Arnaud Desplechin (« Il faut prononcer “dépleuchin”, pas “dépléchin”. Non que Arnaud Desplechin se formalise de la méprise répandue » : .), né le à Roubaix, est un cinéaste français. Réalisateur de longs métrages associés au genre du cinéma d'auteur, il reçoit de nombreux prix cinématographiques liés à la catégorie « Art et Essai » dont le prix Louis-Delluc en 2004. Il obtient le César du meilleur réalisateur en 2016 pour Trois Souvenirs de ma jeunesse.
Biographie Famille et formation Arnaud Desplechin est le fils de Robert Desplechin, représentant de commerce, et de Mado, mère au foyer devenue formatrice pour adultes, habitant Croix près de Roubaix. Il a un frère, Fabrice Desplechin, diplomate, et acteur notamment dans plusieurs de ses films, et deux sœurs : Marie Desplechin, qui est romancière, et Raphaëlle Valbrune-Desplechin, scénariste. Il a vécu avec la comédienne Marianne Denicourt au début des années 1990. , il est le compagnon de Florence Seyvos avec laquelle il a un fils né en 2006..
Décidé à faire du cinéma depuis sa jeunesse, Arnaud Desplechin suit les cours de cinéma de l'université Paris-III (dont ceux de Serge Daney et Pascal Kané) puis intègre en 1981 l'IDHEC (ancêtre de La Fémis) à sa deuxième tentative« Le Travail du deuil », entretien avec Arnaud Desplechin par Olivier de Bruyn et Olivier Kohn, Positif, juin 1992., et en sort diplômé de la section « Réalisation et prises de vue » en 1984. Il rencontre à l'IDHEC plusieurs de ses futurs collaborateurs dont Pascale Ferran, Noémie Lvovsky et Éric RochantMathilde Blottière, « Arnaud Desplechin : “J’ai peur qu’un jour le cinéma se muséifie” », Télérama, 5 septembre 2013.. Pendant cette période où Desplechin éprouve des difficultés à achever ses films de scolarité, il ne termine que deux courts métrages, inspirés de l'univers du romancier belge Jean Ray : Le Polichinelle et la Machine à coder en 1983 puis Le Couronnement du monde en 1984Thierry Jousse et Frédéric Strauss, entretien avec Arnaud Desplechin, Cahiers du cinéma, juin 1992.Gilles Médioni, « Arnaud Desplechin, la frayeur de l'âge adulte... », L'Express, 13 juin 1996.. Il découvre alors le travail d'un autre passionné de Jean Ray, le réalisateur Alain Resnais, dont Desplechin dira plus tard qu'il est « le cinéaste qui [l']a touché le plus violemment » au cours de ses études.
Après son diplôme, Arnaud Desplechin travaille comme directeur de la photographie sur Comme les doigts de la main (1984), French Lovers (1985) et Présence féminine (1987) d'Éric Rochant, ainsi que sur La Photo (I fotografia) de Nico Papatakis (1986) ; films dans lesquels il joue parfois de petits rôles. Il participe aussi aux scénarios d’Un monde sans pitié (1989) d'Éric Rochant et de Petits Arrangements avec les morts (1994) de Pascale Ferran.
Années 1990 En 1990, Arnaud Desplechin commence à travailler sur le moyen métrage La Vie des morts. Le film réunit plusieurs acteurs qui lui resteront fidèles, parmi lesquels Marianne Denicourt, Emmanuelle Devos, Emmanuel Salinger et Thibault de Montalembert, et marque également la première collaboration entre Desplechin et le directeur de la photographie Éric Gautier. L'intrigue tourne autour d'une réunion de famille dans une maison de province, après la tentative de suicide de l'un des cousins. La Vie des morts est présenté pour la première fois au Festival Premiers plans d'Angers en , où il reçoit plusieurs prixPalmarès de la du Festival Premiers plans d'Angers (1991), avant d'être sélectionné pour la Semaine de la critique au Festival de Cannes dérogeant ainsi de manière exceptionnelle à sa règle d'exclusivitéJérémie Couston, « Festival Premier Plans : l'Eldorado du premier film », Télérama, 21 janvier 2012.. Le prix Jean-Vigo du court métrage lui est décerné la même année.
La même année, Pascal Caucheteux crée sa société , et finance La Sentinelle, le premier projet de long métrage de Desplechin. Le film est coécrit avec Pascale Ferran, Emmanuel Salinger et Noémie Lvovsky. Le jeune cinéaste reprend une partie de l'équipe de La Vie des morts, et collabore pour la première fois avec Mathieu Amalric et László Szabó. Son frère Fabrice figure également dans la distribution. Le film, dont le thème rappelle Muriel, ou le Temps d'un retour de Resnais, traite des fantômes d'une guerre passée, ici la guerre froide et les conflits européens. Le film est bien reçu par la critique et sélectionné dans les festivals. Il est notamment en compétition à Cannes en 1992 et est nommé aux César pour le meilleur premier film, le meilleur scénario original et le meilleur espoir masculin, que remporte Emmanuel Salinger, avant d'obtenir également le prix Michel-Simon 1993.
Fin 1994, Arnaud Desplechin démarre le tournage de son deuxième long métrage, coécrit avec Emmanuel Bourdieu, Comment je me suis disputé... (ma vie sexuelle). Mathieu Amalric interprète cette fois-ci l'alter ego de Desplechin, Paul Dédalus, un universitaire écartelé entre plusieurs femmes : Sylvia (Marianne Denicourt), Esther (Emmanuelle Devos), et Valérie (Jeanne Balibar). La sélection du film au Festival de Cannes, ses nominations aux César en 1996, son succès critique font de Desplechin un auteur important des années 1990. Les critiques cinématographiques parlent alors de « génération DesplechinLouis Guichard et Laurent Rigoulet, « James Gray et Arnaud Desplechin, les deux perdants magnifiques », Télérama , 18 mai 2013. » pour décrire le jeune cinéma français et la vague de nouveaux acteurs qu'il a révélés.
En 1997, Arnaud Desplechin est avec Pascale Ferran, à l'initiative du Manifeste des 66 cinéastes appelant à la désobéissance civile contre les lois Debré qui pénalisent l'hébergement d'étrangers en situation irrégulière.
Années 2000 En 2000, il coécrit avec Emmanuel Bourdieu un scénario adapté d'une nouvelle d'Arthur Symons. Esther Kahn est tourné en anglais et s'attache au passage à l'âge adulte d'une jeune fille anglaise issue d'une famille juive, à travers la découverte du théâtre et de l'amour. Le film semble un hommage à l'œuvre de François Truffaut parce qu'il traite d'une éducation comme L'Enfant sauvage (1969), qu'il est tourné en anglais comme Fahrenheit 451 (1966) et Les Deux Anglaises et le Continent (1971), mais aussi parce qu'il utilise des formes filmiques de la Nouvelle Vague et plus particulièrement du cinéma de Truffaut comme les fermetures à l'iris ou les nappes de musique. Le film est également en compétition pour la palme d'or, une troisième sélection pour Desplechin au festival de Cannes.
Trois ans plus tard, Desplechin prépare un diptyque autour de l'adaptation de Dans la compagnie des hommes d'Edward Bond avec Nicolas Saada. Le premier film doit s'appeler Répétitions de « Dans la compagnie des hommes » et se composer principalement de vidéo tournée pendant les répétitions, et le second film En jouant « Dans la compagnie des hommes » et être composé d'images vidéo et d'images argentiques dans les proportions inverses du premier film. Entre la réalisation de chacun des deux films, Desplechin prévoit d'en tourner un troisième, alors titré Rois sans arroi, reine sans arèneEmmanuel Burdeau et Jean-Michel Frodon, « Et, en plus, il y avait un sous-marin », entretien avec Arnaud Desplechin, Cahiers du cinéma de février 2004. Finalement, le tournage du troisième film est reporté à 2004, et Arnaud Desplechin termine successivement, après avoir présenté une version préliminaire de son travail au festival de Cannes en 2003, les films Léo, en jouant « Dans la compagnie des hommes » qui est majoritairement en argentique, puis Unplugged, en jouant « Dans la compagnie des hommes » qui reprend les répétitions tournées en DV. Dans Léo, Sami Bouajila interprète le personnage de Léonard Jurieu, fils adoptif d'un industriel, fabricant d'armes, joué par Jean-Paul Roussillon, qui en décidant de s'affranchir de son père pour mener ses propres affaires va le ruiner. Desplechin mêle la trame d'Edward Bond avec celle de Hamlet, en introduisant notamment dans l'histoire le personnage d'Ophélie, interprétée par Anna Mouglalis. Léo sort dans une seule salle, au Cinéma du Panthéon à Paris, le , après avoir été diffusé sur Arte la veille. ne sera pas visible avant la sortie en DVD du film. thumb|Arnaud Desplechin au festival de Cannes 2008. Cette même année, Desplechin achève Rois et Reine, coécrit avec Roger Bohbot. Le film trace deux récits, l'un burlesque et l'autre tragique, respectivement centrés sur un homme et une femme qui se sont aimés : Ismaël, un musicien excentrique et névrosé interprété par Mathieu Amalric — devenu son acteur fétiche et alter ego à l'écranMathilde Blottière, « Mathieu Amalric vu par Arnaud Desplechin », Télérama, 12 septembre 2013. —, et Nora, une bourgeoise ambitieuse, jouée par Emmanuelle Devos. Tandis qu'Ismaël se débat avec ses problèmes fiscaux dans un hôpital psychiatrique, Nora doit assister à la mort brutale de son père et l'aider à mourir, tout en se remémorant les circonstances éprouvantes du décès par balle de son premier mari. Le film marque aussi la deuxième collaboration de Desplechin avec Jean-Paul Roussillon, Hippolyte Girardot, et la première avec Catherine Deneuve, qui joue ici une psychiatre chargée du cas d'Ismaël. Le film est acclamé par la critique et connaît un important succès public. Rois et Reine reçoit plusieurs nominations et de nombreux prix, dont le prix Louis-Delluc en 2004, et le César du meilleur acteur pour Mathieu Amalric l'année suivante.
Desplechin est pris à partie à la sortie du film par l'actrice Marianne Denicourt qui l'accuse d'avoir utilisé des éléments de sa vie privée pour écrire Rois et ReineMarianne Denicourt « Faire du cinéma, c'est toujours un acte d'amour » dans L'Express du 20 juin 2005.. En , elle publie Mauvais Génie, écrit en collaboration avec la journaliste Judith Perrignon, où elle décrit sa rencontre avec un réalisateur sans scrupules nommé Arnold Duplancher. Elle attaque finalement Desplechin en justice, pour atteinte à la vie privée, lui réclamant de dommages-intérêts. Elle est déboutée le , mais n'est pas non plus condamnée en retour comme le demandait le producteur du film« Rois et reine, d'Arnaud Desplechin, devant la justice », Le Monde, 5 avril 2006. Le , Marianne Denicourt revient sur cette affaire dans un entretien au magazine Elle : . »
Desplechin commence, en 2007, deux films ayant trait à la famille. Dans le premier, L'Aimée, Desplechin filme son père, son frère Fabrice et ses neveux dans la maison familiale de Roubaix à la veille de la vente de celle-ci ; ils évoquent le souvenir de la grand-mère d'Arnaud Desplechin, morte deux ans après la naissance de son père. C'est la deuxième incursion dans le documentaire du cinéaste après l'expérience autour de Dans la compagnie des hommes. Le film est présenté à la Mostra de Venise en , dans la section « Horizons documentaires », où il reçoit de la province autonome de Trente le prix du meilleur documentaire, avant de sortir le au Cinéma du Panthéon.
Le second film, Un conte de Noël, reprend, en l'enrichissant, le canevas de La Vie des morts, montrant une réunion de famille à Roubaix, autour de la mère, Junon (Catherine Deneuve), atteinte d'un cancer, que seule peut sauver une greffe de son fils Henri (Mathieu Amalric), « banni » de la famille des années plus tôt par sa sœur Elizabeth (Anne Consigny). Un conte de Noël est présenté en compétition au festival de Cannes, mais le réalisateur repart pour la quatrième fois sans distinction.
Années 2010 En , Arnaud Desplechin est membre du jury international du Festival de Venise sous la présidence du réalisateur américain Quentin Tarantino. Sont également jurés l'actrice Ingeborga Dapkūnaitė, les réalisateurs et scénariste Guillermo Arriaga, Luca Guadagnino et Gabriele Salvatores, et le compositeur Danny Elfman.