Alexandre Sergueïevitch Pouchkine (en , ; orthographe russe avant 1918 : Александръ Сергѣевичъ Пушкинъ), né le à Moscou et mort le à Saint-Pétersbourg, est un poète, dramaturge et romancier russe, considéré comme un des plus importants écrivains de son pays.
Issu d'une bonne famille de la noblesse russe, il présente la particularité d'avoir, du côté maternel, une ascendance africaine, étant l'arrière-petit-fils d'un esclave affranchi par Pierre le Grand, Abraham Hannibal, par la suite général dans l'armée russe.
Condamné en 1820 à l'exil intérieur (en province) par le tsar Alexandre pour des écrits séditieux, il est autorisé à s'installer à Moscou en 1826 par Nicolas , puis à Saint-Pétersbourg après son mariage en 1831. Durant toutes ces années, il écrit de nombreuses œuvres, mais son activité est interrompue prématurément lors d'un duel avec un Français, Georges d'Anthès, qu'il soupçonnait de vouloir séduire son épouse.
Il était considéré de son vivant comme le plus grand écrivain russe. Les circonstances dramatiques de sa disparition le transforment en véritable légende. Il bénéficie encore aujourd'hui d'une grande popularité en Russie.
Biographie
Origines familiales Alexandre Pouchkine est issue d'une famille relativement aisée de la noblesse russe, férue d'art et de littératureNotice de Gustave Aucouturier, dans Griboïedov, Pouchkine, Lermontov. Œuvres, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1973, ., où l'on parle françaisPrésentation de La Fille du capitaine, d'Alexandre Pouchkine, éd. Jean-Claude Lattès, coll. Bibliothèque Lattès, 1990.. À dix ans, il lit Voltaire et La Fontaine dans le texte.
Il est le fils de Sergueï Lvovitch Pouchkine, major puis conseiller militaire, esprit libre, franc-maçon et francophile, membre d'une des plus illustres familles de la noblesse russe, remontant à un gentilhomme allemand venu en Russie au .
Sa mère, née Nadejda Ossipovna Hannibal (1775-1836), considérée comme une des beautés de Saint-Pétersbourg, est par sa mère, née Maria Alexeïevna Pouchkina, une lointaine cousine de son époux, mais elle est surtout la petite-fille d'Abraham Hannibal, un ancien esclave d'origine africaine, affranchi et anobli par Pierre le Grand, son parrain et ami.
Surdoué, Abraham Pétrovitch Hannibal (1696-1781) fait une belle carrière en Russie, étant notamment major-général dans l'armée russe.
Il a de nombreux enfants, dont Ossip (1744-1806), époux de Maria Alexeïevna Pouchkina, mère de Nadejda Ossipovna.
Pouchkine et son ascendance africaine Passionné d'histoire et de généalogie, Pouchkine est fier de ce glorieux aïeul, dont il a hérité certains traits qui le distinguent de ses concitoyens : teint mat, lèvres charnues, cheveux bouclés, ce qui lui vaut d'être surnommé par ses camarades de lycéeCorinne Pouillot, Pouchkine - Roman d’un séducteur, Éditions du Rocher, 2011, 272 p..
Si lui-même se considère comme laidExtrait de Pouchkine, Correspondance, Moscou, éditions Nauka, 1965, t. X, [ouvrage non traduit en français]., ses contemporains soulignent que la vivacité et l'éclat de ses yeux bleu acier illuminent sa peau mate, lui donnent la séduction et le charme d'un prince oriental. Il collectionne les succès féminins, malgré une faible attirance pour les mondanités.
Sa mère rejette tout d'abord son fils à cause de son apparence, notamment de sa peau mate. Alexandre a longtemps souffert de son apparence, parfois jusqu'à détester l'image que lui rendent les miroirs.
Enfance et adolescence Rejeté, Pouchkine se réfugie dans la lecture. Lecteur passionné, il trouve dans la bibliothèque familiale des classiques anglais (Byron, William Shakespeare, Laurence Sterne) et français (Molière, Voltaire, Évariste de Parny). Sa profonde connaissance de la culture française et son parfait bilinguisme (qu'il cultiva toute sa vie) lui valent d'ailleurs le surnom de Frantsouz (, « Le Français ») parmi ses camarades du lycée de Tsarskoïe SeloHenri Troyat, Pouchkine, Perrin, 1999, .. Alexandre Pouchkine étonne aussi son entourage par son aisance à improviser, comme à réciter par cœur des vers innombrables ; sa mémoire est infaillible, sa vivacité d'esprit remarquable.
thumb|upright=1.2|right|Pouchkine récitant À un ami poète devant Derjavine, peinture d'Ilia Répine, 1911.
De 1811 à 1817, il fait ses études au lycée impérial de Tsarskoïe Selo (ville rebaptisée Pouchkine en son honneur, en 1937), près de Saint-Pétersbourg. Commence alors l'une des plus heureuses périodes de sa vie : c'est dans cet internat qu'il noue de fidèles amitiés (Delvig, Poushine, Wilhelm Küchelbecker) ; c'est aussi là, dans le parc du palais impérial, qu'il dit avoir connu sa première inspiration poétique. Dès 1814, son poème À un ami poète est publié dans la revue Le Messager de l'Europe. Ces vers, déclamés lors d'un examen de passage, lui valent l'admiration du poète Gavrila Derjavine.
Carrière Débuts à Saint-Pétersbourg (1817-1820) En 1817, il entre au ministère des Affaires étrangères, une sinécure.
Suivent trois années de vie dissipée à Saint-Pétersbourg. Durant cette période, il rédige des poèmes romantiques inspirés par les littératures étrangères et russe. Il rencontre aussi de grands noms des lettres russes contemporaines, comme Nikolaï Karamzine ou Vassili Joukovski. Ses poèmes sont parfois gais et enjoués, comme Rouslan et Ludmila, mais peuvent aussi être graves, notamment lorsqu'ils critiquent l'autocratie, le servage et la cruauté des propriétaires fonciers. À cette catégorie appartiennent Ode à la Liberté, Hourrah ! Il revient en Russie, et Le Village.
Bien que libéral, Pouchkine n'est pas révolutionnaire, ni même vraiment engagé politiquement, contrairement à nombre de ses amis qui participent aux mouvements réformateurs, notamment, en 1825 avec la révolte décabristeHenri Troyat, Pouchkine, Perrin, 1999, ., survenue à la suite de la mort du tsar Alexandre Ier et de l'avènement de Nicolas Ier.
En 1819, il adhère à une société littéraire « La lampe verte », qui sera à l'origine du cercle dont sortira le mouvement décabriste. Mais en 1825, Pouchkine est en exil en province.
Exil (1820) et premières grandes œuvres vignette|250px|C’est dans cette petite maison du village de Mikhaïlovskoïe, que Pouchkine vécut son exil de 1824 à 1825 (cl. Ria Novosti). vignette|250px|Pouchkine dans le Caucase
En 1820, ses poèmes étant jugés séditieux (Gavriliade), Pouchkine est condamné à l'exil par l'empereur Alexandre . Échappant de peu au bagne en Sibérie, il est d'abord envoyé à Iekaterinoslav (actuelle Dnipro, en Ukraine), où il contracte une violente fièvre. Affaibli, il obtient la permission de voyager dans le Caucase et en Crimée, en compagnie de la , voyage qui le marque profondément.
Pouchkine est ensuite envoyé à Kichinev en Bessarabie (actuelle Moldavie), où il réside du à , puis part pour Odessa. Pendant cette première partie de son exil, passée dans le sud de l'empire, Pouchkine continue à mener une vie déréglée, consacrée à l'amusement : conquêtes amoureuses, fêtes et jeu. Ce mode de vie et son caractère enthousiaste, colérique et moqueur, l'amènent à plusieurs reprises à des duels, dont il sort indemne.
À Odessa, Pouchkine est initié à la franc-maçonnerie dans la loge OvideNotice de la loge maçonnique Alpina.. Il sera ensuite secrétaire de la loge Les Chercheurs de la Manne, fondée à Moscou en par Sergueï Stepanovitch Lanskoï . Il s'attire l'inimitié du gouverneur de la ville, Mikhaïl Semionovitch Vorontsov (sans doute en raison de son attirance pour l'épouse de ce dignitaire), et est exilé dans la propriété familiale de Mikhaïlovskoïe dans le gouvernement de Pskov.
Condamné à un isolement presque total, le poète s'ennuie, il n'écrit et ne lit que rarement, car les seules distractions qui lui sont permises sont des promenades, des courses à cheval, des visites à ses voisines, Praskovia Ossipova et ses filles et nièces, dans leur propriété de Trigorskoïe. Mais il bénéficie aussi les histoires que lui raconte sa nourrice Arina Rodionovna, à laquelle il vouera une reconnaissance toute sa vie, lui consacrant même des vers.
À la mort d'Alexandre , en , Pouchkine décide d'aller plaider sa cause à Saint-Pétersbourg, mais un pressentiment le fait renoncer. C'est ainsi qu'il évite, à la demande de ses amis voulant le protéger, de se trouver mêlé à la révolte avortée des décembristes, à laquelle participent nombre de ses amis, même s'il se sent proche des idées révolutionnaires du cercle des décembristes.
Ces six années d'exil sont essentielles pour l'inspiration de Pouchkine : voyage dans le Caucase et en Crimée, découverte de la campagne russe profonde, discussions avec divers aventuriers, contes de sa nourrice. Ce sont aussi celles des premières grandes œuvres, encore fortement marquées par l’influence romantique de Byron : Le Prisonnier du Caucase (1821) décrit les coutumes guerrières des Circassiens ; La Fontaine de Bakhtchisaraï (1822) évoque l’atmosphère d'un harem en Crimée ; Les Tziganes (1824) est le drame d'un Russe qui tombe amoureux d'une Tsigane ; la Gabrieliade (Gavriliada, 1821), dont il devra plus tard se défendre avec acharnement d'être l'auteur - pour échapper à la Sibérie, est un poème blasphématoire qui révèle l’influence de Voltaire. Surtout, Pouchkine entame son chef-d'œuvre, Eugène Onéguine (1823-1830), écrit sa grande tragédie Boris Godounov (1824-1825), et compose les ironiques et réalistes.
Retour en grâce sous surveillance à Moscou (1826) et maturité thumb|right|upright|Portrait de Pouchkine par Oreste Kiprensky (1827, galerie Tretiakov).
En 1826, une fois matée l'insurrection décabriste, Nicolas autorise le poète à revenir à Moscou. En audience privée, il lui offre le pardon, à condition qu'il renonce aux débordements de sa jeunesse. Et, puisque le poète se plaint de la censure, l'empereur, se posant en protecteur des arts, lui propose d’être son censeur personnel. Pouchkine n’a pas le choix, il accepte pour éviter un nouvel exil.
Ainsi débute pour le poète une nouvelle phase de persécution politique. Pouchkine doit rendre compte de ses moindres déplacements aux autorités. Son activité littéraire est étroitement contrôlée. L'empereur va jusqu’à donner des conseils artistiques à son protégé : ainsi, à propos de l'oeuvre Boris Godounov, Et le comble est que, simultanément, il passe pour un odieux collaborateur du despotisme aux yeux des libéraux, qui le considéraient comme l'un des leurs.
Pouchkine reprend sa vie oisive et dissolue. Il accompagne aussi l'armée russe de Ivan Paskevitch dans sa campagne militaire de 1828-1829 contre l'Empire ottoman. Cette aventure lui inspire un récit, Voyage à Erzurum, mais lui vaut aussi de nombreux démêlés avec les autorités, qu'il n'avait pas jugé bon d'informer de ses déplacements. Sur le plan littéraire, il achève Poltava (1828), poème à la gloire de Pierre le Grand.thumb|left|upright|L'épouse de Pouchkine, Nathalie Gontcharova.
Cependant, l'idée de se marier commence à obséder Pouchkine, persuadé que ce serait pour lui la voie du bonheur. Il jette son dévolu sur une belle jeune femme moscovite, Natalia Nikolaïevna Gontcharova.
Mariage (1831) et vie familiale à Saint-Pétersbourg Après de nombreuses difficultés, principalement dues à la mère de la jeune fille, qui lui reproche son passé de débauché et de proscrit, Pouchkine finit par l'épouser à Moscou le . D'abord installé à Moscou sur la rue Arbat, le couple déménage très vite à Saint-Pétersbourg.