Offa est roi de Mercie de 757 à sa mort, le .

Il monte sur le trône dans un contexte troublé : Æthelbald, roi depuis 716, est assassiné en 757, et son successeur Beornred ne règne que quelques mois avant d'être supplanté par Offa. Après avoir rétabli l'autorité mercienne sur les peuples des Midlands, Offa étend vers 770 sa suzeraineté sur les royaumes de Kent et de Sussex. Il s'allie avec le roi du Wessex Beorhtric et soumet l'Est-Anglie dans les .

À la fin de son règne, Offa est sans conteste le plus puissant monarque de Grande-Bretagne. Il entretient une correspondance avec Charlemagne et finance la construction de nombreux établissements religieux, malgré ses relations conflictuelles avec Jænberht, l'archevêque de Cantorbéry. Il ne parvient cependant pas à établir une dynastie durable : son fils et successeur Ecgfrith ne lui survit que cinq mois, et c'est un cousin éloigné, Cenwulf, qui devient roi après lui.

De nombreux historiens considèrent Offa comme le plus important monarque anglo-saxon avant Alfred le Grand. Un témoignage évident de sa puissance est la digue d'Offa, une barrière de terre de de long édifiée sous son règne à la frontière du pays de Galles. Son règne a longtemps été considéré comme une étape vers l'unification de l'Angleterre, mais ce point de vue n'est plus majoritaire parmi les historiens.

Sources

vignette|redresse|gauche|alt=Carte de la Grande-Bretagne situant plusieurs royaumes.|Les royaumes de Grande-Bretagne à l'époque d'Offa.

Il ne subsiste aucune biographie contemporaine d'Offa. Bien que les royaumes anglo-saxons aient produit de nombreux lettrés, aucune chronique d'origine mercienne n'est connue, ce qui contraint les historiens à s'appuyer sur des sources provenant d'autres royaumes, avec les biais que cela présuppose. Ainsi, la Chronique anglo-saxonne, une série d'annales en vieil anglais qui constitue l'une des principales sources littéraires pour l'histoire de cette période, trahit par endroits un point de vue favorable au Wessex, le royaume où elle a été compilée. Elle ne rend donc peut-être pas exactement compte du pouvoir détenu par Offa. Une autre source cruciale, l'Histoire ecclésiastique du peuple anglais écrite par le moine northumbrien Bède le Vénérable au , souffre du même problème. Bien qu'elle ne couvre qu'une période s'arrêtant à l' (une continuation anonyme la poursuit jusqu'en 766), elle permet d'éclairer le contexte dans lequel Offa est arrivé au pouvoir.

Il existe néanmoins des sources provenant du royaume de Mercie, au premier rang desquelles les chartes, des documents qui entérinent la donation de terres à des laïcs ou à des hommes d'église. Les rois ayant le pouvoir d'accorder ces terres figurent comme témoins sur ces chartes. Une charte peut indiquer les noms d'un roi vassal et de son suzerain dans la liste des témoins. Ainsi, le diplôme d'Ismere mentionne Æthelric, fils du roi Oshere des Hwicce, en tant que (« sous-roi ») d'ÆthelbaldPour la progression de la domination d'Offa sur les Hwicce jusqu'à la suppression de la dynastie régnante et leur intégration complète à la Mercie, voir .. Le Tribal Hidage, une liste de peuples anglo-saxons avec le nombre de hides qu'ils occupent, pourrait être un document mercien compilé sur ordre d'Offa, mais ce n'est pas certain.

Du règne d'Offa datent également un nombre significatif de lettres, notamment celles du moine Alcuin, conseiller de Charlemagne qui correspond avec des rois, des nobles et des hommes d'Église de toute l'Angleterre. Ces lettres éclairent notamment les relations d'Offa avec l'Europe continentale, tout comme ses monnaies qui sont basées sur des modèles carolingiens.

Les historiens anglais postérieurs à la conquête normande de l'Angleterre comme Jean de Worcester, Guillaume de Malmesbury et Henri de Huntingdon offrent parfois des informations inédites sur les événements de la période anglo-saxonne, informations qu'ils ont pu reprendre de sources perdues depuis. Deux chroniqueurs du issus de l'abbaye de St Albans se sont particulièrement intéressés à Offa, le fondateur de leur monastère : Roger de Wendover et Matthieu Paris. Ce dernier est l'auteur des , un récit romancé de la vie d'Offa et de son ancêtre légendaire Offa d'Angeln.

Ascendance et avènement

L'ascendance d'Offa est donnée dans la « Collection anglienne », un ensemble de généalogies qui retrace (entre autres) les ascendances de quatre rois de Mercie. Toutes ces lignées descendent de Pybba, roi de Mercie au début du . Offa y est donné comme fils de Thingfrith, fils d'Eanwulf, fils d'Osmod, fils d'Eowa, fils de Pybba. Selon ces généalogies, Æthelbald, roi de Mercie de 716 à 757, descend également d'Eowa par un autre de ses fils. Dans la mesure où Æthelbald baille des terres à Eanwulf dans le territoire des Hwicce, il est plausible qu'Offa soit issu de la même branche de la famille royale que lui. Il parle d'Æthelbald comme d'un membre de sa famille dans une de ses chartes, et Heahberht, le frère d'Æthelbald, continue à apparaître comme témoin sur des chartes émises après l'avènement d'Offa.

Cynethryth, l'épouse d'Offa, est d'ascendance inconnue. De leur mariage naît un fils, Ecgfrith, et au moins trois filles : Ælfflæd, Eadburh et Æthelburh. Il est possible qu'Æthelburh soit l'abbesse du même nom apparentée au roi des Hwicce Ealdred, mais ce prénom est trop courant pour que l'identification soit certaine. Des textes hagiographiques ultérieurs évoquent une autre fille, Ælfthryth, religieuse à l'abbaye de Crowland.

En 757, le roi Æthelbald est selon la continuation anonyme de l'Histoire ecclésiastique de Bède. C'est tout d'abord un certain Beornred qui lui succède, mais son règne est , car . Il est possible qu'Offa n'ait commencé à régner qu'en 758, étant donné qu'une charte de 789 est datée de la trente-et-unième année de son règne.

Une politique extérieure agressive

Les Midlands

La lutte de succession dont Offa sort victorieux n'est sans doute pas restée sans conséquences quant à la puissance établie sous le règne d'Æthelbald. L'une des premières tâches du nouveau roi a dû être de rétablir la domination mercienne traditionnelle sur les peuples des Midlands, comme les Hwicce et les Magonsæte. Les souverains des Hwicce apparaissent en tant que (« roitelets ») soumis à Offa sur les chartes datant des deux premières années de son règne, et les Magonsæte semblent eux aussi être rapidement passés sous son contrôle : on ne trouve pas trace d'un souverain indépendant pour ce peuple après 740. L'autorité d'Offa s'étend tout aussi rapidement sur le Lindsey, dont la dynastie royale a déjà disparu à cette époqueLe dernier roi du Lindsey connu grâce aux généalogies s'appelle Aldfrith, et l'apparition d'un Aldfrith comme témoin sur une charte d'Offa en 787 a fait croire qu'Aldfrith régnait toujours à ce moment-là. Toutefois, les historiens ne considèrent plus que les deux Aldfrith puissent être une seule et même personne. ., et sur les Angles du Milieu.

En revanche, l'autorité d'Offa ne semble guère avoir dépassé les frontières traditionnelles de la Mercie durant les premières années de son règne : la suzeraineté exercée par Æthelbald sur les autres royaumes du Sud de l'Angleterre s'est apparemment effondrée durant la lutte pour sa succession. Ce n'est qu'en 764 que l'influence mercienne refait son apparition dans le Kent.

Le Kent

vignette|upright=1.5|alt=Carte situant différents lieux mentionnés dans l'article.|Le sud-est de l'Angleterre à l'époque d'Offa.

Offa semble avoir profité de la situation instable du Kent après 762. Un système de double royauté est en vigueur dans ce royaume : l'ouest et l'est du pays sont chacun gouvernés par leur propre roi, l'un des deux ayant généralement une position supérieure à l'autre. Jusqu'en 762, le royaume est gouverné par et , auxquels s'adjoint Eardwulf, le fils d'Eadberht. Æthelberht meurt en 762, et la dernière mention d'Eadberht et d'Eardwulf date de la même année. Les chartes des deux années suivantes mentionnent d'autres rois, parmi lesquels Sigered, Eanmund et Heahberht. En 764, Offa accorde des terres à Rochester en son nom propre, avec le roi Heahberht comme simple témoin. Un autre roi de Kent, , apparaît sur une charte de 765 aux côtés d'Heahberht, charte confirmée par la suite par Offa. L'influence d'Offa sur le Kent est alors claire, et il est possible qu'il ait placé Heahberht sur le trône comme roi client.

Les opinions des historiens divergent sur la possibilité d'une suzeraineté ultérieure d'Offa sur le Kent. On sait qu'il a révoqué une charte d', estimant qu', mais la date de la charte originale d'Ecgberht est inconnue, tout comme celle de sa révocation par OffaCet événement est prouvé par une charte de Cenwulf de 799, par laquelle il concède à nouveau le terrain en question : il cite les raisons de la révocation de la charte par Offa, mais ne donne pas de date. La charte est traduite en anglais moderne dans .. Il se peut qu'Offa ait effectivement été le suzerain du Kent à partir de 764 et au moins jusqu'en 776, mais les preuves de son implication dans les affaires de ce royaume sont rares. Les deux chartes de 774 par lesquelles il accorde des terres dans le Kent sont d'une authenticité douteuse, et les chartes de 764-765 pourraient être la trace d'une intervention ponctuelle d'Offa, qui ne se serait ensuite plus préoccupé des affaires kentiques jusqu'en 776 cite le commentaire de sur Ecgberht, d'Offa, et rétorque qu'il n'en existe . À l'opposé, rejoint Stenton et affirme qu'Offa ..

La Chronique anglo-saxonne rapporte que en 776, mais elle ne donne pas l'issue de cette bataille d'Otford. Elle est traditionnellement considérée comme une victoire mercienne, mais la domination d'Offa sur le Kent n'est pas attestée avant 785, soit neuf ans plus tard : ainsi, une charte de 784 ne mentionne qu'un roi de Kent nommé Ealhmund. Otford aurait donc pu être en réalité une défaite mercienne. Les causes du conflit sont également inconnues : si Offa régnait sur le Kent avant 776, la bataille d'Otford trahit sans doute une révolte contre le joug mercien.

Ealhmund ne réapparaît plus après 784, et une série de chartes d'Offa émises entre 785 et 789 témoigne clairement de son autorité. Durant cette période, le Kent est traité comme . Offa ne se comporte pas comme un simple suzerain : il cherche à annexer le Kent et à éliminer sa lignée royale. À compter de 785, selon l'expression de Patrick Wormald, cité dans .. La domination mercienne dure au moins jusqu'à l'année de la mort d'Offa, en 796, qui voit Eadberht Præn rendre brièvement son indépendance au KentLa Chronique n'indique pas clairement si Eadberht est monté sur le trône après la mort d'Offa ou après celle d'Ecgfrith. Stenton suggère que la révolte au Kent a débuté avant la mort d'Offa. Voir , et ..

Les interventions d'Offa dans le Kent vers le milieu des sont peut-être liées à l'exil ultérieur en Francie d'Ecgberht, le fils d'Ealhmund. La Chronique affirme qu'en 825, les hommes du Sud-Est se rallient à Ecgberht lorsqu'il envahit le Kent . Cette probable allusion à Ealhmund implique peut-être que ce dernier était un suzerain local, dont l'autorité s'étendait sur les autres royaumes du sud-est. Offa aurait alors cherché à se substituer à lui.

L'Essex, le Sussex et l'Est-Anglie

vignette|gauche|redresse|Une pièce à l'effigie d'Æthelberht d'Est-Anglie.

L'histoire du royaume d'Essex au est mal connue, mais Londres et le Middlesex, qui en dépendaient jusqu'alors, semblent passer sous contrôle mercien du temps d'Æthelbald, qui y accorde des terres comme bon lui semble, sans considération pour la monarchie locale. Offa reprend les pratiques de son prédécesseur très tôt : dès 767, une charte dispose de terres à Harrow sans qu'un roi d'Essex n'y figure comme témoin. La maison royale d'Essex se poursuit au et au-delà, mais reste soumise à une importante influence mercienne.