Les cours par correspondance sont une forme d'instruction, caractérisée par un enseignement dispensé à distance par un établissement et ses professeurs, via des cours, à l'élève. Parfois, le professeur et l'apprenant ne sont en contact que par le biais de l'échange des devoirs ou d'un tutorat. Dans certains cas, on parle aussi de télé-enseignement.
En France, les opérateurs privés ont été les premiers à s'intéresser à ce marché. Mais depuis la Seconde Guerre mondiale, l'Éducation nationale reste la référence en la matière par l'intermédiaire du Cned. D'autres organismes particuliers reconnus délivrent des cours par correspondance, comme le Centre européen de formation ou encore le CNFDI.
Histoire
Les cours par correspondance constituent la première forme d'enseignement à distance de l'histoire. Son origine remonte probablement à l'art de l'écriture lui-même. En effet, comme le souligne Börje Holmberg, l’envoi de lettres à portée éducative est constaté depuis longtemps : « Dans les lettres de Saint Paul, on retrouve des références d’échanges [« feedback »] des messagers de congrégations auxquels il écrivait (Titus in II. Corinthians 7, Timothy in I. Thessalonians 3 etc.). Des choses similaires s’appliquent à d’autres types d’éducation par lettre, par exemple l’instruction religieuse donnée par Gerhard Tersteegen aux Pays-bas et en Allemagne dans la première moitié du et les lettres de Madame de Sévigné à sa fille ».
Les premières mentions d'une éducation par correspondance systématisée remontent au siècle, au travers de publicités comme celles parues dans le Boston Gazette, le , par un certain Caleb Phillips, proposant des cours de sténographie par envoi postal : « Personnes dans le Pays désireuses d’Apprendre cet Art peuvent, en recevant plusieurs Leçons envoyées chaque Semaine pour elles, être aussi parfaitement instruites que celles vivant à Boston » ; ou le Lunds Weckoblad , le journal hebdomadaire de la Swedish University City of Lund en 1833 : « Mesdames et Messieurs, opportunités d’étudier la Composition par le biais du service Postal ».
La première forme systématisée de cours par correspondance apparait en 1840, à Londres, Angleterre. Cette année là, Isaac Pitman (1813-1897) alors professeur d’anglais, enseigne sa méthode de sténographie connue sous le nom de « Méthode Pitman » par envoi postal. Il propose aux personnes apprenantes de retranscrire certains passages de la Bible sous forme sténographique, et envoyer ensuite leur travail en retour afin qu’il soit corrigéHolmberg. B, « The Evolution, Principles and Practices of Distance Education », Universität Oldenburg, 2008, p.13.. En 1843, cette méthode alliant l’étude des Écritures et la sténographie sera dispensée au travers de la Phonographic Correspondence Society, qui deviendra plus tard le Sir Isaac Pitman Correspondence College.
L’invention du timbre-poste comme point de départ Le développement des cours par correspondance à ce moment et endroit précis du globe est indissociable de l’invention du premier timbre poste de l’histoire. Mis en circulation le en Angleterre, le « One Penny Black » va complètement révolutionner le système postal anglais, avant de se développer par la suite en Europe et dans le monde.
En effet, le précédent système postal comporte des limites structurelles fortes : les frais d’envoi très onéreux sont à la charge du destinataire. De ce fait, beaucoup refusent les lettres. En 1836, Sir Rowland Hill (1795-1879) « propose au gouvernement anglais la perception de la taxe de transport au départ des correspondances. ». À la suite de la réforme Rowland Hill (1839), les frais sont abaissés et réglés par l’expéditeur. L’invention du timbre renforce la fiabilité du système postal : « Avant cette invention, on n’était jamais sûr qu’un courrier arrive à son destinataire, puisque ce dernier devait payer pour pouvoir le lire. L’invention du timbre- poste renverse totalement cette logique : c’est l’expéditeur qui règle les frais ; le destinataire n’a plus à payer et il est sûr de recevoir. ». L’invention du timbre-poste, en garantissant la fiabilité des échanges par voie postale, rend possible l’émergence d’un mode de transmission des savoirs basé sur le courrier. Autrement dit, il rend possible l’émergence des cours par correspondance comme forme systématisée d'enseignement à distance.
La réforme postale anglaise « connaît un succès retentissant et incite les autres pays à adopter à leur tour cet usage qui se révèle si pratique. ». À partir de là, les cours par correspondance vont se multiplier un peu partout en Europe et dans le monde. En Allemagne, où le premier timbre apparait le (le « Un kreuzer noir de Bavière »), l’Institut d’enseignement des langues par le courrier est lancé à Berlin en 1856 par Toussaint (1813-1877) et Langenscheidt (1832-1897). L’École Hermods de comptabilité et de langues est fondée en 1898 à Stockholm et l’Université de Queensland (Australie) s’engage dans l’enseignement à distance en 1911. En France, l'École Pigier (1877), les « Cours Hattemer » (1885), « L'École chez Soi » (1881), l'École Universelle (1907) et Cours Legendre (1929) apparaissent successivement. Cette forme d’enseignement à distance se développe moins rapidement en France qu’ailleurs. L’École Hermods à Malmö en Suède compte déjà plus d’étudiants dix ans après sa création en 1898 que n’ont ensemble les structures françaises (Pigier, Hattemer, École Chez soi et l’École Universelle) et comptera jusqu'à plus de par an.
À la suite de ces initiatives, plusieurs collèges privés par correspondance voient le jour comme en Écosse ou and Company en Angleterre. Mais c'est surtout en Australie et aux États-Unis que l'enseignement à distance, confronté aux difficultés générées par l'immensité des territoires, va s'institutionnaliser et s'imposer comme un enseignement alternatif. En Australie, dès 1911, l'université du Queensland et l'université Deakin adoptent la formule mixte : enseignements sur le campus doublés de cours par correspondance pour les étudiants les plus éloignés. Dans le même temps, W.A. Grundy lance l'enseignement technique par correspondance.
Aux États-Unis, dans les années 1880, des étudiants se regroupent pour concevoir des cours à distance. En 1891, Thomas J. Foster, propriétaire d'un journal en Pennsylvanie, fait rédiger une brochure sur la sécurité dans les mines. Cette brochure est à l'origine des écoles internationales par correspondance de Scranton.
Organismes commerciaux et universités traditionnelles lancent de leur côté les premières universités ouvertes : l'université du Wisconsin décide l'extension de ses cours par correspondance en 1891 et l'année suivante, le président de l'université de Chicago William R. Harper crée une section spécifique d'enseignement à distance.
À destination d'un public éloigné de l'enseignement classique Le développement des services postaux suit et exprime la demande et les besoins des usagers. En effet, les cours par correspondance s’adressaient à l’origine à des catégories sociales éloignées de l’enseignement classique, comme les femmes ou les ouvriers. Historiquement, ce mode d’étude a été envisagé pour lutter contre les inégalités sociales. Bien que les premières écoles par correspondance soient des initiatives privées poursuivant une certaine rentabilité économique, « des finalités moins mercantiles sous-tendaient cette innovation : permettre à chacun d’accéder au savoir, quel que soit son lieu d’habitation, dans un but de promotion sociale et d’égalité des chances. ».
La toute première école américaine créée par Anna Ticknor en 1873, la « Society to Encourage Studies at Home » aboutit à l’instruction de plus de 10 000 membres sur une période de 24 ans. Son intention était d’offrir de nouvelles opportunités pour les femmes de toutes classes sociales : « Bien que le programme scolaire reflétait « l’orientation classique », il est intéressant de constater que la plupart des étudiants étaient des femmes, une clientèle qui commençait seulement à demander l’accès à l’enseignement supérieur. »Mathieson, D. E. (1971). Correspondence study: A summary review of the research and development literature. Syracuse, N.J.: National Home Study council/ERIC clearing house on adult education.. Pour l’institution Hermods devenue l’une des plus influentes dans le monde au cours des années 60-70Gaddén, G. (1973). Hermods 1898-1973. Malmö: Hermods., les cours par correspondance « répondent à un besoin important. Ils donnent l’opportunité à chacun de s’éduquer soi-même ; ils donnent à des jeunes hommes et femmes inquiets de leur avenir, une opportunité d’atteindre une indépendance et aux personnes en difficulté la possibilité de travailler à s’émanciper de la pauvreté. »The Hermods Prospectus of 1908, p. 10..
En 1971, à une époque où l’accès à l’université est extrêmement restreint, le gouvernement travailliste lance l’Open University britannique, une université où l’on peut suivre des formations à distance « sans pré-requis, sans diplômes initiaux. » . Le gouvernement voit dans cette institution le moyen de donner accès à l’université aux classes défavoriséesPerriault, J. (1995). La communication du savoir à distance. Paris, L’Harmattan. : « La référence en matière d’université ouverte à distance est incontestablement l’Open University britannique. Fondée par Charte Royale en 1969, c’est une institution indépendante et autonome, habilitée à délivrer ses propres diplômes. Son public essentiel est encore celui de la seconde chance, c’est-à-dire ceux qui sont déjà plongés dans le monde du travail et souhaitent poursuivre leurs études »Perriault J., La communication du savoir à distance, Autoroutes de l’information et télé-savoirs, Paris, L’Harmattan, coll. Éducation et Formation, série Références, 1996..
Les cours par correspondance ont donc une dimension sociale, s'adressant aux besoins de personnes « n’appartenant pas à l’élite et n’ayant pas les moyens de suivre des études à temps plein au sein d’une institution éducative »McIsaac, M.S. & Gunawardena, C.N. « Distance Education. In D.H. Jonassen, ed. Handbook of research for educational communications and technology: a project of the Association for Educational Communications and Technology », 403-437, New York: Simon & Schuster Macmillan, http://members.aect.org/edtech/ed1/13/index.html, 1996..
À l’initiative du secteur privé Les cours par correspondance ont été en grande partie initiés par le secteur privé, souvent en réponse à des besoins sociaux non couverts par l’Éducation nationaleMœglin, P., , Paris, Presses Universitaires de France.. Ils sont à l’origine destinés aux adultes, probablement pour des raisons commerciales (Glikman, 2002, p.22). Il faudra attendre le début du , soit un demi-siècle plus tard, pour que des cours par correspondance soient destinés aux enfants. Cela sera le cas au travers de la Calvert School, école expérimentale privée de Baltimore créée en 1905 aux États-Unis.
L’Université de Londres est la première à proposer un cursus diplômant par correspondance, en 1858, au travers de son External Program. Le contexte anglais est propice au développement des études par correspondance. Depuis 1836, l’Université de Londres fonctionne comme un institut d’examen, ce qui signifie qu’il peut corriger et délivrer des certifications sans pour autant que les examinés soient de l’écoleTight, M. London University external developments. Open Learning 2(2), 49-51, 1987.. Cette fonction : « a joué un rôle important dans le développement de l’éducation à distance, dans la mesure où il rendait possible à des apprenants formés par des organisations sans pouvoir d’examens, les écoles par correspondance par exemple, d’acquérir des diplômes universitaires. ».