Le sultanat zianide (en , as-Salṭana az-Ziyaniya, en berbère: ⵜⴰⴳⵍⴷⴰ ⵏ ⵉⵣⵢⴰⵏⴻⵏ, Tagelda n Izyanen) ou royaume de Tlemcen (en arabe : , Mamlakat Tilimsan, en berbère : ⵜⴰⴳⵍⴷⴰ ⵏ ⵜⵉⵍⵉⵎⵙⴰⵏ, Tagelda n Tilimsan) est un sultanat berbère, établi sur le Maghreb central, après la disparition du califat almohade en 1236. Il est gouverné par les sultans de la dynastie zianide également appelés Abdelwadides qui règnent depuis Tlemcen sur le Maghreb central (actuelle Algérie), hormis entre 1437 et 1461 où ils le font depuis Alger et Ténès.

Tlemcen était une plaque tournante du commerce transsaharien selon un axe nord-sud reliant Oran, sur la côte méditerranéenne, à l'ouest du Soudan. Le royaume, en raison de sa position centrale au Maghreb, est pris en étau entre les royaumes mérinide et hafsideCharles-André Julien, Histoire de l'Afrique du Nord. Des origines à 1830, éd. Payot, Paris, 1966, . Il tombe à plusieurs reprises sous la domination de leurs rivaux mérinides, qui occupent Tlemcen sans pouvoir s’y établir durablement au . Il tombe également sous la suzeraineté hafside à la fin du . Les Zianides réussissent malgré cela à fonder un État prospère et indépendant. Sous leur règne, le Maghreb central forme une entité bien distincte des Mérinides à l'Ouest et des Hafsides à l'Est. Par sa position médiane, ses souverains berbérophones, et les traditions nomades zénètes conservée par ces derniers, le sultanat zianide formait un monde à part, le « véritable monde africain », selon Henri Dufroucq, comparativement à ses voisins dont la culture se rapprochait plus de l'Espagne ou la Sicile.

L'autorité des Zianides ne s'exerce plus sur Alger au début du qui prend de l'importance au Maghreb central au détriment de Tlemcen. Au début du , le sultan zianide reconnaît la suzeraineté espagnole dans un contexte où les royaumes du Maghreb sont de plus en plus morcelés. Cette décision controversée sera le déclenchement d'une lutte entre prétendants appuyé soit par les Espagnols soit pas les Barberousses qui font entrer un temps le royaume dans l'orbite du sultanat d'Alger dès 1518 avant son annexion définitive en 1554 par ce dernier devenu la régence d'Alger sous tutelle ottomane.

Origine

Les Banu Zïane sont une tribu berbère zénète originaire des Aurès. Selon Ibn Khaldoun, ils sont des Zénètes de la seconde génération tout comme les Banu Tugin et les Banu Rached notamment. Plus précisément les Banu Zïane sont un clan de la tribu zénète des Beni Abd-el-Wad ou Abd el-Wâdides, eux-mêmes une subdivision de la tribu Ouacine ayant migré depuis les Aurès et possèdent donc un lien de parenté avec leurs rivaux Mérinides. On parle d'ailleurs souvent de dynastie Abd el-Wâdide à propos des Zianides.

D’origine nomade, ils étaient refoulés au par les hilaliens jusqu’aux confins du Maghreb al-Aqsa (actuel Maroc), ils s’allient à Abd al-Mumin qui les installe dans la partie occidentale de l’Oranie, ils se comportaient en tant que vassaux des Almohades.

Le Maghreb central apparait comme une puissance bien individualisé entre l'Ifriqiya et le Maghreb al-aqsa. L'historien Dufroucq décrit la vision européenne du Maghreb central : « c'était la terre maghrébine la plus authentique, alors que le Maroc était une sorte de prolongement de l'Espagne, et l'Ifrikiya, dans une certaine mesure, une région sœur de la Sicile, le sultanat zyanide formait un monde à part, le véritable monde africain. ». Les Zianides restent très marqués par leurs traditions nomades, ils recrutent des troupes zénètes ou hilaliennes pour monter leur makhzen. Lors des offensives des Hafsides et des Mérinides, ils parviennent toujours, grâce à leur itinérance, à retourner les alliances et reconquérir l'ensemble de leurs États, même quand leur capitale est occupée. Yaghmoracen est lui-même parfaitement berbérophone, alors que la règle et l'usage est déjà à l'arabisation des élites dans les autres parties du Maghreb. Une de ses phrases en berbère « Yessen Rabi » : « Dieu le sait » est passée à la postérité, marquant sa modestie et son refus de voir son nom gravé sur un minaret en association avec une lignée arabe ou chérifienne comme il était d'usage chez les généralogistes des souverains de l'époque.

Histoire vignette|334x334px|Le roi Zianide régnant sur le Maghreb Central Lors du déclin des Almohades, le gouverneur de l’Ifriqiya proclame son indépendance en 1236, après avoir rompu avec Marrakech dès 1229. Au Maghreb central, l’un des chefs des Abdelwâdides (ou Zianides), est investi par le calife almohade comme gouverneur de Tlemcen en 1227. En 1236, le pouvoir tribal échoit aux mains de Yaghmoracen Ibn Ziane. Dès 1240, il cesse de reconnaître le califat almohade et se pare du titre d’émir des musulmans. Yaghmoracen affronte les Almohades qui désirent récupérer Tlemcen et résiste aux ambitions de ses voisins Hafsides. Yaghmoracen était aimé par la population. Son armée se composait d'archers kurdes et chrétiens : il est fait mention d'un corps de lanciers chrétiens, probablement une milice espagnole. Les Zianides n'imposeront pas une doctrine quelconque, mais la population imposera le malikisme. Ils participent au développement de la ville de Tlemcen, ils construiront des palais, des bibliothèques, des écoles, des foundouks, ils créent aussi de beaux jardins et de grands parcs et font de grands travaux d'irrigation. Les sciences et les arts se sont développés pendant leur règne.

La capitale zianide eut à résister plusieurs fois aux assauts mérinides. Sous le règne du sultan zianide Abou Saïd Othman, elle eut à se défendre contre un siège qui dura huit années (du au ). Ibn Khaldoun rapporte :

Débarrassé du péril mérinide, Abou Zeyan s'attacha à remettre de l'ordre dans son royaume. Il razzia les tribus berbères de l'Est qui avaient appuyé les Mérinides et chassa les Arabes du SersouCharles-André Julien, Histoire de l'Afrique du Nord. Des origines à 1830, éd. Payot, Paris, 1966, . À la mort d'Abou Zeyan, les ruines accumulées par l'attaque d'Abou Yaacoub étaient loin d'être relevées. Son frère Abou Hammou Moussa s'employa à réparer les remparts, creuser des fossés, accumuler des réserves dans ses silos et remplir les caisses du trésor. Toutes ces mesures tendaient à mettre la ville à l'abri d'un nouveau siège. Il réussit à maintenir les Mérinides au-delà d'Oujda, reprit la politique d'expansion dans la vallée du Chélif et poussa jusqu'à Béjaïa et Constantine. Il périt assassiné à l'instigation de son fils (1318).

vignette|gauche|upright=0.9|alt=Ruines d'une citadelle médiévale|Citadelle de Temzezdekt à El Kseur, bâtie lors du grand siège de Béjaïa par les Zianides. Sous Abû Tâshfîn, les Zianides vont tenter de déloger les Hafsides avec l'aide des tribus arabes Solaïm et des Dawawida issues des Banu Hilal. Le calife hafside ne se sauva de ces attaques qu'en suscitant une contre-intervention des Mérinides sur Tlemcen ; au cours de la lutte, il avait été quatre fois chassé de sa capitale. La protection des Mérinides et le ralliement du principal chef arabe des Beni Solaïm, le cheikh Hamza as-Sulaymi, lui permirent de reconquérir son royaume, province par provinceCharles-André Julien, Histoire de l'Afrique du Nord. Des origines à 1830, éd. Payot, Paris, 1966, .

Abû Tâshfîn entreprend les sièges de Béjaïa et de Constantine, puis fonde dans la vallée de la Soummam une place forte, Temzezdekt, près de Béjaïa. Mais le souverain hafside Abou Bekr réussit à obtenir l'intervention des Mérinides. Une attaque simultanée sur les deux flancs réduisit Abû Tâshfîn à la défensive. Sa situation était d'autant plus grave que les tribus des Sowaïd et des Beni Yaacoub avaient abandonné la cause zianide. Tlemcen subit à nouveau, un siège de près de deux années et fut prise d'assaut par le sultan de Fès, Abou-l-Hassan. Le sultan, trois de ses fils et son général en chef tombèrent les armes à la main (1337). vignette|307x307px|Tlemcen au XIVe siècle Sous le règne de Abû Hammû II (1359-1389), monarque cultivé, né et élevé en al-Andalus, le pouvoir zianide se renforce. Mais par la suite, la dynastie se maintient difficilement, elle résiste aux tentatives d’expansion des Marinides et des Hafsides au , sans parvenir à établir un pouvoir central fort, triomphant sur les querelles tribales internes.

En 1512, le souverain zianide Abou Hammou Moussa accepte d’être le vassal du roi d’Espagne, ce qui provoque l'hostilité de la population qui appelle à son secours Arudj Barberousse.

En 1518, Abou Hammou, sultan zianide, règne sur Tlemcen, tout en reconnaissant la suzeraineté espagnole et leur procurant le ravitaillement nécessaire à la place d'Oran, ce qui provoque le mécontentement des habitants de Tlemcen qui appelèrent au secours Arudj Barberousse, « sultan d'Alger », renommé pour ses succès contre les Espagnols pour les libérer, Arudj Barberousse, avec l'aide de Berbères, combat les Espagnols à Tlemcen, sous le commandement de Dom Martin d'Argote, mais est défait après 6 mois de farouche résistance, les Espagnols rétablissent l’ancien sultan Abou Hammou sur le trône. Ces derniers s'emparent de la Kalaa des Beni Rached et tuent Ishaq, un frère d'Aroudj. En 1550, un nouveau sultan zianide est renversé, il se réfugie auprès des Espagnols d’Oran. Tlemcen est prise définitivement en 1554 par Salah Rais, ce qui marque la fin de la dynastie zianide et l'annexion de ses possessions.

Territoire

La dynastie zianide dominait la moitié occidentale de l'Algérie actuelle, alors que la dynastie hafside dominait la moitié orientale.. Les limites entre les aires zianide et hafside suivent une ligne courant de l'ouest du Béjaïa au Hodna et au Zab, même si à l'ouest de cette ligne, les tribus vivent en quasi-autonomie. et à l'est, les Zianides tentent d'élargir leur influence.. Au sud, la sultanat s'est étendue aux environs d'Ouargla, de Ghardaïa et du Touatالدولة الزيانية في عهد يغمراسن: دراسة تاريخية وحضارية 633 هـ - 681 هـ / 1235 م - 1282 مخالد بلعربي Al Manhal, p70.

Ayant une capitale proche de la zone frontière qui les sépare du domaine mérinide, les Zianides se lancent prioritairement à la conquête des territoires situés à l’est de leur capitale, considérés comme une zone tampon précédant l'entrée dans le royaume hafside.. Les deux premiers souverains abdelwadides s’attachent alors à s’approprier ces nouveaux territoires, mettant en place une gestion familiale du pouvoir au niveau local. Selon le testament du fondateur Yaghmoracen légué à ses successeurs, son royaume devait s’étendre successivement à l'est à toute la région qui forme l'Algérie actuelle, dans un but d'unification.

Après la conquête de Médéa en 1289, l’État zianide s’étendait depuis à la Moulouya à l’Ouest jusqu'à la Soummam à l'Est. Après la levée du siège de Tlemcen en 1307, les limites orientales du royaume se stabilisent progressivement. Le souverain y envoie ses représentants, qui ne sont plus des membres de sa famille mais des clients. Un projet de changement de capitale est même, un temps, envisagé en raison de la position décentrée de Tlemcen par rapport à l’espace zianide et de sa vulnérabilité face aux attaques mérinides.

Mais l’unité du royaume était fragilisée par la révoltes tribales et les menaces de ses deux voisins. Ainsi, les Mérinides occupent Tlemcen de 1337 à 1348, de 1352 à 1359 et sans pouvoir s’y établir durablement, la réoccupent périodiquement notamment en 1360 et 1370. Les trois États maghrébins : Hafsides, Zianides et Mérinides, étaient fluctuants et rivalisent pour établir leur emprise sur tout le Maghreb.