L’histoire de Genève se déroule sur une période de plus de deux mille ans. Mentionnée pour la première fois dans les Commentaires sur la Guerre des Gaules de Jules César, la cité est passée sous la domination romaine, puis des Burgondes et des Francs avant de devenir un évêché indépendant pendant le Moyen Âge. Avec l'arrivée de Jean Calvin, la ville adopte la Réforme protestante et devient un important centre de diffusion du calvinisme à l'échelle européenne. Son tissu économique se diversifie progressivement avec le développement des secteurs de l'horlogerie et de la banque. Il faut attendre la Révolution française pour que le régime aristocratique s'effondre après plusieurs tentatives de soulèvement. Après quinze ans sous la domination de la France napoléonienne, l'Ancien Régime est partiellement restauré. En 1846, la révolution fazyste transforme profondément Genève dans un contexte d'industrialisation. Le voit l'installation des jeunes organisations internationales et la cité acquiert alors une renommée internationale.
Étymologie
L'étymologie de Genève (Genava sous le style latin de Jules CésarCommentaires de la Guerre des Gaules (De Bello Gallico), Livre I, (6 et 7).Certains auteurs donnent « Genua », orthographe invérifiable cependant : .) est identique à celle de la cité de Gênes en Italie et vient d'un terme ligure (peuplade du Nord de l'Italie) qui fait allusion à la proximité d'une nappe d'eau : le Léman lui-même ou les marais à la sortie du Rhône du lac. De plus, genusus désigne le fleuve en illyrien.
Antiquité
La soumission romaine du pays des Allobroges (Vienne) a lieu en 121 av. J.-C. Genève devient alors un poste avancé au nord de la province de la Gaule transalpine qui prendra le nom de Gaule narbonnaise à partir du règne d'Auguste. L'aménagement d'un port intervient en 123-105 av. J.-C.. La ville est alors constituée d'une modeste agglomération où les habitations sont bâties en bois et en torchis.
En 58 av. J.-C., César empêche le passage du Rhône, à la hauteur de ce qui deviendra Genève, par les Helvètes qui dans ce but . Lorsqu'il s'installe provisoirement avec ses troupes, l'oppidum s'agrandit. Genève devient dès lors un « bourg » romain (vicus), qu'elle restera cependant longtemps, avant de passer au statut de « ville » (civitas), pas avant la fin du troisième siècle. En effet, Nyon (Colonia Iulia Equestris) puis Avenches (Aventicum) occupent une place plus importante dans le réseau urbain régional, et Genève dépend pour l'essentiel de Vienne, la capitale administrative de la région. Après un incendie au milieu du , l'urbanisme est modifié et les constructions en pierre remplacent les édifices en matériaux légers. Au Bas-Empire, une enceinte est élevée et enclôt une surface restreinte de 5 haGérard Coulon, Les Gallo-Romains : vivre, travailler, croire, se distraire - 54 av. J.-C. - 486 ap. J.-C., Paris, Errance, 2006, Collection Hespérides , ..
Les migrations alémaniques provoquent la destruction de l'ensemble bâti dans le dernier quart du .
Le premier sanctuaire chrétien est établi aux environs de 350.. À la fin du , le complexe est achevé : il est constitué d'une église de plus de trente mètres de long bordée par un portique d'accès vers le baptistère et son annexe. Dans la ville haute, l'église Saint-Germain représente au un second point de focalisation des premiers temps chrétiens. L'installation des Burgondes en 443 et le choix de Genève comme capitale renforcent le rôle politique de la ville. Le centre du royaume burgonde se déplaçant vers 467 à Lyon, Genève subit les guerres fratricides entre Godégisile et Gondebaud qui incendie la ville. Jusqu'à la fin du haut Moyen Âge, on observe une continuité d'occupation dont le meilleur exemple est le groupe épiscopal. Les limites de la cité se maintiennent à l'intérieur de l'enceinte du Bas-Empire mais les faubourgs proches des grands cimetières se développent. L'éboulement de la montagne du Tauredunum en 563 provoque un raz-de-marée qui détruit le port et fait de nombreux morts.. Au début du Moyen Âge, le développement horizontal de l'époque romaine puis la réduction de l'espace urbain imposée par le système de fortification adopté est remplacé par une ville médiévale bâtie en hauteur.
Moyen Âge
La structure du pouvoir entre l'arrivée des Burgondes et l'accord de Seyssel de 1124 fait l'objet de débats qui ne sont pas clos aujourd'hui .. En face du roi burgonde, l'évêque possède l'autorité spirituelle et temporelle. Mais les querelles dynastiques affaiblissent la monarchie burgonde qui disparaît en 534 au profit des Francs. Genève devient alors le centre d'un pagus, le comté de Genève ou pagus Genevensis, qui dépend du roi régnant à Orléans ou du roi de Neustrie. Dès l'époque des Carolingiens, le diocèse de Genève est l'enjeu de luttes de pouvoir entre les souverains de la région et l'empereur. S'il exerce un certain nombre de droits régaliens comme celui de battre monnaie, l'évêque ne reçoit pas les droits comtaux dans l'une ou l'autre partie de son diocèse qui sont exercés par le comte de Genève qui possède un château au-dessus du Bourg-de-Four. Ce château a été construit par le comte Aymon qui abusa la bienveillance de son demi-frère l'évêque Guy de Faucigny en devenant l'avoué de ce dernier. Le successeur de Guy de Faucigny, Humbert de Grammont, avec la bénédiction du pape de l'époque rencontre le comte Aymon pour signer l'accord de Seyssel qui fait reconnaître l'évêque comme étant le supérieur du comte et en contrepartie, l'évêque laissera l'avouerie aux mains du comté de Genève.
Lorsque l'empire de Charlemagne se désagrège, Genève fait partie du second royaume de Bourgogne. En 1032, le dernier souverain meurt sans descendance et lègue ses possessions, dont Genève, au Saint-Empire romain germanique. Toutefois, le pouvoir impérial reste nominal, la réalité du pouvoir restant aux mains du seigneur local, le comte. Avec la réforme grégorienne à la fin du , commence une réaction contre les empiètements du seigneur sur les biens de l'Église. Soutenu par le pape, l'évêque Humbert de Grammont impose au comte Aymon de Genève l'accord de Seyssel qui établit la souveraineté complète de l'évêque sur la cité. Par un diplôme de 1162, l'empereur Frédéric Barberousse établit définitivement l'indépendance de l'évêque désormais reconnu comme prince immédiat de l'Empire. Il peut alors étendre sa propriété sur trois châtelleries rurales ou mandements dont les principales sont Peney et Jussy.
Toutefois, le début du voit l'intervention d'un troisième pouvoir, celui de la maison de Savoie, qui prend possession du Pays de Vaud. Genève étant située au centre de leur nouveau domaine, les comtes de Savoie vont dès lors convoiter la riche cité pour en faire leur capitale. En 1263, les commerçants et artisans genevois se regroupent pour la première fois afin de lutter contre la puissance seigneuriale de l'évêque. Ce mouvement est favorisé par les foires qui apportent aux citoyens l'exemple des communes libres d'Italie et la prospérité qui leur permet d'imposer leurs volontés à l'évêque. Dès la fin du siècle, le comte s'appuie sur ce mouvement communal pour s'attaquer au pouvoir épiscopal. En 1285, les citoyens désignent dix procureurs ou syndics pour les représenter. La décision est annulée par l'évêque le 29 septembre mais, le octobre, le comte leur accorde des lettres patentes garantissant la sécurité des marchands se rendant aux foires .. Il s'empare ensuite du château gardant le Rhône et fait reconnaître sa nouvelle influence par un traité conclu à Asti (Italie) en 1290. En 1309, l'évêque Aymon de Quart est contraint de reconnaître l'existence légale de la commune à condition qu'elle n'empiète pas sur la juridiction épiscopale. En contrepartie, il impose aux habitants la construction d'une halle au Molard, désormais nécessaire à l'entreposage des marchandises destinées aux foires, et leur en assure le tiers des recettes. Dès lors, les citoyens, assemblés au début de chaque année au sein du Conseil général , élisent pour un an les quatre syndics de Genève. Par ailleurs, en 1387, l'évêque Adhémar Fabri doit confirmer les franchises progressivement accordées aux citoyens et à leurs syndics par une charte qui dominera pendant cent cinquante ans la vie politique genevoise. En 1401, après avoir conquis le Faucigny et le Pays de Gex, le comte de Savoie s'arroge l'héritage du dernier comte de Genève. Robert de Genève devient pape et les autres comtes n'ont pas de descendance. Même si les citoyens tentent de faire front avec l'évêque contre l'ennemi commun, , élu antipape sous le nom de Félix V, obtient du pape le droit pour les princes de sa maison de nommer les évêques siégeant sur leur territoire. Le siège épiscopal genevois sera dès lors occupé par des Savoie ou des membres de familles vassales. Ce fut le résultat d'un demi-siècle de tentatives d'obtenir le siège épiscopal de Genève en passant par l'avancement de l'incapacité de l'évêque et du chapitre cathédral à la demande d'une alliance avec le prince de Genève.
Les premières traces du mouvement communal (regroupement de marchand et de bourgeois) à Genève n'est pas clair, mais on retrouve en 1263 des documents évoquant le parti savoyard pris par la commune de Genève. Les comtes de Savoie assuraient la sécurité des routes menant à Genève pour que les marchands puissent se rendre sans crainte aux foires de Genève. L'évêque est bien sûr opposé à ce mouvement, mais en 1309 lors d'un arbitrage, il reconnaît l'existence de la commune en échange d'une taxe sur le stockage de marchandise dans la nouvelle halle construite selon l'initiative de la commune et le droit de se faire représenter par 4 syndics. C'est avec les Franchises de 1387 que la commune se verra confier une base solide par l'article 23 qui traite de l'élection des syndics. La population se regroupera sous la forme d'un conseil général qui se réunira 2 fois par an (élection des syndics et fixation du prix du vin).