L'élection présidentielle américaine de 2004 se déroule le . Elle est la élection présidentielle américaine et voit la victoire du président sortant, George W. Bush, nommé par le Parti républicain pour la seconde fois, face au sénateur des États-Unis pour le Massachusetts et candidat du Parti démocrate, John Kerry.
En dépit d'une question de comptage de bulletins dans l'État de l'Ohio, le vote, contrairement au scrutin de 2000, se traduit par un résultat net, aussi bien en nombre de voix de l'ensemble des électeurs (connu en anglais sous le terme de popular vote) qu'en nombre de grands électeurs. Kerry reconnaît sa défaite dans la journée du . Après son élection officielle par le Collège électoral des États-Unis par 286 voix contre 251 le , George W. Bush entame son second mandat de président des États-Unis le , avec une légitimité accrue procurée par une victoire claire sur son adversaire.
Le , la Chambre des représentants (435 sièges), un tiers du Sénat (34 des 100 sièges), 11 gouverneurs et de nombreux élus locaux voient leurs mandats renouvelés. De nombreux référendums locaux (propositions) se tiennent également.
Conditions d'éligibilité
Ne peuvent se présenter, selon l'article section première de la Constitution, que les citoyens américains : Américains de naissance ; âgés d'au moins ; ayant résidé aux États-Unis depuis au moins .
Depuis l'adoption du amendement en 1947 par le Congrès et sa ratification en 1951, les anciens présidents qui ont déjà été élus deux fois ne sont plus éligibles.
Candidats Candidats démocrates
Wesley Clark : vétéran du Viêt Nam, général 4 étoiles et commandant en chef des forces de l'OTAN durant la guerre du Kosovo, ce militaire de carrière n'a aucune expérience politique. Mais cette inexpérience peut lui servir d'atout face à une classe politique déconsidérée, de même que sa brillante carrière pourrait lui permettre de contrer le Président sortant sur son terrain favori, la guerre contre le terrorisme. Toutefois, son entrée très tardive dans la course des primaires (en ) lui a valu un retard difficile à rattraper en matière de notoriété et de collecte de fonds.
Howard Dean : gouverneur du Vermont de 1991 à 2002, cet ancien médecin représente l'aile libérale du parti démocrate. Son positionnement très clairement opposé à la guerre d'Irak, à l'opposé des principaux leaders démocrates, lui permet de s'attirer les faveurs des militants de la gauche du parti.
John Edwards : ancien avocat, le sénateur de Caroline du Nord peine à décoller dans les sondages. Mais son implantation dans le Sud, sa jeunesse, son discours aux résonances populistes et progressistes et son dynamisme sont autant d'atouts que va mettre en avant celui que le magazine People avait élu en 1998 « Homme politique le plus sexy des États-Unis ».
Richard Gephardt : ce vétéran du Congrès (il a été élu à la Chambre des représentants en 1974, et a été minority leader du groupe démocrate de 1996 à 2002) promet d'importants changements s'il est élu, comme l'établissement d'un système de santé universel. Mais s'il est populaire parmi les syndicats et l'appareil du parti, son manque de charisme et plus encore son soutien à la guerre en Irak lui aliènent une grande partie des démocrates libéraux.
Bob Graham : ce sénateur de Floride dispose de deux atouts principaux : son propre État, qui a manqué à Al Gore en 2000 et qui retient l'attention de tous les stratèges politiques, et son poste de président de la Commission sénatoriale sur les attentats du 11 septembre 2001, qui pourrait lui servir de tremplin médiatique. Mais son manque de soutien dans le parti et sa faible notoriété publique rendent sa tâche délicate.
John Kerry : sénateur du Massachusetts depuis 1984, John Kerry représente l'intelligentsia de la gauche libérale américaine. Un positionnement politique qui apporte à la fois à sa candidature un grand sérieux, mais aussi une certaine distance par rapport aux électeurs indécis, peu favorables aux « libéraux de la Nouvelle-Angleterre ». Un handicap qu'il compte bien faire oublier par son prestigieux passé de héros de la guerre du Viêt Nam.
Dennis Kucinich : ce représentant de l'Ohio incarne la gauche du parti, opposée tant à la guerre en Irak qu'aux décisions économiques, sociales et sociétales du président Bush. Un positionnement politique clair mais trop extrême pour pouvoir remporter les primaires : Kucinich espère surtout pouvoir peser sur le programme du futur candidat démocrate.
Joseph Lieberman : l'ancien colistier d'Al Gore espère bien mettre à profit le capital politique engrangé pendant la campagne de 2000 pour remporter les primaires. Mais, représentant l'aile conservatrice du parti démocrate, il a souvent du mal à se faire entendre de la grande majorité des militants, généralement plus à gauche.
Carol Moseley-Braun : ancienne Sénatrice de l'Illinois battue en 1998, elle espère surtout capitaliser le vote des Afro-américains, nombreux à se déplacer pour les élections primaires, et plus encore les femmes, estimant qu'il est temps pour l'une d'entre elles de s'installer à la Maison-Blanche.
Al Sharpton : le révérend Al Sharpton est le seul des candidats à n'avoir jamais été élu au suffrage universel. Mais il compte sur le soutien de la communauté noire, dont il défend les droits au sein de la National Action Network (NAN).
Candidats républicains
Chez les républicains, la popularité de George W. Bush est telle qu'il ne compte aucun rival, si l'on excepte toutefois quelques candidatures fantaisistes.
Candidats des tiers-partis 160px|thumb|Ralph Nader, candidat indépendant (gauche radicale) On compte aussi quatre formations politiques qui présentent des candidats présents dans suffisamment d'États pour avoir une chance - au moins théorique - de remporter le scrutin présidentiel. Ralph Nader/Peter Camejo, indépendant (gauche radicale) Michael Badnarik/Richard Campagna, parti libertarien Michael Peroutka/Chuck Baldwin, Parti de la Constitution (nationaliste-conservateur) David Cobb/Pat LaMarche, Parti vert des États-Unis (écologiste)
Il existe aussi de très nombreux candidats qui ne se présentent qu'à l'échelle d'un ou de quelques États.
Primaires Campagne des primaires
Chaque parti américain sélectionne ses candidats aux différents postes électifs par le biais de primaires, c’est-à-dire du vote des militants dans les différents États.
Dans le camp républicain, l'issue des scrutins ne faisant aucun doute, la participation est faible, la couverture médiatique nulle, la campagne inexistante.
Chez les Démocrates, avant que les principaux intéressés ne déclarent leur candidature, deux hypothèques sont à lever : l'éventualité d'une candidature de l'ancienne First Lady et désormais sénatrice de New York Hillary Clinton, et celle d'un retour sur la scène politique du candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2000 Al Gore. Si l'ancien vice-président annonce dès décembre 2002 qu'il ne compte pas se représenter, une éventuelle candidature surprise de Clinton plane sur toute la saison des primaires, et restera dans les esprits jusqu'à la Convention démocrate.
Après les élections de mi-mandat () du , remportées par le parti républicain, les principaux candidats démocrates se font connaître, entre les mois d'octobre 2002 et de septembre 2003. Dès le départ, ce sont les caciques du parti démocrate qui semblent mener la course, principalement Richard Gephardt et Joseph Lieberman.
Mais avec le déclenchement de la guerre d'Irak, et surtout l'embourbement progressif de l'armée américaine, Howard Dean, opposé dès le départ au conflit, progresse dans les sondages et se place en tête de la course au cours du printemps 2003.
L'hypothèse d'une victoire de Dean, jugé trop à gauche lors des primaires, inquiète vivement la machine démocrate. Les autres candidats l'attaquent sur ses décisions en tant que gouverneur du Vermont, et Joe Liebermann déclare même que « Howard Dean et George Bush sont deux extrémistes ».
Alors que s'approche le caucus de l'Iowa, qui se tient le , la campagne se fait plus dure. Les deux favoris dans cet État, Howard Dean et Dick Gephardt se lancent dans des campagnes publicitaires agressives, portant respectivement sur la guerre en Irak et l'ALENA. Les autres candidats choisissent de s'en tenir à une campagne plus classique, et John Edwards attaque aussi bien Bush que Dean en s'en prenant à « la politique du cynisme ». Les derniers sondages montrent une soudaine percée de John Kerry et de John Edwards, au détriment de Gephardt et de Dean.
Vote surprise de l'Iowa
Ainsi, le , soit un an avant la prise de fonction du prochain Président des États-Unis, les militants démocrates de l'Iowa se rendent aux urnes, et accordent aux deux outsiders une victoire aussi large qu'inattendue. John Kerry obtient 37,6 % des voix, John Edwards 31,9 %. Loin derrière, Howard Dean ne reçoit que 18 % des suffrages, et Richard Gephardt, dont l'objectif était de finir premier, ne peut, avec 10,6 % des voix, que mettre un terme à sa campagne.
La campagne se poursuit, mais les médias et les sondages, en surexposant Kerry et Edwards, rendent la tâche de Dean et des deux candidats qui avaient fait l'impasse sur le caucus de l'Iowa, Joseph Lieberman et Wesley Clark, plus difficile. De fait, la primaire du New Hampshire, qui se tient le , accorde à John Kerry une nouvelle victoire (38,39 %), tandis que Dean doit se contenter d'un maigre résultat, avec 26,28 % des voix. Quant à John Edwards (12,05 %), il est très légèrement devancé par Wesley Clark (12,43 %), mais dépasse Joseph Lieberman (8,6 %).
Ainsi, John Kerry prend clairement la tête des primaires, en attendant le Super Tuesday du , qui met en jeu 7 États. Si Wesley Clark obtient dans l'Oklahoma une courte victoire sur John Edwards, et si ce dernier l'emporte largement en Caroline du Sud face à Kerry, les 5 autres États tombent dans l'escarcelle du Sénateur du Massachusetts. Après de faciles victoires dans le Maine (), le Tennessee et la Virginie le (des États pourtant présumés favorables à John Edwards) et Washington, D.C. et le Nevada le , Kerry semble imbattable.
Mais la primaire du Wisconsin, qui était la dernière chance de Howard Dean, est paradoxalement le théâtre d'une remontée spectaculaire de John Edwards. Alors que les sondages lui donnaient à peine 10 % des voix, il talonne Kerry (39,6 % contre 34,3 %), alors que Dean se retrouve loin derrière, en troisième position, avec 18,2 % des suffrages.
Victoire de John Kerry
Toutefois, les trois scrutins du ne font que concrétiser l'avance de John Kerry sur son concurrent. Dans les caucus de l'Utah et de l'Idaho, Kerry devance largement Edwards, qui est même relégué à la troisième place aux primaires de Hawaï, derrière un candidat pourtant marginal, Dennis Kucinich, qui obtient près du tiers des voix.
Mais ce sera finalement le Super Tuesday du qui aura raison de la candidature de John Edwards. Sur les neuf primaires se tenant ce jour, John Kerry en remporte huit (Californie, Connecticut, Géorgie, Maryland, Massachusetts, New York, Ohio, Rhode Island), ainsi que le caucus du Minnesota. Howard Dean, qui s'est pourtant retiré de la course, l'emporte quant à lui dans le Vermont, l'État dont il fut précédemment gouverneur. John Edwards, qui espérait au moins remporter la Géorgie, décide logiquement de se retirer de la campagne.
John Kerry reste donc le seul candidat sérieux en lice, même si Dennis Kucinich, qui espère pouvoir peser sur la Convention démocrate de juillet, continue sa campagne. Seule la Caroline du Nord, État dont John Edwards est le Sénateur, lui échappe lors de la primaire du . La campagne présidentielle commence donc réellement après ce retrait, et après que le président George W. Bush a appelé son futur adversaire pour le féliciter de sa victoire.
Campagne Choix des colistiers