La première guerre italo-éthiopienne (connue aussi comme la guerre d'Abyssinie) se déroule parallèlement à la création de la colonie italienne d'Érythrée entre 1885 et 1896. Durant ces dix années, l’Italie agrandit régulièrement ses possessions en Abyssinie. Elle est opposée d’abord aux armées du Négus Yohannes, dirigées en particulier par Ras Alula. Après la mort de Yohannes à la bataille de Matamma contre les Soudanais le , le nouveau Negusä Nägäst (Roi des Rois) d'Éthiopie, Menelik II du Shewa, met quelques années à conforter son pouvoir. Il est initialement soutenu par la France, timidementLe consul de France en Abyssinie donna son aval pour qu'Arthur Rimbaud livre des armes à Menelik en 1887. ; et par l'Italie après le traité de Wëchale de , qu'il dénonce en . Cette période fut mise à profit par les Italiens pour agrandir leur territoire. Dès la fin de 1890 cependant, Menelik II affirme sa souveraineté sur la scène internationale par une « lettre circulaire » aux puissances européennes ; en , il soumet complètement le Tigré.
À partir de 1893, les éléments d’un nouvel affrontement militaire sont en place entre l’Italie et l’Éthiopie. Les Italiens ont d'abord l'avantage mais, le , la victoire éthiopienne lors de la bataille d'Adoua met un coup d'arrêt à leur avancée. L’Éthiopie devient alors la seule puissance africaine à avoir contenu durablement une expansion européenne à la fin du . Elle ne peut cependant empêcher l’Italie de conserver les côtes et plateaux de l’Érythrée lors des négociations qui s'ensuiventFederica Guazzini, Le ragioni di un confine coloniale - Eritrea 1898-1908, Turin, L’Harmattan Italia, 1999, 423 p..
Contexte vignette|left|La Corne de l'Afrique en 1896, avant Adoua (frontières actuelles). Durant la seconde moitié du , les puissances européennes colonisent la plus grande partie du continent africain. Leurs armées subissent parfois de graves défaites, comme à la bataille d'Isandhlwana en 1879 pour les Britanniques, mais aucun de ces revers n'entraîne l'abandon des ambitions coloniales occidentales.
Avec l’ouverture du canal de Suez en 1869, la Corne de l'Afrique occupe une place stratégique et la région attire toutes les convoitisesArticle « Bataille d'Adoua », Encyclopædia Universalis ..
Le royaume d'Italie, qui achève son unité en 1871, entre relativement tard dans la course à l'Afrique. Il s'implante en Afrique de l'Est le , lorsque la Società di Navigazione Rubattino achète la baie d'Assab au sultan localLionel Cliffe, Basil Davidson, The Long Struggle of Eritrea for Independence and Constructive Peace, .Ghada Hashem Talhami, Suakin and Massawa Under Egyptian Rule, 1865-1885, .. Le , le gouvernement italien prend le contrôle du port d'Assab par décret. puis, trois ans plus tard, du port de Massaoua et s'étend vers l'intérieur ; la colonie d'Érythrée est formée le . Durant les années 1880, l'Italie acquiert également divers territoires sur la côte du Benadir auxquels elle impose un protectorat le . Elle cherche ensuite à étendre son influence en envahissant l'Éthiopie en 1895-1896Harold G. Marcus, A History of Ethiopia Updated Edition, ..
De leur côté, les Britanniques occupent Zeilah et BerberaBerhanou Abebe, Histoire de l'Éthiopie : d'Axoum à la Révolution, . en 1885. Par ailleurs, l'Angleterre tente de développer son implantation en Égypte et ambitionne de contrôler l'ensemble du bassin du Nil. En 1896, au Soudan voisin, les mahdistes résistent toujours à l'envahisseur britannique mais finissent par céder en 1898Les mahdiste soudanais sont écrasés par l'armée anglo-égyptienne à la bataille d'Omdurman. ; la même année, la France doit reculer face aux Britanniques à FachodaMarc Michel, La Mission Marchand - 1895-1899, Paris, Mouton, École pratique des Hautes Études, 1972, 290 p. ; R.G. Brown, Fashoda reconsidered : the impact of domestic politics on French policy in Africa, 1893-1898, Johns Hopkins University Press, 1970, 157 p., sur le Nil, renoncer à contrôler un axe est-ouest du continent africain et réduit donc ses ambitions territoriales en Éthiopie.
Au cours de la guerre égypto-éthiopienne de 1872-1877, l’Éthiopie repousse finalement les assauts égyptiens. Cette victoire est mise à profit par le dirigeant éthiopien Yohannes pour assurer sa domination sur l’intérieur. Menelik, du Shewa, se soumet en , Wäldä Mikael en . Après la prise de contrôle de l’Égypte par le Royaume-Uni en , les troupes égyptiennes sont défaites par les armées soudanaises dirigées par Muhamed Ahmas ben Abdallah, en particulier à la bataille de Shaykan en ; Khartoum tombe en . L’Angleterre décide l’évacuation du Soudan, et envoie l’amiral William Hewett en Abyssinie. Il signe le un accord avec Yohannes qui prévoit une assistance éthiopienne à l’évacuation par le Tigré et Massawa des garnisons du Soudan, en échange de facilités sur les côtes.
Mais lorsqu’en , la Grande-Bretagne décide l’évacuation de Massawa par l’Égypte, de crainte d’une installation française elle propose à l’Italie, présente à Assab officiellement depuis 1882, de la remplacer. En conséquence, le , des troupes italiennes s’installent à Massawa, dont l’Italie prend le plein contrôle en décembre. À partir de ce moment, l’Italie devient une puissance territoriale dans le Nord de l’Éthiopie.
Déroulement du conflit Les premiers affrontements, 1885-1889 La bataille de Dogali Le , les Italiens subissent une défaite, militairement assez mineure, face aux troupes du Ras Alula à la bataille de DogaliTadesse Beyene, Taddesse Tamrat, Richard Pankhurst, éd., The centenary of Dogali, Addis Abeba, IES, 1988, 344 p.. Ils réoccupent la position en et résistent alors à une nouvelle attaque.
La période intermédiaire, 1889-1893 Le traité de Wouchalé
vignette|redresse|Francesco Crispi, président du Conseil du royaume d'Italie de 1893 à 1896. Les relations entre l'Empire éthiopien et l'Italie sont initialement cordiales ; un traité d'amitié et de commerce est signé en . Un traité d'amitié et d'alliance s'y substitue en Richard Pankhurst, Historic images of Ethiopia, ., puis un traité signé dans le village de Wouchalé, dit de paix perpétuelle et d'amitié, le . Ce dernier, signé deux mois après le décès de Yohannès IV, concède des avantages notables aux deux parties : aussi bien envers Ménélik II, qui cherche à légitimer son accession au trône, qu'envers les Italiens qui consolident leurs positions dans la Corne de l'Afrique, notamment dans la région des hauts plateaux tigréens d'Hamassen. Un des articles du traité, l'article 17, joue un rôle décisif dans la suite des événements. En effet, les deux versions du traité, l'une en amharique, la seconde en italien, diffèrent dans leur traduction : si dans la version éthiopienne, l'Empire éthiopien se réserve la faculté de se servir des agents du gouvernement italien pour ses relations avec les puissances européennes, la version italienne rend ce recours obligatoire, plaçant de fait l'Éthiopie sous protectorat italien.
Le , Francesco Crispi, ministre italien des Affaires étrangères, informe les représentants italiens à l'étranger, qu'en vertu de l'article 34 de l'acte général de la conférence de Berlin et de l'article 17 du traité de Wouchalé, il est convenu que . La référence à la conférence de Berlin indique clairement aux puissances européennes la mise sous protectorat de l'Éthiopie, ce que les autres puissances coloniales ne contestent nullementRichard Pankhurst, , ..
L'affaire n'est connue en Éthiopie que le , lorsque, recevant une réponse des gouvernements anglais et allemands à l'une des requêtes, ceux-ci répondent à Ménélik II qu'ils ne peuvent accepter de communication directe provenant d'Éthiopie. La manipulation est dénoncée dans une lettre de Ménélik II au roi Humbert d'Italie le . Ménélik II met alors fin à tout lien d'intérêt unissant l'Éthiopie à l'Italie en remboursant les crédits accordés par l'Italie, négociés par le ras Makonnen, et commence par rembourser le prêt de 2 millions de lires accordé. Prenant avantage des délais inhérents aux relations diplomatiques, Ménélik II fait importer de grandes quantités d'armes à feu de France, de Russie et de Belgique.
Le traité de Wouchalé est dénoncé le . Le lendemain, une lettre écrite aux puissances européennes informe que l'Éthiopie rejette toute forme de protectoratLe rejet de toute forme de protectorat a, dans les faits, déjà été mentionné par l'impératrice Taytu Betul notamment dans l'une de ses interventions répondant à une missive du comte Antonneli ().Richard Pankhurst, , ..
L'affrontement final, 1894-1896 vignette|redresse|Progression des campements des troupes de Ménélik II dans les jours qui précèdent la bataille d'Adoua. En cette même année 1893, en Italie, l’ancien ministre des affaires étrangères, Francesco Crispi, devient Premier ministre. Le pays traverse une période de crise intérieure, résultant de révoltes paysannes et de mouvements sociaux grandissants. Crispi interdit toute organisation de forme socialiste et tous syndicats de paysans et de travailleurs ; des milliers d'Italiens se retrouvent privés de leurs droits civiques. Durant l'année 1895, il dirige le pays d’une main de fer sans consulter le Parlement et est reconduit au pouvoir avec une large majoritéArticle Francesco Crispi, Britannica Encyclopedia : ..
Les affrontements entre l'Éthiopie et l'Italie qui suivent la dénonciation du traité, débutent à la fin de l'année 1894, lorsque Bahta Hagos, un Dejazmach d'Akkele Guzay en Érythrée, entre en rébellion contre l'ordre colonialTsegaye Tegenu, The Logistic Base and Military Strategy of the Ethiopian Army: the Campaign and Battle of Adwa, September 1895-February 1896..
La bataille de Coatit
L'armée italienne sous les ordres du général Oreste Baratieri est à la recherche des troupes abyssines depuis une quinzaine de jours. Elle surprend ces dernières à l'aube du , alors qu'elles sont au bivouac, dans une vallée. Un moment débordés, les Éthiopiens sous les ordres du Ras Mengesha, gouverneur du Tigré, fils de Yohannes IV, se reprennent, et parviennent à contenir les assaillants et à les repousser. Baratieri ordonne le repli, qui s'effectue en bon ordre, regroupe ses hommes sur une crête et établit une ligne de feu très efficace. La fusillade dure jusqu'au lendemain. Dans la matinée du 14, vers 10 heures, le Ras Mangasha dont les forces ont beaucoup souffert donne le signal de la retraite. Le , l'armée italienne qui poursuit les troupes tigréennes du ras Mengesha Yohannes, les rattrape à Senafé et leur inflige un nouveau revers.
À la suite de leur victoire, les Italiens occupent de larges parties du Tigré, à Adigrat, Mékélé et Amba Alagi.
Au cours d'une allocution devant la Chambre italienne des députés le , Francesco Crispi reçoit une sur le budget des affaires étrangères à l'exception de l'extrême-gauche. Le projet est présenté comme visant à assurer .
En Éthiopie, un appel à la mobilisation générale contre les forces coloniales est lancé le . En l'espace de deux mois, une centaine de milliers de soldats sont rassemblés en des points stratégiques du pays (Addis-Abeba, Were Ilu, Ashenge, et Mékélé).
La bataille d'Amba Alagi vignette|Carte de la bataille d'Amba Alagi.
Les forces éthiopiennes se dirigent vers le nord du pays et la région du Tigré. Elles rencontrent une position avancée des troupes italiennes conduites par le Major Toselli et composée de érythréens, à Amba Alagi. Le , le ras Makonnen, Welle Betul et Mangesha Yohannes mènent l'assaut.
Accompagné des troupes du Qegnazmach Tafesse, le Fitawrari Gebeyehu lance une attaque, désobéissant ainsi aux ordres. Le , les forces italiennes et un renfort de sont chassés et mis en déroute. Le major Toselli est tué.
La poursuite de la marche vers les positions italiennes s'effectue alors dans l'anticipation constante d'une confrontation.