Urbain-René de Hercé, né le à Mayenne, exécuté à Vannes le , est un ecclésiastique français, évêque de Dol, réfractaire au serment constitutionnel. Il est exécuté après le débarquement des émigrés à Quiberon auquel il a pris part.

Biographie Origines et famille Une noblesse ancienne et chrétienne Urbain-René de Hercé naît le à Mayenne, dans une famille d'ancienne noblesse de la Mayenne, originaire de la Cour de Hercé, près de Gorron. Les armoiries de la famille, d’azur à trois herses d’or, posées deux et une, évoquent une origine liée à l’agriculture, symbole de l’attachement de cette aristocratie à la terre et à la protection des campagnes.

La maison de Hercé, attestée depuis le , fournit des militaires, des ecclésiastiques et des administrateurs. Plusieurs de ses membres s’illustrent dans l’Église, notamment Jacques de Hercé, chanoine d’Angers au , et René de Hercé, curé de Saint-Fraimbault-de-Prières.

Un mariage et une fratrie exceptionnels Le , Jean VIII de Hercé (1698–1767), seigneur du Plessis, épouse Françoise (ou Renée) Tanquerel (1704–1780)Mariés le 24 janvier 1719. Le marié avait et la mariée, ., fille de René Tanquerel, conseiller du Roi et procureur général de la barre ducale de Mayenne. Françoise, âgée de seulement quinze ans, donnera naissance à dix-neuf enfants, dont plusieurs marqueront l’histoire religieuse, militaire ou maritime dont Jean-François-Simon de HercéL'abbé Jacques Pierre Fleury, repris par l'abbé Angot, relate cette anecdote : Le duc d'Aiguillon passant un jour près du manoir du Plessis de Colombiers où résidait la famille, et arrêté par un accident de voiture, alla demander l'hospitalité à Jean de Hercé. Surpris du nombre des convives, il fit un aimable reproche à son hôte d'avoir violé son incognito et réuni un si grand nombre d'invités. - « Mais ce sont mes enfants », répond le père. Le duc, ravi de se trouver dans cette patriarcale famille, aurait, ajoute le narrateur, proposé des places dans l'armée aux garçons, des admissions au couvent pour les filles. Cette seconde partie de l'anecdote est moins véridique et pleine d'anachronismes. À l'époque où le fait se passa, les deux fils devaient servir dans la marine ; les deux filles qui furent religieuses à Ernée, avaient pris le voile depuis longtemps..

Urbain-René est le cinquième enfant du couple. Son parrain est son oncle maternel, René Tanquerel de Grand-Breil, avocat en parlement et juge civil et criminel, et sa marraine, sa tante maternelle, Catherine Le Pannetier. Il doit son prénom « Urbain » à sa grand-mère maternelle, Marie-Urbaine Le Pannetier.

Françoise Tanquerel, mère d’Urbain-René, est décrite comme une femme de grand mérite, de courage et de piété. Malgré le nombre élevé de ses enfants, elle veille personnellement à leur éducation, à leurs prières et à leur instruction religieuse. Son influence est déterminante dans la vocation de plusieurs de ses enfants, dont Urbain-René. Jean VIII de Hercé, bien que moins austère que son épouse, est un homme d’intelligence supérieure, lettré et spirituel. Il veille à l’instruction de ses enfants et apporte une note de gaieté et d’esprit dans le foyer. Une anecdote célèbre illustre son humour et son sens de la famille : lors d’un dîner improvisé avec le duc d’Aiguillon, il explique que les quinze couverts sont pour ses douze enfants présents.

Éducation et formation Mayenne et Paris : les années de formation Urbain-René de Hercé effectue ses premières études au collège de Mayenne, alors dirigé par l’abbé Chabrun, ecclésiastique de grande valeur. Ce collège, réputé pour la qualité de son enseignement, forme plusieurs figures marquantes du clergé et de la société mayennaise.

Dès l’âge de quatorze ans, il manifeste une vocation religieuse précoce. Le , il reçoit la tonsure des mains de Charles Louis de Froulay, évêque du Mans. Il part ensuite pour Paris, où il poursuit ses études, d’abord au collège Sainte-Barbe, puis à la Sorbonne. En 1744, il est pourvu de la chapellenie des Madré, desservie dans l'église Notre-Dame-des-Miracles de Mayenne, ce qui lui permet de financer ses études.

Doctorats et ordination Le , il reçoit le sous-diaconat des mains de Charles Louis de Froulay, dans la chapelle du Palais épiscopal du Mans. Il retourne à Paris pour y obtenir ses grades : bachelier en droit le , licencié le de la même année, puis docteur en droit canonique et civil. Il est ordonné prêtre à la fin de 1751, à l’âge de 25 ans. À (en ), il rentre à Mayenne, prêtre, licencié en droit et docteur en théologie.

Carrière ecclésiastique avant l’épiscopat Bénéfices et charges De retour à Mayenne, Urbain-René de Hercé est titulaire de plusieurs bénéfices : Prieuré de Saint-Nicolas-du-Grez (près de Sillé-le-Guillaume) : deux messes par semaine, revenus issus des dîmes et d’une ferme. Chapelle de Saint-Étienne du Cimetière-Dieu-de-Blèves : quatre messes par semaine, 500 livres de revenus. Prieuré de Saint-Barthélemy-de-l’Habit (près de ChaillandChailland) : il fait reconstruire la chapelle à ses frais. Prieuré commendataire de Saint-Saturnin (diocèse d’Angers), pourvue par Charles François de Froulay. Ces bénéfices, bien que modestes, lui assurent une certaine indépendance financière et lui permettent de soutenir sa famille, notamment ses frères et sœurs. En 1752, il permute son prieuré de Saint-Nicolas pour la cure de Montenay. Vicaire général de Nantes Charles Louis de Froulay refusa de l'incorporer au diocèse du Mans, mais le , Pierre Mauclerc de La Musanchère, évêque de Nantes, le nomme grand vicaire. Ce choix s’explique par la parenté entre les Hercé et les Mauclerc de la Muzanchère, mais aussi par ses qualités : intelligence, piété, zèle apostolique et talent de médiateur.

En pratique, Pierre Mauclerc de la Muzanchère se décharge sur lui de la plus grande charge de son administration. Il lui obtient le l'abbaye Notre-Dame de Noyers, en Touraine. Ce bénéfice lui apporte un certain bien-être. Il en use pour soutenir ses frères et sœurs, notamment Julien-César, qu’il aide à poursuivre ses études de théologie.

Pendant 13 ans, il administre le diocèse de Nantes, marqué par les tensions entre l’évêque et le clergé janséniste. Il ramène le calme par sa douceur, sa science théologique et sa fermeté doctrinale. Son action est remarquée par le duc d’Aiguillon Emmanuel-Armand de Vignerot du Plessis, commandant en chef de Bretagne, qui le recommande à Louis XV pour un siège épiscopal.

Rôle politique et reconnaissance États de Bretagne (1764–1765) Urbain-René de Hercé représente l’évêque de Nantes aux États de Bretagne en 1766, où il se distingue par son mérite et sa diplomatie. Le duc d'Aiguillon Emmanuel-Armand de Vignerot du Plessis, remarque ses qualités, le chargee de négocier avec les opposants, et le recommande au roi pour un siège épiscopal. Nomination à l’évêché de Dol Alors qu'il est âgé de , le , à la mort de Jean-François-Louis Dondel, évêque de Dol, Urbain-René de Hercé est désigné par Louis XV pour lui succéder. L'évêché de Dol-de-Bretagne (traditionnellement appelé Bro-Zol en breton), aujourd'hui fusionné, avec celui de Saint-Malo, dans celui de Rennes, était l'un des neuf évêchés de Bretagne.

Le pape Clément XIII ratifie cette nomination par une bulle datée du . Il est consacré évêque le à Paris, dans l’Église Saint-Sulpice de Paris par le coadjuteur de Reims, Alexandre Angélique de Talleyrand-Périgord ( - ). Il est consacré en même temps que Louis-André de Grimaldi, évêque du Mans, et Jean de Dieu-Raymond de Boisgelin de Cucé, alors évêque de LavaurAbbé Trévaux, Biographie d'Urbain-René de Hercé, Mémorial de la Mayenne (t. IV, p. 261).

Il choisit comme grand vicaire son frère François de Hercé, qui était curé de Martigné depuis le , et fait son entrée à Dol le , après être passé par Mayenne où il assiste au décès de son père le . Son entrée solennelle à Dol est marquée par une grande simplicité et un refus des honneurs traditionnels, préférant une cérémonie religieuse et une rencontre directe avec son clergé et son peuple.

Arrivée à Dol et premières actions Prise de possession et installation Dès son installation, il se consacre à la connaissance approfondie de l’histoire de son diocèse et de ses saints patrons, notamment Saint Samson, fondateur de l’évêché de Dol. Il fait publier en 1769 le Lectionnaire de Dol ou Offices des saints du diocèse de Dol, un ouvrage destiné à imprégner son clergé de la spiritualité et de l’histoire bretonnes.

Réforme du clergé et du séminaire Le Synode de 1771 Le premier grand acte de son épiscopat est la convocation d’un synode diocésain, tenu du 17 au au grand séminaire de Dol. Ce synode rassemble les chanoines, les abbés, les prieurs et les recteurs du diocèse. L’ouverture est marquée par une messe solennelle du Saint-Esprit, suivie de la lecture et de la discussion des nouveaux statuts diocésains, qu’il a lui-même révisés pour les adapter aux besoins de l’époque.

Les statuts de 1771, plus clairs et plus adaptés que ceux de 1741, visent à renforcer la discipline ecclésiastique, la formation des prêtres et la vie spirituelle du clergé. Urbain-René de Hercé insiste sur la nécessité de la retraite annuelle pour les ecclésiastiques, qu’il rend obligatoire tous les deux ans, et sur l’importance de la formation théologique et morale. Réforme du séminaire Le séminaire de Dol, fondé en 1697, est en mauvais état à son arrivée. Il fait reconstruire les bâtiments et construire une nouvelle église, consacrée en 1781. Il augmente la durée de la formation des séminaristes, passant de trois à sept mois par an, et impose des examens rigoureux avant l’ordination.

Il veille personnellement à la qualité de l’enseignement, choisissant les théologiens les plus sûrs et les professeurs les plus compétents. Il soutient financièrement les séminaristes pauvres et organise des retraites spirituelles pour les ordinands. Chaque année, il ordonne des centaines de prêtres, non seulement pour son diocèse, mais aussi pour les diocèses voisins, ce qui fait de Dol un centre de formation cléricale pour toute la Bretagne et une partie de l’Ouest de la France.

Visites pastorales et missions paroissiales Visites des paroisses Urbain-René de Hercé effectue régulièrement des visites pastorales dans les paroisses de son diocèse, souvent à pied ou à cheval, accompagné de son frère François et de son secrétaire. Lors de ces visites, il confirme les fidèles, examine les registres paroissiaux, s’enquiert de la conduite des prêtres et de la vie spirituelle des communautés.

Il est particulièrement attentif aux pauvres, distribuant des aumônes et soutenant les curés les moins fortunés. Il s’attache à résoudre les conflits et à rétablir la paix dans les paroisses divisées, n’hésitant pas à reprendre avec fermeté les calomniateurs ou les perturbateurs. Missions paroissiales Il organise chaque année des missions paroissiales, qui durent trois à quatre semaines. Ces missions, dirigées par des Eudistes et d’autres prêtres du diocèse, sont marquées par une grande solennité et une participation massive des fidèles. Le programme comprend des prédications, des dialogues sur les vérités de la foi, des confessions, des processions et des exercices spirituels.

Urbain-René de Hercé préside lui-même ces missions, prêchant, confessant et partageant la table avec les missionnaires. Il veille à ce que les exercices soient accessibles et édifiants, et finance souvent ces missions sur ses deniers personnels. En 1777, il constitue une somme de 3 000 livres pour les missions de Pleudihen, et en 1783, 2 400 livres pour celles de Lanmeur. Défense de la foi et lutte contre les idées nouvelles Prédication et enseignement