L'Institut Sénégalais de Recherche Agricole (ISRA) est un institut de recherche scientifique et technique appliquée créé en 1974. C'est pour concevoir, organiser et mener à bien toutes les recherches relatives au secteur rural au Sénégal. Sa mission consiste en la génération de connaissances et de technologies appropriées pour atteindre l'objectif de sécurité alimentaire des populations, la création d'emplois et de richesses et pour le développement économique, social, scientifique et culturel du pays .
Historique Créé par une loi de , I’ISRA est l’héritier dans tous les sens du terme des anciens instituts français qui intervenaient au Sénégal. Héritier sur le plan scientifique en termes d’acquis technologiques et de connaissances accumulées, en termes de thématiques, de priorités et d’organisation disciplinaire et décentralisée de la recherche, héritier en termes d’infrastructures et d’équipements conçus dans un cadre géographique plus vaste.
La période coloniale de la recherche agricole au Sénégal peut être découpée en deux, celle d’avant la fin de la deuxième guerre mondiale et celle d’après guerre.
La période post indépendance peut aussi se découper en deux, celle de 1960 à 1974, c’est-à-dire la période pendant laquelle le jeune État par manque de chercheurs qualifiés confie la gestion et la conduite de sa recherche aux instituts de l’ancienne puissance coloniale.
De 1975 à nos jours, où le Sénégal prend en main sa recherche pour le meilleur et pour le pire.
1921-1948, une histoire qui débute… avec l’arachide On rendra d’abord hommage au baron Roger qui le premier expérimenta la culture du coton dans la vallée du fleuve Sénégal à Richard-Tell.
Mais la véritable histoire de la recherche agricole a débuté à la suite de l’introduction de la culture de l’arachide. C’est à partir du milieu du que l’administration coloniale décide d’introduire et de développer la culture de l’arachide pour approvisionner l’industrie huilière de la métropole et répondre ainsi aux besoins de la France en oléagineux. Cette décision explique quelques décennies plus tard la création à Bambey au cœur de la zone de production, de la première structure de recherche agricole au Sénégal. Celle-ci voit le jour en 1921 avec la transformation de la ferme école de Bambey, créée 8 ans plus tôt, en station expérimentale de l’arachide. Cette station est chargée des recherches sur l’amélioration variétale et la culture de l’arachide.
La variété d’arachide 28-206 En 1928, la station expérimentale de Bambey sélectionne, dans une population provenant de Bamako, la variété d’arachide 28.206 à cycle de 120 jours et à port érigé. Avec des teneurs en acide oléique (65 à 68%) et en acide linoléique (15 à 18%) importantes et intéressantes pour l’industrie huilière, sa culture va très vite être étendue à pratiquement tout le territoire national. En outre, la 28-206 est une lignée qui présente de très grandes facultés d’adaptation (pluviométrie de ) et une grande régularité technologique. En 1969, son appellation change avec la création d’une 28-206 résistante à la rosette. Elle est renommée 69-101 et est alors introduite en Casamance. Cette variété est, aujourd’hui encore, utilisée dans la zone agro-écologique du Sénégal oriental.
À partir des années 1930, un dispositif de recherche calqué sur l’extension des zones de culture de l’arachide se met progressivement en place pour satisfaire la demande croissante de la puissance coloniale. La station de Bambey est alors dotée de plusieurs sous-stations. C’est le cas pour les stations régionales de Nioro du Rip créée en 1936 dans le Sud du bassin arachidier, Louga au Nord du bassin arachidier et Sinthiou Malème (1937) localisée dans le Sénégal oriental, dont les premières activités portaient sur des tests de comportement et d’adaptabilité des nouvelles variétés d’arachide créées et sélectionnées à Bambey et sur la multiplication des semences.
II faudra attendre près de après la création de la station de Bambey pour que les activités de recherche se diversifient et que soient initiées des recherches sur les cultures vivrières comme le mil, le sorgho, le niébé en rotation avec l’arachide et sur la mécanisation de la culture arachidière. En 1936, un laboratoire de chimie est construit pour conduire des études pédologiques. En 1938, Bambey devient la principale station de recherche de l’Afrique Occidentale Française (AOF) dénommée Secteur Soudanien de la Recherche Agricole. La même année, à Richard-Tell, la Mission d’Aménagement du Fleuve Sénégal (MAS) tente de mettre en place un programme d’aménagement du delta avec la création d’un casier expérimental rizicole. Parallèlement, des essais menés sur les techniques culturales, la petite mécanisation des exploitations traditionnelles et la modernisation de l’agriculture ont conduit à la création en 1939, du Secteur Expérimental et de Modernisation Agricole (SEMA) à Boulel.
À peu près à cette période, la création de stations fruitières dans les régions de Thiès (station de Mboro) et de Dakar (pépinière de Sangalkam, station du Km 15 de la route de Rufisque) marque le début des recherches sur les productions horticoles avec, comme principaux objectifs, l’introduction des agrumes, l’amélioration des espèces locales existantes et le développement d’activités maraîchères par l’introduction de nouvelles variétés et espèces. Durant cette époque, la recherche vétérinaire fait aussi son apparition. Contrairement à la recherche agronomique, elle ne vise pas l’exportation, ce qui explique qu’un intérêt moindre lui soit accordé et que sa mise en œuvre soit plus tardive. Au début des années trente, la recherche vétérinaire vise surtout à maîtriser les grandes épizooties de façon à assurer un approvisionnement correct des populations territoriales en viande. Les recherches sur les productions animales commencent en 1930 avec la création du centre de Dahra, dans le Djoloff, auquel s’ajoute, en 1935, le Laboratoire Central de l’Élevage établi à Dakar. La guerre entraîna une pause dans l’essor de la recherche agricole.
1948-1960, une recherche agricole à l’échelle de l’AOF, au service de l’économie de traite Après la deuxième guerre mondiale, une politique vigoureuse de développement des recherches sur les productions végétales et animales est mise en place, organisée et coordonnée à l’échelle de l’AOF. La création du Fonds d’investissements et de Développement Économique et Social (FIDES) va permettre de financer les infrastructures et les activités de recherche. La recherche en faveur d’une agriculture de rente reste cependant dominante même si celles sur les céréales locales, la fertilisation minérale, la culture attelée, les races locales et la santé animale prennent une importance plus grande. Le Sénégal qui est la plus ancienne colonie et qui héberge la capitale de la Fédération recueille une part importante du dispositif de recherche et joue le rôle de leader pour ce qui concerne les recherches agronomiques et sur la santé animale dans toute la zone soudano-sahélienne.
La recherche agronomique Un Comité de Coordination et de Contrôle des Recherches Agronomiques et de la Production Agricole est créé en 1949 pour définir une véritable politique de recherche agronomique, coordonner et évaluer les activités de recherche et de vulgarisation, et pour gérer leurs budgets. Un an plus tard, une division des recherches agronomiques est créée au sein de I’Inspection Générale de l’Agriculture de l’AOF qui assure le secrétariat du Comité, la mise en œuvre de décisions dont la plus importante fut la transformation des Secteurs Agronomiques en Centres de Recherches Agronomiques Administratifs de la Fédération de l’AOF. C’est ainsi que la station de Bambey devient le Centre de Recherches Agronomiques (CRA) pour toute la zone à climat soudano-sahélien de l’AOF pour les cultures industrielles et vivrières. Le CRA de Bambey qui disposait d’une station de s’appuie sur toutes les stations agronomiques régionales en place (Nord et Sud Bassin Arachidier, Sénégal Oriental et Haute 35 Casamance, Moyenne et Basse Casamance) et sur les stations existantes au Soudan (actuel Mali), en Haute-Volta (Burkina Faso) et au Niger. Le centre de Bambey reçoit, à cette époque, des équipes scientifiques de la Section Technique d’Agronomie Tropicale (devenu plus tard I’IRAT) de Nogent sur Marne. La même année, en 1950, une station agronomique à vocation rizicole, qui remplace le casier expérimental rizicole, est créée à Richard-Toll et gérée par la Société pour le Développement de la Riziculture au Sénégal (SDRS). Quelques années plus tard, des organismes privés de recherche s’installent au Sénégal. C’est le cas pour I’IRHO et la CGOT intervenant dans des recherches d’accompagnement sur l’arachide et qui créent dans les années cinquante respectivement les stations de Darou (1952) dans le Sud du Bassin Arachidier et de Séfa en moyenne Casamance. La CGOT tentera (en régie) la motorisation de la culture de l’arachide avant de revenir à la culture attelée.
La recherche vétérinaire Les recherches sur les productions animales sont elles aussi réorganisées, dimensionnées à l’échelle de l’AOF et financées sur les ressources des territoires de la Fédération suivant le même modèle que les productions végétales. En 1948, le centre de Dahra initie des recherches sur l’amélioration de la race chevaline puis sur les bovins. En 1953, le Laboratoire Central de l’Elevage est remplacé par le Laboratoire Fédéral d’Élevage et de Recherches Vétérinaires (LFERV) établi à Hann et devient le principal centre de recherches sur la santé et l’alimentation animales à travers l’AOF. La même année une ferme expérimentale est créée à Sangalkam non loin de Dakar. Le Laboratoire regroupe toutes les recherches sur la pathologie animale, sur les moyens de prévention et de lutte, et fabrique les vaccins. Comme avant 1948, les objectifs de la recherche vétérinaire ne visent pas à exporter mais à assurer l’approvisionnement des villes en viande. La recherche zootechnique est confiée au Centre Fédéral de Recherches Zootechniques de Sotuba près de Bamako qui s’appuie au Sénégal sur le seul centre de Dahra devenu centre zootechnique.
La recherche forestière Elle n’existe pas en tant qu’entité autonome. Elle est menée au sein de l’administration des Eaux et Forêts. On peut imaginer qu’à cette époque les ressources ligneuses des zones humides de l’AOF et de l’AEF intéressent davantage la France et le Centre Technique Forestier Tropical (CTFT). Néanmoins, la création de nombreuses forêts classées témoignent du souci de préservation de la ressource forestière. Des programmes de reboisement sont aussi menés.
La recherche océanographique La période coloniale est aussi marquée par les prémices d’une recherche océanographique. C’est en effet à la fin des années 1940 et au début des années 1950 que la recherche halieutique et océanographique a commencé à se structurer réellement. Des efforts importants sont faits pour une bonne connaissance des ressources halieutiques, des milieux marins et des modes d’exploitation grâce à l’intervention de chercheurs de l’IFAN, de l’ORSTOM et du Muséum d’histoire Naturelle de Paris. Sans ignorer la pêche artisanale, les priorités portent sur le développement de la pêche industrielle au profit de la métropole.
Les prémices d’une recherche océanographique Au début du , la puissance coloniale manifeste un intérêt dans les pèches en AOF avec la création d’un laboratoire au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris en 1901, puis avec le début de la Mission Permanente des pêcheries en AOF dirigée par A. Gruvel (1906). Les travaux de ce dernier (1908-1913) ont constitué les premières approches analytiques du secteur. Le Muséum, ainsi que l’Institut Fondamental d’Afrique Noire (IFAN) créé et installé à Dakar en 1936-1938 sont les deux structures impliquées dans la recherche sur l’océanographie et les pèches.