vignette|redresse=1.3|Synaxe de tous les saints, icône russe du , musées du Vatican.

La communion des saints (latin : communio sanctorum, grec ancien : κοινωνίᾱ τῶν ἁγῐ́ων, koinōníā tôn hagíōn) est dans la théologie chrétienne l'union spirituelle de l'ensemble des âmes en état de grâce (c’est-à-dire baptisées et vivant selon la justice de Dieu, par le rejet du péché). Cette communion surnaturelle concerne aussi bien les âmes dans ce monde que dans l’autre. Par le baptême qui consacre leur appartenance au Christ et leur justification, elles sont reliés à travers l'espace et le temps. Toutes font partie d'un seul corps mystique, dont le Christ est la tête et dans lequel chaque membre contribue au bien de tous, le diffuse et le reçoit en partage. Ils sont appelés saints en raison de leur participation aux fruits de la Rédemption (1 Co 1:2). Les vivants font partie de cette communion selon la mesure de leur union avec le Christ et avec l'âme de l'Église. Les âmes baptisées en état de péché mortel (c’est a dire ayant rompu le lien d’amour avec Dieu - par préférence de soi-) perdent l’etat de grâce et sortent de la Communion des saints. Elles y sont rétablies par le sacrement de confession, qui restaure la charité théologale c'est-à-dire l’amour surnaturel).

La première attestation de l'expression « communion des saints » est due à Nicétas de Rémésiana (v. 335-414). Cette notion joue un rôle primordial dans la formulation du Credo. Elle est l'un des articles de foi du Symbole des apôtres, en particulier dans l’Église catholique.

Fondements scripturaires Paul et la communion de l'Esprit

vignette|Jean à Patmos, miniature des Très Riches Heures du duc de Berry. L'Apocalypse (5:8) décrit les saints du paradis unis par la prière aux chrétiens vivant sur Terre. Le concept de communion des saints est lié à l'enseignement de Paul, notamment l'Épître aux Romains (Rm 12:4-13) et la Première épître aux Corinthiens (1 Co 12:12-27), selon lequel, en Jésus-Christ, les chrétiens forment un seul corps, le Corps mystique du Christ.1 Co 12:11-13 : 1 Co 12:20-26 : .

Le terme néotestamentaire de ἅγιος (hagios, « saint ») désigne les chrétiens qui ne sont pas nécessairement des saints en tant qu'individus mais qui (1 Co 1:2) : sanctifiés par l'Esprit de leur baptême, ils sont unis au Christ.

Selon la tradition paulinienne, le croyant vit dans la « communauté du Fils [de Dieu] » (1 Co 1:9), de par la « communion au sang du Christ » au même calice, et par la « communion à son corps » dans le même pain (1 Co 10:16).. La Deuxième épître aux Corinthiens inscrit cet ensemble dans la « communion de l'Esprit » (2 Co 13:13), qui est communion des fidèles avec le Christ et communion des uns avec les autres par lui, la communion dans le Christ signifiant aussi une garantie de « communion dans la consolation » par Dieu (2 Co 1:7). Christoph Schönborn remarque à cet égard :

La nuée de témoins dans l'Épître aux Hébreux

En dehors du corpus paulinien, la solidarité entre les vivants et ceux qui se sont est également décrite dans les chapitres 11 et 12 de l'Épître aux Hébreux, où sont mentionnés les du Premier Testament, qu'ils soient patriarches ou prophètes, le point culminant étant le Christ.. Le passage sur la (12:1) qui veillent sur les vivants est l'un des textes-clés sur la communion des saints :

Ces sont présentés comme des exemples pour les croyants selon la définition de la foi que donne l'épître à plusieurs reprises, notamment en He 11:1 : , autrement dit le fondement même de l'espérance..

Synthèse La conception catholique reprend celle de Paul et de l'Épître aux Hébreux en définissant la communion des saints, selon la synthèse proposée par Karl Rahner et Herbert Vorgrimler, comme Karl Rahner & Herbert Vorgrimler, Petit dictionnaire de théologie catholique, Seuil/Livre de vie, 1995 , p. 82..

Le Symbole des apôtres Premières attestations L'expression n'est pas prononcée dans le Nouveau Testament ni dans les anciens symboles de foi. Elle semble présente dans divers écrits du mais sa signification demeure incertaine dans ce contexte.

Le plus ancien texte de la littérature chrétienne à utiliser l'expression communio sanctorum dans son acception courante est dû à Nicétas de Rémésiana (v. 335-414)... Il s'agit du chapitre intitulé De explanatione Symboli, dans les Competentibus ad baptismum instructionis libelli VI (« Six livres d'instructions pour les candidats au baptême »), où l'auteur, partisan de la doctrine trinitaire défendue à la même époque par Cyrille de Jérusalem, commente le Symbole des apôtres. Nicétas définit l'Église comme l'« assemblée de tous les saints », unissant en un lien mystique , les vivants et les morts, dans l'espérance et la charité : il s'agit pour lui d'une .

Le terme latin communio, contrairement aux apparences, n'a pas pour origine le mot unio précédé de cum (« avec ») : il vient de l'adjectif communis, dérivé du substantif munus (« devoir », « charge »), qui signifie « ce qui partage la charge », et par extension « ce que tous ont en partage ».

La double signification

vignette|Les Douze Apôtres écrivant le Credo sous l'inspiration de l'Esprit, miniature du . La communion des saints figure dans le Symbole des apôtres depuis le ., mais elle est absente du Symbole de Nicée-Constantinople.

Sa portée est double. En effet, dans l'expression latine communio sanctorum, le mot sanctorum peut être aussi bien un masculin qu'un neutre, et cette formulation peut donc signifier aussi bien « communion entre les saints » (sancti) que « communion aux choses saintes » (sancta), c'est-à-dire les sacrements, et en premier lieu l'eucharistie.

Louis-Marie Chauvet souligne que la communio sanctorum concernait initialement la communion aux « choses saintes » avant de s'étendre aux fidèles qui communient à ces sacrements, en particulier à l'eucharistie, et que ce lien a son origine dans la phrase de Paul : (1 Co 10:17). Par le baptême (1 Co 12:13) et par l'eucharistie, les chrétiens sont rattachés au corps du Christ mort et ressuscité. Ce corps est l'Église, dont le Christ est la tête (Corpus mysticum Ecclesiae cujus caput Christus est). Ce rapport fondamental , présent dès le dans les prières eucharistiques, se retrouve notamment chez Augustin, qui insiste sur ce point, et chez Thomas d'Aquin, pour qui la de l'eucharistie n'est autre que la charité et l'unité de l'ÉgliseLe Catéchisme de l'Église catholique indique (n° 947) : .

Ainsi, Georges Chantraine rappelle qu', tout comme .Le Catéchisme de l'Église catholique indique (n° 948) : .

De fait, observe Jean-Marie Tillard, ces deux sens, qui se sont peu à peu rejoints dans la foi chrétienne, s'appellent l'un l'autre . On peut d'ailleurs citer Théodore de Mopsueste (v. 355-428), auteur de ce texte qui :

Les quatre notes

Pour Hans Urs von Balthasar, la place de la communion des saints dans le Symbole des apôtres, à la suite des quatre notes de l'Église (« une, sainte, catholique et apostolique»), ces quatre attributs. Elle constitue ..

L'œuvre du Christ diffère sensiblement du lien de Dieu avec son peuple dans le Premier Testament : si communion il y a, c'est l'unité de ce peuple que YHWH a délivré de la maison de servitude et établi comme sa communauté de prêtres. Or, écrit Balthasar, , notamment les prophètes Élie, Jérémie, Osée ou Job : .

À l'inverse, la caractéristique centrale du Christ, selon Balthasar, est la au sens de Le Catéchisme de l'Église catholique indique (n° 946) : .

L’Église en tant que communion Les trois états

vignette|redresse=1.3| L'Église militante et l'Église triomphante, fresque d'Andrea di Bonaiuto (v. 1365), basilique Santa Maria Novella, Florence. Quand la théologie catholique affirme que la communion des saints est d'une part l’Église du Christ, dans son essence spirituelle comme dans sa structure ministérielle, et d'autre part la communion des croyants dans la prière et les sacrements, elle se réfère au concept des « trois états » définis par l'ecclésiologie médiévale.

La communion des saints concerne les « trois états » que connaît l'ecclesia, c'est-à-dire l'Église militante, souffrante et triomphante. On distingue l’Église « militante » (l'ensemble des baptisés vivants), l'Église « souffrante » (les âmes du purgatoire) et l'Église « triomphante » (les âmes des défunts qui contemplent déjà la gloire de Dieu). L'ensemble de ces « trois états » forme une seule Église, où règne la solidarité spirituelle entre tous les enfants de l’Église du Christ, tous étant , comme l'indique le début du Rituel des funérailles.

Cette solidarité se déploie selon différentes modalités : par exemple, au sein de l'Église militante, la participation à la même foi et aux mêmes sacrements, mais aussi un échange de prières ; entre l'Église sur Terre d'une part, et le purgatoire et le ciel d'autre part, les invocations, les intercessions, les et la vénération.. Le mot désigne ici les prières de l'Église des vivants pour les morts, ou celles des saints pour les vivants et les âmes du purgatoire, ou encore les prières des saints pour ceux qui demandent leur aide Dictionnaire de l'Académie française, lire en ligne..

Elle est dite lorsque les vivants rendent grâce pour le bien accompli par le défunt au cours de son existence terrestre. Concernant les péchés et le mal qu'il a commis, les vivants demandent que le pardon de Dieu lui soit accordé : il s'agit alors de la .

La solidarité d'intercession Il est de tradition, dans l'Église catholique, d'intercéder en faveur des défunts, d'implorer pour eux le pardon de Dieu, et c'est à ce propos que Louis-Marie Chauvet soulève plusieurs interrogations.. Non seulement cet usage a provoqué la querelle des indulgences avec Luther, mais, d'une façon plus générale, si le sort de chaque être humain paraît scellé au moment de sa mort, la possibilité pour les vivants d'intervenir par la suite en sa faveur offre matière à discussion.

Une première réponse est fournie par l'adage Lex orandi, lex credendi, qui signifie dans ce contexte que , c'est-à-dire que sa réflexion théologique n'intervient que dans un second temps par rapport à sa pratique liturgique, afin de la clarifier. La doctrine s'appuie ici sur plusieurs siècles de pratique : en l'occurrence, le rite du sacrifice pour les morts dans le judaïsme tardif (Deuxième Livre des Macchabées, 12), le témoignage de Tertullien ou l'antique canon romain demandant pour eux démontrent l'ancienneté de cette coutume.. Comme l'atteste, entre autres, Augustin, le christianisme primitif pratiquait déjà en faveur des défunts les trois formes de pénitence observées par chaque vivant pour le pardon de ses propres péchés : l'aumône, la prière et le jeûne.

Dans le traité Du soin à apporter aux morts, Augustin écrit :

Un second élément déterminant est la transformation de l'adjectif « purgatoire » en substantif au , par laquelle « le » purgatoire devient un lieu, une sorte d'antichambre du paradis. La prière pour les âmes du purgatoire vise moins à raccourcir la durée de leur épreuve, qui est celle de la purification, qu'à rendre grâce pour ce que Dieu a réalisé de bien en elles, pourvu que l'intercession des vivants soit vécue en union avec l’intercession du Christ, unique médiateur. Pour ce faire, le moyen privilégié est la messe, ce qui fait du prêtre l'intercesseur par excellence. Le rituel de l'ordination sacerdotale, telle qu'elle a été pratiquée depuis le jusqu'à la réforme de Pie XII en 1947, comportait cette phrase :

Le corps ecclésial La charité indivise vignette|Le Christ comme Vrai Cep est l'une des images qu'utilise l'Évangile selon Jean (ch. 15) pour illustrer l'unité de communion. Icône grecque, .