Nélie JacquemartNélie Jacquemart est prénommée à sa naissance « Cornélie Barbe Hyacinthe » et se fait ensuite appeler « Nélie », qui est le diminutif (par contraction) de « Cornélie ». Aucun des auteurs utilisés en référence ne mentionne ni quand ni comment elle décide ce changement dans la façon de l’appeler. née le à Paris où elle est morte le est une peintre, collectionneuse d'œuvres d'art et mécène française.
Issue d’un milieu modeste, Nélie Jacquemart est dès son enfance protégée et prise en charge par qui va la mettre à la peinture. Elle va rapidement y montrer des qualités et réussir à les exprimer à une époque où être femme et peintre ne va pas de soi. Elle va pourtant réussir à obtenir trois années de suite la médaille du Salon de Paris. À partir de 1870, c’est une portraitiste recherchée, qui vit de son art et voit devant son chevalet s’asseoir quelques grandes figures de l’époque comme Adolphe Thiers.
En 1881, elle épouse Édouard André qui la fait accéder à la bourgeoisie. Elle abandonne la peinture pour une vie mondaine et va partager une passion : collectionner les œuvres d’art. À sa mort, elle lègue l'ensemble de ses biens, œuvres et propriétés à l’Institut de France, ce qui permet la création à Paris du musée Jacquemart-André, et dans l'Oise du musée situé dans les restes de l'ancienne abbaye de Chaalis.
Biographie
Enfance et environnement Cornélie Barbe Hyacinthe Jacquemart, dite ensuite « Nélie Jacquemart », naît le dans le de Paris. Ses parents, Joseph Jacquemart et Marie Hyacinthe Rivoiret, sont originaires du département de la Meurthe. Son père a été un « relais » local d'Alphée Bourdon de Vatry pour son élection à la députation en 1835. Venus à Paris dans son sillage, ils sont « employés ».
Sa protectrice, madame de Vatry également connue sous son nom de jeune femme Paméla Hainguerlot (1802-1881), et son mari, Alphée Bourdon de Vatry (1793-1871), agent de change et député sous la monarchie de Juillet, deviennent propriétaires le du domaine de Chaalis, qui est transformé en résidence de chasse. La jeune enfant s'y rend souvent, notamment pour de longs séjours durant la belle saison. Le domaine est alors un lieu de rencontre du fait des importants réaménagements et restaurations entrepris parce qu'il devient un pavillon de chasse, mais aussi parce que madame de Vatry y organise des réceptions. C'est sans doute à son initiative que la jeune Nélie est encouragée à développer ses aptitudes au dessin.
Apprentissage de la peinture vignette|redresse|gauche|Léon Cogniet, , vers 1860, dessin, Paris, musée du Louvre. Toujours protégée par madame de Vatry, Nélie Jacquemart entreprend réellement l'étude de la peinture en devenant élève de l'« atelier des femmes » du peintre Léon Cogniet. Celui-ci, professeur aux Beaux-Arts de Paris, école dont l'accès est interdit aux femmes jusqu'en 1897, passe une à deux fois par semaine dans cet atelier privé qui est tenu d'abord par sa sœur Marie-Amélie Cogniet (1798-1869), puis par une de ses élèves qu'il épouse en 1865 : Caroline Thévenin (1813-1892). Les élèves font notamment des copies de peintures (d'après gravures ou des œuvres de Cogniet) et des moulages antiques, mais le nu d'après modèles vivants reste interdit aux femmes.
vignette|redresse|Malka Kachwar (Le Monde illustré du ). En à Paris, a lieu en grande pompe l'enterrement de Malka Kachwar, reine d'Oude, au cimetière du Père-Lachaise.. Nélie Jacquemart, qui accompagne Léon Cogniet, réalise de nombreux croquis des personnages présents. Aristide Merille du journal L'Illustration fait réaliser des lithographies par d'Évremond de Bérard et Jules Worms d'après ses croquis. Le , l'article sur « Les funérailles de la reine d'Oude », accompagné d'une double page centrale illustrée de dix lithographies avec pour certaines l'attribution , est publié dans le journal.
Au mois de , c'est une toile intitulée Paysage vu des environs de Naples qui est accrochée à la « petite exposition de Versailles ». Ces œuvres montrées au public et quelques autres envoyées au Salon, semblent montrer l'intérêt que lui porte son maître, Léon Cogniet, qui va également réaliser un dessin, à la mine de plomb, de son élève, intitulé Jeune Femme assise devant son chevalet la palette à la main, et précisant qu'il s'agit de .
Pour le Salon de 1863, elle envoie deux toiles, de facture académique, représentant des scènes de genre, intitulées Le Père des Orphelins et Molière chez le barbier Gély, à Pézénas.
Artiste peintre Jeune peintre de genre et de portrait vignette|redresse|Un mur du Salon de 1866 avec à gauche en bas le tableau Le Cabaret de la Pomme de Pin de Nélie JacquemartŒuvre disparue, photographie conservée aux Archives nationales... Cette année 1863, Nélie Jacquemart a . Une polémique secoue le milieu de l'art. Le jury du Salon officiel refuse tableaux sur les envoyés. Les envois de Nélie Jacquemart sont acceptés et le plus grand de ses deux tableaux, celui nommé Molière chez le barbier Gely, à Pézenas est présenté par L'Exposition, le journal du salon de 1863. L'auteur de l'article apprécie l'œuvre tout en jugeant le sujet difficile pour une jeune artiste qui manque encore de technique mais qui compense avec . À la suite du Salon, Nélie Jacquemart est chargée par le préfet de la Seine d'une commande pour l'église de Suresnes et son Molière est acheté lors de l'exposition de Bordeaux.
vignette|redresse|gauche|Nélie Jacquemart photographiée par Étienne Carjat vers 1865, Paris, musée d'Orsay). Au salon de 1865, elle accroche deux portraits, dénommés : et . Le , Émile Renault écrit à Théophile Gautier pour lui transmettre une demande : .
Pour le salon de 1866, elle envoie deux toiles de genre, qui sont acceptées, dont une scène biblique Jésus et les disciples d'Emmaüs, et Le Cabaret de la Pomme de Pin, dont la notice est « Molière lisant une scène des Femmes savantes à Corneille et Boileau ». Cette toile est achetée par l'État et mise en dépôt dans l'appartement du vicomte César Arthaud de La Ferrières (1804-1881), premier chambellan, au palais des Tuileries (plus tard, elle a disparu ou a été détruite dans l'incendie). Cette même année elle reçoit également des commandes, comme celle de deux toiles pour la chapelle de la Vierge dans l'église Notre-Dame de Clignancourt.
vignette|redresse|Henri Regnault, Nélie Jacquemart à Rome, 1866, abbaye de Chaalis. Au début de l'année 1867, Nélie Jacquemart a , lorsqu'elle part pour un séjour de plusieurs mois en Italie, à Rome. Elle va étudier dans l'atelier d'Ernest Hébert, qui est le directeur de l'Académie de France. En mai, à la « villa Pamphile » elle rencontre Geneviève Bréton, jeune bourgeoise de dont les parents sont liés professionnellement et familialement à Louis Hachette, qui ayant apprécié ses portraits exposés au Salon lui en parle . La jeune fille qui rêve d'être artiste revient la voir au travail dans l'atelier d'Hébert à la villa Médicis ; Nélie Jacquemart, qui fait une étude sur modèle vivant, une vieille italienne, continue à travailler tout en échangeant longuement . La jeune fille remarque qu'en sortant de l'atelier, Nélie Jacquemart met .
De retour à Paris, Nélie Jacquemart présente de nouveau des portraits au Salon de 1867, ceux de et du Fils de et livre une toile, haute de pour de large, commande pour la chapelle située à gauche de la sacristie dans l'église Saint-Jacques-du-Haut-Pas. Elle représente .
Devenue une amie intime de Geneviève Bréton, qui l'appelle , elle fréquente son groupe d'amis qui comprend Albert Duruy, fils du ministre Victor Duruy. Ils réussissent à convaincre le ministre de poser pour Nélie qui réalise son portrait en ce début de l'année 1868. Néanmoins Nélie Jacquemart semble douter au point d'en faire part à Geneviève, qui inscrit dans son journal à la date du : .
Deux médailles au Salon (1868 et 1869) Ces confidences à une amie ne l'empêchent pas de continuer son travail, elle peint les portraits de Benoît Champy, président du tribunal civil de la Seine, et de Geneviève Bréton. Ces deux toiles sont exposées au Salon de 1868, celui de la jeune Bréton restant anonyme en étant intitulé Portrait de . Cet accrochage est un véritable succès public qui lui vaut une médaille du Salon, qu'elle reçoit lors de la cérémonie des remises, mais également, de bonnes critiques de la presse comme celle du journal La Liberté : et un franc succès chez ses amis et relations. Plus proche du sujet, le critique d'art Marius Chaumelin écrit : . Elle obtient pour la première fois la médaille du Salon, ce qui l'exempte du passage par la sélection du jury pour les prochains Salons (article 23 du règlement). Cette réussite a également son corollaire en qui mènent certains à voir dans l'artiste et son modèle ce qui conforte madame Bréton, mère de Geneviève, qui juge que Nélie Jacquemart . Mise au courant, Geneviève s'indigne : .
C'est l'année suivante, en 1869, qu'elle présente au Salon son portrait de Victor Duruy, accompagné par le portrait de , et par ceux des petites filles de la baronne Gaston de M. et du fils du baron Gaston de M., ce dernier étant un dessin à la mine de plomb. C'est celui de Victor Duruy qui est salué par l'ensemble des critiques. Pour Marius Chaumelin, il . Par contre ce critique apprécie moins le portrait de , . Pour la deuxième fois elle obtient la médaille du Salon.
Affirmation comme portraitiste : médaille au salon 1870 vignette|redresse|gauche|Nélie Jacquemart, Le Maréchal Canrobert, 1870, palais de Compiègne« Le Maréchal Canrobert » sur art.rmngp.fr.. En 1870, Nélie Jacquemart, qui habite au 19, rue de Laval (actuelle rue Victor-Massé), récidive au Salon, ouvert le au palais des Champs-Élysées, avec deux portraits : La Baronne Gaston de M. et Le Maréchal Canrobert. Les deux toiles remportent un succès qui n'est pas terni par l'importance de ceux des deux dernières années. Le critique Marius Chaumelin écrit : . Le résultat est qu'une médaille est de nouveau attribuée à Nélie Jacquemart, ce qui, suivant le règlement du Salon : .
vignette|redresse|M. A. Gilbert, Adolphe Thiers, gravure d'après l'œuvre de Nélie Jacquemart exposée au Salon de 1870. Dans le Journal officiel de l'Empire français, le , un article de Théophile Gautier est consacré aux portraitistes : . Nélie Jacquemart lui répond dans les jours qui suivent par cette lettre : signée .
Une artiste qui vit de sa peinture vignette|redresse|Nélie Jacquemart, Édouard André, 1872, Paris, musée Jacquemart-André. Lors de cet échange, l', comme le dira Victor Hugo, a déjà commencé, par ce que l'on appelle la Guerre de 1870 qui a débuté le . Elle se poursuit avec la défaite de Sedan puis le siège de Paris, par l'armée allemande, qui se termine avec la signature de l'armistice en janvier 1871. Le château de Stains est détruit par des bombardements. Il appartenait à madame de Vatry, qui en avait hérité en 1840, à la mort de son père. Par ailleurs, Henri Regnault, engagé volontaire, est mort dans les combats pour la défense de la ville.
En 1870, Nélie Jacquemart vit pleinement de son art. Elle enseigne le dessin dans une école de Paris. Elle reçoit des commandes publiques pour les églises. Elle est reconnue pour ses portraits. Les portraits de Benoît Champy en 1868, de Victor Duruy en 1869, du Maréchal de Canrobert en 1870 lui valent trois médailles au Salon. En 1872, elle réalise le portrait d'Adolphe Thiers et celui d'Édouard André. Celui-ci est une personnalité de la vie mondaine parisienne, héritier unique d'une famille de banquiers et propriétaire de la Gazette des beaux-arts.
La collectionneuse