Amy Robsart, née le et morte le , est une dame noble anglaise de l'ère élisabéthaine, épouse de Robert Dudley, favori de la reine Élisabeth .

Sa mort soudaine et inattendue donne lieu à une enquête qui tourne au scandale, son mari étant soupçonné de l'avoir tuée en vue d'épouser la reine.

Survenant à un moment où Élisabeth est poussée par ses conseillers à choisir un époux et semble s'intéresser à son favori, cet événement a des conséquences importantes sur le devenir de la dynastie des Tudor.

Bien que l'enquête ait conclu à une mort accidentelle, d'autres hypothèses ont été soutenues par les historiens. De nombreuses œuvres se sont inspirées de la vie d'Amy Robsart et des circonstances de sa mort.

Biographie vignette|gauche|230px|William Sharp, lithographie d'après un tableau de G.S. Newton. Portrait d'Amy Robsard, date inconnue, , collection particulière.

Origines familiales et formation Amy Robsart naît le dans le Norfolk.

Elle passe son enfance au sein d'une famille protestante, dont le père John Robsart est un riche propriétaire terrien, Lord of the Manor de Syderstone, et la mère, Élisabeth Scott, est veuve de Roger Appleyard, Lord of the Manor de Stanfield, dans le même comté.

Seule enfant du couple, elle a cependant quatre demi-frères et sœurs, issus du premier mariage de Lady Robsart.

Mariage et vie avec Robert Dudley vignette|gauche|230px|Robert Dudley entre 1560 et 1565.

Le , elle épouse, avant ses 18 ans, un noble d'ancienne maison à peu près du même âge, Robert Dudley, qu'elle a rencontré l'année précédente. Dudley est le fils du duc de Northumberland, John Dudley, le véritable détenteur du pouvoir à partir de 1549 ; la cérémonie se tient au palais de Richmond, devant le roi Édouard VI.

Il semble qu'elle ait été une belle femme et que leur union était un mariage d'amour. L'union entre Robert et Amy était comme souvent à l'époque un mariage ayant permis au premier d'agrandir son patrimoine foncier, ses revenus et donc son prestige à la cour. Le domaine de Syderstone, qu'ils ont hérité des parents d'Amy, n'est toutefois pas habitable, et le couple n'a pas de lieu de vie fixe.

Robert Dudley est membre du Parlement lorsqu' après la mort d'Édouard VI, il est emprisonné avec son père par la reine Marie récemment intronisée. Sa femme est autorisée à lui rendre visite. Détenu à la Tour de Londres en même temps qu'Élisabeth, il est soupçonné d'avoir participé au complot visant à mettre sa belle-soeur Lady Jane Grey sur le trône revenant de plein droit à Marie. John Dudley, son père, un des meneurs du complot, est décapité pour trahison. Robert est lui libéré en , et pardonné en . Mais la condamnation de son père lui fait perdre toutes les terres reçues en héritage et seules lui restent celles qui constituaient la dot d'Amy. Le peu de revenu de ces dernières constituant l'essentiel de leurs ressources l'amène à s'endetter considérablement auprès de sa famille . En 1557, Robert et ses frères Ambrose et Henry partent en Picardie participer à la bataille de Saint-Quentin. A son retour, Robert recouvre son héritage perdu le car le service rendu aux armées permet aux survivants d'être restaurés dans leurs droits quant à l'héritage de leur père. Au même moment, il semble que Robert Dudley bénéficie des faveurs du roi d’Espagne Philippe II, le prince-consort de Marie.

Robert Dudley et Élisabeth étaient amis d'enfance, ayant partagé le même précepteur, Roger Ascham. Après l'exécution de Catherine Howard par son père en 1541, elle lui aurait alors confié sa décision de ne jamais vouloir se marier. En 1556, Robert Dudley avait pris l'habitude de passer du temps avec Élisabeth à Hatfield, deux ans avant son accession au trône. Une fois reine en 1558, Élisabeth le fait rentrer à la cour en le nommant , chargé des transports de la Cour. Seul Anglais officiellement autorisé à toucher la reine , il est aussi responsable des divertissements de la Cour : chasses, tournois et fêtes. De plus, la reine demande que la chambre de Dudley soit mitoyenne à la sienne. Du même âge qu'elle, il est donc considéré comme son favori, et la rumeur les donne amants, alors même qu'Élisabeth est pressée de se marier par ses conseillers.

À partir de l'intronisation d'Élisabeth en 1558, Robert s'installe de manière permanente à la cour tandis qu'Amy loge chez des vassaux à partir desquels elle gère l'ensemble de ses domaines. En , habitant alors chez Sir Richard Verney, elle déménage pour venir demeurer chez Sir Antony Forster, contrôleur en chef des frais de son époux, qui leur loue le manoir de Cumnor PlaceCumnor, Oxfordshire. Le manoir de Cumnor Place n'existe plus. Un cimetière est à son emplacement, dans un village situé à de Windsor et à de la capitale. Il est admis qu'Amy Robsart était au courant des rumeurs concernant son mari et Élisabeth, autant sur leur liaison que sur leurs projets matrimoniaux.

La seule défaillance physique d'Amy Robsart, d’après la majorité des historiens, semble être un problème à la poitrine, sans doute un cancer qui selon PirtoPirto, ou Picto, ou encore Pinto, suivant les sources., sa femme de chambre, semble lui causer une forte dépression.

La dernière rencontre entre elle et son époux a lieu en mai ou à Londres.

Elle meurt sans laisser d'enfant.

Contexte historique vignette|Miniatures représentant Élisabeth Tudor et Robert Dudley (vers 1575).

Le Troisième Acte de Succession au trône, qui replaçait respectivement et successivement Marie et Élisabeth dans l'ordre de succession au trône, spécifiait également que les filles d’Henri VIII devaient avoir l'approbation du Conseil privé concernant leurs futurs époux et donc le futur roi consort. Élisabeth monte sur le trône à vingt-cinq ans, et son mariage, permettant de pérenniser la dynastie, est désormais au centre des affaires du royaume.

Le secrétaire d'État William Cecil passe, alors, une partie de son temps à organiser des rencontres avec des ambassadeurs suédois, italiens, français, habsbourgeois et espagnols en vue de lui trouver un mari acceptable par le Conseil privé. Philippe II d'Espagne, veuf de Marie Ire , bien qu'ayant reçu une réponse négative à Hatfield Palace, renouvelle régulièrement sa demande, et est tenu au courant de tout ce qui se passe à la Cour par ses ambassadeurs. Le mariage de la reine d'Angleterre étant une affaire d'état à portée internationale, la noblesse n’apprécie pas la relation entre la reine et Dudley. Dans l'entourage même d'Élisabeth, sa gouvernante Kat Ashley la met en garde contre cette fréquentation tandis que l'ambassadeur d'Espagne lui parle du ressentiment de la Cour envers Robert Dudley et de son célibat prolongé, Lettre à Philippe II, décembre 1559 ..

Le passif des précédents chefs de la famille Dudley incite notamment le Conseil privé à se montrer très méfiant envers cette proximité. En effet, le grand-père de Robert a été exécuté en 1510 par Henri VIII pour malversations ; le père de Robert, John, a participé au complot ayant mené sa belle-fille Lady Jane Grey sur le trône aux dépens de Marie , ce qui l'a mené lui-même sur l'échafaud en 1553 ; le frère aîné de Robert, Guilford, époux de Jane Grey, a également été décapité en 1554. Robert pour sa part, a passé quelques mois en prison à la Tour de Londres, pour des motifs analogues, avant d'être gracié par la reine Marie. La prétention de Robert Dudley envers la reine pèse sur la Cour et notamment sur le duc de Norfolk et d'autres nobles importants. Le risque d'une conspiration contre la vie du favori voire contre celle de la reine est fort. Cecil essaye donc de persuader Élisabeth que le meilleur des mariages serait une union avec un pays étranger. Il est en effet vital que la naissance d'un héritier, gage de la pérennité de la dynastie des Tudor soit la première des préoccupations du Conseil. Le trône de l'Angleterre qui venait de voir se succéder deux autres enfants Tudor sans postérité, nécessitait cette fois-ci, une certaine stabilité politique.

Élisabeth appelle Robert Dudley « les yeux » , alors que les gens de la Cour le surnomment « le gitan » à cause de son teint halé et de sa propension à séduire les femmes par la danse. Bien que la reine ait quelques amies, elle préfère la compagnie des hommes, et celle de Dudley en particulier. Par l'usage de ce sobriquet la Cour montre, à la fois, sa désapprobation quant à ce rapprochement et toute sa capacité à railler le moindre prétendant au trône qui ne lui satisfait pas. "Le gitan" est en effet, une personne destinée à ne pas "rester". Pour leurs parts, les épouses des courtisans ne vivent pas à la Cour, aussi Amy Robsart, tout comme les autres, n'y parait pas. La Cour, du reste, est au courant de la précarité de son état de santé. En , Dudley et Élisabeth se rapprochent encore plus, et l'ambassadeur d'Espagne, le , écrit que la reine n'attend que la mort de Robsart pour épouser Lord Robert, Lettre à Philippe II, avril 1559 .. La même année, son successeur, , estime que les négociations entreprises pour un mariage entre Élisabeth et Charles d'Autriche ne sont qu'un stratagème pour sauver la vie de son favori. Ce dernier prend désormais des précautions pour déjouer les tentatives de meurtre sur sa personne, d'autant que des complots réels sont ébauchés. De son côté, Cecil craint pour la vie de la souveraine. En , l'ambassadeur espagnol semble penser qu'un divorce entre les deux époux Dudley pourrait se faire. Durant l'été précédant la mort de Robsart, Dudley (récent chevalier de l'ordre de la Jarretière) et Élisabeth passent chaque jour ensemble. La rumeur au sein de la Cour s'enfle jusqu'à laisser entendre qu'Élisabeth est enceinte .

Les suites de la mort d'Amy Robsart

vignette|gauche|Amy Robsart par William Frederick Yeames (1877).

Premières constatations et réactions Amy Robsart est retrouvée morte le soir du à Cumnor Place. Dudley est immédiatement averti par un des serviteurs.

Sir Thomas Blount, ami et cousin de Dudley, reçoit une lettre de sa main, lui apprenant la mort de sa femme et évoque les conditions de son décès. Ces dernières pourraient entacher la réputation de Robert, et remettre en cause ses désirs de mariage. Robsart a en effet été retrouvée au pied d'un escalier en pierre, la nuque brisée.

Première enquête (non officielle) Apparemment déjà sur le chemin de Cumnor, Blount effectue, sur demande de son cousin, sa propre enquête sur les conditions de la mort de Robsart, parallèlement à la commission d'enquête déjà diligentée. Dudley lui demande de s'assurer que le jury est composé d'hommes réputés impartiaux, espérant lever le doute créé par cette mort en garantissant une instruction intègre, mais lorsque Blount arrive, le choix du jury est quasiment terminé ; toutefois il avertit son cousin que ce choix lui parait en rapport avec son souhaitCertains jurés semblent notamment avoir des griefs contre Sir Antony Forster, l'hôte de Robsart . (mais pas du goût des contempteurs de Robert). Dudley lui recommande les demi-frères d'Amy, John Appleyard et Arthur Robsart, ainsi que les autres membres de sa famille.

Les interrogatoires du domestique, dont celui de Pirto, lui apprennent qu'Amy Robsart s'est levée fâchée aux aurores. La dame de compagnie révèle à Blount que le jour précédant son décès, sa maîtresse a ordonné à la domesticité du château ainsi qu'à elle-même, d'aller assister à la foire d'Abingdon, une bourgade voisine qui devait avoir lieu le lendemain. Elle se fâcha lorsqu'elle apprit que Odingsells, la belle-sœur de Forster, ne comptait pas s'y rendre, tout comme Owen, la mère du propriétaire William Owen, et Forster, l'épouse de l'occupant de lieux.