléon III, contribua considérablement à asseoir l'image d'un despote médiocre et sans scrupules. L'écrivain Émile Zola, circonspect sur l'Empereur dont il note la complexité et qu'il appelle , rappela ainsi dans ses romans la spéculation effrénée et la corruption nées de l'« haussmanisation » et de la flambée boursière (La Curée, L'Argent), le choc que l'irruption des grands magasins représenta pour le petit commerce (Au Bonheur des Dames), la dureté des luttes sociales sous Napoléon III (Germinal). Toutefois, le même Émile Zola démontra comment le même homme pouvait être regardé différemment en fonction du camp idéologique où l'on se situait, des revirements idéologiques ou des métamorphoses de l'âgePierre Milza, p. 325, en écrivant que Émile Zola, texte paru dans Le Gaulois en août 1895 et cité dans André Castelot, La féerie impériale, Perrin, 1962, p. 55.
Le Second Empire eut Éditorial de Jean Garrigues, professeur à l’université d'Orléans, président du CHPP, Revue d'histoire politique, 2008/3, .. Les acquis territoriaux de 1860 (Nice et la Savoie) obtenus à la suite d'une guerre victorieuse contre l’Autriche sont oubliés, effacés par le traumatisme que constitue alors la perte de l’Alsace et de la Moselle marquant durablement la conscience nationale jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale. Apparemment peu doué pour la prophétie, Louis Pasteur, fervent bonapartistePrésenté à l'Empereur en 1863, Louis Pasteur avait publié ses Études sur le vin (1866) en les dédiant à Napoléon III affligé par la chute de l'Empire, déclarait alors confiant que Lettre du 5 septembre 1870 adressé par Louis Pasteur au Maréchal Vaillant, cité par Éric Anceau, p. 559.
Souvent mentionnée par les historiens dans leurs biographies de l'EmpereurLouis Girard, p. 514., la légende noire est notamment analysée en profondeur, sans être exhaustive des autres auteurs, par les historiens Pierre Milza et Éric Anceau dans leurs ouvrages respectifs consacrés à Napoléon III.